PROLOGUE
J'ai cette ambition : l'air et le pain pour tous. J'ai cette ambition : pas d'hommes à genoux. J'ai cette ambition : phis de jougs ni de guerres. J'ai cette ambition : mes semblables tous frères, Tous égaux dans le droit, tous libres sous les cieux.
— Vous voyez à quel point je suis ambitieux.
VOLTAIRE
Diantre! oui, vous visez très haut! — C'est la jeunesse!
Et c'est beau! — Moi, caduc, pour que ce temps renaisse.
Avec ses rêves, fous, mais qu'importe! immortels.
Ail! que j'en donnerais de mes faux bien réels! —
Aussi, mon cher monsieur, vous pourrez, par la suite,
Modifier par-ci par-là votre conduite,
Juger votre idéal trouble, excessif ou vain,
Et mettre, comme on dit, de l'eau dans votre vin;
Vous pourrez, modérant dans l'abus le système
De préférer toujours des passants à vous-même,
Soigner votre présent plus que leur avenir;
Vous pourrez...
STRIEXSÉE.
Mais, monsieur!...
VOLTAIRE
Laissez-moi donc finir!
— A deux ambitions on peut ouvrir son àme :
La grande, — c'est la vôtre aujourd'hui, — qui s'enflamme
Pour le juste, le vrai, la vertu, le devoir;
La petite, qui veut l'argent ou le pouvoir.
Que la grande, au départ, vous tienne et vous invite.
Vous pourrez, en chemin, glisser vers la petite...
STRLENSÉE.
Mais...