‹ Strophes et chansons politiquesChapitre 2 sur 56 · PRIX DE L'OUVRAGK COMPLET : 12 P · texte numérisé non relu

PRIX DE L'OUVRAGK COMPLET : 12 P

Imp de Mme De I.acombe, r. il'Krij liien !

p'JELÇ'JES 7BRS DS PRÉFACE.

Quand, travailleurs ardens, notre peau s'est ridée A tailler dans le style, à creuser dans l'idée, Quaudlas de ce labeur qui tue et qui sourit, Nous laissons, à la lin, détendre notre esprit ; Et, reposant nos fronts, et reprenant baleine, Nous regardoDS quels fruits poussent dans notre plaine; Hélas! combien de fois nous retrouvons déserts Les sillons douloureux que nos bras ont ouverts ! Que de ibis dans l'oubli, mare profonde et noire, Nous voyons englouti notre germe de gloire !

i"t pourtant noua 9cntons qu'un désir véhément

Nous dit d'en appeler <1<- notre jugement ;

Peut-être I v public, ce justicier suprême,

Viendra-t-il nous donner raison contre nous-même.

Quoi donc? à celte chasse, à ce terrible jeu

Où l'esprit court porté sur des ailes de feu,

N'aurions- ii)ii9 pas saisi dans les sphères dorées,

Quelques beaux papillons aux ailes diaprées ?

Tout ce qui luit en nous de divines clartés,

Tout ce que l'âme voit de célestes beautés.

Tout ce qu'en nous le bien excite d'ardeurs saintes,

tout, ce que pour le mal notre cœur a de plaintes,

Tout cela rendu vain par notre infirmité,

Se serait-il flétri comme un fruit avorté ?

Malgré nous, malgré tous, nous ne pouvons le croire;

La muse qui venait en tunique de moire

Flotter sur nos lambris avait les yeux si doux !

Eh quoi ! n'aurait-ellc eu que du dédain pour nous ?

Peuple, et vous grands esprits, règles de toute chose, A votre tribunal nous portons notre cause.

Au domaine de l'art l'intérêt va fauchant;

Pourtant plus d'une main sème encore en ce champ

Pour que la gloire, fleur dont le parfum enivre,

S'y balance à côté de l'épi qui fait vivre.

Or, c'est là notre idée ; et ce livre, lien

De nos convictions, d'homme et de citoyen,

Aspire à plaire, écho des âmes et des tètes,

A tous les gens de cœur, puis à quelques poètes.

Dans ce jardin qu'ainsi soucieux nous fondons, \otis avons arraché l'ivraie et les chardons ; Et c'est après avoir trié la mauvaise herbe Que nous mettons enfin notre moisson en gerbe.

Sus, donc ! tous mes héros fiers, grotesques, sanglans , Vous que caresse ou bien égratigne ma plume !

Il faut, superbes ou tremblans, Du vélin que pour vous on découpe en volume,

Venir remplir les feuillets blancs !

Au musée in-dix-huit que le libraire fonde, Muse et lutin, marquez la place à votre monde: Muse, à vous les puissans ; à vous ceux dont les mains Pétrissent leur pouvoir dans le sang des humains : L'ogre du Nord vautré sur notre sœur qu'il broie, Et chaque jour mangeant un morceau de sa proie! Les lords gorgés de vins et de mets parfumés, Mêlant leurs chants aux cris d'un peuple d'affamés ! A vous les rois-geoliers de la sombre Allemagne ! A vous les furieux modérés de l'Espagne ! A vous tous ceux enfin dont la gloire ne luit Que comme un incendie au milieu de la nuil !

Toi, lutin à l'oeil vif, aux mouvemeus ardens, Dont la bouche qui rit montre de longues dénis, <iai Méphistophélès qui toujours chante, veille Et s'abat sur les sots pour leur tirer l'oreille, Rassemble dans la Presse, où leurs noms sont épars. l'on troupeau de Pasquins tout criblés de brocards.

Allons ! que loul défile : homme de loi, de banque; Baron juif, archevêque, épicier, saltimbanque ;

Aides-de-camp hautains, dont les deux éperons, — Éloquence d'acier — font trembler les poltrons ; Bourgeois inharnaches, famille végétale gui sous le bonnet d'ours pompeusement s'étale ; Lourds journaux paradant devant leurs abonnés ; Écrivains se jetant l'encensoir par le nez ; Philanthropes sans cœur dont la phrase patauge ; Ventrus dont l'appétit se démène dans l'auge ; Bas-bleus dont le clinquant et le stylo en coton Se font or pur et soie au souffle d'un Platon; Et toi, roi des hâbleurs, puff, dont la voix qui grince A toute heure assourdit Paris et la province ; Allons! que par ma strophe ou bien par mon cou pi t, Clouée en ce recueil comme par un stylet, Chaque figure livre, ou confuse ou hautaine, Sa sottise au sifflet, son stygmate à la haine !

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