ACTE PREMIER
Mon retour?... déserter un poste...
LE PASTEUR
Où l'on t'envie?
Avec une grande simpiiciK^.~
Oui, pour soigner ta mère et mener mieux ta vie, Avec un éclat moindre et plus d'austérité, Sans faste, sans grandeurs, sans popularité; Chimères tout cela.
Chimères?.,.
LE PASTEUR
Oui, ta gloire.
Mais ces chimères-là sont déjà de l'histoire, Mon père. Je me dois au peuple désormais.
LE PASTEUR, très grare.
Tu te devais à lui, mon fils, quand tu l'aimais.
STRUENSÉE, TÎTement.
Je ne l'aime donc plus?
LE PASTEUR, le regardant dans les yeux.
Tu vis trop près du trône Qui n'a d'autre contact avec lui que l'aumône ; Tout les sépare. A peine ils savent s'estimer,
Mais moi je les rapproche et les force à s'aimer.
Mourement d'incrédulité du pasteur.
J*ai vu pleurer Christian sur son peuple, vous dis-je, Et je serais un lâche, ayant fait ce prodige De conquérir son cœur royal à mes travaux.
Si je le laissais seul en ces chemins nouveaux Où la montée est rude et douteux réquilibrc.
Solennellement.
Je lai mis en danger, peut-être; suis-je libre? Puis-je quitter ce roi que j'ai fait homme? Non, Je me dois à son œuvre, à son règne, à son nom.
LE PASTEUR, le regardant dans les yeux.
Et ta ferveur toujours est désintéressée?
Tu peux me regarder dans* les yeux, Struensée?
STRUENSÉE, avec force, en regardant son père.
Je peux vous regarder dans l'âme...
LE PASTEUR*, arec une émotion douloureuse.
Pauvre enfant!...
On m'accuse?...
LE PASTEUR
Il suffit, ton regard te défend.
STRUENSÉE, d'une voix ardente.
Rien en moi n'a changé, père, l'homme en détresse A toujours ma pitié, le faible a ma tendresse Et j'ai plus que jamais, dans mon cœur révolté. L'effroi de la misère et de l'iniquité.
LE PASTEUR
Le Christ vit dans ton cœur, mais es-tu dans sa voie? Il dit : « Résignez-vous : au ciel est toute joie. »