‹ Strophes et chansons politiquesChapitre 40 sur 56 · AU PEUPLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AU PEUPLE FRANÇAIS

aib : Alleï-Youï-en, ^.eusiiu la noci

Avant peu du ciel politique Mon astre aura dégringolé; Je rentre au foyer domestique Et cède la place à Mole.

D'avance ma patrie ingrate Dit : Bon voyage ! je le sais ;

Mais, ô Français !

Je pars eu paix, je vous ai vexés, je m'en flatte.

Au tour de Mole désormais.

L'homme fort brave la canaille, Et va son train paisiblement; Je fais du peuple qui criaille Autant de casque d'un serment.

i La retraite de M. Guizot paraissait certaine ;• cetti époque.

Le corps social est morbide.

Défendons-lui donc les excès. .

Adieu, Français, Je pars en paix ;

J'ai tenu le progrès en bride.

Au four de Mole désormais !

I.a presse, qu'est-elle? Une teigne Collée à la piau du pouvoir ; Faire en sorte qu'elle nous craigne Est un droit et même un devoir.

Contre elle j'étais tout de flamme, Chaque jour je le lui prouvais!

Adieu, Français,

Je pars en paix ; j'iii porté maints coups à l'infâme...

Au tour de Mole désormais !

Pour le Système quel outrage !

La France affectait sans pudeur De nous vanter son Meux courage Quand nous avions la mort au cœur.

H fallait frapper d'anatbème Ce procédé bas et mauvais.

Adieu, Français,

Je pars en paix, J'ai décrété la peur quand mémo. .

Au tour de Mole désormais !

On a parlé, quelle ignorance !

De vingt pouvoirs que j'ai trahis!

Morbleu ! puis-je trabir la Franc ?

Je ne suis pas de ce pays.

!>e l'Etranger grand mandataire, Je comble avant tout ses souhaits ;

Adieu, Français,

Je pars en paix, J'ai servi la noble Angleterre...

Au tour de Mole désormais.

Le jury, grâce à mon compère, Est tombé dans le discrédit ; Ce sera pour mon ministère Une tache, à ce que l'on dit; Qu'importe ! à notre politique 11 faut parfois de bons procès.

Adieu, Français,

Je pars en paix ; J'ai rendu le code élastique...

Au tour de Mole désormais.

Bref, on m'avait donné la place Du petit Thiers qui s'échauffait ; Sans suivre entièrement sa trace, Je n'ai ni plus mal ni mieux fait ; Le Système nous utilise, A tour de rôle avec succès.

Adieu, Français,

Je pars en paix ; J'ai fini mon temps, on me brise. ..

Au tour de Mole désormais.

->:•, décembre 18*2.

ilEMRCIÏENS Dl lkEI)PL£ FRANÇAIS

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Air de l'Aveugle de B.iriioIci.

Nous avions, et c'était honnête,

Au moins trois cents bourgeois épais

Qui pensaient des pieds à la tête

Représenter les bons Français;

Mimerel parait et balance

Du premier mot leur influence.

Ainsi vous nous représentez?

Monsieur, quel honneur pour la France!

Ainsi vous nous représentez?

Mais c'est vraiment trop déboutés !

Notre congrès tire un grand lustre Du nom fameux de son patron, Puis de celui cent fois illustre De l'archi-ventru Fulchiron ; Chaque membre, à part toute gausse, De chefs-d'œuvre a la tète grosse.

Ainsi vous nous représentez, Messieurs les barons du négoce?

Ainsi vous nous représentez?

Mais c'est vraiment trop de bontés !

i Réunion de gros commerçans de Paris, au sujel du trailé projeté de Belgique.

Malgré tout ce qu'on a pu faire, La France a brisé son bandeau, Maintenant la raison l'éclairé; Qui peut éteindre ce flambeau?

Lorsqu'aux plus épaisses cervelles Il faut dos vérités nouvelles, Eh quoi! vous nous représentez, Messieurs lesmarcbands de chandelles?

Eh quoi! vous nous représentez?

Mais c'est vraiment trop de bontés!

Des grandeurs que l'histoire étale,

Des actes les plus glorieux,

Paris, la noble capitale,

Garde le dépôt précieux.

D'un fait célèbre, à chaque place,

Le passant retrouve la trace.

Eh quoi ! vous nous représentez .

Messieurs les marchands d>- mélasse?

Eh quoi! vous nous représentez?

Mais c'est vraiment trop de bontés !

Notre honnête Système arbore L'égoïsme pour seul drapeau :

Mais le pays n'a pas encore Accepté ce culte nouveau.

11 conserve, triste apanage !

L'honneur, ce code d'un autre âge.

Eh quoi ! vous nous représentez, Grands prêtres de l'agiotage?

Eh quoi! vous nous représentez ?

Mais c'est vraiment trop de bontés

Puisque le chef de la Doctrine Veut la paix toujours et partout, Il faut que dans notre poitrine Il glace notre sang qui bout; Mais c'est vainement qu'il l'essaie :

Tout affront à la fin se paie.

Eh quoi ! vous nous représentez, Grands guerriers qu'une épée effraie?

Eh quoi! vous nous représentez?

Mais c'est vraiment trop de bontés!

Ce peuple nombreux qui moissonne Pour vous habiller, vous nourrir, Meurt sous le fisc qui le rançonne, Sans qu'on daigne le secourir.

Songer aux autres est un rôle Qu'on trouve aujourd'hui trop frivole.

Eh quoi ! vous nous représentez, Messieurs les gens du monopole?

Eh quoi ! vous nous représentez?

Mais c'est vraiment trop de bontés !

Malgré la nouvelle noblesse,

Malgré tous nos épais richards,

Le peuple français qu'on rabaisse.

Est encore le roi des arts.

Le talent pour lui, quoi qu'on dise,

Vaut un ballot de marchandise.

Eh quoi! vous nous représentez,

Vous les types de la sottise?

Eh quoi! vous nous représentez?

Mais c'est vraiment trop de bontés!

50 septembre 1842.

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Sire, ne souillez pas sur la cendre brûlante, Les pères, comme un soc, sur le vieux sol germain Onl assez promené la bataille sanglante ; N'empêchez pas les fils de se presser la main.

Lorsqu'ils ont déchiré leur première cartouche. Lorsque l'enivrement du combat les a pris, Les peuples ont au cœur comme un instinct farouchi El leur pied n'aime plus qu'à heurter des débris. La poudre teint le ciel de ses tourbillons sombres, Et Dieu sait, dans ce flut de colère qui bout, Dans cet enlassement immense de décombres. Quels fronts et quels pouvoirs doivent rester debout.

Sire, les ponts du Rhin et vos villes fermées Assez souvent onl vu, grands cl tristes tableaux ! Nos pères qui passaient formidables armées Pour repasser plus tard bataillons en lambeaux.

Quel coin de voire sol n'a pas gardé la (race Du fer de nos chevaux, du pied de nos soldats? Allemagne, quel est l'endroit de ta cuirasse Que n'a pas déchiré le sabre des combats?

il) Ce prince dans un voyage en Allemagne avait semblé vouloir réchauffer contre nous les hain»s de 1R<5.

Oh! ton robuste liane, ton orgueil indomptable Pendant vingt ans d'affronts n'ont-ils pas saigné trop Quand sur tes champs, avec sa meule redoutable Le grand chasseur d'Etats s'avançait au galop !

Sire, ne touchez pas aux haines effacées, Laissez la vase au fond puisque les llols sont clairs. Aux ailes de votre aigle, à peine repoussées, FI faut des soleils purs plutôt que des éclairs.

Les peuples s'enivrant de vengeances fatales Se sont entrechoqués furieux, écumans; Et les mornes vieillards, et les épouses pâles Ont regardé le ciel plein de bruits alarmans. Quel souffle tout puissant eût éteint la fournaise Où la haine brûlait plus vive chaque jour. Lorsque, pour l'attiser encor, la Marseillaise Et les chants de Korner bondissaient à l'entour !

Sire, ces jours de gloire ont gravé sur nos tètes Des rides de douleur que nos fils porteront, Mais vos enfans aussi, de ces jours de tempêtes Ont le signe terrible imprimé sur le front.

Oh! c'était un spectacle effrayant, gigantesque, Sans doute, que l'Europe alignée au combat; Que ces troupes de rois frissonnant au seul geste, Tombant au premier mot d'un sublime soldat! Qu'un peuple défiant vingt peuples à la guerre, Et qui, sous mille bras combinant leur effort, Comme Antéc autrefois, ne louchait à la terre, Que pour se relever plus terrible et plus fort ?

Mais le sabiv vainqueur qu'il avait sur la gorge, Sire, à son tour enfin le vaincu le saisit, Et ce sabre jeté tout sanglant dans la forge, Sert à charger de l'ers le bras qui s'en servit.

En ce temps-là, les rois, cour pompeuse et docile, Du soldat empereur encombraient le palais; Et lui les saluait, dédaigneux et tranquille, Comme un maître salue en passant des valets. Aux genoux de celui qu'ils nommaient Buonaparte, De leur sceptre ils venaient mendier les morceaux ; Et lui leur assignait quelque coin sur la carte, Ainsi qu'un suzerain fait avec ses vassaux.

Mais, sire, il vient une heure où le destin se lasse; Comme un aimant la gloire attire le péril, Sur le front du géant un jour le malheur passe Et tout brisé le jette au rocher de l'exil.

Oh! nous avions conquis un vaste et beau royaume! Tant d'empires formaient ce faisceau souverain Que le vôtre y semblait, ô Frédéric Guillaume, Comme un ruisseau perdu dans la largeur du Rhin. ÎNos pères avaient tant moissonné de couronnes Qu'ils eu laissaient tomber sur le front des soldats; Et qu'aux rois vagahonds et privés de leurs Irônes Napoléon rendait par pitié leurs états.

Mai» le fier empereur, si rempli de puisjar.ce, Quand le sort l'eut louché de son souffle étouffant, Aux affronts d'un geôlier fut livré sans vengeance, Et mourut sans avoir embrassé son enfant.

Aux peuples quelquefois, sombre et terrible tâche! 11 faut la guerre, ainsi qu'aux crimes le bourreau; Honte, honte au cœur vil, au bras craintif et lâche Qui rive pour toujours son épée au fourreau. 11 est beau quand le sang, le vol ou l'insolence, Pesant sur la justice osent la surcharger, 11 est beau de jeter son fer dans la balance Pour rendre l'équilibre au plateau trop léger.

.Mais, sire, croyez-nous, il n'est prudent, ni digne, Au milieu d'une fête où brûlent les cerveaux, De parler haine et guerre au peuple qui trépigne; Sire, on peut payer cher de semblables bravos.

Nos soldats en suivant leur roule aventureuse Ont laissé sur vos champs un germe redouté; Au sillon des combals que la mitraille creuse Et qu'engraisse le sang, pousse la liberté!... La liberté ! Ce mot à toute oreille vibre, Et les rois, acharnés à leurs sombres projets, Ont dû, pour écraser enfin un peuple libre, Débarrasser de fers les bras de leurs sujets.

L'élan que dans les cœurs votre souffle aiguillomie, Sire, à voire pouvoir peut donc être fatal; Lorsque la liberté s'élève auprès du trône, Sa grande ombre a bientôt fané l'arbre royal.

15 octobre 18«

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A MESSIEURS lit *0 OCTOBRE.

iv s

Tudieu ! mais votre gorge est donc bien altérée, Mes maîtres, qu'on \ous voit si chauds à la curée? Que vous lancez la presse avec un si beau teuc! Sa tendresse pour vous n'est pas proverbiale, Soil! mais elle se bal d'une façon loyale... Quand vous l'imiteriez un peu?

Un sentiment haineux vous anime conlrc elle, C'est bien ! mais videz donc bravement la querelle! Les écrivains sont-ils des loups et des renards, Qu'au rebord des ravins vous alliez les attendre, Ainsi qu'un braconnier? que vous alliez leur tendre Des pièges et des traquenards ?

Frappez donc au grand jour journal, pamphlet et livre, Alors chacun saura quelle route il doit suivre ; Tout article loyal sera mis ou panier; Et vos plats écrivains, glanant dans leur détresse L'ordure des pavés, transformeront la presse En lanterne de chiffonnier.

<\) Il y avait eu à cette époque un redoublement d'animosité contre la Presse; et on avait appliqué à plusieurs imprimeurs la jurisprudence qui les rend responsables en même temps (pie les gérans.

Alors, chacun saura qu'il peut, à perdre haleine, Chanter Vive Henri quatre] et la Faridondaine, Critiquer les Chiuuis et le peuple botlenlot, Traduire Swedenborg, Confutzée, Hésiode, Professer l'iroquois, ou fabriquer une ode A la louange de Guizot.

Ce rôle paraîtra, sans doute, assez futile; .Mai;!, en s'y renfermant, on dormira tranquille; El désormais, au moins, le rédacteur tremblant, N'aura plus, en voyant le matin son épreuve, La crainte d'y trouver une colonne veuve, Une page laissée en blanc.

Quoi ! ne sachant comment nous rendre la harpie Qui souille la pensée avec sa langue impie, La Censure que frappe une immense clameur! Vous espérez pouvoir, ridicule imposture! Nous la faire adopter en couvrant sa figure Des lunettes d'un imprimeur?

Mais que voulez-vous donc que dans cet acte on voie, Si ce n'est que la presse est pour vous une proie. Dont vous voulez broyer même les ossemens? Car, en'in, ensuivant vos règles pointilleuses, Il vous faut englober porteurs, protes, plieuses, Dans vos merveilleux jugemens.

Mais vous, qui ne voulez jamais que l'on s'écarte De l'esprit de la loi, du texte de la charte, Dites?... à l'imprimeur de vos nobles journaux, Qui, de nos libertés, «ans nulle périphrase, Chaque matin en chœur démolissent la bise, Dnnnerez-vous des tribunaux ?

Non ! Proux qui tour à tour glorifie, et blasphème, Qui célèbre Henri cinq, puis chante le Système, Proux, sans souffler un mot, verra le Messager Attaquer le jury, la presse et tout le code : Puis lorsqu'arrivera la pointe de la Mode, On lui dira de l'égorger.

Car, vous n'entendez pas autrement la justice. Or, écoutez : S'il faut sous un joug subreplice Ployer encor nos fronts, — si nous devons bientôt Revoir peser sur nous le fer de la Cen-ure, Soyez francs! Eb, messieurs, quand on a la mesure, Allez, on ne craint pas le mot.

Décrétez, dès demain, qu'on ne pourra poursuivre Désormais ni journal, ni brochure, ni livre; Mais que les manuscrits s'en iront tout d'abord, Avant d'être remis aux mains du typographe. Du ministre humblement réclamer le paraphe, Pour leur servir de passeport.

Car, toujours supporter que la loi la gourmande, Qu'on la traîne en prison et condamne à l'amende, La presse ne le peut. Le Progressif eut mort ; Prat étend cinq sommiers à Sainte-Pélagie, Et la presse, au milieu de cette vaste orgie, Doit enfin connaître son sort.

A l'œuvre donc, messieurs! la presse est voire mère ; Elle vous a bercés dans plus d'une heure amère; Mais la reconnaissance est vertu de goujats. Seulement, songez bien à frapper fort et juste ; Car si vous la manquez, elle a le bras robuste : Elle ne vous manquera pas.

-, tëvrior 1842.

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