A PAQUES OU A LA TRIMTE
A ut : S'il en reste une goutle encore.
De fruits et de riches couleurs Les ebamps sont pleins à cette époque : Mais l'orage se rit des Heurs, La grêle des moissons se moque.
Des cieux gris l'homme dégoûté Se dit : « Au moins dame Nature En voyant sourire l'été, \ Pâques reprend sa parure,
Oui, sa parure...
— A Pâques, répond la froidure, ,^g y Ou bien à la Trinité.
Avec les jours chauds, les soirs frais
Renaît bien vite l'espérance,
Les fronts sombres deviennent gais,
Le bonheur chasse la souffrance;
L'air est plein de sérénité.
Au sort ne gardons plus rancune ;
Au beau temps plus d'adversité.
De douleur, d'idée importune,
D'idée importune !...
— A Pâques, répond la Fortune Ou bien à la Trinité-
Alors tout joyeux, tout gaillards, En sentant que la sève monte, Les cenlriers sont plus bavards, Les ministres ont moins de honte.
Le budget est fixé, volé; Et quand le pays en colère .
Demande, las d'être exploité Quant donc finira sa misère ,
Sa misère,..
— A Pâques, dit le ministère, Ou bien à la Trinité
Au printemps partout les soldats, Clairons, tambours, musique on tète, Sur les chemins, avec fracas, Marchent comme pour la conquête.
« Aux yeux de l'Anglais effronté » Faisons, dit-on, briller nos haches; » De notre honneur trop insulté » Quand donc iavera-t-on les taches.
«Toutes les taches?... »
— A Pâques, répondent les lâches, Ou bien à la Trinité.
Mai, qui nous rend les doux concerts Des oiseaux sous l'ombre discrète.
Du prince, avec les arbres verts, Tous les ans ramène la fête.
Alors un bruit est répété :
« Des prisons biffant les registres «Quand aux fils de la liberté »Fera-t-on des jours moins sinistres,
» Oui, moins sinistres?...
—A Pâques, disent les ministres.
Ou bien â la Trinité.
huis les bienfaits de l'âge d'or (Le pays a raison d'y croire) Sur nous se répandront encor; Nous retrouverons force et gloire.
Pourtant, sous ce pouvoir vanté, Parfois une voix pessimiste Demande : à quand la liberté?
Kt la fin d'un joug égoïste?
Egoïste.
—A Pâques, dit la France triste, Ou bien à la Trinité.
50 avril 1 84ti.
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2T A S2S AIJGLAIS.
Air: Mon commandant, j'ai fait une ronde .de Béraiiger .
Napier, vous et' un bomme rare, Un grand guerrier, mais par malheur, Envers la France, je l' déclare, Vous abusez d' votre valeur.
Il semblerait, à vous entendre, Que Jobn-Bull toujours nous brossa,
Oui-dà! Fait'-nous donc l'plaisird'nous apprendre Où vous avez trouvé cela?
Parc' qu'avec vot' artillerie, Vous avez, comme un vrai forban, Brûlé quelques ports de Syrie, Et quelques villag' du Liban, Vous vous croyez un Alexandre, Un Jul'-César, un Attila,
Oui-dà!
Fait'-nous donc l'plaisir d'nous apprendre, Où vous avez trouvé cela?
I Au moment îles affaires de Syrie.
Vos habits rouges, pauvres diables, Dont vous vous fait' un vrai jouet, lit qu' vos officiers incapables Disciplin'à grands coups de fouet, A caus'dec'la peuvent nous rendre Autant de [.oints que l'on voudra,
Oui-dà !
Kait'-nousdonc l'plaisir d'nous apprendre Où vous avez trouvé cela?
Quand vot' orgueil qu'on sait confondre, Se trouve au bout de son rouleau, Et qu' vous n' savez plus que répondre, Vous nous j'tez au nez Waterloo !
Car vot' bravoure ose prétendre Toute seule à ce succès-là,
Oui-dà !
Fait'-nous donc l'plaisir d'nous apprendre Où vous avez trouvé cela?
Un beau jour, par la faut' des traîtres, Du hasard, surtout du Prussien, Nous cessons enfin d'être maîtres.
Mais Wellington n'y fut pour rien.
C'est lui pourtant, à vous entendre, Lui, le vaincu, qui nous dompta,
Oui-dà !
Fait'-nous donc l'plaisir d'nous apprendre Où vous avez trouvé cela?
Voyant qu'un ministr' misérable Nous tient courbé sous le lalon.
Vous venez conim' l'an' de la fable, Donner des coups de pied au lion.
Vous dit' : « Sur eux ou peut répandre Mépris, affronts et ccelera ;
Oui-dà !
Fait'-nous donc l'plaisir d'nous apprendre Où vous avez trouvé cela?
Nous somm' gens de bonne nature, A vos soufflets, depuis dix mois, Nous tendons brav'ment la figure, Et vous en concluez, je l'vois, Que jamais nous n' saurons vous rendre Tous ces bons p'tits procédés-là,
Oui-dà !
Fait- nous donc l'plaisir d'nous apprendre Où vous avez trouvé cela?
• •> mai 18V2.
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Dans votre douce paix, vos rêves bien aimés, Loin de nos désespoirs, morts de juillet, dormez '
N'est-ce pas? quelquefois, parmi les frais nuages
Où vous voltigez radieux, Il monte jusqu'à vous de riantes images
Où s'arrêtent longtemps vos yeux?
Paris, dans un lointain moiré d'or et de soie, Réunissant l'effort de son double levier,
Balance sur le monde entier La liberté qui sauve et le fer qui foudroie!...
Dans votre douce paix, vos rêves bien aimés, Loin de nos désespoirs, morls de juillet, dormez!
A minuit, quand Paris est noyé dans les ombres,
Et que vos âmes, ô héros !
S'abattent tristement au fond des caveaux sombres
Où la France garde vos os, Une flamme céleste, embrasant la colonne, Éclaire à vos regards, sur le pilier d'airain,
Le lion au front souverain Et vos noms, qu'un génie étincelant couronne!...
Dans votre douce paix, vo9 rêves bien-aimés, Loin de nos désespoirs, morts de juillet, dormez!
L'écho des canons sourds dans lair bondit encore ;
Le riche est encore obsédé De ci; bourdonnement tumultueux, sonore,
D'un peuple immense débordé; Dans le calme du soir, ces bruits sur votre tête Se sont épanouis, apportés par les vents ;
Et vous avez dit : « Les vivans Se souviennent de ceux que brisa la tempête...»
Dans votre douce paix, vos rêves bien-aimés Loin de nos désespoirs, morts de juillet, dormez !
Pourtant vos cieux parfois se troublent, pauvres âmesl La nuit, au fond des flots humains,
Vous avez entrevu des hommes et des femmes Qui pleuraient en tendant les mains.
Hélas ! c'étaient vos sœurs, vos enfans, vos vieux pères,
Repoussés du partage où vous leur donniez droit. Et laissés sur le pavé froid!...
Dieu de vos yeux a vite effacé ces misères...
Dans votre douce paix, vos rêves bien-aimés, Loin de nos désespoirs, morls de juillet, dormez !
Et puis, dans tous les lieux balayés par vos balles,
Sanctifiés par voire sang; Dans tous les fiers palais qui portaient sur leurs dalles
Le sceau de votre pied puissant, Hélas ! n'avez-vous pas revu les mêmes hommes? Des décombres fnmans couvés par le canon
Ils sortaient sous un autre nom . . .
Lu brise loin de vous a chassé ces fantômes !
Dans votre douce paix, vos rêves bien-aimés, Loin de nos désespoirs, morts de juillet, dormez!
Oh! si vous reveniez, funéraire cohorte!
Comme, avec l'ombre de Korner, Vous chanteriez bien haut sur la liberté morte
Un hymne menaçant et fier!
Comme, d'un long regard de pitié, d'amertume, Votre œil écraserait ce vieux peuple dompté,
Qui dort en paix dans la cité Où, depuis quatorze ans, le sang des martyrs (unie!
Dans votre douce paix, vos rêves bien aimés, Loin de nos désespoirs, morts de juillet, dormez!
r>1 juillet 1842;