‹ Struensée: drame en cinq actes et huit tableaux en versChapitre 13 sur 101 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

STRUENSÉE, seul.

Non, peuple, je n'ai pu faire une œuvre éphémère Et ton droit à l'honneur n'est pas une chimère. Tu l'avais sans conteste en cet âge béni Où les pasteurs égaux marchaient dans Tinfini Des champs terrestres, sous l'infini des espaces. Puis les forts ont broyé les faibles ; mais tu passes, Force I... Le Droit reste, et je n'ai pas rêvé. Ai-je inventé le droit? Non, je l'ai retrouvé. Et, sans en revenir aux pasteurs, la science Doit donner au progrès humain la conscience Pour directrice et faire une société Où le mérite ait pour berceau l'alité.

Toute naissance d'homme apporte une espérance. Non la fatalité d'un droit à la souffrance ;

16 STRDENSÉE.

Seul l'effort inégal, valear ou lâcheté,

Mesure les degrés de Tinégalité ;

C'est seulement alors que la misère est juste,

Le succès légitime et la faveur auguste

Et que la charité devient divine, étant

Sur rindolence humaine un pardon qui s'étend.

Tous les hommes, ô rêve ! unis et solidaires I...

Cet idéal répugne aux esprits secondaires.

Ils me méprisent...

Avec enthousiasme.

Mais qu'importent ces esprits Qui ne comprennent pas, puisqu'une &me a compris?

Le visage illumine.

Une âme, un pur rayon de lumière, la reine.

Dans cette cour banale où l'égoîsme traîne

La bassesse des corps vers la faveur d'un roi,

Une âme plane et brille... Et cette âme est à moi !

A moi ! non pas un être, une amante, une femme,

Non, mais l'immensité, puisque j'ai dit une âme.

Majesté, devin de mes projets flottants...

Je n'avais point parlé qu'elle avait dit : « J'entends ».

Homme, j'eus des concepts ; femme, elle eut des alarmes ;

J'ai connu la grandeur de mon œuvre à ses larmes.

Où j'espérais une aube, elle apportait le jour,

Je parlais de justice, elle parla d'amour ;

Sa pitié pour le peuple eut des ardeurs de fièvre

Et l'âme de Jésus se posa sur sa lèvre;

Elle est le saint disciple en qui l'apôtre a foi ;

Elle croit m'admirer, elle s'admire en moi.

Après un silence.

Mais qui donc répandit le soupçon que je l'aime. Lorsque je n'ose pas le soupçonner moi-môme?

Je dis que j'ai son âme?... Oui, pour la vénérer : On loge en soi son dieu, mais c'est pour l'adorer.

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