ON DEMANDE
Ant de l'Aveugla <V Bagnolel.
Quoi ! pas de séance royale !
Messieurs les gens du cabinet, Votre conduite est déloyale, Je vous le déclare tout net.
Jusqu'en cet heureux mois la France, Tous les ans endort sa souffrance ; Car, au moins, dans certain discour?, —El c'est là sa seule espérance, — Car au moins dans certain discours, Ses maux disparaissent toujours.
L'Angleterre que Guizot flatte, Repousse insolemment sa main.
La Prusse nous hait; l'autocrate Xoiis écrase de son dédain ; L'Espagne, à qui tout porte ombrage, Répond à nos soins par l'outrage ; Mais au moins dans certain discours Qui console notre courage, Mais au moins dans certain discours Les rois nous respectent toujours.
i I o bruil »'( i.iii répandu que le Roi ne prononcerai I pas da discour* pour l'ouverture de» Chamfires
Le Français, dont l'âme esi docile, Mais dont les deux yeux sont ouverts, Voit (jue, malgré la main habile, L'Etat marche tout de travers.
Pourtant sans nulle méfiante Il prend jusqu'ici patience ; Car au moins dans ceitain discours, Lorsque la session commence, Car au moins dans certain discours L'Etat se raffermit toujours.
L)c lous côtés le peuple crie, Et ce n'est pas à tort, je croi ; Le bonheur de notre patrie IN 'est pas un article de foi.
Chaque jour, plus d'un misérable Est prêt à se donner au diable ; Mais au moins dans certain discours, Et c'est vraiment fort agréable, Mais au moins dans certain discours, L'âge d'Or reparaît toujours.
Partout la vapeur hors d'haleine S'élance et se fraie un chemin, Et Paris, en tremblant, se traîne Au petit rail de Saint-Germain.
De notre industrie équivoque Le monde avec raison se moque ; Mais au moins dans certain discours, Tous les ans à pareille époque, Mais au moins dans certain discours, Nos ateliers marchent toujours.
Voyez l'intrigue et le pillage Se draper dans les hauts emplois!
Le vol est un enfantillage; Et l'argent fait la nargue aux lois!
Ce no sont qu'employés avides, Que Vinccnt-de-PauIe cupides!..
Mais au moins dans certain discours Qui console les gens candides, Mais au moins dans certain discours, L'honneur français brille toujours
Chaque front généreux s'embrase Aux rayons ardensdu progrès, Le corps social sous sa base Sent remuer des feux secrets.
Le temps, ce hardi démocrate, Marche a son but en toute hâte; Mais au moins dans certain discours, Qui rassure nos culs-de-jatle, Mais au moins dans certain discours, [/ordre public règne toujours.
Malgré nos lâchetés sans nombre, Le ciel politique est douteux ; Guizot le voit se couvrir d'ombre, Et jette des regards piteux.
Le peuple prétend, quoi qu'on fasse, Payer tous ses affronts en masse; Mais au moins dans cerlain discours, Qnoiqu'enfin la France soit lasse, Mais au moins dans certain discours, La paix quand même luit toujours.
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AI SUJET DE SON ÉLECTION 4 EA 4 Ht II Rit E ET A LA PRÉSIDENCE.
Si l'on croit que le rang, la puissance, la pompe, Si l'on croit que l'honneur de s'asseoir au fauteuil. Honneur qui flatte autant la bourse que l'orgueil, Si l'on croit que ces biens qu'on vanle à son de trompe S'obtiennent en dormant, sur mon âme! on se trompe.
Mon espoir est comblé, c'est là l'essentiel ; Mais je portais au cœur un souci bien cruel ; Tantalus, qui, saisi d'un appétit farouche, Dardait sur des primeurs un coup-d'œil de requin Sans pouvoir s'en poser un morceau sur la bouche, Auprès de moi faisait un fort heureux coquin.
Je descends à Lyon; malgré quelques vétilles; Je m'attendais à voir les filles d'électeurs Accourir l'œil riant, les mains pleines de fleurs... Serviteur ! Je n'ai \u ni fleurs ni jeunes filles, Et Lyon m'a reçu comme un chien dans des quilles.
Bon ou mauvais, l'accueil me touche peu, ma foi"!
Un sot peut y tenir, je m'en moque, pour moi.
Les dehors ne sont rien, c'est le fond qui fait l'homme.
Que l'on traite parfois ses amis en intrus,
Bien ! mais il ne faut pas pourtant qu'on les dégomme;
S'il en est autrement, merci! je n'en suis plus.
Eh bien ! Lyon rêvait à ce projet pendable ;
Ma dégommation dans l'ombre s'apprêtait;
A quelques votes près, mon rival l'emportait.
Me retrouver Gros- Jean comme devant; ah diable!
liions, messieurs, mais non d'une façon semblable.
Vous avez triomphé, dira-t-on , — rien de mieux !
Mais qu'est-ce qu'un mandat? Peu de chose à mes yeux.
Ma pauvre présidence, hélas! était sapée;
Mes beaux appointemens allaient s'évanouir.
Ah! comme le disait un jour l'illustre épée :
« Perdre son traitement! mieux vaut cent fois mourir!»
Quand on prend au budget une part un peu large. L'amour-propre devient un vice bien mesquin. Les gens de rien toujours ont eu l'esprit taquin; Supporter leurs clameurs semble une lourde charge, Mais y regarde-t-on, mon Dieu ! quand on émarge?
Pendant huit jours je fus dans le cas que voici : Dix me tendaient la main, cent me disaient : «mcrcil » « Sauzet ! criaient ensemble et la gauche et la droite ; Mais cet hommeau fauteuil est peu propre, vraiment! » — Peu propre1, on a trouvé la pointe fort adroite ; Je ne partage pas du tout ce sentiment.
Pourtant, j'ai conservé le ton parlementaire; Les Débals m'ont lancé maint rude quolibet, La Presse m'a traité comme un vrai paltoquet ; Mais, calme et m'appliquanl le mot du militaire, J'ai dit : a l'n président doit souffrir et se taire! »
imlaureme coulait en prononçant un mot; Mais il trouve, dit-on, quelques torts à Guizot. Quelques torts ! il se peut; mais en somme, qu'importe? Je le demande ici : lequel de nous a tort? Lorsque entre deux rivaux le moins puissant l'emporte ; Lequel est le plus fin, ou du faible ou du fort, ?
J'en conviens, après tout: Dufaure se comporte Comme je n'osais pas l'espérer d'un ami : Me voir, grâce à ses soins, sur mon siège affermi ; C'est trop beau! Je veux bien que le diable m'emporte, Si dans un cas pareil j'agissais de la sorte!
Ce que j'aime beaucoup, ce sont les braves gens Qui, masquant leur dépit de motifs obligeans, Disent : « Ah! devrait-on reprocher ce qu'on donne? « Ce pauvre président, on le place bien bas; « Ce n'est pas un mandat qu'il reçoit, c'est l'aumône. » —Messieurs, tous ces propos ne m'influencent pas.
Lorsque, comme une Altesse au front sérénissime, J'occuperai mon trône, et que, de tous côtés, Ces doux mots sortiront du regard des beautés: <> C'est Sauzet de Lyon! Muret est son intime, EtFulchiron lui porte une puissante estime; »
Lorsqu'à mon bal, parmi le beau monde empressé, J'apparaîtrai couvert d'un habit dégraissé, Et qu'aux vingt lampions brûlant sur la pelouse, Au plateau d'échaudés se carrant au buffet, J'ajouterai l'accueil charmant de mon épouse, Et quelque calembour d'un agréable effet ;
Lorsqu'à la cour, ainsi que pour un lord lui-môme, Les battans devant moi s'ouvriront tous les jours, Irais-je m'occuper de quelques sots discours, Et regarder si bas de ce faîte suprême ? Allons donc ! ce serait une faiblesse extrême
J'ai su, faisant glisser ma barque sur recueil,
Repêcher à la fois et mandat et fauteuil ;
La Chambre m'a nommé, peu m'importe le reste!
a De sa faveur, dit-on, faites donc moins de bruil ,
Elle vous a frappé d'un dédain manifeste. »
—Ah! messieurs, ce dédain est d'un fort beau profit.
J'ai femme, enfans; il faut songer à sa famille. Se ruiner n'est pas le moyen d'être grand. Tout homme qui pouvant contenter son parent. Marier son garçon et bien pourvoir sa fille, N'en fait rien, selon moi, mérite qu'on l'étrille.
J ai dit mon sentiment et fait voir au lecteur Mes tracas à la Chambre et devant l'électeur ; J'ai dit comment la Chambre, enfin, devint meilleure. Se plaindre sans motif est se mettre en son tort. [re Messieurs, j'avouerai donc franchement qu'à cetteheu- Je ne me trouve pas mécontent de mon sort.
12 août «84-2.