CRI D'ALLÉGRESSE
BU .WI'KKNANT
LA. ITOIIIUATIOU DS M. JACÇUEKHTOT.
Air : Halte-là !
Camarades, grande fêle!
Le trône ne craint plus rien :
Nous avons à notre tête Un vrai guerrier citoyen :
Par les électeurs naguère Ce digne homme interpellé A dit qu'au seul mot de guerre Tout son corps avait tremblé :
Quel honneur!
Quel bonheur!
Notre général a peur.
Patrouiller d'un pas paisible, Se défendre en faction De tout animal nuisible, Voilà notre mission ;
Nous saurons dans ce beau rôle, Apporter un zèle ardent, Eu songeant à la parole De notre bon commandant:
Quel bonneur !
Quel bonheur !
Notre général a peur.
Lafayette, il faut le dire, N'était qu'un écervelé; Lobau sentait trop l'Empire ; Gérard, le cerveau brûlé.
Ces gens parlaient de se battre Contre nos bons ennemis; Foin de tous ces diable-à quatre Qui nous auraient compromis:
Quel honneur !
Quel bonheur !
Notre général a peur.
La guerre est une sottise ; Nous devons vivre en repos, Puisque l'ordre est la devise Inscrite sur nos drapeaux : Contre l'esprit d'anarchie Réunissant notre effort, Tremblons sur la monarchie; Amis, tremblons au plus fort:
Quel honneur!
Quel bonheur!
Notre général a peur.
Quel plaisir quand, sous son grade, Notre nouveau chef, demain, Va briller à la parade, Fier comme un guerrier romain !
On se dira : Ce grand homme Dont l'air est si triomphant, Eh bien! compagnons, en somme.
Il tremble comme un enfant :
Quel honneur!
Quel bonheur!
Notre général a peur.
Parmi nous, nul ne l'ignore, Itien des hommes entêtés, Parlent hautement encore D'honneur et de libertés :
A leur zèle téméraire Abandonnant ces brouillons, Crions d'un ton débonnaire Au milieu des bataillons :
Quel honneur!
Quel bonheur!
Notre général a peur.
Le Système a pour maxime Que l'on doit fuir le danger.
Mais la crainte qui l'anime, La fera-t-il partager?
Je ne sais ; mais il me semble Que son plaisir est fort grand, Quand nous répétons ensemble Ce refrain si rassurant:
Quel honneur !
Quel bonheur!
Notre général a peur.
-27 octobre 1843.
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DE M. aïïïZOT, il R DIVERS ÉVENEMENS QUI L'INTÉRESSENT.
Marrasl s'élait dressé sur le forum turpitle; Puis avait dit : « Malheur à l'électeur stupide Qui livrera son vote au transfuge de Gand! » Le Commerce m'avait lancé son anathème; Le brave Patriarche avait crié lui-même : « Décidément, Guizot n'est qu'un vil intrigant!
Comme sur un vieux chien qu'on chasse à coups de gaule» Les faits-Paris pleuvaient, à flots, sur mes épaules; Tous les journaux hurlaient: parmi ces forcenés, L'affreux Charivari, dont le sourire agace. Secouait sous mes yeux, en faisant la grimace, Un chapelet de pieds de nez..
On rroyait m'effrayer; erreur, erreur complète ! Je possède l'aplomb d'un cheval de trompette ; Certe, un noble toupet sied bien à la vertu ! Or, pour la dureté du front, de l'omoplate, Pour braver coups et cris, j'éclipse, je m'en flaf le, L'auteur le plus sifflé, l'âne le plus têtu
A chaque élection, des braillards viennent dire : :< C'en est fait ! l'or n'a plus le pouvoir de séduire, Kl cette fois enfin le Système e9t vaincu ; Les Polypes collés sur tous les ministères. Les Roui, les Fulchiron, les Thil, les Liadières, Tous ces végétaux ont vécu. »
Eh bien ! les faits sont là : celte noble cohorte, Qu'on se flattait de mettre aisément à la porte, Tous ces dignes bourgeois, plastrons du quolibet, Dont le cerveau n'est pas moins épais que le ventre, Sous huit jours, ronfleront dans les bas-fonds du cen- II ne manque à l'appel que trente deux Barbet, [tre :
Je l'avoùrai pourtant : ces lauriers que je cueijle N'abritent qu'à moitié mon pauvre portefeuille; Certes, j'avais mêlé mes cartes avec art; Mais l'anarchie est fine ; elle braque sa loupe Sur tous mes mouvemens, et je crois que sa coupe Me jette en un mauvais écart.
Ce que c'est de vouloir faire trop de besogne ! De vouloir contenter et Calais et Boulogne, De promettre à chacun faveurs, bonheur complet! Fasciné par ce flot d'espérances si belles, L'électeur n'y voit plus que trente-six chandelles, Et vote pour Marie, au lieu de Griolet.
Quand je jette un coup-d'œil attentif sur ces listes De députés bleus, blancs, radicaux, royalistes; Quand je vois tant d'ivraie et si peu de moisson, Je ne puis m'cmpêcher de crier à voix haute : « Meà culpâ 1 je suis empêtré par ma faute; Ca me servira de leçon. »
— ih;» —
Je croyais au Français l'âme moins réfractaire ; Je l'avais façonné de ma main doctrinaire, Et son front me semblait dompté sous mon regard; Et pour un rien, un droit qui ne vaut pas le diable , Voilà que l'électeur me joue un tour pendable : Je le dis bautement, c'est petit de sa part !
Paris, réunissant ses efforts sacrilèges , Nomme douze opposans sur quatorze collèges ; Le bourgeois révolté me laisse à l'abandon ; Mes amis les plus chers, voyant qu'on me dégomme, Disent effrontément : « Guizot n'estpas notre homme !» Dans quel siècle vivons-nous donc?
Quoi, moi, François Guizot, qui, certe, ai fait mes preuves,
Après avoir montré des couleurs toutes neuves,
Employé des ressorts doublement raffinés,
Je verrais mes efforts, mon vaste savoir-faire,
Et tous mes grands projets se tourner en eau claire?
C'est pour le coup queThiers viendrait me rire au nez!
Heureusement le ciel a compris ma souffrance : Un tonnerre subit a grondé sur la France, Et les plus résolus ont baissé le caquet. L'Être, dont la bonté laisse partout sa trace, A fait, avec l'espoir de la royale race, Tomber celui du Foutriquet.
La gauche est enfoncée, et n'a plus qu'à se (aire :
Quel effronté viendrait parler de ministère,
En ce moment de deuil et de mortel effroi?
Aux gens qui se croyaient certains de me confondre,
J'ai maintenant un mot tout puissant à répondre :
« Et l'accident, messieurs"7 et le Prince? el le Roi?. . o
Ce n'est pas d'aujourd'hui que mon frac de ministre Uetrouve son éclat dans une heure sinistre ; Le doigt de Dieu par l'homme est appelé hasard; Qu'importe? Saisissons la fortune qui passe! Secouons à deux mains, au milieu de la place, Le manteau sanglant de César !
Ah! messieurs les Français, vous vous mettez en quatre Contre moi ; vous jurez à tout prix de m'abattre ; Vous pourchassez mes gens de Marseille à Calais ; Malheureux, mais ma mort, but de votre espérance, En supposant qu'on pût s'en consoler en France, Ne fendrait-elle pas le cœur de tout Anglais?
J'en conviens, le répit qu'on m'accorde est fort trislc ; Il ne me sauve pas, mais il fait que j'existe ; Avec les électeurs j'ai joué mon va-tout : Tant pis pour qui perdra; je soutiendrai la lutte; Je sais le mot : au bout du fossé la culbute; C'est égal, j'irai jusqu'au bout.
22 juillet 1842.
D'Uffl Dîft"3 IÏOÎîSISUâ ZÏÏRBâlff©.
Air de la Treille de sincérité.
Cœurs paisibles, Aines sensibles, Pleurez sur le bon Zurbano Sacrifié comme un agneau [bis]
Ce grand homme que l'on évince , Et qu'on regrettera bientôt, Faisait fleurir sur sa province Les beaux jours du roi d'Yvetol [bis).
Nul n'aurait meilleur caractère Et cœur plus porté vers l'amour.. .
Sans une effroyable colère.
Qui le tourmente nuit et jour.
Cœurs, etc.
Quand, le poing posé sur la hanche, Dans Barcelone on le voyait Passer sur sa cavale blanche, Chaque Catalan s'écriail
- o.jc son ton gracieux noua touche, » Et que sa figure a d'attraits » Quand elle quitte l'air farouche...
» Qui ne l'abandonne jamais. »
Cœurs, etc.
Sa maîtresse, brune Andalouse, Qu'il aimait fort et qu'il battait.
Dans un moment d'humeur jalouse Un jour contre lui s'emportait :
« Vous aimer, mon beau capitaine, » Disait-elle, me serait doux; » Et je l'aurais fait.... sans la haine » Que je sentis toujours pour vous. »
Cœurs, etc.
L'exercice de la justice Lui procura de beaux succès ; Avec un seul mot : « Au supplice! o Il tranchait le nœud d'un procès :
Pour exercer cet acte énorme Il disait : « Eh bien ! si j'ai tort, » Jugeons l'accusé dans la forme...
» Mais qu'on le fusille d'abord ! »
Cœurs, etc.
Les bons bourgeois de Barcelone Contre le fisc juraient un peu:
Zurbano, que leur plainte étonne, S'écrie : « Attendez donc, morbleu!
» Je vais me mettre à la besogne, » Et j'espère pouvoir bientôt, » En ruinant la Catalogne, » La décharger de tout impôt. »
Cœurs, etc.
A plus d'une verte semonce, Au surnom de buveur de sang, Zurbano pour toute réponse Disait : « J'ai le cœur innocent :
» Mes projets, je dois les poursuivre, » Malgré les propos outrageans, » Car c'est pour leur apprendre à vivre » Que je fais tuer tant de gens. »
Cœurs, etc.
Naguère, dans l'ardeur mutine
Qui le pousse à certains excès,
A coups de pied dans la poitrine
Zurbano reçut un Français;
Expliquant ce fait déplorable,
Il disait : « Ma foi, je conviens
» Que la France est fort honorable. .
« Mais tous les Français sont des chiens.»
Cœurs, etc.
Pour cette mesquine querelle On l'arrache à ses Catalans, A Barcelone, sur laquelle I! avait formé tant de plans; Sans doute la province entière.
Quand ce grand homme va partir, Le suivra jusqu'à la frontière...
Pour l'empêcher de revenir.
Cœurs paisibles, Ames sensibles, Pleurez le bon Zurbano, Sacrifié comme un agneau [bis).
0 octobre 1842.
ii 3BsàHu>aM2i^iîi aa arasas.
Nicolas! Nicolas! lugubre silhouette, Qu'au fond de ses frimas le ciel du Nord projette ! Bras superbe, étendu sur des peuples trcmblans! Front d'airain qu'on dirait, dans sa hauteur sublime, Celui d'un grand vautour perché sur une cime, Morne, les yeux étincelans !
De ton flanc monstrueux que la neige enveloppe, De tes deux bras pendant sur l'Asie et l'Europe, L'ombre fait incliner l'axe des nations; Sur tes vastes États lorsque le regard plonge, On voit leur horizon qui grandit et s'allonge En d'étranges proportions.
Partout, partout s'étend fa puissance athlétique : Ta prunelle se baigne aux flots de la Baltique ; Ta narine gonflée aspire l'Occident.
De tes lèvres pressant Caucase et Valachie, Tu bois le Pont-Euxin et ronges la Turquie, Double proie offerte à ta dent.
O czar ! ô grand lion à l'ardente crinière, Quand la sauvage odeur qu'exhale ta tanière,
Avec le vent du pôle arrive à nos climats, Quand réveillé soudain, et dressant ton front chaîne, Tu jettes dans les airs un rugissement fauve, Tout en secouant tes frimas;
Comme l'Europe écoute, interdite, muette ! Comme l'âme des rois se replie inquiète Ct s'attend au fracas de quelque écroulement ! Et comme l'œil sanglant, et l'écume à la bouche, Les peuples à ton ventre, ô Cosaque farouche, Sont prôls à mordre avidement !
C'est que le rouge éclat que ta grandeur relié te, Pèse d'un poids affreux à toute noble tête; C'est que depuis dix ans, à la face des cieux, Penché sur un cadavre, à qui tu ravis l'âme, Tu souilles ses lambeaux, et de ta botte infâme Tu lui piétines les deux yeux I
Parce qu'autour de toi la clameur qui harcèle, A cessé de gronder immense, universelle, Ne crois pas que le ciel ait signé ton pardon; Czar, la vengeance encor fume dans nos narines ; Va, nous sentons encor du fiel dans nos poitrines, Quand la haine grince ton nom.
Le front enveloppé dans ta pourpre sanglante, Tu t'es dit : « La pensée a la démarche lente; Dans la nuit bien long-temps son pied cherche un chemin ; Avant qu'elle apparaisse, et puissante et hardie, Soufflant au cœur des serfs son terrible incendie, Brisons son flambeau dans sa main!
[bres, Que toujours, que toujours dans leurs profondes om- Mes sujets, vils troupeaux, errent pales et sombres,
Comme dos réprouvés, marqués du doigt de Dieu ; Que partout leur regard en frissonnant retrouve, Comme l'œil de Satan, l'œil du czar qui les couve Sous son diadème de feu !
Qu'en me voyant debout sur les glaciers du pôle, Les éperons au pied, la peau d'ours sur l'épaule, Et mes flots de baskirs hurlant à mon côté, L'Orient sache bien sous quel poids il s'affaisse ; Que l'Occident encor se courbe et reconnaisse L'Attila de la liberté ! »
Czar, ce n'est plus le temps des oppresseurs célèbres Qui s'avancent semant autour d'eux les ténèbres , Et fondent leur empire au milieu du néant: Le peuple en menaçant à leur aspect se lève; Et contre le rempart que la pensée élève, Trébuche le pied du géant.
Ton orgueil tombera. Dans leurs steppes sauvages, Parfois tes serfs, tenant à deux mains leurs visages, Versent des pleurs amers que Dieu seul aperçoit; Parfois leur front courbé tout-à- coup se redresse, Et toise, en se plissant, la flère forteresse Dont l'ombre écrase l'humble toit.
Des longs ressentimens que ton audace dompte, Autour de ton palais le flot grossit et monte; Tes Cosaques velus t'observent en grinçant: Tes boyards, tout le jour, sombres et taciturnes, Quand le tokai les frappe en des fêtes nocturnes, Font tout haut des rêves de sang.
Farouche et dédaigneux dans tes remparts de neige, Tu penses au progrès qui t'enlace et t'assiépe.
l'ouvoir toujours fermer tes États inféconds; Mais si bien que ta porte, ô géant, soit gardée, Il faudra qu'elle cède au levier de l'idée, Qui sans relâche bat ses gonds.
Qu'es-tu donc sous le ciel où ta tête est drapée, O czar? Une grande ombre I une brutale épée, L'idée est une flamme où mord en tain ta dent: C'est le flambeau que Dieu met dans la nuit humaine ; Czar, viens donc essayer, avec ta froide baleine, D'éteindre ce tison ardent!
•20 octobre 1843.