ACTE DEUXIÈME
LA REINE
Non, un conte imité Des vieux auteurs français ; recherche et pauvreté. Oh! pardon! vous aimez la France, je l'oublie. Mais moi, Cordelia, Desdémone, Ophélie, Juliette, voilà les fantômes charmants De mon pays qu'en vain je cherche en ces romans, Doux êtres beaux et purs qui s'ignorent, se donnent, S'immolent, sont brisés par l'amour... et pardonnent.
Je leur connais des sœurs françaises ;
LA REINE
J'ai cherché...
Pauline, Iphigénie, Angélique, Psyché,
Et ces hautes vertus : Andromaque, Chimène,
Esther... tous les degrés de la splendeur humaine.
La France a ses erreurs, Madame, mais toujours,
Qu'elle verse le sang ou vaque à ses amours.
Quand elle enfante une œuvre ou légère, ou profonde.
Quelque flamme en jaillit dont s'éclaire le monde.
Nous la jugeons futile et blâmons ses excès.
Mais, dès que son cœur bat, nous nous sentons Français.
Or il bat fortement dans sa littérature.
Aimer ce qu'elle écrft, c'est aimer la nature;
Ourrantun liyre qu'il a tiré de l'armoire -bibliothèque.
Je n'en prends pour témoins que ces vers enflammés Du vieux Corneille,
LA REINE
Eh bien ! lisez et nous charmez.
STRUENSÉE, lisant.
« A peine je vous vois que mes frayeurs cessées... »
S'arrftUnt,
Mais c'est Psyché qui parle et ces jeunes pensées, Ces doux vers n'auraient leur musique en vérité Qu'en empruntant la voix de Votre Majesté.
LA REINE, prenant le lirrc des mnins de Strensuée et lisant.
« A peine je vous vois que mes frayeurs cessées Laissent évanouir l'image du trépas, Et que je sens couler dans mes veines glacées Un je ne sais quel feu que je ne connais pas. J'ai senti de l'estime et de la complaisance,
De l'amitié, de la reconnaissance, De la compassion, les chagrins innocents M'en ont fait sentir la puissance.
Mais je n'ai point encor senti ce que je sens.
Moment de silence.
Je ne sais ce que c'est, mais je sais qu'il me charme, Que je n'en conçois point d'alarme :
Plus j'ai les yeux sur vous, plus je me sens charmer;
Tout ce que j'ai senti n'agissait point de même, Et je dirais que je vous aime,
Seigneur, si je savais ce que c'est que d'aimer. »
Nouveau silence.
Oui, voilà bien, en mots caressants exhalée
La surprise d'une âme innocemment troublée.
Le cœur s'exprime ainsi, ces vers sont beaux et doux.
Et que répond l'Amour?
Qu'il est jaloux.
LA REINE
Jaloux?