I. E uoi
Oh! le courroux amer dont j'ai Tàme saisie N'a rien d'un sentiment bourgeois de jalousie; Non, de vains préjugés nont pas prise sur moi. Non, ce qu'en moi cet homme a blessé, c'est le roi, Son roi ! dont il a fait son protégé, sa chose. Son malade! — Je vis, je règne, je suppose? Oui, mais voilà deux ans qu'il m'inflige l'ennui De régner et de vivre uniquement par lui ! Et, tandis qu'en mon nom il exerce l'empire, C'est par son Ijon plaisir que même je respire !
RANTZAl .
Nous supportions mal, tous, son pouvoir détesté : Mais il prenait grand soin de ^'otre Majesté.
LE ROI
Eh bien, j'ai trouvé, moi, sous sa garde sinistre,
Le médecin encor pire que le ministre.
Ce bon ange, penché sans cesse à mon chevet.
Il me semblait la 3Iort dont il me préservait!
Je ne sais s'il calmait, avec quelque dictame,
Les souffrances du corps, mais qu'il torturait l'âme !
Misère ! ôlre gisant sur un lit de douleur.
Inerte, exténué, sans voix et sans couleur,
Savoir qu'on est le roi pourtant!.. Un homme arrive,
F"ier, énergique, lui ! l'œil clair, l'allure vive,
Beau, robuste, unissant ces dons, les étalant...
RAXTZAU.
Il était insolent ?
LK ROI
Non! pas même insolent!
Tout au contraire, il vous accable, d'haltitude, Avec son dévouement et sa sollicitude.
Son respect, sa douceur!.. J'en sentirais le prix. Si douceur et respect n'étaient faits de mépris ! Dans mes crises, sa voix murmure à mon oreille : — Que Votre Majesté soit sans crainte, je veille. Allez, ce mal, j'en vais encor venir à bout-. Mais pas d'émotion, pas de souci surtout ! Ne vous occupez pas des choses du royaume, Je veille. Vous, dormez. Au plus léger symptôme De danger, qui menace ou l'État ou vos jours, Reposez-vous sur moi, je veillerai toujours! — En effet, il me sauve, et puis me sauve encore ! Ah ! de là l'incessant désir qui me dévore. Dût-il m'être fatal et fùt-il criminel, De le perdre à jamais, ce sauveur éternel !
KANTZAU.
Eh bien, il est perdu! de par la Cour suprême, Qui le hait comme nous.
LE ROI, lui serrant la iiinin.
Merci! Oui le hait m'aime.