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STYLE LOUIS XV

Régence et Louis. XV. — Ces styles embrassent une période d'environ soixante ans, de I71o à 1774. Le premier prit son nom de la régence de Philippe d'Orléans pendant la minorité de Louis XV, il dura neuf années, de 1715 à 1724. Ce temps peut paraître fort court pour la formation, le développement et l'épanouissement d'un style, mais il faut nous souvenir d'abord que c'est le style de transition entre le Louis XIV et le Louis XV, et qu'ensuite depuis 1790, époque de la mort de Charles Le Brun, le majestueux style du grand roi commençait à se transformer. Les besoins n'étaient plus les mêmes, le roi, fatigué par de longues guerres qui ne donnaient plus les succès éclatants de jadis, voyant la France compromise par les affaires de la succession d'Espagne, ne commandait plus de somptueux travaux. Les subsides accordés aux artistesdesGobelins étaient diminuées dans des proportions énormes, les superbes fêtes de Versailles n'étaient plus qu'un souvenir. Louis XIV, constamment retiré àMarlyavec M""" de Maintenon et quelques intimes, rendait ainsi à chacun la liberté de vivre chez soi, de là le besoin d'un style moins pompeux se conformant davantage à cette vie nouvelle d'intérieur et d'intimité. La majesté fit donc place à l'élégance et les traditions de l'époque du grand roi étaient déjà oubliées lors de sa mort en 1715.

Le principal promoteur de cette révolution artistique fut le beau-frère de.I.-IL Mansard, Robert de Cotte, premier architecte du roi, qui, en 1099, prit en main la tâche que Charles Le Brun avait si bien remplie pendant tant d'années. Alors commença l'éclosion d'une nouvelle manière plus légère et moins solennelle ; nous pouvons donc dire que le style de la l'égence commença avec le

xviii" siècle et qu'en 1715 il était dans son épanouissement complet. Après 1724, il continua d'exister encore quelques années sous Louis XV, dont le style n'est en somme que la Régence s'assagissant de plus en plus, car une singularité de ces deux époques, oii la plus grande fantaisie semble s'être donné libre cours dans toutes les compositions de ses artistes, est que ces derniers s'imaginaient suivre les traditions de l'antique. Aussi Oppenord met-il en tète d'un de ses recueils d'eaux-fortes : « Avis aux amateurs de dessins ; ces œuvres sont composées dans le goût de l'antique, mais plus riche ».

C'est cette idée dominante chez les artistes, enflammés par la récente découverte d'IIerculanum (1709), qui calmeradeplus en plus les lignes du Louis XV, et nous conduira à travers la grâce si charmante du Louis XVI aux laideurs désespérantes de l'Empire.

Nous traiterons concurremmentdans cette notice laRégence et le Louis XV, caria plupart des artistes exercèrent leur art pendant ces deux périodes. Ainsi Charles Cressent, qui avait déjà trente ans lorsque Philippe d'Orléans, à son avènement, le nomma premier ébéniste de sa maison, exécuta pendant la Régence ces beaux meubles aux superbes garnitures de bronze qui caractérisent si bien cette époque et continua cette production sous Louis XV jusqu'en 1757. Ce Charles Cressent, lil» de François Cressent, sculpteur du roi Louis XIV, fut un admirable artiste du bronze; il montre une grande variété de composition, une finesse et un goût incroyables dans l'exécution.

Chaque époque fournit son homme, la synthétisant dans un art particulier: Louis XIV avait eu Boule, la Régence et Louis XV eurent Cressent

L"ébène avec ses rehauts de bronze, ses fines découpures, ses incruilalions de cuivre et d"écaille, allait bien aux immenses galeries et aux très grands salons, mais ne pouvait plus convenir pour les nouveaux intérieurs, plus modestes dans leurs proportions et d'une décoration plus intime. On remplaça l'ébène par les bois de couleurs, dits bois des îles, aux tons plus doux et plus discrets ; le bois de violette ou bois violet (on donnait ce nom au palissandre), employé en placage, commença il servir à façonner les meubles que l'on décora de bronze. C'est dans cet art que Charles Cressent montra tout son génie, car il était h la fois sculpteur, ciseleur et ébéniste. Tous les travaux do cet artiste se ressentent de cette heureuse trilogie, par une harmonie générale qui en fait des œuvres exceptionnelles et d'un grand art.

Ici se place un dessinateur à la fois orfèvre et ciseleur, .Messonnier (Juste-.Vurel). Né îi Turin en IGOo, il avait donc vingt ans à l'époque de la Régence; il exerça une grande influence sur les arts de son époque, surtout sur la deuxième partie du règne de Louis XV. Cet artiste, qui reçut le titre de dessinateur du cabinet du roi, fut très discuté par les artistes et les écrivains de son temps. Comme à toutes époques, les uns allèrent trop loin dans leurs critiques, les autres dans leurs louanges. Kn réalité l'on peut lui reprocher de manquer de calme et de simplicité dans ses compositions, de briser partout ses lignes par des enroulements, des renflements et des coquilles dont la présence n'est aucunement justifiée, enfin de rompre avec le principe qui commande dans un motif une juste contre-partie balançant les lignes et asseyant d'une façon ferme la composition générale. Ce n'en est pas moins un grand artiste à l'imagination inépuisable etempreintcdu caprice le plus charmant. Bien qu'il ait fait de nombreux travaux de décorations intérieures où il a su donner des modèles inoubliables de panneaux, portes et lambris, il triompha surtout dans les bronzes cl l'orfèvrerie dont la matière, le précieux et le fini du travail répondaient bien au genre de son talent. Il sut par ses profils contournés, les mouvements profonds de ses coquilles, ses ornements déchiquetés, faire scintiller de mille feux lespièces de ses services, aux flammes des flambeaux.

Mais les malheurs de la guerre voulurent encore une fois qu'en 17b9 les creusets de la Monnaie réduisissent en lingots tous ces chefs-d'œuvre, comme cela avait déjà eu lieu en pareille occurrence sous Louis XIV. .Aussi, h part les albums de

dessins des maîtres orfèvres, nous reste-t-il bien peu de toutes ces belles pièces. (Voir page i, fig. I, 2, 3; page 7, fig. "2; page 8, fig. i, 3; page 9, fig. 3. œuvres de .Messonnier; page 1, fig. I. 3, 4, liois pièces de l'œuvre de Germain.)

Parmi les dessinateurs de modèles d'art décoratif qui illustrèrent cette époque Louis XV, il nous faut encore citer Michel-René Sloldz ou La Joiie, qui marcha, griice h sa haute fantaisie, sur les traces de Messonnier. Les pièces qui nous restent de cet artiste nous charment par l'ingéniosité de leurs compositions et l'heureux agencement des motifs qui les forment.

Nous citerons dans le domain(^ de la peinture et du dessin décoratif le maître peut-être le plus grand de celte fertile époque, si nous en exceptons Watteau et Boucher qui, malgré leur grand génie décoratif, ressorlenl plutôt du grand art. Nous voulons parler de Claude Gillot, peintre du roi (1073-1722), qui créa de gracieux modèles d'une fertile invention pour tous les genres décoratifs ; son œuvre est immense : dessus de clavecins, feuilles de paravents, écrans, cartons de tapisseries, panneaux décoratifs, tout lui est bon pour exercer la verve de son esprit et la délicatesse de son crayon ou de son pinceau. Son œuvre gravé esl aussi considérable el ses recueils renferment des modèles pour tous les genres ; il en esl même pour l'arquebuserie el les crosses de mousquets. Nous donnons, page 16, une grande composition pour tapisserie, qui montre bien son talent et l'ingéniosité de ses arrangements. Nous donnons également de ce maître les pièces principales d'un fusil aux armes d'Orléans qui font apprécier son mérite sous un tout autre jour; ces pièces se recommandent surtout par une simplicilé de la plus grande élégance.

.\ntoine Watteau (1G84-1721) fui un des artistes les plus géniaux de la peinture française et un des grands décorateurs de tous les pays et de toutes les époques. Son œuvre renferme un charme incomparable, mais le cadre trop restreint de cette notice ne nous permet pas de citer tout ce qu'enfanta son esprit, si extraordinaire pour tout ce qui touchait h la décoration. Ses idées sont exquises, tous les éléments qu'il emploie sont groupés d'une façon fantaisiste et ingénieuse, avec l'art le plus charmant el pour le plus grand plaisir des yeux. Tout ce monde de bergers, de bergères aux houlettes enrubannées, de seigneurs jouant de la mandoline, ces personnages de la comédie italienne au sourire si (in el si expressif, sont encore

aujourd'hui dans l'esprit de tout le monde. Evoquer Watteau c'est évoquer le style Louis XV doni il est une des plus grandes personnifications ; on ne pourrait plus s'imaginer cette époque sans ce maître.

François Boucher (1703-1770), comme Watleau, est resté pour tous une des plus grandes personnifications de cette gracieuse époque. Son nom seul donne l'idée de tout un peuple d'xVmours aux ailes floconneuses, se jouant au milieu des nuages et des fleurs, présentant un miroir à Vénus ou jouant avec les armes de Mars, conduisant un char attelé de colombes, ou tirant à l'arc dans une cible dont le centre est un cœur. Ces gentils petits Amours joufflus, aux corps parsemés de fossettes, c'est son monde à lui, monde pimpant et joyeux comme l'enfance qu'il représente, il les emploie dans toutes ses compositions, symbolisant avec eux tour à tour la musique ou la danse, la pêche ou la chasse, toujours avec une nouvelle grâce. Boucher fut avec cela un décorateur de premier ordre. La décoration de la salle du conseil au palais de Fontainebleau, qu'il dirigea et pour l'exécution de laquelle il s'adjoignit le peintre Vanloo, est d'un grand effet et prouve surabondamment cette qualité. (Voir pages 12 et 13.) Son œuvre gravé renferme de gracieux modèles de paravents, panneaux, trophées, écrans, etc..

Le meuble tient une grande place sous Louis XV, nous avons cité déjà Charles Cressent comme caractérisant le mieux le style du régent, de la maison duquel il était le premier ébéniste; après lui vient JacquesCafTieri, cinquième filsdePhilippe Caffieri, sculpteur de Louis XIV. Jacques CafTieri portait le titre de sculpteur, fondeur et ciseleur du roi ; à l'exemple d'.Vndré-Charles Boule et de Charles Cressent il s'appliqua souvent à des travaux d'ébénisterie, mais sa principale préoccupation était les bronzes dont il les décorait. Ce fut le meilleur traducteur qu'ait eu Messonnier pour ses travaux de décoration et d'ameublement. On connaît quelques bustes où JacquesCafTieri affirma son talent de sculpteur. Nous donnons de cet artiste (page 3, fig. 3j une superbe commode en bois de rapport, ornée de magnifiques encadrements de bronze en style rocaille; c'est un des jolis meubles de cet artiste et même de son époque. Nous donnons également de lui (page 3, fig. 2) une grande caisse d'horloge en bronze doré qui lui fut commandée par le roi pour y renfermer la fameuse horloge astronomique inventée par Passemant et présentée à r.\cadémie des sciences en 1748. Cette

boîte monumentale, d'un aspect bizarre et de mauvais goût, est cependant, comme fonte et ciselure des ornements, en tout point admirable.

Jean-François Oëben, qui obtint en 1734 le brevet d'ébéniste du roi, nous ramène aux travaux d'ébénisterie qui, vers la fin du règne de Louis XV, commencent à prendre le pas dans l'ameublement sur les garnitures de bronze ciselé. Oeben était surtout ébéniste et il semble que les bronzes dont il ornait ses meubles étaient demandés par lui à la collaboration de Cafieri.

Nous ne quitterons pas les meubles sans dire quelques mots des vernis Martin, cette branche spéciale de l'art qui prit naissance au xvin'= siècle et ne lui survécut pas. Ce vernis, cherché et découvert par les frères Martin (Guillaume, Simon- Étienne, Julien et Robert), qui tous prirent plus tard le titre de Peintres vernisseurs, était par eux destiné à nous affranchir du tribut payé à la Chine et au Japon pour leurs laques si estimés. Ce n'était pas là une invention nouvelle, car déjà sous Louis XIV des essais de ce genre avaient été tentés mais ils perfectionnèrent les tentatives de leurs devanciers et donnèrent à cet art nouveau une extension considérable, grâce à la vogue inouïe qu'obtint cette découverte dès son apparition. Ils commencèrent d'abord par la décoration des chaises à porteurs, puis des carrosses, et bientôt de là passèrent aux meubles, puis aux panneaux des appartements et à toutes sortes de menus objets. Bien de charmantes choses furent faites en ce genre, mais malheureusement à part quelques carrosses, tel que celui du musée de Cluny, et quelques meubles, il ne nous reste rien des décorations importantes de ce genre. (Voir page 3, fig. 4.)

Ce fut sous Louis XV que fut fondée la manufacture royale de porcelaine de Sèvres, par l'achat que fit le roi, en 1760, d'une manufacture qui de Vincennes était venue s'installer dans ce village. Jusqu'en 1770, Sèvres s'adonna exclusivement à la pâte tendre, et ce n'est qu'à cette époque que le hasard fit découvrir dans les environs de Saint- Yrieix le précieux kaolin qui était la seule chose qui nous manquait pour compléter le secret de la pâle dure de Frankentha! que Pierre Hannong nous avait vendu en 17GI.

L'architecture n'eut pas la vogue des siècles précédents et l'on bâtit peu de monuments. .\ cette époque cependant fut construite la place Louis XV, aujourd'hui place de la (joncorde: les deux beaux bâtiments qui font face à la Seine furent élevés en 1748 sur le plan général de Gabriel, premier archi-

tecte du roi. L'École militaire fut bàlie en ITol par Gabriel; en 1771 on posa la première pierre de rilolel des Monnaies, dont les travaux commencèrent sur les plans et sous la direction de larohitecte Antoine.

L'église de l'abbaye Sainle-lieneviève, aujourd'hui l'anlhéon, commencée en 1757 par Souttlot, est le dernier exemple d'un vaste monument religieux élevé au xviii'' siècle.

Nous ne pouvons terminer celte notice sur le style de Louis XV sans rappeler que c'est sous son règne que le peintre IJachelier fonda l'Ecole royale spéciale de dessin et de mathématiques. Ciel établissement, d'où sont sortis tant d'artistes et tant de dessinateurs de tout genre qui surent toujours maintenir si haut notre industrie nationale, porte aujourd'hui le nom d'Ecole nationale des Arts décoratifs.

UÉSLMÉ

Le grand caractèredesstylesllégenceel Louis W est en architecture à peu près ce qu'il était sous le règne de Louis XIV, un retour de plus en plus accentué vers l'ordonnance classique, comme on peut le voir parles bâtiments de la place Louis XV, une colonnade sur un soubassement formant

rez-de-chaussée, qui ici forme galerie avec arcatures plein cintre. Pour les intérieurs, les grandes galeries sont supprimées, les salons reslreign(Mit leurs dimensions et deviennent intimes.

Dans la décoration et l'ornementation, les caractères distinctifs sont plus complexes qu'à aucune autre époque, en ce qu'ils varient presque avec chaque maître, et l'on pourrait dire ce qui a déjà été dit d'ailleurs; style de Messonnier, de (lillot, de Peyrot, deCressent, etc.; tel emploie davantage la coquille et les palmes, tel autre gondole ses moulures en incomparables contours, celui-ci peint SCS panneaux ou les orne de vernis Martin, et tel autre les sculpte, les décore de quadrilles, de crossettes, coui'onne ses mascarons de plumes ou de palmeltes extra-riches ; c'est la fantaisie dans tout ce qu'elle a de plus libre; tout est employé, la dore, la faune, la figure humaine, le magot (le la Chine et surtout le singe. Le singe y gambade à cœur joie, (lûtant, cymbalant, il est chez lui, sans mauvaise pensée de noire part pour les talons rouges de 1 époque.

Nous avons donné à noire livre les titres: «Les styles enseignés par l'exemple » ; c'est surtout ici (ju'il trouve son application, car la vue de quelques œuvres de l'époque en dira plus (jue tout ce (jue nous pourrions écrire.

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