ACTE CINQUIÈME
La reine JULIE entre par le fond suivie d'un OFTICIER et de deux soldats.
LA. MEINE JOLIE
Placez vos hommes là, contre cette paroi, Et ne laissez personne arriver jusqu'au roi.
GULiDBERGr entre par la gauche.
Eh bien ! Guldberg ?
GULDBKRG.
La cour en ce moment s'assemble.
LA REINE JULIE
Que peut-on augurer?...
L'accusation semble Trop vague, quant au fait de haute trahison ; Mais pour lui mériter l'exil ou la prison, Le reste estsulBsant; nous atteindrons sans peine Le ministre à défaut de l'amant de la reine.
LA. RKINK JULIE.
L'exil? on en i*evient ; la prison ? l'on en sort. Il n'est qu'une prison certaine, c'est la mort. La cour, m'avez-vous dit, est pourtant composée Des ennemis les plus ardents de Struensée.
GULDBERG.
Mes collègues d'hier, les anciens conseillers, Qui prenaient leurs fauteuils pour autant d'oreillers, Et qui ne dorment plus depuis que leur parole Ne vient plus les bercer l'un l'autre à tour de rôle. Mais dans le nombre il est de vertueux Catons Qui n'oseraient risquer un seul pas à tâtons, Et ceux-là s'abstiendront si on ne les régale De l'apparence au moins d'une enquête légale. II faudrait, pour gagner ces esprits timorés, Des preuves, des témoins, des faits...
LV BKINE JDLIB.
Yous en aurez !
GULDBERG.
Je me rassure alors ; mais à moins d'un prodige, Quels indices nouveaux?...
LA KKINE JULIE.
Vous en aurez, vous dis-je.
Laissez-moi le loisir d'y songer un moment.
Oh! je n'ai pas besoin de quand ni de comment;
Car depuis que j'ai vu précipiter du faîte
Le favori brisé dans une nuit de fête.
Faire échec à la reine et, pour tableau fiual.
Transformer le palais en grave tribunal
Ou l'aveugle Thémis va rendre ses oracles,
Moi qui ne crois à rien, je crois presque aux miracles.
LA REINE JULIE, voyant entrer la Reine.
J'en veux essayer un, tout à fait convaincant. Allez ! et reprenez votive siège vacant.
Elle s'assied et écrit. — Guldberg sort. I-.A REIIVE quitte son appartement et se dirige vers celui du roi; l'officier lui barre le passage.
LA RBINB.
Je veux parler au roi.
l'officier.
Le roi n'est pas visible.
LA REINE
Je suis reine et veux voir mon époux.
l'officier.
Impossible, Madame ; la consigne est formelle.
(La reine s'avance vers la reine Julie; l'otficier se retire.)
Est-ce vous, Madame, qui prenez ces mille soins jaloux Pour m'empècher de faire un pas, un geste, un signe. Sans m'informer d'abord si telle est la consigne ? Je suis gardée à vue au sein de mon palais. Captive ! achevez donc votre œuvre sans délais, Madame ; accu&ez-raoi du moins sans subterfuge ; Qu'on assemble un conseil de rois, et qu'on me juge.
LA REINE JCLIH.
Pouvez-vous méconnaître ainsi des procédés Que l'intérêt du roi nous a seul commandés?
Où donc est le geôlier qui vous tient prisonnière ? Songe-t-on à vous nuire? en aucune manière; Mais la santé du roi, qui nous est chère à tous. Son repos nous prescrit ces mille soins jaloux.
LA REINE
De vos attentions je ne suis point la dupe. Si la santé du roi, madame, vous occupe. Pourquoi de sa personne avez-vous éloigné Celui-là même qui, sans cesse, l'a soigné, Son premier médecin ?...
LA RBINB JULIE.
Soj-ez plus équitable, Madame; sa disgrâce était inévitable Sans que je fisse rien pour le mettre à l'écart. Que ne se bornait-il à pratiquer son art? Est-ce donc moi qui l'ai tiré de son orbite, Qui l'ai fait graviter dans la sphère où j'habite Au-dessus du sentier tracé par son devoir ; Moi qui l'ai fait planer dans les airs, sans prévoir Que le nouvel Icare étant un pauvre sire. Un seul rayon fondrait ses attaches de cire? Enfin, s'il est coupable, est-ce par mon concours. Et puis-je du procès interrompre le cours?
Non ; quand la foudre éclate, accuse-t-on la nue De l'avoir en ses tlancs couvée et contenue? Dans l'ombre le poignanl frappe ; le fer subtil Est criminel, mais non le bras ; et le fùt-il, La tète ne l'est point ; la tète qui s'en vante Echappe au reproche, et, tantôt une servante,
Tantôt un tribunal à l'avance assoupli Portent seuls tout le poids du forfait accompli.
LA REINE JUUE.
Madame, oubliez-vous que ce tribunal compte
Les plus grands noms parmi ses membres? et le comte
N'aura-t-il pas été condamné par ses pairs?
LA REINE
Condamné?
LA BKINE JULIK.
C'est l'avis de magistrats experts.
LA REINE
Dites, dites plutôt qu'à cette cour vendue La sentence est dictée avant d'être rendue.
LA REINE JULIE
Le comte est convaincu de lèse-majesté;
Par de nombreux témoins son crime est attesté;
L'évidence, dit-on, est tellement palpable
Qu'on s'étonne de voir encore le coupable
Retarder ses aveux, refuser à ce prix
De se concilier peut-être les esprits.
LA REINE
Voulez-vous donc qu'il mente et qu'il se calomnie?
LA RKINE JULIK.
Préférez-vous pour lui la torture, s'il nie?
LA REINE
Vous savez comme moi qu'il l'a fait abolir.
LA. REINE JULIE
Oui ; mais je sais aussi qu'on peut la rétablir.
LA REINE
La torture ! non, non ;... ce serait trop infâme î Briser le corps après avoir déchiré l'âme ! Si sa faute est prouvée, eh bien ! punissez-la Par l'exil, la pi'ison, tout, excepté cela.
LA. REINE JULIE
Je doute que l'arrêt du tribunal s'accorde
Avec celui que rend votre miséricorde ;
Qu'il parle ou qu'on s'en tienne au dire des témoins.
C'est la mort qui l'attend, à moins
La mort !
LA REINE JULIE
A moins Que, dans son intérêt, vous n'en veniez à faire Spontanément l'aveu que lui-même difi'ère; Le supplice par là poun-ait être écarté.
Expliquez-vous, madame, avec pliis de clarté ; Car je vous l'avoûrai, depuis le temps que dure Leur longue instruction, leur lente procédure, Le passé, le présent, ce que les autres font Et ce que je fais, tout se mêle et se confond. Madame, vous voyez qu'il serait bien facile De pousser vers le mal mon esprit qui vacille ; Mais ce serait un crime, horrible à pressentir, Que n'effaceraient pas mille ans de repentir.
LA. RRINE JULIB.
Le temps presse, écoutez; et soyez-en bien sûre, Le comte doit tomber, mais tomber sans blessure ; Cela dépend de vous et tout peut s'arranger. Vous fuirez l'un et l'autre en pays étranger, Là-bas, en Allemagne, ou bien chez votre frère, N'importe ; je n'y mets pas d'obstacle, au contraire ; Je veillerai moi-même à votre sûreté.
LA REI.NE
Nous fuirons! et comment? puisqu'il est arrêté.
LA BEINE JULIE.
Signez ! un mot de vous le soustrait au supplice. Ecrivez ! il devient alors votre complice. Et l'arrêt n'osant pas s'élever jusqu'à vous, Puisque vous êtes libre il faut qu'il soit absous.
LA REINE
Le pamphlet ! Dieu ! mais c'est une action si noire Que le tribunal même à peine y pourrait croire. Et je me chargerais d'un mensonge si bas ! N'y comptez point, madame.
LA RKINB JCLIR.
Oh ! je n'insiste pas.
LA REINE
Mais c'est mon déshonneur que cette signature.
LA REINE JULIE
Savez-vous ce que c'est, dites, que la torture?
LA REINK.
Taisez-vous ! taisez-vous ! assez, madame, assez.
LA KEINR JOLIE.
Contre mille tourments l'un sur l'autre amassés,
La résolution la plus ferme s'émousse.
Et la mort semble alors une faveur si douce
Que le supplicié confesse en frémissant
Un crime dont il est quelquefois innocent.
LA REINE
Grâce ! n'ajoutez plus un mot ; je me résigne, Madame ; je consens à tout ; voyez, je signe; Un moment de relâche, et puis, je me soumets. Eh bien ! non ; eh bien ! non ; je ne pourrai jamais ! Non, je n'écrirai pas; j'y suis bien décidée. Et tenez i il me vient à présent une idée : Peut-être voulez-vous, en m'ofi'rant votre appui, Non pas le délivrer, mais me perdre avec lui. Madame, jurez-moi que vous êtes sincère. Que l'aveu de ma honte est vraiment nécessaire Pour arracher le comte au malheur qui l'attend, Et je n'hésite plus, et je signe à l'instant. Ri%IWFZ^IJ entre par la gauche.
Ah!... monsieur de Rantzau, vous quittez l'audience; Vous pouvez mettre un terme à mon impatience. Qu'ont-ils résolu?
RANTZAU
Rien encore ; l'accusé A leur répondre s'est jusqu'ici refusé.
LA RRINE.
"Noble cœur!
RANTZAU
Contre lui, le grand-fiscal réclame La torture.
L\ REINE
Grand Dieu!
LA REINK JULIE.
Qu'en dites-vous, madame?
LA REINE
Mais les juges?
RANTZAO.
La cour entière a consenti ; J'étais seul contre tous ; alors, je suis sorti Pour supplier le roi, s'il en est temps encore...
LA REINE JULIE
Que décidez-vous ?
LA REINE
Moi?... moi?... je me déshonore.
J'ai signé.
(Elle sort.)
LA REINE JULIE
Son nom... là... c'est bien son nom... oui, oui... Jamais il ne me fut aussi cher qu'aujourd'hui. Capitaine, au fiscal remettez ce message.
RANTZAO.
Depuis quand des soldats barrent-ils le passage Lorsqu'un Rantzau se rend chez son roi? depuis quand, Madame, garde-t-on le palais comme un camp ?
LA. KKINB JOLIE.
Depuis qu'à chaque pas le roi rencontre un piège; Croyez-moi; retournez occuper votre siège ; Votre place est là .
RANTZAU
Soit; quand j'aurai protesté Contre le grand-fiscal devant Sa Majesté.
LA REINR JULIE.
La démarche serait désormais superflue; Sur le coupable il n'est plus besoin qu'on influe, Le crime est avéré, la reine est en aveu. L'arrêt de mort sera bientôt rendu.
EMMIT entre par le food.
Grand Dieu !
RANTZAU
Je cours alors, je cours rafiermir son courage, Etdussé-je à moi seul tenir tête à l'orage, Je l'essaîrai du moins.
EUMY.
L'ai-je bien entendu?
L'arrêt, avez-voas dit, sera bientôt rendu?
(Il sort.)
LA RRINR JCLIB.
Oui ; je puis devant vous et devant tout le monde Laisser voii* à la fin le bonheur qui m'inonde. Je viens de vous venger, Emmy. Votre inconstant Pour seule amante aura la mort dans un instant. Vous frémissez ?
EMMY
Madame...
LA REINR JULIE.
Enfant, quelle démence !
Croyez-vous que l'ingrat soit digne de clémence ? Lui gardez-vous encore un reste de pitié ? Songez qu'avec la reine il était de moitié Dans cette manœuvre où, par crainte du scandale, Ils ont pris votre main pour sortir du dédale Et vous ont obligée à leur dire merci.
EMMY
Je le sais, je le sais.
LA REINR JULIE.
Et savez-vous aussi Qu'elle avait méconnu tous ses devoirs d'épouse?
EMMY
Peut-on tromper les yeux d'une amante jalouse? Je le savais; voilà longtemps que je le sais.
LA REINR JULIE.
Vous le saviez ! Jugez alors si leurs excès Dont mon enfant et vous auriez été victimes N'excitent pas en moi des transports légitimes!
Vous le saviez ! comment le saviez-vous? parlez. Peut-être quelques faits sont encore voilés ; Quelle preuve avez-vous de leur intrigue vile ?
EMMT.
Une preuve f mon Dieu ! madame, j'en ai mille.
LA. REINE JULIE
Se peut-il? Ecoutez... déjà le tribunal Connaît de point en point leur complot infernal ; Mais il existe encore un juge que son titre Investit des pouvoirs de souverain arbitre Et qui, sans se borner aux actes accomplis, Des coeurs peut consulter les plus secrets replis ; C'est répoux outragé qui, dans sa raison haute, Mieux que personne estime où commence la faute.
Le roi ?
BMftnr.
LA. REINE JULIE
Le roi.
EMMY
A part Haut.
Dieu ! quel espoir ! Vous dites vrai; Que le roi m'interroge, et je lui répondrai.
LA REINR JCLIB.
Venez ! et, complétant nos recherches premières, Versez dans son esprit de nouvelles lumières ; Portez les derniers coups, et que votre secours A la bonté du roi leur ferme tout recours.
(Aux gardes.) Laissez passer.
Emmy se rend chez le roi. — Entre GUI-iDBERG»
LA REINE JULIE
Guldberg, où courez-vous ?
GULDBKRG.
Victoire !
LA REINE JULIB.
Comdamné ?
GULDBKRG.
Condamné. Pour rendre exécutoire La sentence de mort, rien ne manque, sinon L'assentiment du roi.
LA REINE JULIB.
C'est-à-dire son nom.
Vous l'aurez ! Qu'ai-je lu? le tribunal décrète, Que l'exécution pour demeurer seci-ète.
Aura lieu dans la cour du palais.
GDLDBEKG.
Dès ce soir, Pour qu'en grâce il n'ait pas le temps de se pourvoir,
LA REINE JULIE
Ah ! c'est bien ! une mort sans éclat ni bravoure.
GULDBERG.
Le voici : qu'à longs traits votre haine savoure Le plaisir de le voir frémir à votre aspect.
LA REINE JULIE
Non, Guldberg; le malheur a des droits au respect. Je me retire; allez.
(Klle sort, Guldberg entre chez le roi.)
Entrent .SXRUEIVSÉE:, R/^rVXZAU, KE:I.L.ER, •IUOE:», GA.RDE8.
Messieurs, l'heure est venue Où je puis vous parler enfin sans retenue; Je suis maître de moi, n'ayez point de frayeur. Vers vous-mêmes tournez votre œil intérieur Et que chacun de vous, comme il l'entend, décide Quelle part lui revient dans votre œuvre homicide; L'un trahit, l'autre juge, un troisième consent; De la faiblesse au crime il n'est qu'un pas glissant Dont la mesure échappe à notre clairvoyance. Jugez-vous ! je vous livre à votre conscience.
Los juges font un mouvement pour se retirer. Struensée reprend : Ecoutez-moi, messieurs. Trois complices, un jour, Prirent part à la mort d'un juste et, tour à tour, L'un, son disciple, à prix d'argent s'en fut le vendre; L'autre le condamna sans qu'il put se défendre. Et le troisième dit : Soit ! voici l'innocent, Je m'en lave les mains, les mains pures de sang. Dénoncé par le traître aux fureurs de la tourbe. Jugé parle cruel et livré par le foui-be, Il mourut en prophète, en martyr, en héros; Il mourut, en priant le ciel pour ses bourreaux Et, souriant, du haut de son gibet immonde Il étendit les bras pour étreindre le monde. Ecoutez à présent, messieurs, quel fut le sort Des trois persécuteurs et quelle fut leur mort. Pour racheter le sang qu'il venait de i-épandre, Dans le champ d'un potier le traître alla se pendre; Le juge tortueux, le magistrat pervers Mourut, honteusement dévoré par les vers;
Le lâche enfin — notez ceci, messieurs — le lâche,
Proscrit et fugitif, assailli sans relâche,
Dans le linceul des flots s'ensevelit vivant,
Et n'eut pas de repos même en son lit mouvant.
Or, juges sans droiture et sans miséricorde,
Savez-vous de quels fils était faite la corde
Où Judas se pendit, quels monstres acharnés
Se ruaient sur Hérode, et quels flots déchaînés
A Pilate égaré fermèrent tout refuge
Et bondirent vers lui comme au temps du déluge ?
Tout cela n'a qu'un nom et s'appelle remords.
Pour un coup, je vous rends des millions de morts;
Vous êtes condamés! je lève l'audience
Et vous livre, messieurs, à votre conscience.
Maintenant, vous pouvez vous retirer. J'ai dit.
(Les juges s'éloignent.) KELLKR.
A ceux qui vont mourir on laisse tout crédit D'accomplir librement leurs souhaits légitimes.
Eh bien ! donc, m'appuyant sur le droit des victimes, Pour ne point me plier même sur l'échafaud. Je demande à mourir debout et le front haut. Comme un soldat frappé sur le champ de bataille. Accordez-moi la mort qui convient à ma taille Et cédez-moi l'honneur de commander le feu ; Voilà mon seul désir, voilà mon dernier vœu ; Considérez s'il est possible qu'on l'agi'ée.
KKLLBR.
Comte, la volonté des mourants est sacrée.
(Guldberg sort de l'appartement du roi, remet la sentence à Keller et se retire.)
RANTZAU
STRUBNSÉB.
Une voix ne m'a point condamné; Merci, comte ; aussitôt, je vous ai deviné.
J'ai lutté conlre vous en loyal adversaire; Mais ma vieille amitié n'en est pas moins sincère, Et mon regret le plus amer, le plus cuisant, C'est que vous en ayez douté jusqu'à présent. Je vous ai vu tenter une entreprise immense Au point qu'elle touchait de près à la démence ; Je vous l'ai toujours dit : l'abîme était au bout.
STBUBNSÉB.
Qu'importe? maintenant l'édifice est debout; Doit-on s'inquiéter plus longtemps du manœuvre? Je ne meurs qu'à moitié, je survis dans mon œuvre. C'est la loi de ce monde où rien ne se détruit ; La fleur tombe, il est vrai, mais en laissant un fruit. Pareil au soldat grec que nous vante l'histoire. Avant de succomber j'annonce la victoire.
Hélas ! l'homme toujours rêve plus qu'il ne peut
Mais pourtant, je sais bien que la terre se meut!
RANTZAU
Eh quoi ! poursuivre jusqu'au terme de la vie La chimère toujours vainement poursuivie? Fou sublime, mais fou qui ne veut pas guérir ! Des hommes tels que vous ne devraient pas mourir.
STROKNSEK.
Que dites-vous? ne pas mourir ! Pourquoi vivrais-je?
Souhaitez bien plutôt que ma chaîne s'abrège.
N'ai-je pas vu la fange humaine d'assez près
Pour chercher un asile à l'ombre d'un cyprès?
Ah ! que ne suis-je mort sur le 5^ein de ma mère,
Quand j'ignorais combien l'existence estamère!
Ne pas mourir, Rantzau ! soyez-en convaincu, Je n'ai d'autre regret que d'avoir trop vécu.
Pourquoi donc redouter qu'une balle me tue?
On peut briser, mais non tuer une statue ;
Et pourqnoi de mon corps regretter un lambeau, Lorsque l'herbe a déjà poussé sur mon tombeau? Mes amis, mes flatteurs, où sont-ils? qui me serre La main au départ? vous, un ancien adversaire. Hier, un souverain m'accordait la faveur De conserver ses jours et d'être sou sauveur ; J'aimais, j'étais aimé... dumoins, je croyais l'être; Sur le rhythme du mien battait le cœur d'un être Dont le sort à mon sort semblait être lié; A présent je suis mort, car je suis oublié.
RANTZAU
Non, vous ne l'êtes pas; non, vous êtes injuste Envers une personne, une personne auguste
La reine ! je suis fou, vous l'avez dit ; je suis Un misérable fou.
RANTZAU
La reine qui, depuis
Votre arrestation, craintive, haletante,
Chaque jour, à toute heure, et toujours en vain, tente
De plaider votre cause en présence du roi,
Et qui voit se dresser avec un morne effroi
Les trabans qu'a placés au seuil sa belle-mère
Pour faire exécuter sa justice sommaire.
STRUKNSÈE.
Et moi qui l'accusais !
RASTZAU.
Silence! la voici.
STRUKNSÈE.
Dieu!
RANTZAD, à Keller.
Colonel, encore un seul instant.
STRUKNSÈE.
Merci.
(U REflWE entre.';
LA reim;.
Enfin, je vous revois et je me sens renaître. Vous êtes libre !
STRUBNSKE.
Non ; mais bientôt je vais l'être,
LA REINK.
Libre. inai.s dans l'exil.
Un exil étemel.
LA REINE
Je ferai révoquer leur arrêt criminel ; Vous reviendrez bientôt.
STRUENSÉE, à part.
Se peut-il? elle ignoi'e.
LA REINE
Le roi qu'ils ont trompé, mais qui vous aime encore, Ne saurait se passer de vous, de vos secours. Les choses reprendront alors leur ancien cours ; C'est mon vœu le plus cher, mon espoir le plus ferme.
Non ; l'exil où je vais est un exil sans terme. Madame, permettez que je vous dise adieu.
Comme votre parole est glacée !... 0 mon Dieu ! Que vous ai-je donc fait?
Elle me le demande, Elle dont la présence est une riche offrande Et dont le souvenir est encore un bienfait î Pourquoi demandez- vous ce que vous m'avez fait? Demandez au captif ce que fait à son être Le rayon de soleil qui joue à sa fenêtre Et change un noir cachot en palais opulent; Au voyageur perdu dans le désert brûlant, Demandez ce que fait la goutte de rosée Qui vient tomber du ciel sur sa lèvre embrasée ;
Ne me demandez pas, vous, Tàme de mon cœur, '
Vous qui m'avez rendu fier, libre, heureux, vainqueur, Ce que vous m'avez fait ! Dans mon délire extrême. Je ne répondrais rien, sinon que je vous aime.
LA REINE
Tai8ez-vou3 !
KRLLKR.
Comte, l'heure avance.
STRUEXSÉE.
Ah!... je vous suis.
LA REINE
Laissez-moi ! je ne puis partir, je ne le puis; Et cependant, ma vie est liée à la vôtre. Au revoir ! au revoir !
Dans ce monde ou dans l'autre.
A part.
Ah ! je croyais la mort plus facile à braver.
Haut.
Adieu, madame.
LA REINE
Adieu.
(Tous se retirent, à l'exception de la reine. EMM Y sort de l'appartement du roi.)
ESIMY.
Je viens de le sauver.
Madame; ce papier qu'avec transport j'embrasse, C'est sa grâce! Madame, entendez-vous? sa grâce !