LE PRINCB CHARLES DE HESSE A REVERDIL , A NION
» Gottorff, «6 janvier 1774.
Monsieur,
Je me fais un plaisir de vous témoigner toute ma sensibilité pour l'attention que vous avez voulu me marquer par votre lettre du 15 mai passé, et de l'intérêt que vous voulez bien continuer à prendre à ce qui me regarde.
Grâce à Dieu, tout va assez bien à Copenhague et assez tranquillement; au moins les intrigues, les bruits, les cabales qui fourmillent dans les cours, ne percent plus tant à la nôtre, et le public qui se plaît, par habitude, à nourrir ces rumeurs, qui s'en amuse, ne goûte depuis longtemps plus la satisfaction de s'en repaître.
Cependant, je ne veux pas vous dire , mon cher Monsieur, que tout est parfait : il s'en faut de beaucoup ; toutefois ce que je puis vous assurer, c'est que mon seul désir est que tout demeure dans l'état actuel , car, à mon avis, tout changement serait désavantageux au pays. Pour ma personne, je dois faire les mêmes souhaits, car le pied sur lequel je suis présentement dans ce royaume, est le seul que j'aie jamais ambitionné.
Je suis traité au mieux par la cour et par le ministère, dont la plupart des membres sont mes amis intimes, et parmi les autres je n'ai aucun ennemi.
On veut bien me témoigner de la confiance et de la reconnaissance des services qu'on me dit, à toute occasion, que j'ai rendus en Norvège. Je n'ai à me plaindre de personne, rien à demander.
J'ai de l'occupation en tout genre. On m'a laissé le commandement de l'armée norvégienne, la proposition des officiers, et Ton s'en remet entièrement à moi.
Le stadhouderat de Kiel sera combiné avec celui-ci * dans peu. M. de Reventlou y est encore comme commissaire principal et y arrange les départements différents sur le même pied que notre ancien Holstein.
En un mot, j'aurais bien tort de me plaindre.
On me témoigne de la satisfaction, et on ne m'emploie que dans des affaires qui me sont agréables, c'est-à-dire qui sont toutes hors de la capitale, dont vous savez que l'air est contraire à ma complexion. En Norvège, tout va fort bien et l'armée est dans le meilleur état, ne manquant de rien, et prête à marcher au premier ordre. Mes équipages y sont toujours; cependant, les apparences annoncent la continuation de la paix, mais quelquefois elles sont trompeuses, et c'est pourquoi il faut être préparé à tout événement.
Voilà les principales demandes que vous me faites, mon cher ami, répondues.
Quant à Madame la comtesse douairière de Bernstorff, il vous est probablement conhu que l'on vient de lui faire un magnifique cadeau, en l'honneur de feu son respectable époux. Elle a reçu des lettres très gracieuses du roi et du prince Frédéric avec de fort belles tablettes ou souvenir enrichies de brillants. Une des faces porte le portrait du roi et l'autre ces mots , formés en pierreries : En mémoire du seize de novembre 1773.
C'est le jour de la remise de Kiel, acquisition que nous devons uniquement aux soins du feu comte de Bernstorff.
Ce joyau demeure à la veuve pendant sa vie, après quoi il passe au plus proche héritier, qui est le ministre d'Etat d'aujourd'hui, et ensuite à ses descendants.
En outre, Madame de Bernstorff a reçu un présent de
1 Gottorff est an bailliage dans le duché de Schleswig.
quelques mille ducats et une pension viagère de mille rixdales. Je suis sûr que ces dispositions vous feront plaisir. Je prends toujours la plus vive part à votre bien-être et contentement et ne désirerais rien tant que de pouvoir être asseï heureux pour y contribuer en quoi que ce soit. Conservezmoi voire sincère amitié, et soyez convaincu de celle que je vous ai vouée à jamais.