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D. DE L'APHASIE

Quoique l'étude de l'aphasie relève de la pathologie, nous croyons devoir en parler ici. La physiologie est l'étude des fonctions. Or une fonction des circonvolutions de l'homme étant le langage, il est nécessaire de l'étudier, ne fût-ce que sommairement. A vrai dire, ce que nous savons de l'aphasie est certainement de toute la physiologie des circonvolutions ce qu'il y a de plus précis, et de plus intéressant.

L'aphasie n'est pas un phénomène de paralysie motrice. Les muscles de la langue, du larynx, du voile du palais se contractent et leur fonction n'est pas altérée. Ce qui est troublé, c'est la coordination idéo-motrice.

Ainsi, il n'y a ni démence, ni paralysie : ce qui fait défaut, ce n'est ni l'intelligence, ni le mouvement, c'est le lien qui réunit ces deux actions, c'est l'effort intellectuel qui produit le mouvement. 11 semble, comme Meynert l'a dit le premier, que la lésion de l'aphasie brise les centres psycho-moteurs. Ce mot de psycho-moteur me paraît excellent puor l'aphasie; ce n'est pas un centre moteur, comme le V de substance grise, qui est le centre moteur de la respiration, ce n'est pas non plus un centre psychique, puisqu'il y a paralysie du mouvement; c'est un centre psycho-moteur.

Nous disons que l'intelligence est intacte; mais ce serait une erreur que de regarder l'intelligence des aphasiques comme n'ayant pas subi d'atteinte. Un homme qui ne peut plus parler a certainement l'intelligence lésée : si du moins on appelle intelligence l'ensemble de ses facultés intellectuelles. D'ailleurs tous les médecins

savent que la plupart des aphasiques ont des idées enfantines, pleurent, etc.

Non-seulement la parole n'existe plus chez les aphasiques; niais aussi toutes les autres formes du langage (mimique, dessin, écriture, lecture, chant), sont plus ou moins empêchées. Ainsi il y a des aphasiques qui ne peuvent exprimer par un geste de la tête, ni négation, ni affirmation.

Le fait est très-important, car il nous montre une fonction intellectuelle absolument détruite par la lésion d'une circonvolution, comme si la circonvolution était l'organe de cette fonction.

Or, si nous reprenons les questions que nous nous sommes pos5cs plus haut au sujet du siège de la lésion, nous voyons que, grâce à M. Broca, nous pouvons leur donner des réponses très-précises :

1° La lésion d'une circonvolution, et même d'une région très-limitée de l'écorce grise, peut à elle seule déterminer l'aphasie ;

2° Cette circonvolution est la partie postérieure (on dit généralement le pied) de la troisième circonvolution frontale du côté gauche (circonvolution de Broca) ;

3° Toutes les fois que la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale gauche a été lésée, il y a aphasie.

Cependant cette dernière loi n'est pas absolue. Il y a des cas dans lesquels on a noté une lésion de l'insula. Dans d'autres cas l'aphasie a coïncidé avec des lésions de l'hémisphère droit : dans d'autres cas il y a eu une lésion de la 3e frontale gauche sans aphasie.

Voici comment on peut classer les exceptions :

A. Aphasie sans lésion de la 3e frontale gauche. a. avec lésion de la 3e frontale droite.

b. sans lésion de la 3e frontale droite.

B. Lésion de la 3e frontale gauche sans aphasie.

a. avec lésion de la 3e frontale droite.

b. sans lésion de la 3e frontale droite.

Je n'insiste pas sur ces faits qui relèvent plutôt de la médecine que de la physiologie. Il me suffira de dire que toutes ces exceptions ont été constatées ; mais que prouvent-elles?

Si sur 100 malades atteints d'une même maladie, on rencontre 99 fois la même lésion, mais une exception; faut-il dire qu'il n'y a pas entre la maladie et la lésion rapport de cause à effet? Si sur 100 aphasiques, 99 ont la 3e frontale gauche détruite, a-t-on le droit de dire qu'elle n'est pas le siège de la faculté du langage articulé ?

Pour ma part je ne le pense pas, et je crois que la localisation du langage dans le pied de la 3 e frontale, ou mieux dans la circonvolution de Broca, est très-solidement et très-suffisamment établie.

Cependant il nous faut tenir grand compte de ces exceplions. Elles nous montrent que la circonvolutiou de Broca n'est pas au langage ce que la rétine est à la vision, par exemple, ou le testicule à la spermatogenèse. On ne comprendrait pas la vision sans rétine et la spermatogenèse sans testicule : mais on peut concevoir que certaines parties d'un hémisphère suppléent aux parties qui généralement président à une fonction.

On comprend encore bien mieux comment l'hémisphère droit peut suppléer à l'hémisphère gauche. De même qu'il peut y avoir 1 gaucher pour 100 droitiers, de même il peut y avoir 1 individu sur 100 qui parle par l'hémisphère droit. Ce serait un gaucher de la parole, suivant l'expression spirituelle de M. Broca.

Nous avons vu que les paralysies corticales, expérimentales, présentaient un triple caractère. Elles sont partielles, iuconstantes et transitoires. Tels sont aussi les caractères que présente souvent l'aphasie. Malheureusement l'histoire si intéressante des aphasies transitoires, avec autopsie à l'appui, n'est pas encore complètement faite.

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