MADAME HE GABELL A REVERBIL, DANS LA ROUTE
Copenhague, 2 décembre 17G7.
Monsieur,
Si j'avais causé volontairement les inquiétudes que mon silence vous a fait éprouver, je serais bien coupable, et vous seriez en droit de me croire bien inconséquente.
Vous n'avez, cepeiidant, manqué que deux jours de mes lettres, et le courrier que vous attendiez à Hambourg vous apportera un paquet que Hoier m'a promis de vous faire parvenir avec sûreté. Le comte Ferdinand m'a fait remettre votre dernière lettre du 4 décembre; il est tout fier de la confiance que vous lui témoignez, et j'ai bien du plaisir à me dire que mon amitié a uni deux bommes si dignes de s'aimer.
Puissiez-vous être tous deux aussi heureux que mon cœur le voudrait.
Je vois clairement que le comte d'Ahlfeldt ne l'est point. Je crains bien qu'il ne pourra plus suivre le conseil que vous lui avez donné. Que ne puis-je lui rendre la tranquillité que j'ai eu le malheur t!e lui ôter? Faut-il que la préférence que mon cœur accorde au mérite essentiel soit si funeste à ceux qui en sont l'objet? Cette réflexion est douloureuse; mais au moins je n'ai rien à me reprocher : je n'ai trompé personne,
La conclusion de votre lettre m' attendrit : Vous voudriez nie voir heureuse. Depuis longtemps, je n'ai pas formé ce souhait pour moi-même. J'ai bien vu que je n'étais pas faite pour l'être, mon caractère, tant de choses s'y opposent.
Si vous étiez heureux vous-même. Monsieur, votre bonheur me tiendrait lieu de celui que vous souhaitez pour moi.
M. de Saint-Germain est entièrement congédié. On lui a envoyé un petit billet froid et insultant, dans lequel on lui conseille « de choisir une demeure plus agréal)le hors du pays, qu'on lui conservera ses appointements pour ne pas manquer à ce qu'on doit à ses engagements. » Il n'est pas douteux que Milady Catt, qui a eu tant de part à votre aventure ne soit aussi la principale cause de ce dernier coup qu'on a porté au maréchal.
Wegener va partir pour S!e>wick; il me prie de le rappeler à votre souvenir, comme quelqu'un qui vous est sincèrement attaché. Vous m'avez dit deux mots dans votre première halte, datés de Hambourg, à l'article de Hanau, qui m'ont fait une peine que vous imaginez aisément, parce que vous connaissez mon amitié pour le prince Charles.
Pourquoi ne pouvez-vous plus le considérer comme auparavant? S'il a découvert ce que je ne lui ai pas dit, il n'a qu'un seul tort, c'est celui d'en avoir parlé à d'autres qu'à moi. Il est imprudent, mais son cœur n'est point en faute.
Je n'ai plus pour lui ce sentiment que je n'ai jamais pu définir, et qui si longtemps a fait le malheur de ma vie; mais l'intérêt le plus tendre m'attache encore à lui. S'il perdait votre estime, j'en serais inconsolable ; et si c'était par ma faute, je ne me le pardonnerais jamais. Je n'ai pas besoin de vous répéter combien sont sincères et vrais mes sentiments d'estime et d'amitié que vous me connaissez pour vous.
MADAilE 1>E GABELL A REVERDIL, A NION.
Rosenlund, le 3 octobre 1768.
Vous savez si je respecte le propriétaire de cette maison. J'y jouis tous les jours du spectacle touchant et instructif qu'offre un père de famille occupé du bonheur de tout ce qui
l'entoure; mon cœur est fait pour goîiter son bonheur et celui qu'il fait sentir à tous ceux qui dépendent de lui. Ma santé déjà en bon état se fortifie par le régime et l'exercice. Je ne vous dis pas comment je suis ici; vous savez comment je dois y être. Heureusement pour M. de Gabell et tant pis pour moi peut-être^ les détails de la marine l'occupent et l'intéressent si fort qu'il ne prolongera guère son séjour ici.
N'admirez-vous pas qu'il aime à présent Copenhague^ mais à la fureur ? Je lui dirais volontiers ce que vous m'écriviez un jour, pendant mon séjour en Jutland. 0! Jérusalem, Jérusalem !
A propos de Jérusalem et de mon séjour en Jutland, j'ai l'honneur de vous mander que le prince Charles est peut-être à l'heure qu'il est à Copenhague, mais il sera de retour à Hanau avant la tin du mois. Sur quoi je vous prie de faire une belle révérence à ma prudence : effectivement cela est presque héroïque, car j'aurais bien voulu voir ce bon prince; mais on dit que sa femme l'aime à présent. Si elle soupçonnait... il serait malheureux ; il ne peut pas supporter la colère de sa femme, comme vous savez.
Vous rappellerai-je que je scellerais de mon sang l'estime que vous avez vouée à Madame de Rosenkrantz?
Je sens qu'un homme aussi déUcat, aussi judicieux que vous la rend difficilement, et voilà ce qui me désespère pour elle. Pour moi, je répète sincèrement un passage que j'ai trouvé souligné dans un auteur anglais :
Twas the suffererthank God! not the aggressor the has moderne great by putting it info my power to forgide her let ail niy revenge be in her compunction from my foregiveness and frotn my wisher to promote her welfare.
Bonsoir, Monsieur; il est bien tard, et la poste part avant le jour.