‹ Struensée, drame en cinq actesChapitre 4 sur 16 · STR CENSÉE · texte numérisé non relu

STR CENSÉE

Rassurez-vous, messieurs; je réponds de sa vie. De l'air ! de l'air !

(Rantzau ouvre la fenêtre.)

LA RELNE, sortant de son évanouissement.

Merci.

GULDBERG.

N'est-il pas évident Que c'est à lui qu'on doit ce fuaeste accident? S'il avait écouté la voix de la prudence, La reine n'aurait point quitté la i-ésidence, Et pour la retenir vous savez que j'ai fait D'inutiles eflbrts.

En effet, en effet ; J'aurais dû me fier à vous; car je soupçonne Que vous connaissiez mieux le danger que personne. Et vous seul pouviez dire à quoi point vos agents Auraient osé porter leurs excès outrageants.

GULDBERG.

Votre imputation, d'ailleurs toule gratuite. Ne justifie en rien votre propre conduite.

LA REINE

Assez! Que faisiez-vous, monsieur, qu'ont-i!s fait tous Au milieu du danger? vous ne pensiez qu'à vous ; Et lui, plus exposé que vous tous à leur haine, Lui seul s'est oublié pour songer à sa reine. Merci, comte.

(Elle lui tend la main; le comte s'incline pour la baiser.)

Madame

(Rmmy se précipite entre la Reine et Struensée.) LA REINE.

Emmy, cette pâleur

Qu'as-tu?

EMMY

Rien.

RANTZAU

^Elle a craint quelque nouveau malheur ; Le colonel Keller accourt bride abattue; La foule l'environne.

LA REINE

Oh! tout ce bruit me tue.

Calmez-vous; il aura cessé dans un moment ; Mais croyez-moi, rentrez dans votre appartement ; Et, sans aventurer en un fâcheux litige Sinon vos jours, au moins votre royal prestige, Laissez-moi tout le soin d'apaiser les esprits.

LA REINE

Le bruit grandit sans cesse Entendez-vous ces cris?

L'émeute est triomphante; elle a forcé l'entrée Du palais.

Dans la cour la troupe est concentrée ; Le colonel d'ailleurs n'est point un insurgé ; 11 m'appoite un rapport dont je l'avais chargé.

LA REINE

Eh bien ! quelle que soit la nouvelle attendue, Je veux de nos malheurs connaître l'étendue.

Confiez-vous en moi, madame, au nom du ciel.

KE:LLE:R entre.

GULDBERG.

Soj'ez le bien-venu, monsieur le colonel; On vous attend.

KELLER

Madame, excusez-moi si j'ose Accomplir un devoir que mon grade m'impose. Aux gardes insoumis en vain j'ai résisté; Je viens faire savoir à Votre Majesté Le prix qu'ils comptent mettre à leur obéissance.

Ils traitent avec nous de puissance à puissance?

LA REINE

Parlez, monsieur, parlez.

Expliquez-vous ; voyons Quels sont et vos griefs et vos conditions?

Jusqu'à ce jour, la gai'de a sans cesse fait preuve D'un dévoùment entier, d'un zèle à toute épreuve. La dissolution, qui semble un châtinient, Met une taohe au front du noble régiment. L'ordre qu'on nous enjoint consacre une injustice ; Dans d'autres corps avant que l'on nous répartisse, Nous mourrons pour garder intact notre drapeau ; Nous sommes une troupe et non pas un troupeau.

STRUENSER.

J'entends bien ; mais comnient faut-il qu'on vous rattache A la vie, et du front qu'on vous ôte une tache?

K.ELLKR.

Si Ton nous licencie, au moins dans nos foyers Ensemble nous voulons être tous renvoyés Et conserver le droit de porter l'uniforme, Pour attester qu'avant comme après la réforme Le régiment, madame, est sans cesse resté Et qu'il reste fidèle à Votre Majesté.

Sommes-nous à la fin de votre doléance?

KELLER

Sans sortir du respect et de la bienséance. Je crois avoir parlé selon mon devoir.

Eien ; C'est à moi maintenant d'agir selon le mien. Monsieur le gouverneur, rendez-vous aux casernes; Faites doubler le poste à toutes les poternes. Commandant, transformez chaque tourelle en fort. Les marins aux soldats prêteront du renfort. Aux abords du palais, donnez ordre qu'on braque Des canons ; ripostez à la première attaque. Amiral, de ce pas courez à l'arsenal; Faites lever les ponts et gardez le canal. Monsieur l'ambassadeur, vous avez ma réponse.

KKM.KR.

Au l'êgiraent c'est tout ce qu'il faut que j'annonce? 3

STRUENSKE.

Ajoutez qu'en taxant ainsi sa loyauté,

11 s'estime trop haut, et que la royauté,

Sourde aux clameurs que pousse une indocile meute.

Ne prend point de conseils ni d'ordres de l'émeute.

Au lieu de se complaire en stériles débats,

Que les gardes d'abord mettent les armes bas,

Et s'ils veulent gagner la royale clémence.

Puisse leur l'epentir égaler leur démence !

KELLER

Il suffit.

RANTZAU

Non ; un mot encore. Je ne puis Voir du trône ébranler les plus fermes appuis Sans faire entendre un ci'i d'alarme et de détresse. Madame, c'est à vous surtout que je m'adresse, Et je crois à mon tour accomplir un devoir. Songez à quels excès que je n'ose prévoir Va se porter la troupe armée en sens contraire, Soldat contre soldat et frère contre frère. Aux plaintes qu'on refuse à présent d'écouter, D'autres plaintes viendront encore s'ajouter; Une seule étincelle allume un incendie; Craignez, craignez de voir la révolte agrandie Entraîner dans son cours tout le limon malsain Que les sociétés renferment dans leur sein, Et la rébellion courant de ville en ville, L'émeute devenir une gueri'e civile.

De vos sujets, madame, ayez compassion, Et vous, monsieur le comte, à notre nation Permettez d'entrevoir un avenir moins triste.

Ma résolution est prise ; j'y persiste.

(Cris au-dehors.)

LA REINE

Ecoutez! écoutez! ils sont dans le palais,

Je n'en puis plus douter. Courez, apaisez-les,

Sauvez-nous à tout prix.

A tout prix? fût-ce même Au prix de mon honneur?

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