STYLE RENAISSANCE
La période artistique s'étendant de la fin du XV' siècle sous le règne de Charles VIII (1483-14118; jusque vers le milieu du règne de Henri IV ( IGOO) a reçu le nom de Renaissance.
Ce nom de Renaissance a été fort improprement donné à ce style, car l'art fut loin de sommeiller pendant les belles périodes romanes du xii" siècle et les splendeurs de l'art gothique des xiii" et xiv" siècles. Ce n'était pas une renaissance, mais plutôt un retour vers le passé, une reprise des formes et des ordres antiques gréco-romains, et par conséquent une rupture complète avec le style ogival. On allait abandonner l'arcade en tiers point pour reprendre le plein cintre délaissé depuis le xii'^ siècle; une immense révolution allait s'opérer dans l'architecture et dans les arts décoratifs.
Les causes de ce changement considérable paraissent être multiples. Les guerres qui ensanglantèrent les règnes de Charles VIII, Louis XII et François l" avaient porté en Italie, comme autrefois les croisades en Egypte, l'élite de la noblesse française. Cette noblesse y puisa le goût de tout ce que la Renaissance italienne avait produit dans les arts et dans les lettres, rapporta ce goût en France et rêva de choses nouvelles que nos artistes ne tardèrent pas à réaliser.
L'imprimerie contribua beaucoup également à amener cette révolution. Déjà inventée depuis plus d'un demi-siècle, elle commençait à faire sentir ses bienfaits Les œuvres des auteurs grecs et latins, inconnues jusqu'à ce jour, enflammèrent l'imagination de nos artistes; ils y puisèrent des idées et des sujets nouveaux qui reportèrent vers l'antique et le firent aimer.
Une autre cause, enfui, fut l'alVaiblissement de
la foi religieuse, qui donna plus de liberté d'esprit aux nobles et aux artistes. On délaissa un peu les constructions religieuses; cette sorte d'architecture cessa de régner en souveraine maîtresse et n'imposa plus ses lois et ses sujets. Alors commencèrent à s'élever partout les palais, les châteaux, les hôtels de ville, les bourses, etc., et les décorateurs couvrirent de sujets mythologiques ou empruntés aux poètes antiques leurs orfèvreries, leurs émaux, etc.
La construction des églises ne fut pas, malgré cela, totalement délaissée, car nous en voyons encore de fort grandes, comme Saint-Euslache et Saint-Etienne du Mont, à Paris, qui sont élevées dans ce style. Les artistes de la Renaissance s'appliquèrent plus particulièrement et presque exclusivement aux arts profanes.
Il n'y a pas à douter un in.^lant de l'influence des arts italiens sur les débuts de la Renaissance française, mais influence d'idées seulement, et non d'artistes étrangers, car ce n'est qu'après le traité de Cambrai, en 152!), que François 1" en appela en France de dilTérentes villes d'Italie. A la fin du règne de Charles VIII, sous Louis XII et au commencement du règne de François l"", notre Renaissance se formait ; pendant cette époque de transition, elle laissait subsister l'ordonnance des formes générales et des moulures du xv' siècle, elle les mélangeait à des motifs d'ornementation du nouveau style qui était déjà d'un art charmant et bien français. Nos artistes avaient tout de suite compris dans quelles proportions il convenait de s'assimiler le style italien, et ils puisèrent d'euxmêmes une vigueur nouvelle dans les œuvres classiques.
Parmi les artistes italiens que François L'appela
fn France, il y eut principalemenl des peintres et des sculpteurs qui nous apportèrent un style hardi, niais emphatique, imité de .Michel Ange, mais sans ordre, sans finesse et d'un mauvais goût complètement étranger au génie Irani^ais. Ces exemples n'eurent, heureusement pour notre art national, qu'un demi-succès, car il s'éleva en iiiènie temps chez nous une école qui éclipsa bientôt les folles inventions que les étrangers voulaient nous imposer.
Les architectes l'rani'ais donnèrent, dans les constructions qu'ils dirigèrent, un magnifique élan aux peintres, aux sculpteurs, auxébénisles ; ils les dirigèrent, mais ils laissèrent toute latitude à leur esprit d'invention. Ces architectes étaient : Didier Félin qui bâtit le pont Notrc- Uame à Paris, en 1507; Pierre Nepveu dit Trinqueau, architecte du château de Chambord; Philibert Uelorme, qui construisit le portail de l'église de Saint-Nizier à Lyon, le fer à cheval du château de Fontainebleau, puis les châteaux d Anet, de Meudou, et en loU4 le palais des Tuileries; Pierre Lescot, architecte de la façade de l'horloge au Louvre et de la fontaine des Innocents ; Jean Bullant, auteur du château d'Ecouen ; Androuet Du Ct;rceau, architecte du Pont-iNeuf à Paris, des hùtels Carnavalet, de Bretonvilliers, de Sully, de MayiMine et autres.
Plusieurs de ces architectes, comme Pierre Bullant et Philibert Delorme, allèrent visiter les monuments antiques de l'Italie, mais de tous ces édifices romains ils ne prirent que certains détails que leurs génies modifièrent d'une façon heureuse et avec lesquels ils eurent le grand talent de formerdes créations originales.
Les sculpteurs furent les plus remarquables artistes de cette époque avec leurs chefs d'école, .Jean Goujon et Germain Pilon, car outre le bois, la pierre, le marbre ou le bronze que ces niailres sculptèrent ou ciselèrent eux-mêmes, ils fournirent des modèles, el leurs œuvres exercèrent une influence directe sur les bronziers, orfèvres, bijoutiers, émailleurs el sculpteurs de meubles. Le musée du Louvre, avec ses riches collections d'orfèvrerie, de bijouterie et d'émaux de la galerie d'.\pollon(p. ]'t), olfreà l'élude des arts du métal un champ vaste el admirablement choisi. La collection Sauvageol, au même musée, avec ses meubles merveilleux dans le style de la Renaissance de la plus belle époque (Henri llj, ne saurait être trop I étudiée.
.Jean (joujon (né vers 151 5 j ne contribua ])as
peu au tnomiilii' de ce .\vi' sii'cle. lui des plus grands pour notre art national. .Vvec ses fines arabesques d'une si féconde invention, ses figures délicates et gracieuses, aux draperies souples el légères, sa connaissance profonde de toutes les matières employables pour son art. qu'il s'agit de faii'e chatoyer les tons chauds du noyer dans les panneaux d'un meuble, de louiller un marbre ou de ciseler amoureusement un bronze. Jean Goujon ne larda pas à s'élever au premier rang des sculpteurs de son époque. Celle ferlilité d'invention, cette grâce inimitable se retrouvent dans tout son œuvre, œuvre si riche que l'on a peine à comprendre une si prodigieuse fécondité, pour un homme qui UKUii'l en exil à IJologne enhe l;16:-i el 1868. (Voir p. -1, lig. I el i.)
Germain Pilon, né à Lorcé, près du Mans, en U)3;), fils d'un père huchier-imagier, nous a laissé une œuvre superbe dans l'invention des ornements, le galbe élégant des figures, le chiffonné gracieux des draperies : ijuc son ciseau ou sa gouge rmiilli' le bois, la pierre ou le marbre ; que son ciselet d'acier attaque le bronze, il est dans toutes ses productions le véritable émule de Jean Goujon.
Nous avons cru devoir nous arrêter un instant h ces deux grands sculpteurs, car ils rayonnent sur celte pléiade df la Ueiiaissance qui en compte Innl el que le peu d'espace ri'servé à celle notice nous force à laisser de côté
l'endantla Renaissance, tous les arls marchent de front vers un progrès croissant. Nous venons d'examiner, avec la sculi)lure, la décoration intérieure et extérieure des monuments, la boiserie el les meubles, la pierre, le maibre et le bronze. L orfèvrerie, la bijouterie, les étains, ne le cèdent en rien à la décoration si éléganle des édifices, el les maîtres de ces divers arls, tels que : Malhurin Lussanl, Claude .Marcel, qui fut prévôl des marchands en 1570, Ftienni; de LauhK; (p. 4, fig. "1), François Dujardin et plus laid Voeiriolle Lori-ain. Si ces artistes s'inspirèrent des grands maîtres de la sculpture, ils surent apporter dans leurs productions une originalité vraiment personnelle et d'un grand caractèi'e; ils arrivèrent même à une fantaisie d'imagination surprenante et qui n'a jamais été égalée depuis, ce qui est d'ailleurs facile à contrôler, car plusieurs, principalement Flienne de l.,aulne el Voeiriol, ont laissé un grand nombre d'albums de divers modèles gravés sur bois ou à la pointe, .\ndrouel Du (^ei'ceaii, que nous avons cit(' plus liaul dans les architectes, ne dédaigna
pas, au milieu de ses grands travaux, de dessiner de nombreux albums dont quelques-uns, destinés à l'orfèvre, et au bijoutier, sont à la fois d'une grande originalité et d une heui'euse composition.
Les éteins, dont les maîtres s'intitulaient modestement « potiers d'étain », avaient, sauf la valeur de la matière employée, autant de valeur artistique que n'importe quelle pièce d'orfèvrerie. François Briot, dont la magnifique aiguière et son non moins magnifique plateau (dite aiguière de la tempérance) sont maintenant au Louvre, nous le prouve surabondamment.
Les émaux de Limoges triomphent sous la Renaissance, avec les illustres familles d'émailleurs qui remplacèrent par leurs produits d'un goût si lin les lourdes vaisselles d'or et d'argent.
Les principales de ces familles furent celle des Pénicaud (p. 12. flg. 2 eto) dont Léonard Penicaud fut le plus illustre ; celle des Limosin, dont un membre, Léonard Limosin, fut appelé à Fontainebleau par François 1" pour se voir confier divers travaux importants, et être placé ensuite à la tête de la manufacture royale de Limoges; celle des Courteys et enfin celle de Pierre Reymond (p. 12, fig. 1,3,6).
Cette splendide époque ne laisse rien en arrière ; ses artistes façonnèrent avec un goût parfait et beaucoup d'art toutes les matières possibles, depuis les pierres fines jusqu'à la terre. En céramique, nous voyons en effet ces admirables bibelots, les faïences Henri II, dites plus tard faïences d'Oiron (p. II. fig. 2 et 3), qui sont de purs chefs-d'œuvre de grâce et d'exécution, mais dont malheureusement le nombre de pièces qui nous restent est restreint. A côté de ces faïences si fines, si délicates que l'on pourrait avec leurs tons si doux les prendre pour des ivoires, on travaille également ces grands épis de faîtage des fabriques normandes (p. Il, fig. 1), faits de grosses terres émaillées au grand feu. Dans les arts céramiques arrive enfin le maître Bernard Palissy qui s'intitule naïvement: « Inventeur des rustiques figulines du roy et de la reyne sa mère », avec son œuvre grandiose et qui dut être bien important, car un grand nombre de ses productions nous restent encore, malgré les siècles et la fragilité de la matière. Elles nous permettent de juger de la fécondité de son inventeur et surtout d'apprécier l'admirable éclat de ces couleurs qui resplendissent toujours derrière leur vitrine de musée comme le jour où Palissj'
les sortit brûlantes de .son four de pauvre artisan, comme il se dénommait lui-même (p. 10, fig I et 4).
H ES i:. ME Caractères du style de la Renaissance
Le caractère distinctif de l'architecture de la Renaissance est une grande harmonie d'ensemble, malgré la diversité des ordres : une richesse extraordinaire de détails .• l'emploi du plein cintue antique décoré de charmantes archivoltes et de pilastres ornés souvent de gracieuses arabesques de la plus heureuse invention.
On voit reparaître les denticules, les oves, les triglyphes, les modillons. les métopes et en général tous les détails des ordres romains, mais arrangés et heureusement modifiés par l'esprit français.
Les colonnes sont raremenl lisses, et les fûts sont ordinairement ornés de cannelures droites et aussi en spirales, parfois de compartiments, de bandes en champlevé. (Voir p. 1, fig. 2.) Les chapiteaux composites sont souvent d'une composition heureuse.
Les pilastres sont très employés, un peu partout, suivant les besoins, mais principalement comme chambranles aux fenêtres et aux portes; ils sont richement ornés d'arabesques ou de compartiments, de moulures ou de bandes.
Les balcons des fenêtres, où la pierre est presque exclusivement préférée au fer, sont formés de balustrades repercées à jour, simulant des enroulements de cuirs et d'ornements.
Les écoinçons des aicatures sont décorés de trophées, de figures, de branchages et parfois d'incrustations de marbres de couleur, ce qui est d'un charmant elïet; les frises du dessus portent souvent une décoration faite d'une suite de mt'daillons à l'antique entourés d'une couronne de laurier ou de chêne (voir p. I. fig. I); le fond qui supporte la médaille est parfois doré ou du même marbre que les incrustations des écoinçons; la couronne qui entoure le médaille forme cadre.
Les fenêtres sont souvent croisées par deux meneaux de pierre; le transversal placé très haut forme imposte; le perpendiculaire, orné d'une légère colonnotte très riche d'ornementation, partage la fenêtre en deux vantaux uarnis de vitres
de couleur engagés dans une légère mise on plomb du plus charmant elVel. Le tlessus de la feniHre est ordinairement décoré d'un bas-relief, de figures ou d'ornements.
Les intérieurs ne le cédaient en rien au luxe des façades, et les bois ouvrés, les gracieuses moulures, les marbres précieux linement sculptés, les fresques des maîtres, le fer et le bronze précieusement ouvrés en faisaient des merveilles.
Les plafonds étaient superbes, soit qu'ils se recourbassent en voussure, soit qu'ils fussent droits. Lorsqu'ils se recourbaient en voussure surbaissée, les arceaux se ramifiaient et étaient couverts de pendentifs, de culs-de-lampe ciselés de sculptures innombrables. Les plafonds droits étaient formés do caissons à vigoureuses moulures, sculptés de cliilïres et d'emblèmes rehaussés d'or et d'argent, se détachant sur un fond de couleur. Nous donnons ;i la page IG de nos exemples la splendide salle des fêtes du palais de Fontainebleau, dite galerie Henri II ; un coup d'œil sur cette salle si bien entendue dans toutes ses parties en dira beaucoup plus sur le caractère de la décoration de cette époque qu'une longue description.
L'ornementation, comme nous l'avons dit dans
la pai'lie concernant rarcliitoclure, est 1res complexe ; la flore, la faune, la chimère, l'homme et les objets eux-mêmes y contribuent. Aussi dans ce chaos d'éléments si divers, l'imagination de l'artiste a-t-clle pu laisser libre cours à toute sa fantaisie et nous doter de ce style lîenaissance si charmant et si français.
La base de la feuille ornemenlale lîenaissance est la fi'uille de chêne : qu'elle soit retournée en rosace, allongée en culot ou contournée en rinceau, elle laissera toujours voir l'élément primitif qui l'a formée. On la retrouve partoul, dans le chapiteau, la frise, le panneau et quelque ornement que ce soit (Voir p. 8, (ig. 4, et p. S, fig. 3).
Les ornements les plus usités dans les moulures, tores, doucines, talons, etc., sont la feuille de chêne, le laurier, les fruits et même les légumes ; la fleur n'osl presque pas empioyc'o dans la Renaissance.
Les cartouches sont ordinairement composés de larges cuirs contournés, au centre desquels est placé une armoiric, une couronne, un monogramme (p. 2, fig. 3).
Le mascaron est très empIoy('. parfois couronné de la palmette si typi(]ue dans ce style (p. G, fig. 4, et p. 10, fig. 2 et 3).