SCÈNE III STRUENSÉE, RANTZAU
RANTZAU
Excellence, je vois que tout ce qu'on raconte Est véritable ;
Vous chez moi, monsieur le comte?
RANTZAU, solennellement.
Je viens vous demander grâce pour mon pays...
Grâce?...
Ma conscience ordonne, j'obéis.
C'est moi qui le premier vous connus, Struensée. Un cœur noble éclairé d'une vaste pensée.
Tel m'apparut d'abord le médecin du roi.
STRUENSÉE, modestement.
Comte...
RANTZAU
Las du pouvoir et songeant qu'après moi Bernstorf ferait de la politique importune, D'un mot dit à Christian je fis votre fortune.
Il me crut, dans son cœur je me vis remplacé, Je partis, et bientôt Bernstorf fut renversé. De loin je vous suivais, mais...
Mais ma politique A son tour donna prise à votre âpre critique...
RANTZAU l'interrompant.
Croyez- VOUS que je vous estime?
Oui, je le croi.
RANTZAU lui tendant la main.
Vous m'estimez aussi?
STRjDENSÉE, lai donnant la main.
. Recevez-en ma foi.
RANTZAU
Souffrez donc que le vieux Rantzau vous avertisse
Que, pour des visions d'incertaine justice,
En croyant affranchir la pauvre humanité,
Vous la rendez à sa première obscurité ;
Vous délivrez son corps d'une chaîne bénie,
Et c'est pour inûiger des fers à son génie ;
Car, dès que la matière est maîtresse, l'esprit
Devient esclave, perd ses clartés... et périt.
Tout pays libre prend des aspects de caverne ;
Les peuples ne sont forts qu autant qu'on les gouverne.
Et la société modèle, croyez- moi.
C'est un peuple puissant sur qui règne un grand roi.
Mais, monsieur, les grands rois se comptent dans l'histoire ; Attendre leur venue est très aléatoire