ACTE PREMIER
Pour un peuple affamé qui n*a qu'un roi... moyen; Il est vrai que pour vous la matière n'est rien, Mais encore avez-vous grand besoin qu'elle vive Pour assurer la source où l'esprit se ravive, Car ce n'est pas la loi du monde, au demeurant, Qu'on ait la tête saine avec un corps souffrant. C'est pourtant l'éternel scandale : une noblesse Qui s'amuse, s'ébat, s'endort dans sa mollesse, Ne vit que par le peuple et le dit vil et bas, Vu qu'il lui donne un pain dont il ne mange pas; Par la masse en géhenne une caste enrichie, Voilà l'ordre à vos yeux? Moi j'y vois l'anarchie. Marcher sur la matière humaine et piétiner, C'est déshonorer l'homme et non le gouverner. Vous me vantez l'esprit? Quel esprit? Je le nie. Quand il est sans espoir, un peuple est sans génie. Vous le voulez puissant? soyez-lui généreux; Vous rêvez un grand roi? Faites un peuple heureux.
RANTZAU
De corps ou d'âme? Mais laissons là les symboles.
Un point surtout, monsieur, m'émeut dans vos paroles :
Vous voulez supprimer la richesse?
STRUBNSEE.
Non pas.
C'est le régulateur du travail ici-bas, C'est la neige amassée au sommet des montagnes Qui fait égal le cours des eaux vers les campagnes ; Comme l'épargne des glaciers fond dans Tété Pour assurer la vie et la fécondité Des plaines, la richesse, autre réserve utile, A tout l'effort de l'homme assure un champ fertile. Mais ce n'est dans vos mains un réservoir sacré. Que si chacun par vous en est désaltéré.
RANTZAU
La charité...
Le mot est doux, mais rapetisse L'œuvre à tenter.
RANTZAU
Quel mot vous plaît mieux?
La Justice.
Vouloir que l'humble serf, de sa honte affranchi. Redresse un pauvre corps par les siècles fléchi Et, tout émerveillé d'avoir un cœur qui vibre, Rie au soleil de son beau regard d'homme libre, Puis rie à son labour qui n'est plus pour autrui Et s'exalte à gagner un pain qu'il sait à lui ; Le soustraire au mépris, le sauver de l'aumône Et, pour lui faire aimer les vertus qu'on lui prône, L'établir dans ses droits et dans sa dignité. Voilà comment j'entends, monsieur, la charité.
RANTZAU, d*un accent de grave reproche.
L'humanité dormait...
A son âme engourdie J apporte la lumière.
RANTZAU
Hélas! non^ Tincendie,