‹ Strophes et chansons politiquesChapitre 42 sur 56 · DE M. DKLAVI6NE (CASIMIR · texte numérisé non relu

DE M. DKLAVI6NE (CASIMIR

A» PEUPIE ©RÉTOIS.

De Metz à Saint-Quentin, de Foix àCaudebec, Si les tètes encor de mes œuvres sont pleines, On doit se rappeler des chants sur les Hellènes, Où le pays entier ne voyait que du grec ; Depuis ce temps, le sort, ainsi qu'une turbine, Du courant de ce monde ayant troublé le flot, Les Grecs sont de nouveau tombés dans la débine, Je m'en vais donc encor leur rimailler un mot.

Voici la chose! 0 Grecs! ô peuples de la Crète, Que ne vous livrez-vous en suçant le raisin, En lorgnant sous la gaze une gorge discrète, A quelque cachucha, sur le coteau voisin. Dites, que n'allez-vous éteindre votre fièvre Aux sources de l'Ida, ce mont aimé des deux, Où Jupiter, avant d'être le roi des dieux, Fut mis en pension chez une vieille chèvre !

Que no pratiquez- vous le culte des neuf sœurs? Vous avez bien, sans doute, à Corinthe ou Candie, Quelque faiseur de vers, brochant la tragédie. Chantre de basse-cour, vanté des connaisseurs; Maint barde qu'il faudra modeler sur un socle. Maint grand homme bourgeois doit briller parmi VOUS, Oui, vous devez avoir, aussi, comme chez nous, Des gens qui vous refont Euripide et Sophocle ; Avant donc de poser vos têtes pour enjeu, Que ne réclamez-vous l'avis de ces grands hommes? Ilsvousrépondraienttous.qu'à l'époque où nous sommes, S'insurger n'est le fait que de gens sans aveu.

Vous me direz : « Mais vous, poète citoyen,

Vous, dont la voix nous jette une creuse parole,

On vous a vu jadis jouer un plus beau rôle. »

— Hélas! au cœur humain, vous ne comprenez rien :

L'homme est un voyageur; il a sa route à faire;

Tant que l'obstacle obstrue et. barre son chemin,

11 s'agite ardemment des pieds et de la main ;

Mais quand la voie enfin se trace vaste et claire,

Le voyageur s'y laisse entraîner mollement ;

Si quelque malheureux, pataugeant dans l'ornière,

L'appelle alors et crie : a Au secours ! » par derrière ;

Sans s'arrêter et sans l'écouter autrement,

Il doit dire : « Tant pis! » voilà mon sentiment !

Je suis l'homme sorti d'une route inégale : La ronce de l'envie a fait broncher mes pas; La critique a vingt fois failli me jeter bas. Des barbares sortis de la place Royale, Armés jusques aux dents, se sont rués sur moi, Pauvre barde n'ayant pour armes que ma lyre; Et, sans aucun respect, brisant l'antique loi, ont démonétisé mon bagout de l'empire.

Je me suis maintenu sur l'eau, tant t>ii n que mal, J'ai fait feu des deux pieds, lâchant des phrases ereusç a,

Bombardant le publie de pièces filandreuses Et cherchant de mon mieux à gagner l'hôpital ; M'y voilà! maintenant j'ai du blé dans la grange, Du foin dans les souliers, que mon voisin s'arrange !

Cretois, parlons raison : le régime ottoman Est-il donc si pesant qu'on veut le faire croire? Subir la verge turque, est-ce la mer à boire? D'Erzerouin à Damas, du Tigre au mont Balkan, La révolte partout, comme un vaste incendie, S'allume, direz-vous : rajas, serfs, montagnards, Tous, pour briser le joug que leur front répudie, D'un air morne et sinistre, aiguisent leurs poignards; C'est à tort, le sultan n'est pas un méchant homme: Il fait coudre en un sac et jeter dans la mer Toute femme, c'est vrai, qui met le nez à l'air; Mais chacun, en ce monde, a ses défauts; en somme, L'œil du chef des croyans s'ouvre aux feux du progrès; Malgré certains débats qui furent assez aigres, Il tient nos gens d'Etat pour hommes très intègres ; Notre juste- milieu lui semble plein d'attraits. Ce fait doit lui valoir mon estime et la vôtre, Cretois, croyez-moi donc, implorez son pardon; Par prudence emportez la hache et le cordon, Qu'il n'ait qu'à serrer l'un, qu'à faire tomber l'autre. Au lieu des visions dont vous êtes épris, Restez Turcs ; les pachas pilleront vos domaines ; Et lorsqu'ils vous auront égorgés par centaines, Vous jouirez enfin de la paix à tout prix.

•2't juillet is/»i.

A LA REIXJE ISABELLE I .

Air: Voilà le vr.ii bonheur (des Bohémiens «le Paris .

Sur ton sol, reine Isabelle, J'aborde calme et riant ; Écoute, belle infidèle, Le message du Croyant :

L'empereur dont un sourire Fait palpiter le sérail, Par ma voix, dans son empire, T'offre un palais de corail .

Sois sultane ! voilà Le doux rêve Des filles d'Eve.

Sois sultane! voilà Le plus beau sort, par Allai)!

Au milieu d'un monde fade De valets, de courtisans, Le bras payé d'un alcade T'envoie un fétide encens :

I Depuis plus oV suivante ans les relations diplomatiques étaient interrompues entre l'Espagne et la Turquie, et l'arrivée à Madrid de c«l envoyé avait fail assez de bruit.

— OOli —

Là bas, pendant que la myrrhe En flocons bleus tournoira, Dans l'or et le cachemire Un sylphe te bercera.

Entre au sérail, c'est là Que ta vie Doit faire envie ; Entre au sérail, c'est là Qu'est le bonheur, par Allah!

Gouverner, quel triste rôle !

Décrets, droits, démarche, argent, Tout est soumis au contrôle D'un ministère exigeant.

Au lieu de censeurs caduques Grondant caprices, plaisirs, Je t'olTre cinq cents eunuques Ployés à tous tes désirs.

Vie%5 à Stamboul ; c'est là Qu'on est reine Et souveraine;

Viens à Stamboul ; c'est là Qu'est le pouvoir, par Allah!

D'un régime qui te pèse On te débarrassera.

Tu régneras à ton aise ; Et gare à qui bougera !

Foin des juges, des pontifes, Des mouchards et des cortès; Le successeur des califes Vaudra quatre Nervaez !

Fais-toi Turque, voilà La mesure La plus sûre;

Fais-toi Turque, voilà La sagesse, par Allah!

Au lieu de tes matamores, De tes hidalgos bouffis, La race des anciens Maures Repeuplera le pays.

Tes fils qui prennent pour maîtres Des nains au bras impuissant, Ploîront comme leurs ancêtres, Sous des Arabes pur sang.

Prends le turban, voilà

Ton vrai rôle,

Noble Espagnole,

Prends le turban, voilà Ton seul parti, par Allah!

Ton ciel sujet à l'orage, En s'enflaminant peut, demain, D'un coup détruire l'ouvrage Que bâtit ta frêle main.

La loi contre toi conspire.

Cède à l'amour du sultan, Pour fixer dans ton empire Le système musulman.

Viens ! mon navire est là :

Et. la brise Nous favorise ;

Viens! mon navire est là :

Allons! suis moi, par Allah.

U juillet («il.

Page 1