ROMAN PRIMITIF
Les invasions des barbares ayant ruiné presque complètement les arts que la civilisation romaine nous avait amenés, les villes d'abord, les monastères plus tard, furent seuls en état de leur offrir une sorte de refuge et d'empêcher leur complète disparition.
Les architectes, pour les besoins des premiers moments, approprièrent une partie des monuments •rallo-romains et se servirent des plus ruinés pour les exploiter comme de véritables carrières. Ils trouvèrent, parmi tous ces débrisqui jonchaient le sol de ruines immenses, des chapiteaux, des frises, des entablements, des fûts de colonnes, des sculptures, qu'ils n'avaient le plus souvent besoin que d'ajuster à leur nouvelle destination. Ce fut pour
eux une véritable mine qui leur fournit longtemps tous les matériaux dont ils avaient besoin ; aussi les périodes mérovingienne et carlovingienne ne sont-elles que la continuation de l'art précédent, avec, bien entendu, toutes les déformations qu'amenèrent avec eux des ouvriers malhabiles et la difficulté de ce travail d'ajustement. Les éléments décoratifs, restèrent les mêmes que ceux employés au iv* siècle. Malheureusement, bien peu de restes authentiques ont pu traverser la longue suite de siècles qui nous séparent de ces époques lointaines, et nous avons bien peu de documents à mettre sous les yeux de nos lecteurs. Malgré l'utilisation des débris préexistants, l'art marchait lentement mais sûrement vers une ère nouvelle. Un bon nombre d'édifices nouveaux devenaient indispensables, puis il fallait même dans les appropriations, combler certains vides, raccorder les sculptures et surtout construire et décorer des églises neuves. Bien que le plan de ces églises restât toujours le type de la basilique romaine, l'élément chrétien avec ses symboles nouveaux fit naître, à cùlé de l'architecture qui restait dans les traditions antiques, une sorte d'école originale de sculpture et de peinture.
Si l'architecture suivit pour la construction des églises le plan des vieilles basiliques, pour ses abbayes et communautés religieuses elle adopta les plans des grandes habitations romaines, car nous y retrouvons le péristyle et l'atrium qui ont donné naissance aux cloîtres.
' Les arts prenaient donc un certain corps et commençaient à se former, quoique toujours un peu gênés par les monuments des siècles passés. Ils avaient en effet bien du mal à s'affranchir complètement des liens que leur imposaient les réminis-
■■onoes de l'art antique, et 50u> une splendeur factice iU étaient entravés par les vieilles traditions qui arrêtaient l'essor.de leur originalité. Un cataclysme nouveau les alïranchit. car les barbants vinrent leur ouvrir la route qui devait les conduire à travers le xi' siècle au triomphe
du XII*.
liti.MA.N SECO.ND.MKK
Le IX' siècle, si cruellenienl éprouvé par les invasions des .Normands, vit disparaître la plupart des édilîces mérovingiens, bouleversés et brûlés par ces barbares.
Pour réparer ces ravages, pour réédifier tous ces monuments mis en ruine, on ne trouva plus, comme au v' siècle et aux siècles suivants, les •'nlablements, les colonnes, les sculptures que le.s ruines de l'ère gallo-romaine avaient fournis à ces époques
Il fallut au \" siècle créer un ait de toutes pièces. On vit alors l'architecture se transformer complètement et marcher vigoureusement vers l'état de spli'udeur qu'elle atteignit au xii' siècle.
La pauvreté des matériaux employés dans le roman primitif se trouvait cachée parles sculptures et les mosaïques des inonumenls romains. Li.-s enduits et les peintures qui couvraient le reste des monuments avait donné une sorte d'éclat à ces édifices, mais leur solidité n'avait pas été suflîsante pour résister à la fois au temps et à la dévastation des barbares.
Les premières basiliques romanes, couvertes •■n charpente, étaient peu solides; on rechercha au XI' siècle plus de solidité, plus de garanliiîs rijiilre les incendies : la pii'rre remplaça les petits matériaux des premiers siècles et on ihiTcha à substituer les voûtes aux plafonds en bois.
Les moini-> ardiitecles et les autres artistes, libres .-nlin d'innover chercli(!iit de nouveaux plans, rêvent de dispositions nouvelles et créent un style de toutes pièces. Les églises cessent d'emprunter leur plan à la basilique romaine, et tout>'s celles dont les dimensions le permettent piennent la forme de la croix latine. On leur 'lit pi''ndre une orientation commune; la tète de la <roix formée par le ch'eur fut tournée vers l'est; l'entré.- principale, <|ui en ligurail la base, fut ori'-nté.' à l'oue'-t, ij crilin le transept, formant la brani-lf transveisale de cette croix, sélendit
du nord au siul On lifilit de plus, sous le chœur de certaines églises, des cryptes ou chapelles sou terraines. Ces données toutes nouvelles révolu tionnèrenl l'art de bâtir.
L'architecture était, pour ainsi dii-e, à cette époque l'art unique, régnant en souverain maître sur tous les autres ; les pliant à ses exigences et à ses besoins ; fournissant à la sculpture, à l'orfèvrerie, à la peinture, aux émaux, mosai'ques, etc., des modèles et des lois ; c'est donc elle que nous étudierons plus spécialement. C'est dans l'église que l'architecture trouve toutes ses applications et toute sa gloire. Les constructions civiles ellcsinémes empruntent à l'art religieux leurs motifs et leurs éléments ; aussi est-ce dans l'église que nous irons les chercher et étudierons comparativement les XI'' el xii'" siècles.
Parades. — L'ordonnance des façades pcndanl les xr et xn" siècles, est très complexe et varie suivant l'importance et la grandeur des églises. Une description même détaillée de ces façades ne pourrait en donner une juste idée ; les lecteurs en se re|)orlant aux pages 2 et o, y trouveront deux exemples dilférents : l'un, l'église d'Angoulème. donne le modèle d(^s façades de cathédrale ; l'autre, l'église de Jort, dans le Calvados, donne le modèle des églises rurales.
Voxilea. — Les voûtes étaient encore très rares durant le xi"^ siècle, surtout pour les nefs d'assez grandes dimensions, et il n'y avait encore, le plus souvent, de voûtés, que les absides et les bas côtés. Ce fut seulement au xii'' siècle que les architectes, enlin plus hardis ou devenus plus savants, posèrent d^s voûtes de pierres sur les grandes nefs. iXous trouvons dans certaines parties de la Krancc, situées entre la Loire, (îL In Dordogne, des ('glises voûtées en coupole (N'oii- Catliéilrnle d'.\iigoulénic p. 2j.
PiUerx. — Les piliers romans sonl lourds et massifs el ont très peu d'éli'valion par rapport à leur diamètre ; ils sont ou carrés ou cylindriques, quelquefois hexagonaux ou octogones. Les piliers carrés sont souvent ornés de colonneltes à leurs angles ou flanqués de demi-colonnes sur leurs quatre faces. Les colonnes sonl quelquefois enrubannées de bandes en relief de faible saillie (Voir p. I(j, Saint-I5enoit-sur Loire).
Porter. — Les portes de tous les édifices, même les plus simples, furent les parties les plus ornées de moulures et de dé'coralions ; les lym|)ans (partie seini circulaire compris(! entr(! l'ouverluro el les archivoltes; sonl souvenldéconV de bas reliefs
i\"oir Cathédrale d'Angoulême p. :îi. Beaucoup de ces portes, qui sont aujourd'hui dérouvertes, étaient originairement protégées par une toiture en charpente, ce qui permettait d'orner de peintures les bas-reliefs et les moulures.
Dans les grandes églises, un porche en pierre protégeait les portes et formait ainsi une sorte de vestibule extérieur.
Conlreforls. — Les contreforts n'eurent aux xi" et xii" siècles que peu de saillie, n'ayant pas alors à supporter les pesées qu'ils supportèrent plus tard, et ce n'est souvent, comme dans la cathédrale d'Angoulême, surtout au xu'" siècle, que des sortes de pilastres, ornés de colonnes sur les angles, surmontés de glacis garnis d'imbrications.
Fenêtres. — Au xi" siècle, les fenêtres sont petites, étroites et sans colonnes (fenêtres de l'abside d'Aulnay, p. 10). Au xii' siècle, les fenêtres deviennent plus grandes et sont souvent garnies d'archivoltes que supportent des colonnettes ; parfois aussi elles sont accompagnées à droite et à gauche d'une arcature. C'est vers le commencement du XII'' siècle qu'apparaissent ces ouvertures rondes, auxquelles on a donné le nom de roses. Elles étaient divisées par des meneaux en pierre qui, partant du centre, rayonnaient vers la circonférence. Ces roses étaient ordinairement placées soit aux extrémités du transept, soit au-dessus de la porte de l'ouest (porte principale), et quelquefois au milieu de l'abside.
Chapiteaux. — Les chapiteaux sont ordinairement très riches et d'une composition très variée. Ceux qui portent des sujets religieux sculptés en bas-relief s'appellent chapiteaux historiés. — Beaucoup d'exemples de chapiteaux sont mis sous les yeux de nos lecteurs dans les documents qui accompagnent cette notice (Voir p. 1, 4, b.) ' Tours. — Les tours romanes sont d(î forme carrée, terminées par une pyramide ou flèche à quatre pans, soit en pierre, soit en charpente. t)n voit certaines de ces flèches de forme <^ylindri(jue, si-ulptées d'écaillés imbriquées (Voir Cathédrale d'.Vngoulême, p. i).
Arcatures. — Les architectes des xi° et xif siècles rompirent la monotonie des grandes surfaces planes par un heureux motif décoratif, larcature. Ce sontdes arcades simulées, soit par des pilastres, soit par des colonnes engagées. La farade de la cathédrale d'Angoulême nous en donne bon nombre d'exemples divers ; certains d'entre eux sont d'une grande richesse.
Arcade!'. — Toutes les arcades romanes sont
semi-circulaires ou à plein cintre. Cette disposition est la grande caractéristique de ce style, souvent désigné par la simple dénomination de plein