‹ Strophes et chansons politiquesChapitre 23 sur 56 · CHANSON DE MARINS · texte numérisé non relu

CHANSON DE MARINS

Air : Ah! daignez m'épargner le reste.

Vous qu' et' toujours bien informé Gabier, mêm' que vous savez lire, Le potocoF vient d'êt' fermé, Peut-on savoir c' que ça veut dire?

— Mat'lot, ça veut dir' que l'Anglais N' nous mont'ra pas sur l'épaule.

— Gabier, 1' mat'lot, qu'est bon Français, Alors peut donc crier en paix :

« A bas l'Anglais et 1' potocole ! »

Gabier, qu'est-c' que nous voulaient donc Tous ces goddem, que Dieu confonde?

— Ils prétendaient que sur notJ pont Ils avaient droit de fair' la ronde. L' ministre, comme un vrai niais, Donnait dans cette faribole — Gabier, Y mat'lot, qu'est bon Français, Alors peut donc crier en paix :

i A bas l'Anglais et I' potocole! »

Gabier, on nous disait pourtant Qu' l'Anglais nous portait de l'estime.

— On l'a cru pendant un instant, Mat'lot, mais c' n'était qu'une frime ; Les habits roug' trouvent mauvais Qu' nous possédions môme une yole.

— Gabier, l' mat'lot, qu'est bon Français, Alors peut donc crier en paix :

« A bas l'Anglais el 1' potocole! »

Après le branl' bas de juillet, L'Angleterr' reconnut la France.

-Mat'lot, c'est qu'alors elle craignait De s' voir repasser une danse ; Depuis, le pouvoir, comm' tu le sais, S'est tenu plat comme une sole.

—Gabier, 1' mat'lot, qu'est bon Français, Alors peut donc crier en paix :

» A bas l'Anglais et 1' potocole ! e

Gabier, mais les mat'lots sont bons...

Avec l'Anglais qu'on les abouche !

— Nos hommes d'Etat sont trop capons; D'un seul mot on leur ferm' la bouche. De l'enn'mi remplir les souhaits, Depuis douze ans, voilà leur rôle.

—Gabier, l' mat'lot, qu'est bon Français, Alors peut donc crier en paix :

« A bas l'Anglais et 1' potocole ! d

Faut donc qu' nous ayons intérêt A nous laisser m'nerde la sorte? — Non, l'Angleterre a du toupet, Et v'Ià ce qui la rend si forte;

EU' voit qu' malgré tous ses excès Nous n' lui lavons pas la boussole.

— Gabier, l'mat'lot, qu'est bon Français, Alors peut donc crier en paix :

« A bas l'Anglais et 1' potocole ! »

Gabier, on prétend qu' sous l'ancien

Ça s' passait d'une autre manière.

— Mat'lot, alors on s' battait bien,

Et l'Angleterr' n'était pas fière ;

Mais not' valeur a du rabais,

Et l'enn'mi nous serr' la bricole.

— Gabier, l'mat'lot, qu'est bon Français,

Alors peut donc crier en paix :

« A bas l'Anglais et 1' potocole ! »

Gabier, tout cela finira...

— Mat'lot, avant d' manger la gaffe,

J'espèr' que l'Anglais recevra

D' mes mains une bonn'pataraffe.

En attendant d' plus beaux succès,

L' pays lui donne une croquignole.

— Gabier, l'mat'lot, qu'est bon Français,

Peut donc s'écrier plus qu' jamais :

« A bas l'Anglais et l' potocole ! »

24 novembre 184-2

2T LES FEMMES D'XSLAtfDE

Le soir, la voix qui sur l' Irlande tonne

Dans l'ombre éteint ses échos solennels ;

Une clameur plaintive, monotone,

En ce moment sort des seins maternels :

« Les jours d'été de leurs chaudes haleines

Rajeunissaient nos vidages flétris ;

Mais traîne encor, traîne tes pieds meurtris,

0 noble Erin, dans tes stériles plaines... »

Malheur ! malheur ! le vent plisse la mer, Et sur nos monts s'asseoit le dur hiver.

Plus de doux cieux où notre œil se repose ; A l'horizon, incertain, tremblottant, Le soleil fuit comme un hôte morose Qui sans parler s'éloigne mécontent Plus de fraîcheur mystérieuse et pure Aux soirs moirés par des reflets d'argent ; Plus d'airs joyeux au toit de l'indigent Chantés la nuit par la mère nature

Malheur ! malheur ! le vent plisse la mer, Et sur nos monts s'asseoit le dur hiver.

Sur les (lots bleus où nos époux, nos frères

Voguaient, rians, comme sur un beau lac ;

Le goéland, aux ailes funéraires,

Se berce ainsi qu'en un sombre bamac.

La solitude au bord des eaux si douce,

Les longs regards plongeant dans le lointain,

Tout est fini ; la neige, ce matin,

A recouvert nos beaux sentiers de mousse..

Malbeur ! malbeur ! le vent plisse la mer. Et sur nos monts s'asseoit le dur biver.

Hélas! nos fils, créatures proscrites, Dont la douleur jaunit le teint vermeil, Hier encor, malgré les marguerites, Jouaient avec les rayons du soleil ; Et de nos yeux sortaient de douces flammes: Aux chants de fête, aux cris de nos enfans La joie entrait dans nos cœurs triomphans ; Tont est lugubre aujourd'hui dans les âmes!..

Malbeur! malheur ! le vent plisse la mer, Et sur nos monts s'asseoit le dur biver.

Quand finira notre longue souffrance?

Que resle-t-il à l'île des douleurs , Si les rayons dorés de l'espérance N'absorbent plus quelques-uns doses pleurs? Si le flambeau qui l'anime et l'éclairé Se voile à l'heure où le bras est puissant ; Et si la bise, au souffle engourdissant, Eteint le feu qu'allumait la colère?...

Malheur ! malheur ! 1c vent plisse la mer, Et sur nos monts s'asseoit le dur biver

Oh! si hautain qu'au sommet des montagnes Ton cri royal retentisse, géant !

Si lier qu'il tombe au milieu des campagnes Sur les douleurs de ton peuple béant!

Qu'importe? hélas! le palais de nos maîtres Brille embrasé : le Saxon mange et boit Au gai reflet des flammes. . . et le froid Colle son front livide à nos fenêtres...

Malheur! malheur! le vent plisse la mer, Et sur nos monts s'asseoit le dur hiver.

Oh! pourquoi donc tant maudire nos larmes Si nous n'avons rien fait pour les tarir ! Pourquoi nos fils ont-ils des bras, des armes, Puisqu'aucun d'eux, hélas ! ne sait mourir! Pourquoi parler si haut de l'Angleterre, Si, quand l'Irlande arbore son drapeau, Tous ses enfans serrés en un faisceau Ne poussent pas un long hourra de guerre !

Malheur ! malheur ! le vent plisse la mer, Et sur nos monts s'asseoit le dur hiver.

Mais la clameur des mères, des épouses, Se perd bientôt dans la paix de la nuit ; Le lendemain, pressé sur les pelouses, Le peuple écoute O'Connell qui mugit !... Et l'Angleterre ourdit toujours sa toile : Les régimens fourmillent dans les ports ; Lesobusiers s'alignent sur les forts!...

Et les brouillards épaississent leur voile...

Malheur! malheur! le vent plisse la mer; EtsurErin s'asseoit le dur hiver. »

27 sep'ti ml i e 1843

MjDSIW LOW'E NOMMÉ COLOIU

Ain : Allez-vous-en, gens de la noce

Dignes Anglais, Guizot vous flatte ; Ce sentiment lui fait honneur.

Voire amitié pour nous éclate, Chaque jour, par quelque faveur.

Votre dernier tour n'est pas fade, 11 compte parmi les plus forts.

Bravo, milords ! [bis) Elever Hudson Lowe en grade; Ce trait efface tous vos torts !

Nous avions éteint nos colères, Mais vous vous êtes dit : « Corbleu ! » C'est un ennui de vivre en frères ; » Rallumons bien vite le feu ! »

L'exploit était beau ; mais, en somme, Hudson vous laissait des remords.

Bravo, milords !

Vous récompensez le digne homme :

Ce trait efface tous vos torts i

Messieurs les iords, je le déclare.

Oublier l'honorable Hudson, C'était une injustice rare Qui déshonorait votre noi

Un manque d'égards aussi grave Ne doit point tacher voire corps;

Bravo, milords !

Vous faites droit aux vœux d'un brave Ce trait eiïace tous vos torts !

Milords, jusqu'au bout de la terre Votre nom célèbre est vanté ; Le monde voit dans l'Angleterre Le type de la loyauté.

Du beau zèle qui vous enflamme Cbacun applaudit les efforts ;

Bravo, milords!

Vous comblez d'aise une belle âme ; Ce trait efface tous vos torts !

On prétend qu'envers sa victime Le bon Hudson s'est montré froid ; Certe! il l'environnait d'estime, Mais il n'avait pas d'autre droit.

Lié par des devoirs austères, Il dut étouffer ses transports ;

Bravo, milords!

Vous aimez les beaux caractères ; Ce trait efface tous vos torts !

Hudson méritait d'avantage Que le grade par lui brigué ; Chez nous, il aurait fait, je gage, Un argousin fort distingué; Pourtant, messieurs, votre conduite Est louable sous maints rapport;-;

Bravo, milords I Vous encouragez le mérite ; Ce trait efface tous vos torts !

L'Empereur avait l'espérance Que son digne gardien, au moins, Serait quelque jour par la France Payé largement de ses soins.

Ce vœu, la victime inquiète L'avait emporté chez les morts;

Bravo, milords!

Vous avez soldé notre dette ; Ce trait efface tous vos torts !

Vous accuser d'effronterie, Nous nous en garderons, vraiment !

Votre acte est une espièglerie Dont nous vous faisons compliment.

Puisque, libre enfin de sa chaîne, Le patient gît sur nos bords ;

Bravo, milords!

Payer le bourreau de sa peine, Messieurs, c'est effacer vos torts !

1er novembre 1842.

EXHORTATIONS FMIMELLES

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