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Strasbourg d'après les documents authentiques

Le 1" novembre 1836, un supplément du Moniteur, publié au milieu de la journée, fît connaître une nouvelle inattendue :

Paris, 1" novembre, 11 heures du matin.

Le gouvernement a reçu hier soir la dépêche télégraphique suivante, interrompue par le brouillard :

Strasbourg, 30 octobre 1836, 8 heures et demie du matia.

Le général commandant la 5' division militaire à M. le mi-nistre de la guerre.

Ce malin vers six heures, Louis-Napoléon, fils de la duchesse de Saint-Leu, qui avait dans sa confidence le colonel d'artillerie Vaudrey, a parcouru les rues de Strasbourg avec une partie de....

Pour copie,

r administrateur des lignes télégraphiques j Alphonse Foy.

A'. B. Les mots soulignés laissant des doutes. La brume

survenue sur la ligne ne permet ni de recevoir la fin de la déptche, ni d'éclaircir le passage douteux.

FoY.

Le conseil des ministres s'est réuni chez le Roi. Aujourd'hui à dix heures du matin, la malle de Strasbourg est arrivée. M. de Franqueville, aid^ de camp du lieutenant-général Voirol, commandant la 5* division militaire, a apporté le rapport ci-joint du général, qui annonce la fin immédiate de cette tentative criminelle.

« Monsieur le Ministre,

oc Ma dépêche télégraphique de ce matin vous a fait connaître la tentative coupable du jeune Louis-Napoléon Bonaparte, pourébraiil r la fidélité d^s troupes de la garnison de Strasbourg, et comment cette étheuidurée a échoué devant la noble et courageuse conduite de nos soldats.

« Ce jeune homme, accompagné de quelques aventuriers, parmi lesquels se trouvait M. le commandart Parquin, en uniforme d'officif r général, et conduit par M. Vaudrey, colonel du 4* d'artillerie, qui, par des manœuvres coupables, s'était fait suivre par une partie des sous-officiers et soldats de son régiment, s'est présenté chez les autorités pour chercher à ks entraîner, et, après avoir arrêté le préfet, a fait cerner mon hôtel par des canonniers. Un piquet, commandé par M. Parquin, s'est établi dans mon salon ; mais des canonniers fidè'es et braves, écoutant ma voix et guidés par les sentiments du devoir et de l'honneur, m'ont entouré, et bientôt à cheval au milieu d'eux, sabre en main, je me suis rendu à la citadelle, où j'avais fait lever le pont-levis, et où j'étais certain de trouver un régiment fidèle, le i 6^ de ligne qui a fait partie du camp de Compiègne, et dont les braves, se rappelant nos jeunes princes, m'ont accueilli aux cris de vive le Roi! et ont montré un enthousiasme qu'on ne rencontre que sur le champ de bataille, en présence de l'ennemi. Cet enthousiasme s'est communiqué comme un feu électrique parmi toute la garnison : les canocniei-s du 4*, qui avaient un instant obéi aux ordres coupables de leur colonel, l'ont également partagé.

« J'ai fait mon entrée en ville à la tête du 16* de ligne, et me suis porté à la préfecture; mais déjà le préfet avait été

délivré par des officiers d'artillerie que j'avais envoyés chez lui.

« Pendant ce temps, Louis-Napoléon , avec le colonel Vaudrey et une faible partie de ses soldats encore égarés, s'est rendu au quartier Finckmalt, occupé par le brave 46»; là il a cherché à les faire manquer à leur serment : mais vailiement. Le lieutenant -colonel Taillandier, prévenu par mon aide de camp, M, le chef d'escadron de Franqueville, avait pu se rendre précipitamment à Finckmatt, où. il ne lui a pas été difficile de faire comprendre à son régiment (qu'on cherchait à ébranler) qu'on les trompait; le brave colonel Paillot et tous ses officiers arrivèrent aussitôt à Finckmatt. Dans une minute Louis-Napoléon Bonaparte et les misérables qui avaient pris parti pour lui ont été arrêtés, et les décorations dont ils étaient revêtus ont été arrachées par les soldats du 46e.

«Après les avoir fait conduire k la prison de la ville, escortés par le 46% et avoir assuré la sûreté de cet établissei^ent, je me suis rendu sur la place d'Armes; j'ai passé les troupes en revue, qui ont, en défilant aux cris de vive le Roi! montré aux ennemis de nos institutions combien le Roi et la patrie pouvaient compter sur leur fidélité et leur dévouement.

« D'après le dire du colonel Vaudrey, personne que lui el le jeune Louis Bonaparte ne connaissaient leurs projets. La justice informe ; toutes les mesures mili'aires sont prises; et je puis répondre au gouvernement que nos soldats ne se laisseront jamais ébranler dans leur fidélité, et qu'ils seront toujours dignes de la France et du roi Louis-Philippe.

a Je suis encore tellement ému, monsieur le ministre, de ce qui vient de se passer, que je remets à un autre moment à vous faire un rapport plus étendu sur cette échauffourée dont M. de Franqueville, mon aide de camp, pourra vous parler plus en détail : c'est lui qui vous remettra cette dépêche écrite précipitamment; il se rend en poste à Paris.

« Mon aide de camp s'est conduit dans cette circonstance d'une manière admirable. S'il n'avait déjà d'anciens titres aux bontés du roi, je ferais valoir aujourd'hui ceux qu'il a acquis dans cette déplorable circonstance. Dans l'élan général dont la garnison de Strasbourg tout entière a fait preuve en ce jour, beaucoup d'officiers, sous-ofticiers et soldats se sont conduits avec un véritable courage ; leur fidélité autant que leur énergie m'ont aidé à triompher de l'insurrection qui s'est manifestée dans le 4^ d'artillerie. J'aurai

l'honneur de vous faire connaître leurs noms, et de solliciter pour eux les récompenses dont ils se sont rendus dignes.

« Je suis, avec respect,

« Monsieur le Ministre, « Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

« Le lieutenant-général comandant la 5* division, « VOIROL. »

Le rapport de M. Choppin d'Arnouville, préfet du Bas- Rhin, confirme tous ces faits, et ajoute que la population de Strasbourg a témoigné une indignation profonde. Les auteurs de la sédition essayaient en vain de la provoquer; pas un habitant ne s'est associé à eux, et ne se trouve compromis à leur suite. Les meneurs arrêtés sont au nombre de huit, savoir :

Le prince Napoléon-Louis Bonaparte, âgé de 28 ans, né à Paris ;

Parquin (Denis-Charles), âgé de 49 ans, officier de la Légion d'honneur, domicilié à Paris ;

Le comte de Gricourt (Raphaël), âgé de 23 ans, officier d'ordonnance de Louis- Napoléon, logeant à Strasbourg, hôtel de la Fleur ;

De Querelles (Henri-Richard-Sigefroid), âgé de 25 ans, officier d'ordonnance du même prince Louis, né à Neuville (Bas-Rhin), demeurant à Strasbourg, rue de la Fontaine, 24 ;

Vaudrey (Claude-Nicolas), né à Dijon, âgé de 51 ans, colonel du 4" régiment d'artillerie en garnison à Strasbourg et y demeurant, place Saint-Étienne ;

Laity (François-Armand-Rupert), né à Lorient, âgé de 24 ans, lieutenant au bataillon de pontonniers, domicilié à Strasbourg, rue du Parchemin, 26 ;

Boisson (Antoine-Marie-Augustin), néàPontarlier(Doubs), maréchal de logis à la 8" batterie du 4'" régiment d'artillerie ;

Brault (Eléonore), âgée de 28 ans, attachée à la maison de la reine Hortense.

La justice est saisie et informe activement.

La conduite du général Voirol, du préfet, des autorités, des chefs de corps et des troupes est au-dessus de tout éloge.

Nous doonerons avec les nouveaux détails qui ne manqueront pas d'arriver, les noms des militaires qui ont mérité les récompenses du roi.

La Charte de 1830 reproduisait, le soir, dans un bulletin extraordinaire, l'arlicle du Moniteur et rétablissait ainsi qu'il suit la dépêche télégraphique de Strasbourg dont le Moniteur n'avait donné que le commencement.

Strasbourg, le 30 octobre , à 8 heures et demie.

Le général commandant la 5* division militaire à M. le ministre de la guerre.

Ce malin à 6 heures, Louis-Napoléon, fils de la duchesse de Saint-Leu, qui avait à sa confidence le colonel d'artillerie Vaudrey, a parcouru les rues de Strasbourg avec une partie de son régiment aux cris de : vive Napoléon! Ils se sont présentés à la caserne occupée par le 46' de ligne pour le soulever. Moi-même, j'étais bloqué chez moi par un piquet d'artillerie, mais grâce à la fidélité et au dévouement sincère de nos troupes, ce jeune imprudent a été arrêté, ainsi que son complice. Le 3* d'artillerie mérite des éloges, ainsi que tous les régiments d'infanterie et plusieurs officiers du 4« d'artillerie.

Strasbourg, 1" novembre, à 10 heures.

Strasbourg continue à jouir de la plus grande tranquillité.

«L'effet que produisit la nouvelle de l'événement de Strasbourg, dit un publiciste contemporain, fut un étonnement singulier mais sans émotion : les esprits étaient si loin d'être préparés à un mouvement quelconque de l'opinion napoléonienne ; on savait si peu à quel prince de la famille impériale il appartiendrait, le cas échéant, de se porter héritier {irésomptif, que chacun sembla se demander ce que cela vouait dire. On ne comprenait rien à celte échauffourée dont le récit semblait moins qu'une démonstration d'écolier, et dont l'issue paraissait offrir le dénoûment naturel de quelque équipée de carnaval... Mais bientôt le progrès de l'instruction, les circonstances peu à peu recueillies, les pièces produites par la presse, révélèrent les combinaisons de l'entreprise, ce qu'elle avait pu avoir de sérieux, et la portée que

les auteurs assignaient dans leurs espe'rances au succès d'une première journée', » On rapprocha cette tentative d'une autre émeute militaire qui avait éclaté le même jour, 30 octobre, à Vendôme. Un brigadier du l*' hussards, Bruyaut, à la tête de quelques-uns de ses camarades, avait pro-

Jeté de s'emparer des officiers, des autorités, de proclamer a république et d'insurger le pays. Les conspirateurs furent arrêtés au moment où ils allaient commencer l'exécution de leur projet. La coïncidence étrange de ces deux complots donna d'abord lieu de penser que la m*me main en tenait les fils ; mais l'accusation en fit deux affaires absolument distincteSj et ne se liant en aucune façon l'une à l'autre.

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