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» Adieu nos droits, nos libertés, » Guizot nous les escroque... »
Bien ! criez, disputez,
Tempêtez....
J'ai l'argent, je m'en moque'.
Mole, qui voit anéanti
Son espoir le plus tendre, Hembarre Gauche et Tiers-Parti
Sans vouloir rien entendre; 11 comptait sur les députés
Pour prendre ma défroque....
Bien ! criez, disputez, Tempêtez...
J'ai l'argent, je m'en moque!
Puis toute la troupe à la fois,
Sur un ton dérisoire, Me dit : « Monsieur, pour quelques voix:
» C'est trop chanter victoire.
C'est en vain que vous rajustez
Votre pouvoir en loque.... »
Bien! criez, disputez, Tempêtez....
J'ai l'argent, je m'en moque!
Sans doute, il faut être endurci,
Corrompu, plein d'audace, Messieurs, pour refuser ainsi
De vous céder la place ; Malgré tout, aux gens irrités
Dont la voix me provoque,
Je dis: « Bien! dispute/.
» Tempêtez. ...
» J'ai l'argent, j<" m'en moque!
i m irs i s . ."
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Donnez, donnez, messieurs, vous que berce lu joie, Mesdames, qui dormez sur de9 coussins de soie. Donnez ! L'hiver étend ses grands bra9 étouflans; Et dans un noir réduit que fouelte la raffale, Là-bas, enlre ses mains tenant sa tête pâle, Pleure une pauvre veuve, avec ses trois enfans.
Donnez! car elle est seule et n'a plus d'espérance, Car pour elle il n'est plus qu'insomnie et souffrance; Car ses pauvres enfans ont froid sur ses genoux; Car depuis quinze jours la croix de bois abrite L'homme qui l'embrassait en rapportant au gîte Le pain quotidien qui les nourrissait tous.
Elle avait un époux, la malheureuse femme, Glorieux ouvrier, noble de tête et d'âme. Il était pauvre, pauvre, ignoré, sans appui; Et pourtant, dans les nuits, oubliant ses misères, 11 lui restait du temps pour songer à ses frères. Les ouvriers souflïans cl pauvres comme lui.
(1) Boycr était un ouvrier typographe, qui s'est fait connaître par un ouvrage de haute portée sur la condition sociale dee travailleurs. Tous les journaux de Paris ont parlé de «on suicide causé par la misère.
Il voulait, quand la faim du riche est assouvie, Les voir tous prendre part au festin de la vie; Les voir tous, réunis par un commun lien, (llaneren paix aux champs de l'industrie en friche. Plus heureux que Lazare, à qui le mauvais riche Refusait quelques os qu'il jetait à son chien.
Et dans ce but si saint, qui l'excitait à vivre, Lui, l'inculte ouvrier, il avait fait un livre, Livre de haut bon sens et de combinaison, Livre tout imprégné du parfum populaire, Mais cependant écrit sans haine, sans colère, Comme ou écrit alors qu'on sait avoir raison.
Eh bien ! lui qui venait de résoudre un problème, Lui, le penseur, l'auteur d'un vaste et beau système, Lui s'est tué ! Pourquoi? parce que le savoir, Parce que le génie un instant vous enivre, Mais ne vous donne pas de quoi payer un livre, Et Boyer s'est tué, tué de désespoir !
Et c'est pourtant ainsi! Le poids de la tempête Se déchaîne toujours sur la plus haute tête. L'ignorance s'endort sans secousse ni heurt, Mais l'homme au front puissant qui domine le monde Un jour tombe du ciel dans une fange immonde, S'y débal quelque temps, puis se résigne et meurt...
Ce n'est pas d'aujourd'hui que celte règle existe, Et que la pauvreté, ce rude antagoniste, Tient le talent broyé sous son genou fatal; Ce n'est pas d'aujourd'hui que, pareils à l'étoile Sur laquelle un nuage étend un sombre voile, Les Gilbert, les Moreau meurent à l'hôpital.
Il cela durera lanl que les \oix d'élite
Resteront sans écho, comme un bruit insolite ;
Tant que (nus nos marchand-;, tous nos bourgeois épais
S'écrîronI a l'aspect de quelqu'œnvre profonde :
'< Que nous importe à nous ces gens et leur faconde?
» Qu'ils gâchent leur papier et nous laissent en paix ! a
Tant que des régions où la puissance habite Quelques regards tombant sur leur tête maudite Ne teindront pas leur front de célestes lueurs; Tant que le monde enfin, dont la froideur les tue, Ne relèvera pas leur poitrine abattue.
En leur disant : « Merci pour tontes vos sueurs. ■>
Mais quand luira ce jour ? Dieu le sait. Mainte veuve, Hélas! en attendant, au pied d'une croix neuve. Ira pleurer encor quelquVnfant immortel Tombé comme Boyer, quelque noble courage, Quelque poète mort de misère et de rage, Dont la tombe plus tard se transforme en autel .
Et sa femme et ses fils, oubliés sur la terre, Dévoreront encor leur douleur solitaire, En échangeant entre eux un sourire cruel; Et la faim montrera sa figure blafarde, Le froid se glissera furtif dans la mansarde. Et les infortunés blasphémeront le ciel....
Donnez, donnez, messieurs, vous que berce la joie, Mesdames, qui dormez sur des coussins de soie, Donnez! L'hiver étend ?es grands bras étouffans. Et dans un noir réduit que fouette la raffale, Là-bas, entre ses mains tenant sa tête pâle, Pleure une pauvre veuve, avec ses trois enfans.
Novembre \Hï\
LE GEOLIER El LE MINISTRE
Al SUJET Kl MONT SAINT-MICHEL.
Air : LU Chanoine du l'Auxerrois
D'après vos avis, monseigneur, Je pratique ici la douceur
D'une rude manière.
Plaintes, cris ne m'émeuvent point, J'exécute de point en point
L'ordre du ministère.
— Fort bien! mon ami, je vous tien Pour un excellent citoyen....
Et bon, bon, bon, Le régime est bon.
Voyez comme il opère !
(Je qui concerne mon état, Cabanon, froid pavé, grabat,
Et puante litière, Je tiens tout. L'été j'ai mes plombs, Et l'hiver, mes cachots profonds.
Snns paille ni lumière.
— Bien! les gens en voire maison Jouissenl de chaque saison....
Et bon , bon, bon, Le régime est bon.
Voyez comme ii opère '.
On sait que ces ogres entre eux Contestent, ma foi! c'est affreux,
Votre douceur de père ; Je tais, en bouclant chacun seul, Moisir en un vivant linceul
Leur langue de vipère.
— .Ma loi ! c'est fort original !
Qui se tait ne dit pas de mal. ..
Et bon, bon, bon, Le régime est bon.
Voyez comme il opère !
Les chefs, résignés a leur sort, Bravèrent fièrement d'abord
Ma geôle mortifère.
Soit ! dis-je, qui vivra verra ; Messieurs, on vous délivrera
De votre humeur altière.
— C'est fort bien pensé ! Le plus fort Contre le temps a toujours tort. . . .
Et bon, bon, bon, Le régime est bon.
Voyez comme il opère !
Grâce à mes soins tout marche au mieux. Il n'est petit, grand, jeune ou vieux
Dout l'ardeur ne s'altère.
J'ai des phthisiques, des fiévreux, Des estropiés, des catharreux ;
Bref, ma prison prospère.
— Bravo! par un tel résultat Vous servez noblement l'État....
Et bon, bon, bon, Le régime est bon.
Voyez comme il opère!
Puis, sujet d'orgueil bien plus doux, J'ai vu quatre prisonniers fous,
Et trois, sur nia civière, Qui par eux-mêmes commués, Un beau matin se sont tués.
C'est glorieux, j'espère. ..
— Oui, certes! et pour tant d'exploits, Mon ami, vous aurez la croix....
El bon, bon, bon, Le régime est bon.
Voyez comme il opère !
Le ministre reprit alors :
« Mon ami, redoublez d'efforts;
La presse vocifère, .Mais sa plainte reste au panier.
Je m'émeus quand le prisonnier
E>t près du cimetière.... »
— Fort bien ! dit le geôlier, j'entends Qu'ils y soient tous en peu de temps.
El bon, bon, bon, Le régime est bon.
Corbleu ! comme il opère!
■2C novembre iK^-