PROLOGUE
VOLTAIRE, d» sa voix pleine.
Ouais ! vous croyez, jeune homme !
STRUEXSKE.
J'en réponds.
VOLTAIRE
Ce n'est pas que je craigne la mort, Mais vous me paraissez, clier monsieur, assez fort! (jà, vous n'exercez pas en cet endroit?
STRUE.NSÉE.
J'y passe.
Je vais à Copenhague.
VOLTAIRE
Ah ! Ijien ! Il faut l'espace A VOS talents. Tant vaut l'aile, tant vaut l'oiseau.
STRL EXSÉE.
J'entre dans la maison du comte de Uantzau.
VOLTAIK i:.
Ah! comme médecin?
Non, plutôt secrétaire.
VOLTAIRE
Forte tète, Rantzau! mais entier, réfractaire Au progrès, sec et dur, — sans vous le décrier.
STRU EXSÉE.
La place n'est pour moi qu'un pied à Tétrier,
10 STRUE.XSÉE.
VOLTAIRE
Oui, l'entrée à la cour. Ah ! c'est qu'elle est tentante. Mon galant, cette cour! Une reine, éclatante De jeunesse et de grâce, et le roi, — le mari, — Jeune aussi, mais maussade, éteint, un peu pourri. Voilà de quoi jeter un cœur en rêverie, Jeune homme, n'est-ce pas?
STRUENSIÎE,
Croyez-moi, je vous prie, Un peu plus sérieux.
VOLTAIRE
l\lais c'est très sérieux, Ces choses-là! Gageons, mon beau mystérieux. Qu'en fouillant vos tiroirs d'une main indiscrète. Ou y découvrirait, à la place secrète.
Quelque portrait caché d'un soin tendre et jaloux. Une couronne au front, avec des yeux très doux? Ail! vous rougissez!
STRUEXSÉE.
C'est que le soupçon m'irrite.
Monter par la faveur et non par le mérite Est, pour moi. chose indigne. Alors qu'on sent en soi La force d'imposer son idée ou sa foi, Se frayer son chemin sans détour et sans brigue Par des actes, c'est fier; c'est honteux par l'intrigue.
VOLTAIRE, loiiicnton dans la main, l'a écouté attentivement.
Que je vous donne aussi ma consultation.
Le pouls? — N'aurions-nous i)as un grain d'ambition?
STRLEASÉE.
Oui, cette maladie, il se peut que je l'aie.
Et vous avez, monsieur, mis le doigt sur la plaie.