Biberon en faïence d'Oiron, Henri II. .\vi'' siècle
Ke.n'aissa.nxi; ii.
Renaissance 12.
- l'ontainedAmboise. à Clermont-FciTanU, xvi- siècle.
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STYLE LOUIS XITI
On a donné le nom de Louis XIII à une période qui s'étend de IGOO à 1662 (fln de la minorité de Louis XIV). Plus nous avançons dans la partie moderne de notre histoire, plus la juste appréciation de la durée d'un style devient insaisissable. Le terme de stj-le Louis XIII est venu de ce que ce style fut à son plus haut point sous le règne de ce roi, mais il s'applique à l'art sous Henri IV et même à celui des dernières années du règne de Henri III. La Renaissance, qui avait atteint sous Henri H son apogée de force, de goût et d'élégance, se modifiait lentement, se fondait, pour ainsi dire, par bribes dans des modifications insensibles et constantes qui produisirent enfin ce que nous appelons aujourd'hui le Louis XIII. Ce même Louis XIII devait, pendant la minorité de Louis XIV, se modifier à son tour sous l'innuence des goûts, des idées, des mœurs, et, s'il faut le dire, de la mode, et former enfin le Louis XIV.
L'époque des grands cataclysmes est passée. Le temps n'est plus où les barbares ruinaient une civilisation en anéantissant tout, et faisaient éclore, par la destruction des monuments galloromans, l'ère romane primitive; où les Normands, saccageant, au iv"^ siècle, le produit de quatre siècles de travail, forçaient l'imagination de nos artistes à produire, avec le Roman secondaire, cet art superbe qui, pendant deux siècles, resta inébranlable. \ la suite des croisades, ce fut l'invention de l'art ogival qui, à son tour, détruisit l'art roman et demeura debout, fier et majestueux, pendant trois siècles. Les trois règnes de guerres en Italie, l'invention de l'imprimerie, dont l'influence fut immense sur les idées et sur les mœurs, créèrent la Renaissance. Ce fut la fin de ces changements radicaux et pour ainsi dire subits, aucun
bouleversement ne fut plus assez violent pour arrêter le goût des idées et des arts; les armées deviennent de plus en plus régulières et par conséquent de plus en plus redoutables, on ne craint plus les invasions des barbares et les guerres de religion sont apaisées, la vie se fait moins publique, ce n'est plus l'époque des grandes assemblées au forum ou dans l'église, on vit chez soi : de là un art nouveau qui suivra plutôt les mœurs des individus que les événements des nations. Aussi, à partir de la Renaissance, le changement se fait-il insensiblement, sans mouvement appréciable; on ne s'aperçoit vraiment que le style a changé que lorsqu'il est arrivé à son apogée, et encore ces changements divers sont-ils bien plus appréciables pour nous qui pouvons embrasser un siècle d'ensemble que pour les contemporains qui ont créé le style.
La Renaissance sous Henri III avait bien perdu de son ancienne splendeur; les guerres civiles, les guerres de partis et de religion qui ensanglantèrent la fin du règne des Valois, n'avaient pas peu contribué à l'abaissement du niveau de l'art français. Préoccupé de cet état de choses, lorsqu'il vil son gouvernement régulièrement établi et lorsqu'il eut elîacé les dernières traces de guerre civiles, Henri IV s'elVorça de rendre à nos arts industriels leur ancienne splendeur. Il envoya des ouvriers choisis, étudier dans les pays voisins et surtout dans les Pays-Ras, les arts qu'il sentait être chez nous en décadence, et à leur retour il donna à ces ouvriers un logement au Louvre. Cette faveur s'accordait aux artisans qui l'avaient méritée par leur réputation et leur savoir dans leur industrie.
La Renaissance, qui disparaissait et s'épuisait
lenlemenl. disparut tout h l'ail lors du second mariage de Henri IV avec Marie de Médicis, en 1600. Cette princesse italienne, amenant à sa suite un certain nombre de courtisans qui avaient comme elle-même d'ailleurs le goût des choses de leur pays, fit gretïer par nos artistes sur notre Renaissance expirante les réminiscences de son esprit italien. Cette époque de transition reçut le nom de style Henri IV ; son aspect est très typique et très particulier, on y trouve à la fois de la lourdeur, de la confusion et un manque de grâce absolu, malgré les efforts du roi pour redonner à notre art son éclat et son élégance de jadis.
Le roi s'efforça, avec le concours de François Miron. prévôt des marchands, de développer le commerce et l'industrie de Paris et de doter la ville de monuments, d'établissements et même de nouveaux quartiers en rapport avec son importance nouvelle. 11 ordonna de nombreux travaux. Ce fut sur son règne que l'on construisit la galerie d'.\pollon qui forme le premier étage de l'aile du Louvre le long du jardin de l'Infante. Celte galerie fut incendiée en 16G2; c'est alors qu'elle tut reconstruite cl enfin terminée, telle que nous la voyons aujourd'hui. (Le rez-de-chaussée que surmonte cette galerie a été construit par les ordres de Charles IX.) Sans, quitter le Louvre, nous trouvons encore, de cette époque, l'aile en façade ^r le quai, qui se prolonge vers les Tuileries. Ce travail fut particulièrement réussi, car nous en admirons encore aujourd'hui les gracieuses proportions, les bossages, les vei-micuies et les frises ravissantes d'un si charnianl effet. tout à fait dans le goût de la Renaissance.
Ce fut aussi sous le règne de Henri IV que les travaux de l'IIùtel de Ville, abandonnés pendant la Renaissance durant les guerres civiles furent repris. Nous lisons en effet qu'en juin 1605, le juré du roi en l'office de Maçonnerie, Marin de la Vallée, entreprit ce travail. La façade fui terminée en IP08 et fut décorée au-dessus de la porle principale d'un bas-relief représentant la statue équestre du roi. L'ancienne place royale, aujourd'hui place des Vosges, entra dans les projets de Henri IV, les travaux furent commencés par ses ordres en 1604. Les bâtiments qui la composent devaient servir à établir les différentes manufactures qu'il avait organisées h Paris, mais à sa mort, cette idée fut abandonnée et les artistes que le roi protégeait continuèrent à habiter dans la grande galerie du Louvre. Le pavillon, dit pavillon du roi, dont nous donnons la façade sur la
rue de Birague (p. 1), était compris dans la partie terminée du vivant de Henri IV. Le reste fut terminé en 1012 et Marie de Médicis y donna la même année un grand carrousel pour y célébrer la double alliance de la France et de l'Espagne. Les hôtels de la place Royale ne tardèrent pas h être Ji la mode et les plus nobles familles y élurent domicile, entre autres : Richelieu, Condé. saint Vincent de Paul, M""' de Longueville, Marion Delorme, Cinq-Mars, de Thon, Turenne, Corneille. M"' de Se vigne y est née en iG2G.
La construction de la place Dauphine suivit de près celle de la place Royale, elle était destinée à rappeler le souvenir de la naissance du Dauphin.
Ces deux places peuvent être citées comme le meilleur exemple de l'archilecture française, pendant la période qui a suivi la Renaissance; c'est du reste ce qui nous est resté de plus complet. Henri IV termina enfin le Pont-Neuf qui, commencé sous Henri m en 1574, fut inauguré en 1603; il agrandit considérablement l'Arsenal dont la construction avait été commencée par Henri H, mais il ne nous reste plus rien des bâtiments qui ont été détruits, sauf les appartements du gouverneur. Ces appartements sont occupés aujourd'hui par la bibliothèque, l'une des pièces a conservé sa décoration peinte sur fond d'or, c'est le cabinet de Sully lors de sa grande Maîtrise de l'.Vrtilleric (voir p 2, fig. 1, 2, 3).
Enfin, h Fontainebleau, le grand roifitexécuter de nombreux travaux parmi lesquels la restauration de la Chapelle de la Trinité, le bdlimenl qui renferme la galerie des Cerfs et la galerie de Diane, la cour des offices, la décoration de la salle Louis Xlll et diverses transformations dans les jardins. Tous ces travaux prouvent la vigueur de l'élan et de l'impulsion qu'Henri IV désirait donner au relèvement national de notre art, et il serait sûrement arrivé h son but sans le couteau fie Ravaillac.
Celte impulsion donnée uf demeura pas stérile, car de suite les parliculisrs, entraînés par son exemple, ne se firent pas faute de multiplier les travaux pour leurs hôtels. Nous citerons entre autres, celui de Maximilien de Uéthune, duc de Sully, dont l'architecte fut Androuet du Cerceau ; cet iiôtel existe encore aujourd'hui rue Saint- Antoine; la façade est complètement masquée ou détériorée par les enseignes des commerçants qui l'habitent, mais la cour d'honneur a conservé tout son charme et son aspect grandiose ; les
bâtiments qui l'entourent sont couverts de belles et fort intéressantes sculptures. Bien d'autres hôtels furent construits dansée quartier du Mf^rais qui devint le quartier aristocratique de Paris et qu'Henri IV avait rêvé d'embellir par son vaste projet de la place de France. Celte place devait en former le centre, et aurait été entourée de pavillons uniformes. Des belles rues portant les noms des provinces de France seraient venues y aboutir. Ce projet fut abandonné en 1610 : seules, les rues de Saintonge, de Bretagne, de Poitou subsistent pour témoigner de l'idée.
En 1613, Marie de Médicis résolut de se faire construire une demeure particulière, ainsi que l'avait fait Catherine de Médicis pour les Tuileries. Elle chargea Jacques de Brosse, l'architecte de la grande salle du palais, de lui bâtir, sur un emplacement qu'elle avait acheté, près du couvent des Chartreux, un palais rappelant par son aspect le Palais Pitti où elle était née. De Brosse déploya le plus grand talent et la plus grande activité dans l'exécution de ce travail, car cinq années lui suffirent, de 1613 à 1620, pour s'acquitter de cette tâche.
Ce palais, construit en style toscan, est bien supérieur au modèle qui avait été désigné; c'est le seul des palais bâtis h Paris qui nous ait été conservé sans aucune modification extérieure. Par contre, dans l'intérieur, il ne reste rien qui rappelle le séjour de la reine, mais nous pouvons nous rendre compte du luxe qu'elle voulait y déployer par les splendides toiles de Rubens (Histoire de Marie de Médicis) qui décoraient une galerie dupremierétage du palais du Luxembourg, et que nous pouvons admirer maintenant dans une salle spéciale au musée du Louvre.
Deux des grands hommes qui gouvernèrent la France avec gloire, Richelieu sous Louis XIII, Mazarin pendant la minorité de Louis XIV, et qui se succédèi'ent sans interruption, continuèrent l'œuvre de Henri IV en protégeant les arts avec un amour et un savoir éclairés et préparèrent par leurs efforts le grand siècle de Louis XIV.
C'est cl cette époque, première moitié du xvii° siècle, que l'architecture religieuse prend un caractère véritablement typique, en cherchant à imiter une ordonnance qui avait prévalu en Italie vers la fin du xvi" siècle. Les Jésuites, qui construisaient alors leurs églises, furent les promoteurs de cette ordonnance, aussi a-t-on appelé « style des Jésuites », l'architecture des églises du x\n' siècle.
La première église bâtie à Paris dans cet ordre fut l'église Saint-Paul-Saint-Louis, rue Saint-Antoine, qui était alors la chapelle de la maison professe de la compagnie. La première pierre de cet édifice fut posée en 1627 par Louis XHI ; U fut élevé sur les dessins du Père François Derrand, l'un des architectes les plus illustres des Jésuites. Le portail fut exécuté plus tard, aux frais de Richelieu, par le Père Marcel Ange, et terminé en 1641. Cette façade avec ses trois ordres superposés, en dépit de toutes les lois de l'architecture et de la construction, amena par son adoption la destruction et la déflguration de bien des monuments religieux français.
RÉSUMÉ Caractères du style Louis XIII.
Dans le style Louis XIII, on remarque un compromis entre les arts italien et flamand, dont le génie français épuisé par les luttes intérieures devait s'inspirer pour créer un nouveau style original- L'architecture civile du commencement du xvii° siècle est en général d'une grande uniformité et d'une niasse un peu lourde, mais ses refends et ses pilastres de pierre blanche se détachent si heureusement sur leurs fonds de briques rouges qu'ils cachent l'uniformité des surfaces.
Les grands combles d'ardoises, surmontés d'épis de plomb si élégants et si élevés, animent et enlèvent les masses de la construction. C'est là le caractère principal de ce style qui ne devait disparaître de nos monuments qu'avec les nouveaux principes des architectes de Louis XIV. Les meneaux de pierre de la Renaissance ont disparu des croisées et les vitres montées en petits plombs sont également remplacées par les châssis en bois. Les lucarnes ont conservé leurs formes premières, leurs montants évasés en forme d'S et leurs frontons arrondis ou triangulaires, comme dans les dernières années du xvi" siècle. Les souches des cheminées sont quadrangulaires, surmontées d'un fronton. Les vestibules sont vastes et dallés de carreaux de marbre, les escaliers offrent des paliers spacieux également dallés. Les balustrades sont garnies de balustres carrés supportant une large main courante. Mais tout cela est froid, compassé et comme empreint d'une majesté triste. Un éprouve également cette impression dans les intérieurs, où tout était carré et anguleux; les dossiers des fauteuils, les sièges,
les tables, drapt?s sans plis, semblables à des sarcophages. Les meubles souvent d"(5bène, quoique couverts de sculptures, avaient si peu de saillie dans leurs ornements que l'on cherchait en vain la joie d'une lumière vive. Les cadres des glaces, les lustres en cuivre poli, les lanternes d'acier bruni. triomphe de l'époque, mettaient seuls une note lumineuse dans ces intérieurs si sombres. Nous donnons (p. 5, fig. o) le lit du marquis d'Effiat. qui donnera une juste idée de la drapeiie des meubles. Les magnifiques séries d'estampes que nous a laissées Abraham Bosse sur la vie sous Louis XIll, pourront être consultées avec friiil sur celle matière.
L'architecture religieuse fut très typique et adopta un principe qui fut conservé même après Louis MU. Il consistait pour les façades à placer un portail au milieu d'un premier ordre de colonnes correspondant à la nef et aux bas côtés, puis à surmonter ce premier ordre d'un second qui ne correspondait plus qu'avec la nef Celte diminution dans le second étage était compensée par des sortes de consoles renversées en forme d'S (voir p. 6, fig. 1). Les tours sont en dômes, c'est-à-dire qu'elles se composent d'un tambour cylindrique surmonté d'une coupole. L'ordon-
nance intérieure est en général très simple; des arcades portées sur des piliers décorés de pilastres mettent la nef en communication avec les bas côtés, un seul étage de fenêtres surmonte ces arcades et éclaire la grande nef; les chapelles des bas côtés sont éclairées par d'autres fenôtres. Ainsi plus de galeries, plus de triforium comme on en voyait encore à la lin du .wf siècle : la transformation de l'église est complète.
L'ornementation se compose presque exclusivement des mOmes éléments que sous la Renaissance avec de la lourdeur en plus. La feuille de clirne comme principe de la feuille d'ornementation subsiste, mais moins fi'isée, moins légère, plus plate et les refends plus veules. Les fruits en guirlandes, en tores, s'emploient également, mais plus massés et moins vivants. Les cuirs avi'c leurs bandes régnent en maîtres, servent de principe au.\ compositions ornementales et sont heureusement traités et contournés. Les grotesques, faunes et mascarons, mélangés à ces cuirs, forment de charmants motifs (voir p. 7, lig. -4, et p. 8, fig. 4). Les cuirs servent également à la composition des cartouches qui sont très employés dans le style Louis XIII; nous donnons dans nos exemples plusieurs de ces cartouches.
I. — PavilKm du Roi, Place des N'osges. à Paris vAiicieniie place Royale]. Façade sur la rue de Biraafue.
l.OflS .Mil I.
I. — Panneau peint sur fond or du Cabinet de Sullv Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris.