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E. DES THEORIES DE L'INNERVATION MOTRICE DES CIRCONVOLUTIONS

Nous avons exposé les faits : il faut voir maintenant comment on peut les grouper pour en déduire une théorie et un système d'ensemble. D'ailleurs, nous aurons l'occasion, dans ce chapitre, de mentionner d'autres faits qui n'ont pu logiquement prendre place dans les chapitres précédents.

En somme, toutes les théories peuvent se ramener à deux théories principales:

A. Il y a des centres moteurs (Hitzig, Ferrier).

B. Il n'y a pas de centres moteurs : il n'y a que des actions réflexes (Schiff), ou irritatives (Brown-Séquard).

11 faudra discuter aussi deux hypothèses qu'on pourrait appeler accessoires, en ce sens qu'elles ne cherchent à expliquer qu'une partie des phénomènes pour venir à l'appui de l'une ou de l'autre des deux théories, l'hypothèse de la suppléance et l'hypothèse de la paralysie du sens musculaire.

Examinons d'abord la première théorie défendue par Hitzig, Ferrier, et aussi, avec quelques modifications, par Carville et Duret.

L'hypothèse des centres moteurs s'appuie sur deux faits, étudiés plus haut et bien avérés.

1° L'excitation électrique de zones corticales étroitement limitées provoque des mouvements dans des groupes musculaires déterminés.

Quant à la limitation exacte des zones motrices, comme l'ont fait remarquer MM. Hitzig, Rouget, et tous les autres auteurs, il sufBt de déplacer les électrodes de quelques millimètres, pour obtenir un mouvement différent du mouvement précédent. Mais, d'après M. Bochefontaine1 , en regardant à l'œil nu la coupe des circonvolutions qui avoisinent le sillon crucial, on voit des pinceaux coniques de substance blanche pénétrer par leur extrémité atténuée dans la substance grise corticale, et approcher de la surface du cerveau. Peut-être, selon qu'on se rapproebe de tel ou tel de ses pinceaux, cela suffit-il pour obtenir des effets variés sur le membre antérieur, ou sur le membre postérieur.

Enfin la limitation exacte d'un mouvement à tel ou tel groupe musculaire ne prouve pas qu'il existe un véritable centre moteur pour ce groupe musculaire. L'excitation d'un nerf sensitif déterminé provoque, pourvu que l'excitation ne soit pas trop intense, un mouvement réflexe dans un groupe musculaire déterminé. Dira-t-on que ce nerf sensitif est le centre moteur de ces muscles?

Il faut donc pour démontrer l'existence d'un centre moteur recourir à d'autres preuves.

La pathologie ne peut pas prouver d'une manière rigoureuse l'existence de centre moteurs dans l'écorce grise.

D'après M. Charcot, lorsque la substance grise est atteinte seule, il n'y a pas de paralysie; d'ailleurs un

1. Bull.de la Soc. de bi<>L 23 déc. 1877: Progrès médical, 1878, p. 9.

certain nombre de faits pathologiques1, semblent prouver que la localisation de centres moteurs dans les diverses régions de la même circonvolution, de la frontale ascendante par exemple, ne peut pas encore être déterminée avec une précision suffisante.

On ne peut donc pas démontrer que la substance grise est un centre.

Les expériences cités plus haut*, nous ont montré que très-probablement la substance grise était excitable par l'électricité : il s'agit de savoir maintenant quel est son rôle dans le phénomène du mouvement.

M. Couty a fait des expériences que j'ai rapportées plus haut, et, sans que je puisse entrer dans le détail des faits, il a vu que la substance grise pouvait être anémiée sans qu'il y ait de changement dans la tension artérielle : il en a conclu que lélectrisation porte sur la substance blanche et non sur la substance grise. Cette conclusion me paraît bien hypothétique, d'autant plus que d'après M. Couty lui-même3, l'anémie de la substance grise du cerveau produit un ralentissement cardiaque constant et considérable. Il est donc, très-probable que la substance grise corticale agit sur le cœur, ainsi que le semble prouver l'influence des émotions et des sentiments sur le rhythme du cœur \

Pour ce qui concerne la non-excitabilité de la substance grise par l'électricité, nous avons assez insisté sur ce sujet pour n'avoir pas à y revenir : la méthode trèsindirecte de M. Couty ne nous semble pas avoir ébranlé

1. Voyez la thèse de M. Mallebay. Des paralysies part ieltes d'origine corticale. — Taris 1878, n" 286.

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