MORALITÉ
Pour toute sa vie au bagne, Ce criminel forcené Vient de se voir condamné ; Or voilà ce que l'on gagne, Et comment on est traité, Quand on s'est mal comporté
IIIITATICIT DE SEDLITZ.
^ minuit, le tambour dans ses langes funèbres Se réveille en sursaut, prend son équipement, Et puis s'avance au pas, battant dans les ténèbres Le rappel et le roulement.
L'étrange son s'étend et bruit dans le silence, Et de ses bras osseux qui vonts'entrecboquant, Le tambour bat toujours, bat sa caisse en cadence A travers les tombes du camp.
Et chaque vieux soldat lève la tête et bâille,
Ecoute le tambour qui roule en murmurant,
Charge sac et fusil, comme pour la bataille,
Et vient s'aligner à son rang.
Ions ceux à qui la neige a servi de suaire, Et qui sur les chemins dorment sans monumens ; Et ceux dont l'Italie, au ciel incendiaire, A desséché les ossemens;
Ceux que dans le désert le simoun rendit chauves, Ou que l'yatagan de l'Arabe a touchés, T<»us viennent gravement, fronçant leurs sourcils fauves. Pressant leurs sabres ébréchés.
Et, plus loin, secouant ses poudreuses épaules, Le trompette se lève, et montant à cheval, Le regard tour à tour fixé vers les deux pôles, Donne fortement le signal.
Et l'on voit accourir sur de noires cavales, \ux sabots enflammés, à l'œil sombre qui luit, I)e9 milliers d'escadrons, s'avançant par rafales, Ainsi que des oiseaux de nuit.
Sous le casque à longs crins, où son front s'emprisonne, Chaque cavalier porte un signe sépulcral, Et sou sabre au poignet lié par la dragonne, Se hérisse aux flancs du cheval.
El le chef, à minuit, sort aussi de sa tombe; 11 s'avance portant frac et petit chapeau; Son corps est sans parure ; à ses côtés retombe Son épée au mince fourreau.
Près de lui, tout couverts de leurs grandes moustaches. Parés de croix, velus de beaux habits guerriers, Et le front pavoisé de plumets, de panaches, Se tiennent tous ses officiers.
La lune glisse pâle au milieu de la nue, Jetant aux alentours quelques faibles rayons ; L'homme au petit chapeau va passer la revue De tous ses anciens bataillons.
(iliaque rang porte l'arme; et, froide, rembrunie, La figure du chef darde un œil éclatant ; Puis, l'Empereur s'arrête, et chaque compagnie Défile au pas, tambour battant.
Et tous les généraux, courbant leur tête blanche, S'arrondissent en cercle au milieu des soldats; Sur le front de l'un d'eux le chef alors se penche, Et lui souffle deux mots tout bas.
L'un de ces mots est France, et l'autre Sainte-Hélène; Chaque officier redit ces deux mois sourdement; Puis, plus haut ; et bientôt dans Paris et la plaine, Éclate un long gémissement.
C'est le grand rendez-vous des glorieuses ombres Qui viennent se revoir au Champ de-Mars, sans bruit, C'est la grande revue, aux longues files sombres, Que l'Empereur passe à minuit.