‹ Struensée; drameChapitre 70 sur 91 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

RAXTZAU.

Excès de vertu! Moi, je m'en lave les mains, Et j'ai des sentiments, pour vous, moins inhumains. Que vous demande-t-on? Laissez l'État tranquille. Vous m'aviez renversé; souffrez qu'on vous exile. Vous êtes dangereux, je n'étais qu'importun. Mais à quoi bon mourir?

STRUEXSIÎE.

J'ai promis à quelqu'un.

Pour une humanité plus heureuse et meilleure Les temps ne sont pas mûrs. Si ma mort hâte l'heure, C'est bien! D'autres auront les fruits avec l'honneur. Moi, je suis un semeur et non un moissonneur.

RANTZAU

Belle abnégation! Bien rare!., et même étrange! Pardonnez ! le vieux diable a peine à croire l'ange ! Vous nous humiliez ferme, avec vos grands mots, Mon maître! Mais, après ces sublimes pro[)os, Si la reine survient et parle la dernière?

Ah ! vous m'importunez d'une étrange manière !

Une âme, indifférente au fatal dénouement,

S'exalte et prend son vol, ivre de dévouement.

Vous venez, la frappant d'un doute amer et triste,

La rabattre au calcul d'une ruse égoïste ! —

Mais comprenez-le donc, misérable moqueur.

S'immoler est superbe et vous emplit le cœur!

Vivre pour soi, c''est végéter, être l'atome;

Mourir pour tous, c'est vivre, être l'homme, tout l'homme!

— Eh! vos honneurs dorés, vos succès triomphants,

Vos titres, vos cordons, hochets de grands enfants,

lUG STUUENSEE.

La salisfaclion de votre être éphémère,

Vos plaisirs, qui toujours laissent la bouche anière,

Ces gloires, ces bonheurs, qu'on vous voit étaler,

Est-ce que tout cela ])eut jamais égaler

La fierté de penser que notre sacrifice,

D'une heure, mais servant l'éternelle justice.

Oui sait? aide peut-être, en son infimité.

Au plan mystérieux que suit l'humanité,

Et l'intuition confuse, insaisissable.

Qu'alors on peut oser se croire grain de sable,

Parmi les millions de nos rôles divers.

Dans la construction de l'immense univers!

-^ UANTZAU.

Bien! mais, dans ce beau choix de rôles et cojstumes, J'ai fort peu de goût, moi, pour vos fiertés posthumes. Et préfère, à vrai dire, en mes vœux très bornés, Compter, vivant, parmi les dominateurs nés! Car, même en s'en tenant au siècle dont nous sommes. C'est encore assez grand de conduire les hommes !

Struexske.

C'est selon comme on les conduit et selon où.

Vos chemins, qui n'ont pas besoin de garde-fou.

Vont tous à l'opposé des régions nouvelles

Pour lesquelles il faut moins des pieds que des ailes.

Or, vous pourrez sans doute, en votre cercle étroit.

Posséder jusqu'au bout la force hors du droit;

Vous pourrez sans domrna.H:e, et toute votre vie,

Durement gouverner une foule asservie;

— Les plus petits souvent sont les plus obéis! —

'Shlii soyez souverain maître de ce pays;

Ayez, dans un excès de j>uissanee inféconde.

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