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LA MAISON KAMMERZELL ET LA PLACE BROGLIE

Bulach dont les noms sont célèbres en Alsace, figuraient parmi eux. Sur le Rossemerket s'élevaient de hautes estrades ornées de bannières et d'écussons. L'arène était délimitée par de fortes barrières; quatre jours avant

La Maison Kammerzell.

le tournoi, des hérauts parcoururent la ville, invitant les combattants à se faire inscrire par les maréchaux et à faire vérifier leurs titres de noblesse et leurs armes. Avant le tournoi, chaque chevalier devait déposer son écusson sur la grande estrade pour éviter toute fraude et permettre de le reconnaître, au cas où les juges auraient à examiner quelque grief

soulevé contre lui. Les jours qui précédèrent et suivirent le grand tournoi de 1390 furent consacrés à des fêtes nombreuses qui attirèrent des milliers d'étrangers. Le Sénat de Strasbourg avait pris toutes mesures pour faciliter le logement et l'approvisionnement de ces nombreux visiteurs. Aux tournois qui causaient trop souvent des rencontres sanglantes et mortelles succédèrent les carrousels, joutes gracieuses et pacifiques où l'adresse l'emportait sur la force, comme celui de 1624 donné en l'honneur de la reine Christine de Suède. Le carrousel de 1652 exécuté sur la même place devant le chancelier Oxenstiern et le général Torstenson, représentants du roi de Suède, Gustave-Adolphe, fit valoir plus que tout autre la dextérité et la valeur de la chevalerie alsacienne.

Des fêtes furent célébrées dans le même lieu en 167 1 pour Charlotte- Elisabeth de Bavière, fiancée du duc d'Orléans, frère de Louis XIV. Cette place fut plantée de tilleuls en 1700 et prit le nom du maréchal de Broglie, commandant militaire de la province dAlsace. C'est un grand rectangle qui, à son extrémité voisine de l'Ill, englobe le théâtre de la ville et sur la face de droite, à côté de beaux cafés, la Mairie, ancien palais des landgraves de liesse, et l'hôtel du commandement général, ancien palais des ducs de Deux-Ponts. Un médaillon placé sur les grilles de clôture, rappelle que le roi Louis Ier de Bavière naquit dans ce dernier palais. Je me souviens avoir vu à gauche du théâtre, la Fonderie de canons et deux belles rangées de pièces couchées à terre, devant le Broglie. Enfants, nous nous amusions à courir sur ce cuivre poli comme de l'or, malgré les objurgations et les menaces d'un artilleur préposé à leur garde. Le 16 avril 1848, on planta un arbre de la Liberté sur cette promenade, et le 23 octobre de la même année, on y célébra le deuxième centenaire de la réunion de l'Alsace à la France.

En face du Théâtre a été placée une fontaine bien laide qu'on appelle le Rcinhardtsbrunncn. Il y a quelques années, M. Sigismond Reinhardt léguait à la ville une somme de 150.000 marks pour élever là une fontaine dont il avait confié l'exécution à M. Adolphe Hildebrand, un des sculpteurs les plus célèbres de l'Allemagne. L'artiste avait à personnifier le Rhin. Il le représenta sous la forme d'un affreux sauvage qui. de la main gauche, tient un harpon et de la droite un saumon. Ce sauvage s'appuie sur la tige du harpon de telle manière qu'il fait saillir une croupe énorme dont le public, qui sort du théâtre, contemple avec effroi ou avec ironie les singulières protubérances. L'inauguration de ce bizarre monument en 1902 souleva des fous rires dont l'écho retentit encore.

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