‹ Struensée: drame en cinq actes et huit tableaux en versChapitre 17 sur 101 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Nous résigner! mais c'est un crime, car enfin Nous tuons tous un peu l'homme qui meurt de faim ; S'il vole pour manger, tout le monde est complice, Et je ne veux pas, moi, que l'homme se salisse. Au royaume du ciel vous placez son bonheur ?

Je lui fais sur la terre un royaume d'honneur. Père, est-ce là bâtir plus que vous sur l'argile ? Vous, ministre de Dieu, vous prêchez l'évangile Qui donne seulement l'espérance et la foi, Et moi, ministre humain, je l'inscris dans la loi.

LE PASTEUR, lui prenant la main.

C'est bien ; j'aime ton œuvre ; heureux si tu l'achèves. Car en de simples cœurs tu jettes là des rêves Qui rendront plus cruelle encor leur pauvreté, Si pour eux rien ne change en la réalité.

Au besoin d'éblouir, surtout, reste insensible ; Jamais aux pauvres gens ne promets l'impossible. L'honnête homme est celui qui se fait peu d'amis, Mais qui tient ici-bas tout ce qu'il a promis.

STRUENS££, arec confiance.

J'espère bien...

LE PASTEUR, plearaat en lui serrant les Inains.

Hélas!...

*Vous pleurez?

LE PASTEUR

Oui, je pleure Sur nos conceptions vaines... sur toi qu'eflBleure

Le sou£Qe généreux de la divinité,

Mais qui, voulant voir rtiomme à travers ta bonté,

Crois, pour prix de l'effort où ton cœur persévère,

Monter au Capitole et montes au Calvaire

Et seras cendamné pour tout ce que tu crois

Et déjà m'apparais attaché sur ta croix.

STRUENSÉE, afec dêcoaragement.

La noblesse me hait et le peuple m'accuse,

La force contre moi se ligue avec la ruse,

La garde se révolte et la cour parle bas,

Et Dieu, par son pasteur, ne m'encourage pas !

Montre-t-on à l'apiUre ardent la croix qu'il traîne ?

Vous me troublez ; qui donc me soutiendra ?

La reine parait au fond, suivie de madame de Reez, de ses dames d'honneur et de ses pages.

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