A L'AMIRAL DUPETIT-THOUARS
■\ih : Verse, verse du vin de France
La trahison juge l'honneur, Kl !a lâcheté, le courage; Mais toi qui conserves au cœur Les pures leçons d'un autre âge ; Héritier d'un nom sans affront Qui parmi les plus nobles brille, Fier enfant de ceux dont le front Ne se courbe ni ne sourcille,
Ni ne sourcille; Amiral, sois de ta famille, Los portes te chanteront [bis
A l'heure où contre les états
La France dressait son audace,
Deux des liens dans dos grands combats
Laissaient une sanglante trace:
0 Tonnanll l'un d'eux sur (on pont,
Tout criblé soutint la bataille;
Trafalgar, tu vis le second
Bondir ardent dans ta mitraille,
Dans ta mitraille.
Enfant des preux, sois à leur taille, Les poètes te chanteront.
Quand l'astre éteint de nos grandeurs Aux fanges de la bonté tombe, Quand dépouillé de ses splendeurs Le peuple souverain succombe; Dans cet abaissement profond Où luit à peine l'espérance, Quand toutes nos fiertés s'en vont.
Laissant crouler notre puissance,
Notre puissance.
Relève le front de la France, Les poètes te chanteront.
D'indignes Français, dont le cœur N'est plus qu'une source tarie, Insultent d'un rire moqueur Au culte saint de la patrie ; Dans leur Ame rien ne répond ; Sourds à la plainte des ancêlres, Sur ce sol créé libre, ils font Régner les étrangers en maîtres.
Régner en maîtres.
Reste loyal parmi les traîtres, Les poètes te chanteront.
De Clovis à Napoléon, Du monde français vastes pôles, Toujours l'épée ou le canon Marquent la limite des Gaules ; Notre honneur au combat si prompt Cède aujourd'hui couvert de taches, Et Francs et Gaulois sous l'affront N'ont plus de poudre ni de haches,
Ni de haches.
Toi, sois brave au milieu des lâches, Les poètes te chanteront.
Anglais, si votre haine croît, Nous sentons bouillonner la nôtre ; Chaque jour le flot du détroit La porte d'une côte à l'autre ; Ah ! les jours solennels viendront, Où, dans l'arène héréditaire, Les deux peuples redescendront; Car l'un d'eux est de trr.p sur terre,
De trop sur terre !
Jette le ganta l'Angleterre, Les poètes te chanteront.
Nos ministres, dans leur stupeur, En apprenant ton héroïsme, Au conseil, où trône la peur, T'ont frappé d'un vain ostracisme ; Quand les vagues t'apporteront La triste et honteuse nouvelle, Dans tes mains qui se crisperont, Brise l'épée officielle,
Officielle ; Nous t'en gardons une plus belle, Que les poètes chanteront.
s mars I8M.
EXPLICATIONS D'UÏ DÉPUTÉ DU CÏ.ÏÏRK.
Al SUJET Dl BODGET.
Ain : Ronde delà rcfme et !<• châlcau.
D'honneur, la Gauche est sans excuse ; Ses attaques doivent finir; L'ingrate souvent nous accuse Quand elle devrait nous bénir.
Du crédit fécondant les sources, Nous utilisons nos ressources.
Messieurs, que nous reprochez-vous?
Corbleu! tout en vidant vos bourses, — Messieurs, que nous reprochez -vous?
Nous travaillons comme pour nous.
Nous sommes tout à la patrie ; Mais quand vient la belle saison Clapier ou Barada s'écrie:
s Sus, messieurs, à la fenaison ! •)
On a traité le Centre d'âne;
S'il l'est, je veux que Dieu me damne !
Pourtant, j'en conviens avec vous,
A l'époque où le foin se fane,
— Pourtant, j'en conviens avec vous,
Nous travaillons comme pour nous.
Nous pourrions fort bien vous repaître
D'espoirs, de discours supeiflus,
Avant de vous faire connaître
Le sort fatal de vos écus.
Mais nul de nous ne se soucie
De jouer cette comédie ;
Nous avons plus d'égards pour vous :...
D'un seul coup on vous expédie;
— Nous avons plus d'égards pour vous,
Nous travaillons comme pour nous.
Les arts sont prisés par le Centre; Mais dans les lettres comme en tout, C'est moins le cerveau que levenlre Qui sert de guide à notre goût.
Nous aimons les gloires discrètes, Les écrivains plats, mais honnêtes....
Messieurs.de quoi vous plaignez-vous?
Kn gorgeant des auteurs fort bétes, — Messieurs, de quoi vous plaignez-vous? Nous travaillons comme pour nous.
Le peuple est épuisé, qu'y faire?
Lacave vous dira tout net Qu'avoir faim ce n'est pas l'affaire, Et qu'il faut payer le budget.
Le pauvre seul au Ose qu'on triché Ne lait, dit-on, aucune niche....
Philanthropes, que voulez-vous?
Pourquoi chacun n'est-il pris riche?
— Philanthropes, que voulez-vous?
Nous travaillons comme pour nous.
Quoique ce vaillant ministère Soir et matin vante la paix, Nous maintenons le pied de guerre, Cela nous fait de fort beaux frais.
Si dans les plus minces bourgades Jean-de-Dieu case des brigades, Pourquoi vous en plaindriez-vous?
Pour tous nos fils il faut des grades; — Pourquoi vous on pl»ndriez-vou9 ?
Nous travaillons comme pour nous.
Chaque jour, d'après votre dire, Le Trésor est plus exigeant; Il vom faudrait pour y suffire A chacun des tonnes d'argent.
Pour le budget, je le confesse, Le centre est rempli de tendresse...
Eh quoi! le lui reprochez-vous-?
Pour mieux le manger il l'engraisse; — Eh quoi Ile lui r»'prochez-vous?
Nous travaillons comme pour nous.
22 juin I8i"
ii^s saasraaaaaa a'^saaaatîa-iiïiia;
Ah! vous parlez de guerre ! ah ! votie bras secoue
Comme un épouvartail une épée à nos yeux !
Tant mieux, my lords! traînez notre orgueil dans la houe;
Ternissez dans les fils la gluire des aïeux,
Tant que la honte enfin en monte à chaque joue.
l'rappez, frappez, messieurs, nos maîtres à deux mains! Peut-être il reste encor des vestiges humains Dans leur corruption; remuez cette cendre! Le plus lâche a du cœur en un péril pressant :
Forcez ces hommes à défendu», A défaut de l'honneur, leurs trésors et leur sang.
Nous avons épuisé, nous autres dont la bouche Laisse un sillon de feu sur tout ce qu'elle touche, Ànathèmes, affronts, cris et rires moqueurs; Sur nos hommes d'État rien n'a laissé de trace :
Nos coups ont glissé sur leurs cœurs Comme un trait sur l'acier d'une triple cuirasse.
A vous par vos dédains, votre ton effronté, Messeigneurs, de leur rendre une ombre de Çerté; \ voua do tant poser du pied sur leurs poitrines, De frapper leur esprit d'uno telle terreur, Que, raidissant leurs bras et gonflant leurs narines, Ils bondissent enfin transportés de fureur !
Quant à nous qui formons la nation française, Et dont tout sentiment peut s'cxbaler à l'aise, Quant à nou9 dont la paix n'est pa9 le premier bien ; Qui, bravant hautement tout joug, toute personne, Dans les graves débats où notre nom résonne, domptons l'honneur pour tout et le péril pour rien ;
Quanta nous qui rions des vaines arguties, Des grands discours menteurs et des diplomaties; Qui voyant sur le front d'un ministre tremblant Un étranger hautain agiter sa cravache, Traitons sans hésiter ce ministre de lâche. Et cet élranger d'insolent;
Quant à nous qui, ployés comme un géant malade, Et qui sans proférer ni vain cri, ni bravade, Écoutons, l'oeil ardent, d'injurieux débats, Parce que nous savons, sûrs de notre puissance, Q'un jour nous serons tous debout pour la vengeance, Et que notre vengeance a d'eflrayans éclats;
Quant à nous, nous tenons sur de sombres registres Inscrits vos traits félons, vos outrages, mylords ; Et quand viendra le jour des rencontres sinistres, Alors, nous frapperons sans pitié, sans remords.
Ah ! vous nous menacez ! misérable ironie !
Nous osons nous battre seuls, nous ; Seuls, le flanc découvert, sans peur, sans félonie;
Nous sommes francs, loyaux, mais vous?...
Vous, honteux raccoleurs, vous allez par le monde,
L'air piteux, la bourse à la main, Ramassant,— noble espoir où votre orgueil s • fonde!
Les aventuriers du chemin.
Ainsi que des phrynes au coin de quelque place.
Quêtant l'appui d'un souteneur, Vous livrez an premier mercenaire qui passe
La défense de votre honneur ; Et lorsque vous avez conduit à la bataille.
Contre un peuple superbe et grand, Tous les rois de l'Europe avec leur valetai'le,
Vous vous cachez au dernier rang.
Loups aux fauves regards, aux gueules affamées,
Vous humez l'odeur des combats, Et regardez de loin le démon des armées
Qui broie et fauche les soldats ; Tant qu'enfin dans le sang où le monde se noie
S'abatte le peuple vainqueur, Et que, pour l'achever, comme une indigne proie.
Vous lui plongiez votre ongle au cœur.
Et vous croyez, messieurs, parce qu'il n'est sur terre Rien de traître et de vil comme votre Angleterre, Rien qui soit à la fois plus fier et plus rampant; Vous croyez, possédés d'une folle espérance. Sous votre infâme joug faire ployer la France! Non, mylords, le lion ne craint pas le serpent.
Ourdissez, ourdissez vos ténébreuses trames ; Pour que chacun enfin juge l'honneur anglais, Dans Beyrouth bombardé, dans Barcelone en flammes Donnez notre drapeau pour cible à vos boulets !
Allons ! que. Birmingham sons cesse affile et forge Le sabre avec lequel l'Arabe nous égorge!
Après avoir sej vi Van-Halen en bourreau, My lords, pour couronner votre lâche infernale, laites grincer dos dents à l'Espagne qui râle, Et ni^ir contre nous le dogue Espai tero !
Parlez-nous, parlez-nous de grandeur et de gloire, O magnanimes lords ! vous dont toute l'histoire N'est pleine que de sang, de fange et de poison ; Vous dont chaque pensée est un calcul inique, Vous dont chaque action est lâche et lyrannique, Et dont chaque parole est une trahison :
Nous vous écouterons calmes, hautains et graves, Et nous vous répondrons :--Sansplus de mots, mylords, Vous qui vous annoncez si puissans et si braves. Osez donc une fois vous battre corps à corps !
Nous autres, nous luttons seuls en toute occurrence, Venez donc seuls aussi lutter contre la France ! [bals, Vous nous bravez, messieurs! mais dans ses grands com- Quand l'Empereur, voulant fermer une campagne, Renversait sur le flanc quelqu'état d'Allemagne, Il vous cherchait toujours et ne vous trouvait pas.
L'aigle couvait en vain le rocher britannique; Ses pâles habitans, blottis dans leur panique, Des flots de l'Océan se formaient un rempart ; Venez donc au champ clos ! et, redressant la tête, Notre coq, quoiqu'il soit sans éperons ni crête, Saura crever les yeux à votre léopard!
Il février 1843.
3&GLÂSSS LA SSSSffCB.
Air. de l'Aveugle de Bagnôlet.
Écoutez, messieurs, le temps presse; Les discours plus ou moins adroits Des députés et de la presse Vous convaincront fort peu, je crois.
Les plus beaux traits ne sauraient plaire Quand on a sa récolte à faire :
— Ça, pas de discours superflus, La régence fait mon affaire,
— Ça, pas de discours superflus, Nommez Chicard, n'en parlons plus.
Kégenl d'un peuple à rouge trogne, Je me fais payer grassement ; Puis aux Vendants de Bourgogne J'installe mon gouvernement.
Pour que tout en grand s'administre, Sans cour des comptes, ni registre ;
— Ça, pas do discours superflus, Je prends Bilboquet pour ministre,
— Ça, pas de discours superflus, Nommez Chicard, n'en parlons plus.
Je rends la France grande et libre :
Suc y démontrera l'argot; La corde raide et l'équilibre Seront professés par Gui/ot.
Connue historien, secrétaire , Conteur civil et militaire ;
— Ça, pas de discours superflus, J'aurai Marco de Saint- Hilaire,
— Ça, pas de discours superflus, Nommez Cbicard, n'en parlons (dus.
De quelque joyeuse maîtresse Je lais mon épouse, un matin ; Coquereau nous dira la messe, Et Homicu fera le festin.
De mes lils drolatique engeance, Pisseux cultivera l'enfance ;
— Ça, pas de discours superflus, Eslher leur montrera la danse,
— Ça, pas de discours superflus, Nommez Cbicard, n'en parlons plus.
Quand le peuple en déconfiture Et voyant tous ses efforts vains, M'offrira l'impôt en nature, J'accepterai vite ses vins.
Faut-il, quand la gène est notoire, Songer toujours à sa mâchoire?
— Ça, pas de discours superflus; Après tout, l'impôt peut se boire,
— Ça, pas de discours superflus, Nommez Cbicard, n'en parlons plus.
Malgré ma bonté paternelle, Si, mal conseillés quelque jour, Les bourgeois me cherchent querelle ; Je veux leur jouer un bon tour :
Sur les comptoirs sans nulle grâce, Je braque les canons en masse ;
— Ça pas de discours superflu!', Je les laisse gris sur la place,
— Ça, pas de discours superflus, Nommez Cbicard, n'en parlons plus.
La perfide Albion nous berne ; Je connais ce peuple glouton ; Je me flatte, si je gouverne, De lui faire changer de ton.
Je sais malgré son air farouche, De quelle manière on le touche :
— Ça, pas de discours superflus, Je prends les Anglais par la bouche :
— Ça, pas de discours superflus, Nommez Cbicard, n'en parlons plus.
Au glorieux rang où j'aspire, Fiançais, nommez-moi sans retard; La régence est faite pour rire ; Or, vous rirez avec Chicard.
La joie allait, roulant sa bo.-se.
Sous certain régent que l'on crosse ;
— Ça, pas de discours superflus, Je vous ferai faire la noce;
— Ça, pas de discours superflus, Nommez Chicard, n'en parlons plus.
6 août 1842