‹ Struensée, drame en cinq actesChapitre 13 sur 16 · L.\ REINE JULIE · texte numérisé non relu

L.\ REINE JULIE

Une de ces histoires Que les nourrices font, en tournant leur fuseau, Pour endormir le soir leurs enfants au berceau.

Je vous crois; en effet, madame, l'inventrice De cette histoire fut une pauvre nourrice Qui, même, y parsema des détails à foison Et désigna la main qui versa le poi&on.

LA KEINE JULIE

Guldberg, le colonel est bien lent.

Patience, Madame ; c'est qu'il fait la chose en conscience, Ril.IVXZ/%U entre avec ËMMY.

RANTZAU, à la reine.

Madame, espérez-vous encore le sauver?

LA REINE

J'ai commencé mon oeuvre et je vais l'achever.

Ne vous éloignez point sans que je vous révèle,

Messieurs, une importante, une heureuse nouvelle :

Le ministre, malgré ses services, malgré

Le rang qu'il a conquis de degrés en degré,

Etant notre sujet beaucoup moins que notre hôte,

Ose ambitionner une gloire plus haute.

Un titre sans lequel les autres ne sont rien ;

11 prétend s'élever au rang de citoyen,

Et, danois par le cœur, il choisit pour patrie

Cette terre qu'il aime avec idolâtrie.

RANTZAU

Parmi tout l'univers un grand homme est chez lui, Comte ; et je suis heureux de pouvoir aujourd'hui Vous saluer du nom de mon compatriote.

GULDBKKG.

Le plaisir est égal pour tous.

RANTZAU, entre les dents.

Iscariote !

GOLDBERG, à la reine Julie.

KelUer arrive.

LA RBINB JULIE.

Enfin!

KE:L.L,ER, àRantzau.

Me voici; j'ai tenu Ma pi'oraesse, cousin, et le terme est venu.

RANTZAU

Attendez un moment, un seul moment encore.

LA RELNE.

Votre rapprochement tous les deux vous iionore ; Je le rendrai durable en y mettant un sceau

Avec effort.

Digne de vous : monsieur le comte de Rantzau, Je vous demande au nom du comte Struensée — Et ma tâche à présent est devenue aisée — De lui donner la main de votre nièce Emmy.

KELLER

C'en est trop !

Arrêtez ! Sort deux foiâ ennemi.

C'est elle qui le perd !

EMMY

0 ma noble maîtresse, Merci, merci !

STRURNSÉE, àlareine.

Prenez pitié de ma détresse, Madame; le salut à ce prix acheté, C'est un crime; c'est pis, c'est une lâcheté.

LA REINE, à part.

J'ai vidé jusqu'au fond la coupe d'amertume.

Majesté, les Rantzau dès longtemps ont coutume. Pour conseiTer intact leur antique blason, D'entrer dans des maisons dignes de leur maison. Je me dois à moi-même et je dois à ma race De suivre pas à pas leur exemple à la trace; Noblesse oblige.

LA RELNE.

Oui ; noblesse, je le sais, Impose des devoirs... rigourenx à l'excès, Et i'uu des plus sacrés dans les maisons loyales. C'est la soumission aux volontés royales. L'éclat de votre nom, vos titres, votre rang, Ne rendent pas l'oubli du respect moins flagrant. Et, fût-il d'une race illustre, ancienne et belle, Un Rantzau révolté n'est qu'un sujet rebelle. Aux préjugés de caste, Emmy, j'ai résisté ; Mais le cœur a des droits qu'aucune majesté. Si haute qu'elle soit, n'est maîtresse d'enfeindre. Parle donc à présent, parle sans te contraindre ; Entre ton oncle et moi juge en dernier ressort. C'est en tes seules mains que repose ton sort; Interroge ton cœur, et décide, et prononce.

GULDBKKG, à Relier.

Eh bien ! qu'attendez-vous, colonel?

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