‹ Struensée et la cour de Copenhague, 1760-1772Chapitre 24 sur 42 · LE COMTE DE BERNSTORFF A REVERDIL, A NION · texte numérisé non relu

LE COMTE DE BERNSTORFF A REVERDIL, A NION

Paris, 12 novembre 1768.

Monsieur, vous ne pouvez vous rappeler ma façon de penser et les principes que je fais profession de suivre sans être bien sûr que votre souvenir me fait un plaisir sensible et que je vous ai une vraie obligation des assurances que vous m'en donnez. Je ne vous oublierai jamais, je vous estime et vous aimerai toujours, c'est ce que je dis et ce que je dirai toujours à tout le monde.

Tous ceux qui m'auront entendu parler de vous, vous diront que c'est là mon langage, et votre cœur vous en assurera encore mieux. Il ne ne s'y trompe pas. Il n'y a pas longtemps que j'espérais vous le dire à vous-même. Je croyais que nous

passerions par votre pays ^, et je comptais que vous me donneriez les moyens de vous embrasser quelles que pussent être vos résolutions sur le reste ; mais le roi désire si fort retourner dans ses Etats, qu'il a préféré la route directe à toute autre.

Le projet de diriger notre voyage par Lyon, Genève et ensuite par la Suisse, que j'avais présenté, n'a donc point été accepté, et nous prendrons par Strasbourg et Manheim, Nous espérons être dans les premiers jours de janvier à Altona. Le voyage, qui d'abord ne pouvait être assez long et qui devait durer deux ans, va donc être bien abrégé, et on le tinira avec plus d'empressement encore qu'il n'a été entrepris. Je me tlatte qu'il ne sera plus question de le répéter.

Le pauvre Brandt est ici ou y a été au moins à son passage pour Avignon.

Je ne l'ai pas vu, parce qu'il ne s'est point déclaré à moi, mais seulement au baron de Gleichen. Il y a des difficultés sur sa pauvre petite pension que la Furtig-Casse de Danemark ne veut plus payer, puisqu'il ne siège plus au Hœchste Gericht ; mais j'ai fait et ferai ce qu'il faudra et ce que je pourrai pour qu'il ne souffre pas.

Si le maréchal dé Saint-Germain avait voulu me croire il serait depuis longtemps tranquille et dans un des plus beaux pays du monde, mais il a été de son sort et du mien, qu'il n'a guère écouté mes avis ni dans les affaires importantes ni dans celles qui l'étaient moins. Je souhaite vivement qu'il jouisse en paix et contentement des soixante-quinze mille livres de rente qui lui sont dues, et je travaillerai toujours fidèlement, tant que je le pourrai, à écarter de lui les pertes et les chagrins. Autant que je puis conjecturer, son intention est de s'établir quelque part en Suisse, mais j'ignore dans quel lieu.

Je souhaite de tout mon cœur que son choix soit heureux.

' Bernstorff, à cette époque, accompagnait le roi dans son voyage en France.

Je suis très frappé de ce que vous me dites. Monsieur, des procédés de La Porte, et je le suis d'autant plus que je ne connais aucun pouvoir à ceux qui sont actuellement en Danemark qui ait pu les autoriser à ordonner de pareils attentats.

Je sais qu'il n'y a point de raisonnement qui tienne contre les faits, mais je ne comprends ni l'ordre ni l'exécution.

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