ACTE II, SCÈNE II. 6Î
Le devoir ! oui, c'est vrai, je sens iiicessamnient,
Je sens veiller en moi cet auguste tourment.
Mais dans le devoir tout se tient, quoi qu'il te semble;,
Et, quand on manque à l'un, on manque à tous en«omI)le.
Eh bien, je manque à tous! — Et j'entends une voix,
Pas bien lointaine, bonne et railleuse à la fois :
— Tu le tiens, le pouvoir! Qu'en as-tu fait, beau sire?
Qu'as-tu fait, en deux ans fondus comme la cire.
Pour tous les souffrants? Rien! — Uien!
LA REINE
Eii ! vous ferez tout, Mais plus tard. Attendez. Peut-on, du premier couj). En quelques mois, briser abus et privilège? Attendez! attendez !
STRl ENSÉE.
Attendre, quoi?
LA REINE
Que sais-je?
L'occasion, l'heureux hasard, l'utile effet; Par exemple, le roi guéri.
Je n'ai rien fait!
LA REINE
Brusquer les changements dans l'État, c'est la chute, La défaite, la mort peut-être, et sans la lutte !
Mais non pas sans l'honneur, non pas sans le progrés. C'est grand, marquer le but et disparaître après!
LA REIXK.
Il est encor plus grand, je pense, d'y ('ouduire. Mieux vaut rester en route?... Avouez, pour tout dire, Que vous aurez reçu quelque sévère appel A votre activité qui dort, signé Christel.
STRLENSKE.
Christel peut être triste, elle n'est point sévère. (Ihristel a cette foi du cœur qui persévère. Dans la maison là-bas, auprès du vieux noyer, Elle et mon père, ils ont la douceur du foyer. Mais, pour d'autres, la vie est lourde et douloureuse, D'autres sont malheureux ; donc elle est malheureuse Et plaint sa part trop belle et la fatalité De porter le poids lourd de l'inégalité. Alors elle m'écrit : Quand donc verrons-nous l'heure Où la vie aux souffrants va devenir meilleure? Je réponds : Patience ! il faut choisir l'instant. Et cela lui suffit; confiante, elle attend.
LA REINE, (lès émue.
Alors, tout est bien... — Mais est-ce que lu supposes
Que je méconnaîtrais, ami, les grandes choses,
Les généreux desseins dans ton esprit conçus?
Je t'admire, puisque je t'aime ! Et, là-dessus,
Je ne le cède, Jean, à personne, à personne!
Ah! Dieu! tu le sais bien, je pleure et je frissonne
Aux récits que tu fais des misères d'en bas;
Mais ne m'en tiendrai pas aux pleurs si tu combats !
Oui, vienne l'action que ta pensée arrête,
Je suis près de toi, moi ! Dis un mot, je suis prête !
Le sort jeté, ministre et reine, sans émoi.
Tenteront l'aventure ensemble.