‹ Strophes et chansons politiquesChapitre 33 sur 56 · SUR LES DÉSAGREMENS DE SA POSITION · texte numérisé non relu

SUR LES DÉSAGREMENS DE SA POSITION

Du golfe de Mexique, aux rives de Falaise, Mon destin malheureux intéresse beaucoup;

On fait des paris sur mon cou, Et mon cou, franchement, n'en est pas plus à l'aise.

Dans l'avenir, dit-on, mon nom sera cité, Merci! pour l'avenir mon estime est profonde, Mais j'aime mieux vivre en ce inonde : Je cède tous mes droits à l'immortalité.

La paix de l'univers sur ma tète repose,

Deux grands peuples pour moi vont s'arracher les yeux .

— C'est un destin fort glorieux, Cependant, j'aimerais beaucoup mieux autre chose.

Je le dis franchement : j'ai l'âme peu craintive, Mais flotter nuit et jour, incertain du pardon,

Entre l'espoir et le cordon, C'est pour l'œil une fort vilaine perspective.

(i) On se rappelle que Mac-Leod, prisonnier des Américain» et réclamé parles Anglais, fut sur le point, d'être condamné à mort, ce qui eût sans doute entraîné une guerre entre les deux peuple-.

Parce qu'on se chamaille entre gouvernemeos, Faut-il que ce soit moi justement qui pâtisse?

Faut-il, bravant toute justice, M'accabler de chagrins et de désagrémens?

Exista-t-il jamais infortune pareille?

Partout celte demande accompagne mon nom:

Faut-il l'expédier, ou non?

In semblable propos flatte bien peu l'oreille!

Puis, lorsque les gamins me trouvent sur leurs pas, Je les entends soudain, Dieu puisse les confondre !

Crier entre eux, puis se répondre :

On pendra le Leod! On ne le pendra pas!

Ces faits ne sont pas gais; Palmerston croit bien fain1, En posant mon gosier comme casus belli;

Le trait est d'un homme poli, Mais, après tout, c'est là le pis de mon affaire.

L'Union a la tête assez près du bonnet,

Et je m'attends fort bien, d'après son caractère,

Qu'un jour pour vexer l'Angleterre, Malgré mon innocence, on me pendra tout net.

Mon arrêt, en ce cas, pourra grossir d'un tome L'histoire des héros que l'orgueil immola,

Je serai victime, et voilà Ce que m'aura valu l'amitié d'un grand homme.

Je n'ai qu'un seul espoir contre ces cœurs méchans : C'est que Palmerston même exige mon supplice,

Le congrès, par pure malice, Pourra bien me donner alors la clé des champs.

Voilà bien les partis, et leur triste manège ! Que mes concitoyens me traitent de coquin.

Et tout le peuple américain Soutiendra que je suis aussi blanc que la neige.

Que faire, lorsqu'ainsi do face ou de profil,

On vous fait tournoyer comme un polichinelle?

Lorsque- de sa main criminelle, La passion vous tient suspendu par un fil?

Que faire, encor un coup, quand les sens sont aigris? Et lorsque sur le front pèse une catastrophe?

— Il faudrait être philosophe, Je le sens bien : pour moi, j'enrage et je maigris.

Je ne fais de mes nuits qu'une assommante veille; Si je m'endors, soudain à mes yeux éperdus,

S'offrent des milliers de pendus ; Cela ne me rend pas plus gai quand je m'éveille.

Parfois je me complais, roulé sur mon sommier, A comparer entre eux les types de misère :

Je pense au pauvre Bélisaire, A Marins, et puis à Job sur son fumier.

Et je me dis : Mon sort peut exciter l'envie, Il ressemble à celui de ces hommes fameux ;

J'ai droit de m'écrier comme eux :

Vanitas ! vanilas 1 ce que c'est que la vie !

Eh bien ! tous ces héros dignes de leurs autels, Ne m'inspirent pourtant nul goût pour la potence ;

Et je demande avec instance, A ressembler bien vite au commun des mortels.

V31E PCÏR LA SUATORZIÈMS POU

Au secours de la Pologne.

Air du Roi d'Yvclot.

Nous sommes toujours bons Français, L'honneur seul nous anime ;

Volons donc que les Polonais Conservent notre estime.

Depuis dix ans, on le sait bien,

Nous employons ce beau moyen Pour rien.

Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ab!

.Ne nous lassons pas pour cela, La, la.

Quoique l'empereur Nicolas

Les traite sans vergogne, L'univers n'abandonne pas

Les lilsde la Pologne.

I Au sujet du souvenir dérisoire que la Chambre accorde tous les ans à la Pologne.

Nous, dans un vote audacieux, Nous offrons toujours à ces preux.

Nos vœux.

Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!

On a beau rire de cela,

La, la.

Broyer les gens sous vos genoux Est un jeu qui vous flatte;

Mais les traités qu'en faisons-nous, Monseigneur l'autocrate?

Croyez-vous, par ce trait félon,

Vous acquérir un beau renom?

Non, non.

Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!

C'est nous qui vous disons eela, La, la.

Veus déchirez co beau pays De toutes les manières ;

Vous avez interdit aux fils La langue de leurs pères ;

Mais tant que la Chambre vivra,

Chaque année elle vous crira :

Hola!

Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!

Vous pouvez compter sur cela, La, la.

Le monde, avec quelque raison.

De nos plaintes se moque; a Vous fondez en larmes, dit-on.

» Toujours à cette époque.

» Alors le peuple, qu'on détruit, » Grâce aux phrases d'un bel esprit

» Revit ; » Oh! oh! oh! ohl ah! ah! ah! ah!

--• C'est un triste jeu que cela.

» La, la. »

Pourtant qui peut nous en vouloir?

Les intérêts des autres Nous sont, chacun a pu le voir,

Aussi chers que les nôtres ; D'un service sentant le prix, Nous entretenons nos amis

D'avis...

Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!

Qu'a-t-on à redire à cela, La, la?

Nicolas d'un œil ombrageux Voit la Chambre à l'ouvrage ;

Noire amendement courageux Va l'enflammer de rage.

Qu'il jure tant qu'il voudra, mais

Abandonner les Polonais, Jamais!

Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!

Arrivera ce qui pourra, La, la.

décembre 1 8Î3.

&^$£ &(£)&2>3 o>^sî<aaaîîaiaaa.

A vous encor, milords, ce cri plein de colore; A vous, durs souverains de cet endroit maudit

Qu'on nomme l'Angleterre!

Dans votre île, où le flot de trois mers rebondit, Et tient dans son orgueil votre tète abritée,

Mon vers, vautour sanglant A qui le Destin livre un nouveau Prométhée, Toujours avec fureur fouille et mord votre flanc.

Oh! les peuples fougueux, les royautés prudentes, — Lespeuplesau grand jour, les roisdans leurs palais,— Dardent depuis long-temps leurs prunelles ardentes

Sur votre sol, pâles Anglais!

Les mers que voire bras monstrueux enveloppe, Tous ceux que votre pied foule ou blesse en passant, Les esclaves d'Asie et les hommes d'Europe, Tous ont pour vous des mots de vengeance et de sang.

Étalez, étalez vos splendeurs insolentes, Milords! des voiles noirs vont bientôt les couvrir. Votre puissance, lampe aux clartés vacillantes, Jette des feux plus vifs au moment de mourir,

Comme au sommet d'un mont s'étend et grandit l'ombre L'heure des pleurs et do l'abaissement, Le jour marqué d'un signe sombre Vous gagne à tout moment!...

Les froids évènemens tùront votre délire.

Plus d'ateliers bruyans, plus de riches sillons!

Le monde, en frissonnant, sur un peuple en haillons,

Bientôt no verra plus l'or des fêtes reluire.

Comme un rire qui tombe au milieu des damnés,

La débauche nocturne Ne retentira plus sur les fronts consternés, Sur le désespoir taciturne.

Londre assise, le soir, sur ses grands quais déserts,

Écoutera, le front penché comme une veuve,

La clameur des vautours tournoyant dans les airs,

Et le clapotement sinistre de son fleuve :

Sur ses hôtes royaux Westminster dormira

Le vent en s'engouffrant pleurera dans les dômes,

Et sur tous ces débris Saint-Paul se dressera,

Fantôme monstrueux au milieu des fantômes !

Et nul ne vous plaindra, milords, je vous le dis, Lorsque vous vous tordrez, pareils à dos maudits,

Sur votre grabat solitaire; Nul, quand vous supplîrez, les yeux tournés au ciel, Ne dira, renversant votre coupe de Cel : « Grâce pour l'Angleterre!

Vous avez toujours eu, cupides et sans foi, L'égoïsme pour but, la trahison pour loi ;

Du talion portez la peine ! Point d'amis pour les cœurs qui n'ont pas d'amitié, De grâce pour les bras qui n'ont pas de pitié,

Milords, c'est la justice humaine !

Olil ce sombre avenir à vos crimes promis N'est pas le simple \œu d'un de vos ennemis;

Votre force a le sang pour base, Et toujours dans le sang un tel pouvoir s'éteint. Les hommes comme vous, on les flatte, on les craint

Mais quand on peut on les écrase !

Le jour, vous vous drapez dans vos airs de dédain Mais, la nuit, votre sang, qui se glace soudain,

Vous réveille en d'étranges rêves; D'un œil hagard, aux plis de vos rideaux tremblans, Vous regardez danser de grands fantômes blancs

Dont les mains agitent des glaives.

Là-bas c'est l'Inde, esclave aux gigantesques bras: L'Inde, qui, secouant son front avec fracas, Cherche à se dégager du genou qui la broie; L'Inde, perle volée au splendide Orient, Dont leczar, qui la guette avec un œil friand, Veut, comme vous, faire sa proie!

Plus près, c'est la presqu'île aux sauvages concerts,

L'Espagne, qui toujours gronde comme ses mers !

Et qui, lasse à la fin de débris, de ravages,

A votre dictateur arrache les faisceaux;

Et d'un hurrah de mort accueille vos vaisseaux,

Noirs requins suspendus partout à ses rivages!

Et puis, plus près encor, milords, voyez, voyez L'Irlande, qui se tord menaçante à vos pieds ! L'Irlande vous mordant de ses regards farouches, Et faisant éclater aux oreilles de Peel, Tonnerre étourdissant ! le grand mot de repeal Poussé par trois millions de bouches !

Et nous, les héritiers du vieil honneur français,

Oh ! nous avons bonne mémoire !

Niiiis songeons chaque jour au terrible procès

Que nous a légué notre histoire.

Tous vos lâches exploits, nous nous les rappelons. Quand vous comparaîtrez, tremblans, sans espérance, Devant le grand jury des traîtres, des félons, L'accusateur public, milords, sera la France.

Malheur aux royautés, malheur aux nations, Qui, dans leur prudence enfermées,

Ne vous jetteront pas alors leurs passions, Leurs anathèmes, leurs armées !

Votre joug pèsera sur ceux qui l'absoudront.

Déshonorés, couverts de mépris et d'injures, Comme Israël ils marcheront

Le front marqué par Dieu du signe des parjures.

Angleterre ! autrefois, comme toi, sur les mers Venise s'étendit, fière dominatrice!

Comme un pauvre honteux, sur ses canaux déserts Elle étale aujourd'hui sa large cicatrice A la pitié de l'univers.

28 juin 4813.

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