AU PEUPLE FRANÇAIS
Mit : Allez vous-en, gens de la noci
Français, discuter forts, bastilles ; Vouloir qu'on respecte la loi.
C'est perdre le temps en vétilles ; Songez au réel, croyez moi.
Au lieu d'ourdir mainte manœuvre Contre un ministère d quia,
Tra, la, la, la,
Dèri, déra...
Mettez mille ouvriers à l'œuvre, Perçons l'istbme de Panama.
« Mais, dit le citadin tout pâle, Si Guizot, sans en avoir l'air, Muselle un jour la capitale? »
II n'a pas d'autre but, c'est clair.
Dans Paris il voit un fantôme .
Rien ne le guérit de cela...
Tra, la, la, la,
Déri, déra...
Passons un caprice au digne homme.. Perçons l'isthme de Panama.
Les mois d'invasion, de guerre, Qui troublent de pauvres esprits.
On le comprend, n'agitent guère L'homme de la paix à tout prix.
Mais à qui brode sur ce texte Tout veniru donne son visa.
Tra, la, la, la,
Déri, déra...
C'est un admirable prétexte...
Perçons l'isthme de Panama.
Chacun dit : « Foin de vos murailles ! » Oui, l'habitude des Français Est de se montrer aux batailles Le flanc découvert, je le sais.
Vous savez broyer comme plâtre Russes, Prussiens, et cœlera...
Tra, la, la, la,
Déri, déra...
Mais qui songe encor à se battre ?. . . Perçons l'isthme de Panama.
Chaque jour, terrible Genèse!
La fonte aux bouillons frémissaus, Sortant rouge de la fournaise, S'allonge en canons n enaçans.
Mais l'Amérique nous appelle, Canons, fondeurs, laissons tout
Tra, la, la, la,
Déri, déra...
Prenons la pioche et la pelle !
Perrons i'isthme de Panama.
On dit : « .Mais chaque forteresse Darde sur nous son oeil béant ; A nos portes Vincennes dresse Son front comme un sombre géant. »
Pour chasser des peurs chimériques Michel Chevallier vous dira :
Tra, la, la, la,
Déri, déra...
Séparons les deux Amériques...
Perçons l'isthme de Panama.
Si l'on en croyait la Réforme Et plus d'un carliste effronté, Bastion, fossé, plaie-forme, Demain tout serait culbuté.
Ces affreux marchands de paroles Sont une peste, on sait cela ;
Tra, la, la, la,
Déri, déra...
Envoyons promener ces drôles!. .
Perçons l'isthme de Panama.
Quant au digne contribr nb!e Son sort me paraît affligeant ; Il faut plaindre le pauvre diable Forcé de verser son argent.
Mais, pour rattraper quelques bribes D'une fortune qui s'en va,
Tra, la, la, la,
Déri, déra...
Gagnons la mer des Caraïbes !... Perçons l'isthme de Panama.
« Mais, dira-t-on, sur nos familles, Si quelque jour de vos remparts, Et des créneaux de vos bastilles, Le feu tonnait de toutes parts!... »
— Ce serait triste, mais qu'y faire ?
Français, en attendant cela,
Tra, la, la, la,
Déri,déra ..
Suivez un conseil salutaire, Percez l'isthme de Panama.
H octobre 18'<3.
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i Air: Muse des bois et des accords champêtres.
Paris, un jour, fêtait l'enfant auguste Né revêtu du manteau des Césars; Comme l'enfant, faible encore, un arbuste A ses côtés naissait, loin des regards, [bis.) Douze ans après, la mort en fauchant l'homme, Laissait au fils des jours agonisans. {bis.) Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome 7 . . Tu viens offrir ton bouquet tous les ans. '
Dans le jardin qui tous deux vous vit naître, Vous grandissiez; et lorsque, tout joyeux, Sur ses béliers passait ton jeune maître, Tu secouais l'air frais dans ses cheveux. Pendant les nuits, avec ton doux arôme Tu lui jetais de mystérieux chants.
Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.
(1) On sait qu'il existe, dans le jardin des Tuileries, un arbre, qui fut planté le jour de la naissance du roi de Home. Tous les ans cet arbre esl Henri pour la fêle du prince auquel l'unit un souvenir si touchant.
Une heure vint où sur l'aigle invincible Tous les vautours fondirent à grands cris; Le noble oiseau, sous leur serre terrible, Fut écrasé dans son aire en débris.
On emmena l'aiglon, triste fantôme, Loin de ton ombre aux zépbirs caressans. Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.
Aux mêmes li ux où, rieur et folâtre, Avait passé l'enfant impérial, Bientôt l'encens de la fouie idolâtre Pleuvait à flots sur un enfant royal.
Mais, dédaignant l'héritier du royaume, Pour l'exilé tu gardas tes présens.
Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.
Le vent qui vint frapper le capitaine, Soufflant bientôt sur les Bourbons vieillis, Brisa leur tête, autrefois si hautaine, Et dispersa la semence des lys.
Le peuple avait secoué son long somme... Mais, vert encore après tant d'ouragans, Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.
Naguère encore, objet des plus doux rêves,
Au lit des rois un enfant rose est né ;
La Seine berce, en roulant sur ses grèves,
Le jeune prince au trône destiné;
Mais l'Homme rouge.au palais, noir symptôme
Darde toujours ses yeux étincelans...
Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome,
Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.
Quand, autrefois, luisait celte journée, Quand sur Paris se levait le vingt mars ; Devant ses dieux la ville prosternée Criait : « Vivat! longue vie aux Césars! o Cent voix d'airain hurlaient sous levieux dôme Que reste-t-ii de ces cris, de ces chants?... Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.
2'i mars 1842.
OPIIIOX DE H. fiUIZOT SUR LA GUERR1.
aiii de la Codaqui.
Des drôles dont le cerveau S'enflamme comme la poudre Naguère criaient: « Bravo!
Nous allons donc en découdre.
L'Espagne d'un air arrogant Au nez des Français a jeté le gant ;
Au combat il faut se résoudre »
Au combat ! nenni, calmez ce beau feu. Plaisanter un peu Est bon, mais, morbleu !
Se prendre à la gorge est un mauvais jeu.
Notre drapeau, qui brillait Si terrible sur l'Europe, Se dépouillant en juillet De sa poudreuse enveloppe, Aux yeux de nos lâches vainqueurs Fit étinceler ses fières couleurs.
Plus d'un roi tombait en syncope ; Nous neleurvoulionsaucunmal,mon Dieu!
Plaisanter un peu Est bon, mais, morbleu !
Se prendre à la gorge est un mauvais jeu.
Le vertige un jour nous prît :
Et sans écouter personne, Le Système s'enliardit A taire occuper Àncône; L<'s rois déjà changeaient de ton :
« La France s'ém ut, gare! disait-on;
On verra crouler plus d'un trône
C'était mal juger le Juste-Milieu.
Plaisanter un peu Est bon, mais, morbleu !
Se prendre à la gorge est un mauvais jeu.
Puis vint le fameux Iraité, Digne œuvre de l'Angleterre ; Notre front trop souffleté Se rembrunit de colère.
Le petit Thiers, enflant sa voix, Brandit fièrement son sabre de bois.
Chacun voyait trembler la terre
Le Système seul trembla, grâce à Dieu.... Plaisanter un peu Est bon, mais, morbleu.' Se prendre à la gorge est un mauvais jeu.
Un tyran qui décréta Le meurtre, la violence, Sur les bords de La Plata Brave impunément la France.
Pour défendre enfin notre nom, Notre flotte part la mèche au canon ;
Bosas était sans espérance
Mais il ne perdit pas un seul cheveu.... Plaisanter un peu Est bon, mais, morbleu !
Se prendre à la gorge est un mauvais jeu.
Naguère Anglais et Français, Rivaux qu'à tort on abouche, Tout en se jurant la paix, S'observaient d'un œil farouche; Les marins, malgré tous nos vœux, Saitscessevoulaientse prendre aux cheveux;
Mais Thicrs que le bon ordre touche, A mis notre flotte à l'abri du feu...
Plaisanter un peu Est bon, mais, morbleu !
Se prendre à la gorge est un mauvais jeu.
Croire à la guerre avec nous ('/est être fort loin de compte; Notre dos est fait aux coups, Nous vivons fort bien de honte.
Quand on nous frappe par trop fort Nous disons aux gens: «Mais vous avez tort.»
On prétend que la peur nous dompte; Nous ne craignons pas d'en faire l'aveu. Plaisanter un peu Est bon, mais, morbleu !,.
Se prendre à la gorge est un mauvais jeu.
18 février 1845.