COMTE DE BERNSTORFF A REVERDIL, A COPENHAGUE
Wotersen, 10 décembre 1771.
Après ce que vous avez bien voulu me dire, Monsieur, au sujet des lettres, dans celle que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 30 septembre, je n'aurais pas celui de vous
écrire, si je n'avais d'abord deviné et puis appris ce que vous avez fait pour détourner la suppression déjà résolue de ma pension.
II m'est absolument impossible de ne pas vous dire, aujourd'hui que j'en ai une bonne occasion, que je sens fortement ce que je vous dois. L'objet en est considérable pour moi. Dix-sept années de missions aux cours étrangères, et près de vingt ans de ministère, ont altéré et embarrassé ma fortune, et, quoique je m'en fasse plutôt honneur que reproche, je ne puis m'en dissimuler ou cacher les suites ; mais je ne suis pas moins touché peut-être de la beauté de votre action que je ne le suis de ses effets.
Recevez-en, Monsieur, tous mes remercîments, non pas tels que je les exprime, mais tels qu'il vous sont dus, et que mon cœur vous les rend.