‹ Struensée; drameChapitre 41 sur 91 · STRUENSÉE, LA REINE · texte numérisé non relu

STRUENSÉE, LA REINE

LA UKINE, souriant.

Vrai?

STRUENSICE.

Je t'aime! et tu pars! et je dois demeurer! IWais, dis, comment ferai-je alors pour respirer?

LA HEINE

Oh ! vous respirerez fort 1 lien, monsieur ! Vous êtes

Ministre, médecin du roi. De hautes tètes,

Des intérêts sacrés, se reposent sur vous.

Li! grave devoir suit le rôve heureux et doux;

Convenons que c'est juste, et l'un expiera l'autre.

Expier! mais où donc est ton crime? le nôtre?

LA REINE

C'est vrai; quand il est pur et franc comme le jour, Quand il est si divin, est-ce un crime, l'amour? Four les autres, non. Mais, moi, je suis à la chaîne Et hors du droit commun parce que je suis reine,

00 STRUENSEK.

lit, prise au fatal cercle où je dois m'oiifeniier. Parce que je peux tout, je ne peux pas aimer! Ainsi, guetter l'instant tardif où Ion écoute Le bruit d'un pas qui vient et vous fait frémir toute; Ainsi, quand, au printemps, le pré redevient vert Et le ciel bleu, sortir du palais, de l'hiver. Marcher, penchant la tête au bras qui vous enlace, En s'appuyant bien fort, sans être beaucoup lasse. Et savourer ensemble, autrement dit deux fois. Le calme et la fraîcheur que verse l'ombre aux bois ;

Stniensée, toujours à ses pieds, lui a pris la main, qu'il baise.

Ainsi, laisser sa main dans la main qui la presse Et l'abandonner molle et tiède à la caresse Des lèvres de l'aimé, feu subtil qui, vainqueur. Va, glisse et court, de veine en veine, jusqu'au cœur; Tout cela, joie, extase, oubli, charme et délire, Serait pour nous le livre où l'on ne doit pas lire ! Et les hommes méchants s'indignent si, loin d'eux. Solitaire du trône, on rêve d'être deux ! Reines, n'aurez-vous donc jamais votre âme entière? Reines, des froids sommets de la grandeur altière. Contemplant ces bonheurs qui vous sont interdits. Ne pourrez-vous jamais descendre au paradis?

STRUENSEE. n s'est relevé, et, tendrement moqueur :

•Mais il se peut aussi, convenez-en, madame, Que l'âme d'une reine, un jour, rencontre une âme Qui, très fière d'aimer, mais très humble en aimant, Ne laissa de l'amour voir que le dévouement, Semble toute aux respects dus à la souveraine, Et cache à tous les yeux que la reine est sa reine.

LA UEINE, se levant vivement et se serrant i'i lui.

Oh! oui, cachons-nous bien! Cache-moi! cache-moi! Faisons un nid dans l'ombre à notre amour! — J'ai foi

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