‹ Struensée et la cour de Copenhague, 1760-1772; mémoires de Reverdil ... précédes d'une courte notice sur l'auteur et suivis de lettres inéditesChapitre 16 sur 37 · P. IS7. « P. IM. ' P · texte numérisé non relu

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pleurs et ses sanglots en interrompirent souvent la lecture '.

Lorsque sa sentence lui fut apportée par son avocat , il la lut sans donner le moindre signe de crainte ; mais il fut très affecté, lorsqu'il apprit que son ami Brandt subirait le même sort. Il fut ému de l'affliction où il vit dans ce moment son confesseur, pour lequel il avait pris beaucoup d'amitié. Il l'exhorta à conserver sa fermeté, et voulut même le dispenser d'assister à son supplice, a Mon seul côté faible, lui disait-il, c'est T amitié. Je souffrirai beaucoup si je vous vois souffrir. Parlez-moi sur l'échafaud aussi peu que vous pourrez le faire. Je rappellerai toutes mes forces ; je tournerai mes pensées vers Jésus^ mon libérateur; je ne prendrai point congé de vous en forme : cela pourrait me troubler. Croyez que je n'en sens pas moins combien je vous suis redevable.»

Ce même jour, il écrivit à ses parents et à quelques autres personnes. Mais , de toutes ces marques de sou* venir, le message qu'il adressa au comte de Rantzau m'a paru le plus remarquable. Au lieu des reproches dont il aurait pu justement l'accabler , il écrivit ces mots , qui n'ont pas été publiés :

«Voici, Monsieur (le D* Munter), ce que je vous ai prié de dire de ma part à M. le comte de Rantzau.

Je n'ai jamais eu un sentiment contraire à ce que soa amitié devait attendre. Convaincu depuis longtemps qu'il agissait contre moi, je ne me suis pas permis de l'éloigner de Copenhague. Les facilités que j'en avais, les sollicitations qui m'ont été adressées , et de très fortes raisons , étrangères à ma personne , n'ont pu me décider. Les affaires de Russie lui feront connaître des démarches contraires, qu'il ignore probablement, parce que je ne lui en ai jamais parlé en détail. J'ai pu concevoir que l'attachement pour son maître l'ait porté à trouver blâmable la conduite de son ami ; mais il n'entrait pas dans mon esprit qu'il fut capable d'engager personne à rendre son ami aussi malheureux que possible. Cependant, convaincu par l'expérience, j'ai compris que la vivacité du zèle, les circonstances, la persuasion du péril dont on a cru le roi menacé, pouvaient étouffer tout autre sentiment. Je n'ai point conservé d'aigreur contre M. le comte. Eclairé depuis par la religion , je lui ai gardé tous les sentiments d'un attachement personnel, que, par diverses marques, ses souvenirs mettront hors de doute à ses yeux. Je fais des vœux pour sa prospérité. Il n'est pas en mou pouvoir de lui en donner des preuves plus fortes qu'en souhaitant ardemment qu'il trouve le bonheur que la vérité de la religion m'a appris à connaître. Je désirerais, à cet égard, qu'il se rappelât, par analogie, ses

préventions contre Ta médecine , et combien il en est revenu, pour avoir lu Zimmermann, et pour avoir éprouvé les bons effets de la médication que je lui administrai à Gluckstadt. Que ce peu de mots puisse effacer tout ce que M. le comte nourrit contre moi dans son esprit. Vous lui remettrez cet écrit, Monsieur, quand il n'existera plus de motifs qui puissent faire attribuer à ma démarche une autre explication et un autre but.

oc StR CENSÉE.

« P. S. Ayant changé d'avis, j'ai l'honneur d'adresser ce billet directement à M. le comte,, au lieu d'en charger le Dr Munter.

«Ce27avriH772.

oc Struensée. »

Ce même 27 avril , il apprit la confirmation de la sentence avec autant de calme qu'il en avait eu à la notification de la sentence elle-même, témoignant le plus vif désir que son ami fût pareillement résigné. Il parla des circonstances du supplice qu'il devait subir, sans laisser paraître le plus léger signe d'effroi ; et Munter ne peut s'empêcher d'admirer que , n'ayant jamais donné une larme à son infortune , il fut cependant fort attendri aux approches de sa communion. Dans ce moment solennel , et touché comme il l'était,

il protesta de nouveau qu'il n'avait point falsifié le compte des 4 32,000 écus ' .

Sa sérénité semblait augmenter à mesure que le jour fatal approchait. La veille , il eut la consolation d'apprendre que son frère n'avait plus à craindre de nouvelles calamités. II prit congé de lui par l'entremise du IKMunter, lut encore longtemps, le même soir, etdormit six heures de sjuite d'un sommeil paisible. S'étant éveillé dès l'aurore, la pensée que le jour qui commençait à luire serait le dernier de sa vie lui causa un frisson , dont il ne tarda pas à se rendre maître. Son confesseur, qui le joignit bientôt après, regardait à tout moment avec inquiétude la porte de la prison , et fut extrêmement attendri lorsqu'on vint l'inviter à prendre les devants ( car il ne devait pas se rendre dans la même voiture au pieddel'échafaud ). Struensée, au contraire, ne laissa paraître ni émotion , ni crainte , et il exhorta son consolateur à se remettre par le souvenir des réflexions qu'il lui avait lui-même adressées. L'impression d'un air pur et doux se fit sentir au condamné au sortir des prisons , comme si on l'eût conduit à la promenade. En montant dans le carrosse , il salua les personnes qui étaient près de lui. Pendant le trajet, il s'entretint avec les officiers qui le gardaient ou se livra à ses réflexions. Arrivé au lieu du supplice, il fut rejoint par Munter,

qui se mit dans son carrosse , et se plaça de manière à lui dérober la vue de Brandt , qui montait sur l'échafaud. « Je l'ai déjà vu, dit-il, en regardant son consola- . teur avec un sourire : ne m'attendrissez pas davantage ; ajouta- t-il, nous nous reverrons dans le ciel.

— Je désire , lui répondit Munter, d'y continuer l'amitié que nous avons commencée. »

A mesure que le moment approchait, il pâlissait, sa . langue s'embarrassait, mais il ne parut pas avoir perdu sa présence d'esprit. Il se déshabilla lui-même, et plaça sa tête et sa main sur le billot : une convulsion universelle, qui le saisit entre les deux coups de hache, ne put durer qu'un instant.

Les gardes avaient été renforcées aux portes de la ville ; il y avait autour de l'échafaud quinze cents sol- ' dats, sans compter une troupe de matelots : tous ensemble formaient une triple enceinte. Outre les gens armés, il y avait une foule innombrable de spectateurs. Tout ce peuple, qui avait vu avec des transports de joie arrêter les deux infortunés comtes, considéra leur fin dans un morne silence ; chacun s'en retourna consterné dans sa maison. La cour et le nouveau ministère, qui voyaient avec inquiétude ce changement, crurent ramener les esprits en publiant la sentence de ce3 deux victimes; cette imprudence acheva de tourner en pitié l'exécration publique. La

nation ne vit guère dans les condamnés que des innocents, ou tout au plus des insensés, lorsqu'il devint manifeste que ces complots sinistres, ces desseins atroces contre le roi et la monarchie, dont ils avaient été si hautement accusés, n'étaient que des chimères.

Ce récit s'est étendu fort au delà des bornes que j'avais cru pouvoir lui donner; j'ai cherché cependant autant que j'ai pu à l'abréger, et j'ai retranché tout ce qui n'importait pas à l'éclaircissement des faits et à la connaissance des hommes.

Je crains que mon lecteur ne soit maintenant aussi fatigué que moi de la longue carrière que nous avons parcourue ensemble. Je pense toutefois qu'il est à propos de dire, en quelques mots, ce que devint la reine et les autres personnages, plus ou moins importants, que j'ai introduits sur la scène.

On assure qu'il fut proposé dans la commission d'enquête de faire le procès à quelques-unes des personnes qui étaient encore détenues après le supplice des deux comtes, et que l'un des juges, M. Kofod-Ancker, opina qu'il était temps de dire au roi, comme à Auguste : De si ne, carnifex (arrête-toi, bourreau).

Quoi qu'il en soit, il n'y eut plus de procès en forme. Struensée aîné fut relâché sans aucune peine ultérieure, et retourna occuper à Liegnitz sa place de

professeur, que le roi de Prusse (le grand Frédéric) avait laissée vacante, à sa considération, pendant qu'il tentait la fortune. Ce prince permit à M. d'Arnim, son ministre, dont Struensée avait' été précepteur, d'employer son nom pour le réclamer. Le gouvernement danois écrivit au prisonnier une lettre qui le satisfit. On lui imposa seulement la condition de jurer qu'il garderait le silence sur les affaires de Danemark. Il a été depuis revêtu de plusieurs emplois et a fait une brillante fortune.

Ses deux collègues dans les finances, Rothe1 et Oeder *, furent placés comme baillifs, l'un dans le Holstein, l'autre en Norvège. Rothe résigna plus tard contre une pension, et M. Schumacker fut mis en sa place à Segeberg ; Oeder fut transféré dans le pays d'Oldenbourg, par l'échange duquel il passa sous un autre prince. Mon fidèle Hoier fut aussi relégué, comme baillif dans le Jutland. Ce changement de position acheva de déranger sa fortune, que sa probité ne lui avait pas permis de rétablir. Il mourut de chagrin. M. Sturtz, le professeur Berger8 et le général Gaehler eurent le choix

1 II a donné an public plusieurs ouvrages estimés sur l'histoire politique et sur l'histoire naturelle.

» n a une réputation littéraire ; il est connu comme botaniste et par ses travaux statistiques.

* Je ne connais rien qui pût faire contre lui le sujet d'une accusation. H ne fut point interrogé durant les trois premières semaines, et sa prison fut très dure. Il était en proie à la vermine; on ne lui permettait l'usage ni du couteau ni de la fourchette. Son innocence était si évidente que,

de subir un procès eu forme ou de s'en remettre à la clémence du roi. Ils préférèrent avec raison ce dernier parti, car, avec un peu d'adresse et de malice, il est aisé de trouver des crimes d'Etat. Sturtz fut renvoyé dans le Holstein, aux mêmes conditions qui lui avaient été d'abord prescrites. Plus tard il fut placé dans le pays d'Oldenbourg, où il mourut en 1788 ou 1789. Berger fut relégué à Aalbourg, dans le Jutland, avec une pension de trois cents écus, et, par conséquent, privé de ses emplois et d'une clientèle lucrative. Depuis, il fut placé comme professeur àKiel. En 1784, il fut déclaré émérite, en vertu d'un acte par lequel il cédait, après sa mort, sa bibliothèque à l'université. Le général de Gaehler, dépouillé de tous ses emplois par un congé honorable, se retira dans la petite ville de Veile, dans le Jutland. La sentence portait qu'il avait donné lieu à des soupçons contre lui. On lui assigna mille écus de pension, moitié sur sa tête, moitié sur celle de sa femme, qui avait aussi été d'abord arrêtée1.

Pendant que le procès se poursuivait, le comte de

dès le premier interrogatoire, il fut mieux traité. Il avait accouché la reine, à la naissance de la princesse; il assistait aux bains froids que prenait le prince royal, et Ton croyait, sans fondement, comme je l'ai dit, qu'il faisait prendre au roi des drogues nuisibles. Les prétendus poisons étaient préparés chez l'apothicaire de la cour, qui ne fut ni accusé ni interrogé.

1 Ces arrêts et quelques autres sont du 19 mai.

Saint-Germain s'était tenu fort retiré. Parmi les papiers de M. de Gaehler, qui furent visités, il y avait plusieurs lettres du comte de Saint-Germain, où il ne ménageait personne, et ceux même qui en firent l'examen n'y étaient pas épargnés. Il demanda un capital, comme équivalent de sa pension de 14,000 rixdales, et ne put obtenir, pour toute composition, que quatre années une fois payées ; encore le roi se réservait-il la traite foraine (qui est du dixième et du sixième denier, en tout un peu plus du quart), au cas qu'il voulût déplacer ce capital. Il s'embarqua à Copenhague pour Bordeaux, puis traversa la France incognito. Je le perdis alors de vue pour un temps.

Le colonel de Falckenskiold n'eut point d'avocat; on ne lui donna point copie des interrogatoires pour se défendre ; il n'eut pas non plus le choix de s'en remettre à la clémence du roi. Le conseil décida arbitrairement de son sort. Le fiscal de la marine se rendit dans sa prison, lui reprit la clef de chambellan, son brevet de colonel, et lui enleva même un ordre de chevalerie, qu'il avait de Russie. On l'embarqua sur un vaisseau frété pour le compte du roi, et il fut transporté à Munckholm, forteresse bâtie sur un rocher, à l'embouchure du Tron, devant Drontheim, par le soixante-troisième degré de latitude.

1 U devait finir ses jours dans cette prison, mais il en sortit quatre ans

La reine, sur qui retombait en partie tant de châtiments, ne fut point assez heureuse pour s'éloigner ayant que son amant et leur confident eussent subi le dernier supplice. Dès qu'elle eut été jugée, Keith, le ministre d'Angleterre, eut la permission de la voir, et fit à Cronenbourg de fréquents voyages. On la laissa sortir du château pour se promener sur les remparts. Désormais elle fut regardée comme une princesse étrangère, et son nom retranché des prières publiques. Enfin, après une longue négociation entre les deux cours, sur le mode, l'époque, le cérémonial, deux frégates anglaises, avec une chaloupe de guerre, mouillèrent dans le Sund,. le 27 mai, saluèrent le fort de dix-sept coups de canon, qui leur furent rendus. Le commodore Bride, qui conduisait le petit armement, rendit visite au commandant de la forteresse, et retourna à son bord au bout d'une heure. Le lendemain, M. Keith se rendit à Elseneur, pour s'embarquer avec la reine, qui ne gardait de sa suite que son grand

après (1776), avec permission d'aller rétablir sa santé dans les provinces méridionales de France. En 1778, il obtint la permission de voyager dans toute la France et en Suisse. Il passa plusieurs années sur les bords du lac de Genève, jusqu'en 17,88, qu'il lui fut permis de revoir sa patrie. U fut présenté à la cour, et on lui offrit du service. Vers ce temps-là, on le redemandait en Russie, pour l'employer contre le Turc. Il était déjà de retour en Suisse, quand le gouvernement danois le nomma général major. Il se fixa à Lausanne, aujourd'hui chef-lieu du canton de Vaud.

L'éditeur des présents Mémoires, qui fut honoré de l'amitié de Falckenskiold, l'a visité souvent, et a pu voir sa maison fréquentée par les notables du pays et par un grand nombre d'étrangers de marque. Falckenskiold est mort à Lausanne le SO septembre 1810.

maître, le comte de Holstein-Lethraborg, avec la comtesse, sa femme, un gentilhomme (M. de Rabe) et une des filles d'honneur (Mademoiselle de Moesting).

L'embarquement eut lieu le 30 mai. Il fallut alors

que la jeune reine fit le dernier et le plus douloureux

des sacrifices, en se séparant de sa fille pour ne la plus

revoir. Le fort tira, par trois fois, vingt cinq coups de

canon : ainsi elle fat encore traitée en reine, dans ce

dernier moment, par le Danemark même, à moins que

le salut ne fût adressé au pavillon du roi d'Angleterre,

qui était arboré sur le vaisseau amiral. Le 5 juin,

elle débarqua à Stade, dans le Hanovre, d'où elle fut

emmenée à Zell, avec sa nouvelle cour, toute hano-

vrienne, par un train de soixante-dix chevaux. Pendant

ce voyage et durant tout le reste de sa vie, le roi

d'Angleterre ordonna qu'on lui rendit les honneurs de

reine. Il fournit à toute sa dépense, après avoir exigé

la restitution de la dot. Elle vécut dans la retraite à

Zell, avec la plus austère décence, indifférente au sort

de Struensée, indignée contre ses ennemis, attachée

encore au sort du Danemark, pensive, mélancolique,

et n'ayant de jours heureux que ceux où la princesse

de Brunswick, sa sœur, lui rendait visite. Elle mourut à

l'âge de vingt deux ans, d'une inflammation de poitrine,

comme je l'ai appris de Zimmermann, son médecin. Les

bruits horribles qu'on a répandus sur cette mort, dénués

de toute vraisemblance, sont entièrement calomnieux.

Les comtes d'Osten et de Rantzau ne restèrent pas longtemps dans le conseil après son départ. Us n'étaient déjà plus d'accord, et il aurait fallu que l'un d'eux se retirât. L'enquête avait donné lieu à plusieurs découvertes ; on avait trouvé, au bout de huit jours, parmi les papiers de l'aîné des Struensée, le billet que Rantzau lui avait écrit le 16 janvier. Indépendamment de ce fait, il aurait été bien étonnant que deux créatures des condamnés eussent figuré longtemps dans le conseil du roi. D'ailleurs un grand intérêt rendait nécessaire de les éloigner. La cour n'avait et ne devait avoir rien plus à cœur que de renouer son ancienne négociation avec la Russie. Il était impossible de s'aveugler là-dessus, et, si Struensée était coupable d'un crime politique, c'était d'avoir retardé et mis en péril une œuvre si salutaire. Or, l'impératrice avait déclaré si hautement, et avec tant de persévérance, son aversion pour d'Osten et Rantzau, qu'elle ne pouvait en revenir, quand même elle l'aurait voulu.

Le comte d'Osten fut envoyé, comme gouverneur de province, dans le Jutland. Rantzau était parti avant lui. La cour lui avait accordé une pension de 8,000 rixdales (36,000 livres de France), laquelle, jointe au revenu de sa terre, le mit en état de payer ses créanciers. Il choisit pour son départ le jour où un ambas-

sadeur de Tripoli avait audience chez le ministre. Il se montra à cette cérémonie. Le roi lui fit plusieurs présents en bijoux ; il monta, en présence d'une foule de peuple, dans une chaloupe du roi, qui vint le prendre dans le canal, au pied de son appartement, et le transporta à bord du vaisseau qu'il avait frété pour se rendre à Eckernfoehrde, dans le Holstein. De là il passa à Hambourg, puis à Francfort. Dès lors les journaux le perdirent de vue. Plus tard ils annoncèrent qu'un officier irlandais l'avait tué en duel sur les frontières d'Espagne. Il est probable que cette nouvelle venait de lui. Il alla vivre dans le comtat d'Avignon, i tranquille en apparence, mais s'efforçant en vain d'é- ! chapper à la célébrité qui le pouruivait1. Son fidèle i Biaelke reçut aussi des présents à la même occasion, [ et il eut le bailliage de Tondern, dont on avait dé- ! pouillé le comte de Holstein, qui avait fait partie de r l'administration sous Struensée.

f Le comte de Bernstorff, avec qui l'impératrice de Russie avait désiré de continuer la négociation, avait i cessé de vivre; mais son neveu, son disciple, l'héritier i de son nom et de ses principes, étant venu à Copen- : hague pour des affaires d'intérêt privé, bien résolu, ii comme il me l'avait dit à Hambourg, de ne pas entrer I au service, la cour trouva moyen cependant de le rete-

f * Rantzau est mort à Avignon, endetté, en 1789.

nir, et il eut le bonheur, Tannée suivante, de conclure l'échange, objet de tous les vœux de son oncle.

Par ce traité, le Danemark cède un petit Etat, isolé de ses diverses provinces, et qu'il ne pouvait défendre en cas de guerre; il acquiert en échange un arrondissement qui le renferme dans sa presqu'île et la rend d'une défense plus aisée. Mais, ce qui est encore plus important, il termine radicalement ces longues querelles avec la maison de Holstein, dans le moment où elle pouvait venger, par la ruine de la maison rivale, les injures qu'elle en avait reçues.

Sans cet échange, et si la Russie avait conservé un motif d'attaquer le Danemark, elle aurait eu à sa disposition le port de Eiel, propre en toute saison an débarquement de ses troupes.

Par une politique rare chez les souverains, Catherine voulut détacher absolument son fils de tout autre intérêt que de celui de son empire. Elle craignait sans doute qu'à l'exemple de Pierre III, il ne se livrât à des préjugés de famille, et n'agit, comme prince de Holstein, en faveur de son petit patrimoine, au lieu de jouer un rôle entre les plus puissants potentats. Elle rengagea donc à céder à la famille de son oncle, l'évêque de Lubeck, les comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst, en sorte que, par les soins de sa mère, il n'a plus ni propriétés ni suffrage dans l'empire d'Allemagne.

LE PRINCE CHARLES DE HBSSE A M. REVERDIL.

Hanau, 12 février 1766.

Monsieur, vous me pardonnerez de n'avoir pas répondu à votre première lettre de Francfort. Vous me rendez honteux par tout ce que vous m'y dites d'obligeant, et il ne me reste pas d'autre réponse à vous faire que de vous prier de demeurer mon bon ami comme vous me l'avez toujours témoigné, et d'être persuadé que je suis et serai toujours le vôtre de cœur et d'âme.

Je vous remercie de votre seconde de Nion. Je l'ai donnée à lire à ma mère, qui vous est bien obligée des sentiments que vous y témoignez. Elle me charge de vous en remercier, et de vous faire ses compliments aussi bien que ma femme.

J'apprends avec le plus grand plaisir que vous êtes satisfait de vous retrouver en Suisse. Je vous connaissais trop pour

en douter un instant. Quand on a été longtemps enchaîné, on goûte et Ton sait le prix de la liberté. Outre cela les nouvelles qu'on apprend du cher Copenhague ne sont pas bien propres à le faire regretter. On me dit, que les cabales et les factions y sont aussi fortes que jamais, et que le roi est le seul qui ne s'en aperçoit point, mais qu'il s'imagine gouverner à présent tout seul.

La naissance d'un prince royal cause la plus vive joie au Danemark entier. Cela est fort naturel, mais je ne saurais m'empécher de désirer, en cas que le roi mourût jeune, que son frère succédât plutôt que son fils.

Le mieux qu'on peut souhaiter, c'est que le cher roi, veuille devenir plus solide, plus sage, et prendre une confiance fixe dans les honnêtes gens, et écarter tous les autres qui le gâtent et troublent toujours le repos public.

Mon frère cadet part dans quinze jours d'ici, pour se rendre à La Haie. C'est un voyage bien différent et bien plus agréable que celui de la Norvège, mais je crains que le roi n'en soit fâché. Pourvu du moins que ce ne soit pas contre moi qui n'y peux rien, on s'en consolera.

Pour moi, je compte passer encore tout l'été ici, à cause que Gottorp ne sera pas prêt avant le mois de juillet. On me fait craindre que je serai obligé de passer l'hiver à Copenhague.

Pourvu que je puisse m'en dispenser le premier, je serai content d'y aller en suivant.

Je vous réitère les assurances de l'amitié et de l'estime avec lesquelles je suis,

Monsieur, votre très humble serviteur et fidèle ami.

Charles, prince de hssss.

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