L'IRLANDE
De Corck à Limerick, de Dublin à Kilmore, Comme au feu d'un volcan loute l'Irlande bout; L'air est rempli d'un mot pénétrant et sonore, Et dans les bourgs, les champs, les montagnes, partoul , Les femmes font des vœux, les hommes sont debout !
Elle a tant sangloté, tant gémi sur sa couebe La malheureuse Erin, la mère aux seins gonflés; Tant de fois d'un regard douloureux et farouche Elle a couvert le front de ses fils désolés ; Tant de fois, l'œil fixé sur sa harpe muette, — Blason d'une pieuse et grande nation, — Clle a senti s'abattre et peser sur sa tète, Comme un manteau de deuil, la désolation.
Maintenant ses enfans sont là, pressés, sans nombre, Inondant les pavés comme un flot mugissant; Tons ont le poing serré, tous ont le regard sombre ; Et de ce flot, qui va toujours se grossissant, S'exhale une vapeur de vengeance et de sang.
Dans les grands ateliers, ténébreuse officine, Si longtemps l'intérêt et l'orgueil, son suppôt, Du bras des malheureux ont fait une machine, Des sueurs de leur corps un effroyable impôt.
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Si long-temps, lorsqu'auprès des ruineuses bougies, Le soir, ils dévoraient un aliment amer, Le rire aux longs éclats el le chant des orgies Sont venus les railler au fond de leur enfer!
Ecoutez ! aux clameurs, aux plaintes de la rue L'écho de la montagne et des plaines répond ! L'homme des champs, flélri par un chagrin profond, Montre avec désespoir le fer de la charrue (,)ui pour d'autres fatigue un sol riche et fécond.
Car il a des troupeaux par milliers dans la plaine, Des pâturages verts, des coteaux étoiles; Mais les béliers touffus pour lui n'ont pas de laine ; Les arbres, pas de fruits, les sillons pas de blés. Dans ses forêts le miel de chaque tronc ruisselle, Les fleurs couvrent ses champs, le safran y fleurit ; L'Irlande à ses enfans tend partout la mamelle, Mais toujours l'étranger la presse el la tarit.
Cependant, sombre mer qui grossit et qui monte, La colère à la fin s'arme contre l'affront, Et secoue à deux mains la misère et la honte; Londres, dans son sommeil, une nuit s'interrompt, Et voit l'Irlande armée et qui dresse le front!
Dans les longs jours, courbé par un travail sans trêve Par momens, l'artisan, dans son œuvre arrêté, S'était surpris brisant dans un sinistre rêve Les instrumens sanglans de la cupidité; Parfois, en soulevant son front plein de détresse. Et versant de ces pleurs que Dieu seul aperçoit, Son œil avait toisé la fière forteresse, Le haut manoir dont l'ombre écrase l'humble toit.
El voila qu'artisans, pâtres lèvent la tête, Et contre le royaume aux ténébreux complots, Amoncelant leur haine, — effroyable tempête ! — Bondissent 1... Comme autour de ses groupes d'îlot Se roule l'Océan aux gigantesques (lots!
Hélas! pour dégonfler leur ardente poitrine, Trop souvent sur la dune et les rochers désert Us ont, en s'enivrant de la brise marine, Ecouté le grand bruit des vagues et des airs ; Trop souvent, parias pleurant sur le rivage, Cadavres dont le cœur était resté vivant, Ils ont entremêlé dans un concert sauvage Leur gémissement sourd à l'orchestre du vent !
C'était trop de \ains ciis, trop de stériles plaintes! A la prière enfin l'ordre doit succéder. De son respect l'Irlande a rompu les étreinles; Elle avait trop daigné supplier, demander.... Milords, elle prétend maintenant commander.
Vous avez l'ait ployer sous la loi de la guerre L'Irlande, fier pays impatient du frein ; Puis vous l'avez liée au flanc de l'Angleterre, l'oute saignante, avec une chaîne d'airain ; Vous avez, fatiguant le corps, torturant l'âme, fente de l'étouffer sous votre oppression ; Et cet accouplement abominable, infâme, Vous osez l'appeler, milords, une union!
Eli bien ! celte union dans le sang accomplie, Puisque vous le voulez, le sang la dénoùra ; La haine brisera ce (pie la force lie ; De ses muscles d'acier l'Irlande disjoindra Le faisceau de l'empire, cl l'anéantira.
Voyez, milordd, voyez, dévoré par la fièvn Kl tendant contre vous son poing accusateur, L'emportement au cœur, le sarcasme à la lèvre, Tonner sur les buslings le grand agitateur! Cet homme est tout un peuple, est toute une colère ; lit si, las de le voir à ses pieds rugissant, Il démuselé enfin le lion populaire, [/Angleterre teindra l'Irlande de son sang.
Et le monde entendra quelque effrayante chute. Entre le pale Anglais et le brun montagnard Ce sera le combat, l'époux antable lutte Du peuple et du soldat, du sabre et du poignard De la griffe de l'ours, des dents du léopard!...
Sur ses deux bras tlétris la trace de la chaîne Luira toujours sanglante aux yeux du révolté; Il marchera trempant ses armes dans sa haine, Aspirant à grands traits l'air de la liberté. Les femmes, soutenant sur leur épaule blanche La tête des blessés; les vieillards, les enfans, Pendant que sur vos fronts roulera l'avalanche, Chanteront aux guerriers des hymnes triomphans.
Et maintenant, milords, engagez la bataille ! Le rôle de chacun est tracé désormais : Qu'un seul de vos canons vomisse la mitraille, Et, se levant soudain, cinq millions d'Irlandais Crironttoul d'une voix : o Guerre à mort aux Anglais I
20 mai 1843.
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A fci.S « OMl'CtllE.-**
AI'I.KS I.fi VOTE DK.S FONKS SECRETS.
Air du Curé de Pomponne.
Depuis qu'on m'a livré mes fonds
Par un superbe vote, Les ihiersistes sont furibonds,
Leur presse est toute sotte.
On s'accuse de tous côtés,
On jure, on se provoque....
Bien ! criez, disputez, Tempêtez....
J'ai l'argent, je m'en moque !
Chaque parti sur son voisin
Rejette la défaite:
Celui-ci, dit-on, est trop fin,
Et celui-là trop bête.
Tous les propos sont commentés,
Tout fait semble équivoque.. .
Bien ! criez, disputez, Tempêtez...
J'ai l'argent, je m'en moque!
La gauche, d'un air stupéfait,
Tonne contre la Chambre :
« Mais comment cela s'est-il fait?
Répète chaque membre; « Nous nous étions si bien comptés;
» Un tel échec suffoque.... »
Bien ! criez, disputez, Tempêtez....
J'ai l'argent, je m'en moque!
« Thiers est coupable, dit Barrot;
» Pourquoi le petit drôle » Laissc-t il batailler Guizot
» Sans dire une parole?
» Corbleu! montrer tant de bontés,
» C'est battre la breloque.... »
Bien! criez, disputez, Tempêtez....
J'ai l'argent, je m'en moque!
« Les carlistes nous ont trahis,
» Clame le Patriarche ; » Ils ont auprès de nos amis
» Tenté quelque démarche; » Traiter avec ces entêtés
o Est chose qui me choque.... »
Bien! criez, disputez, Tempêtez....
J'ai l'argent, je m'en moque!
a Pareil guignon se peut-il voir?»
Dit à son tour Chanibolle ;
« Au moment d'atteindre au pouvoir » La Gauche dégringole ;