VINGT-ET-UNIÈME QUESTION
Quel est sur le chiffre de la population, V effet des mariages précoces et de l'augmentation de la vie moyenne ?
Les mariages précoces tendent à faire augmenter la population , la précocité des mariages produit toujours un excès de naissances sur les morts. Généralement les mariages précoces ne donnent pas cependant une population saine et vigoureuse , de là diminution sensible de la vie moyenne.
Cette question a été traitée à fond par Malthus ; le célèbre économiste anglais a accumulé sur ce sujet les preuves les plus concluantes , les plus irrécusables.
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VINGT-DEUXIÈME QlJESTION.
Quel est le résultat des entassements d'hommes, des lievm et habitations insalubres, des révolutions, des gy^res civiles et étrangères, des infractions aum règles de l'hygiène publique et privée, des. épidémies et des famines ?
Les résultats des entassements d'hommes, des lieux et habitations insalubres, avons-nous besoin de l'écrire , sont aussi nuisibles à la santé de l'espèce humaine qu'ils sont puissants pour donner im accroissement de population. Montesquieu, Auguste Comte, tous les faits observés, confirment cette monstrueuse anomalie.
Nous ne pouvons résister au désir de citer, à propos de cette vingt-deuxième question posée par le spirituel et profond M. de Cormenin , la réponse que lui fait le non moins spirituel , le non moins profond A. Toussenel , dans son livre intitulé: Esprit des bêtes.
« Il y a une question qui agite assez vivem^t les esprits depuis plusieurs année,s, là qu^tion de la
faim , autrement dit la question de Texubérance de population , autrement dit le problême de Malthus. Il s'agit de savoir comment les habitants de l'Europe civilisée s'y prendront pour ne pas se manger entre eux , d'ici à une vingtaine d'années , si la population continue à croître comme elle fait dans des proportions effrayantes , tandis que la production des aliments destinés à nourrir cette population reste stationnaire. La question est certainement palpitante d'intérêt , à preuve que M, le vicomte de Cormenin , qui éprouve le besoin d'être utile à l'humanité , a proposé un prix de 1 ,200 francs pour celui qui la résoudrait le plus
vite de ce côté-ci de la Manche Eh bien ! l'analogie
passionnelle possède seule le secret de la solution intégrale ; et si M. de Cormenin veut m'entendre et être juste, il gardera ses 1 ,200 francs pour lui , ou bien il en fera cadeau à la rose double , parce que la rose double avait donné la solution du problème de Malthus , bien avant que celui-ci eût reçu un nom parmi les hommes ; parce que la rose double avait dit , dès le lendemain de sou invention par les Rhodiens : qu'une fleur qui devient double est une fleur qui transforme ses étamines en pétales, qui, par conséquent , devient stérile par exubérance de sève et de richesse. C'est-à-dire, M. le vicomte, qu'aussi longtemps que la misère ira croissant, la fécondité du sexe suivra une marche analogue, et qu'il n'existe qu'un seul moyen de mettre un frein à cette
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fécondité toujours croissante , à savoir : d'entourer toutes les femmes des délices du Iv^e. Hors du luxe , hors de la richesse générale , point de salut I
» Que si vous refusiez d'en croire la rose double sur parole , M. le vicomte , je vous renverrais à l'opinion de la vacbe grasse et de la jument grasse , qui vous diraient les mêmes choses, absolument les mêmes choses que la rose double. Enfin , si cette imposante unanimité de témoignages ne suffisait pas encore à vous bâtir une conviction inébranlable, je vous appellerais en dernier recours devant l'autorité des carpes de la Sologne. Vous n'êtes pas sans avoir été en relation avec les propriétaires des étangs de la Sologne, vous, M. le vicomte, qui êtes un riche propriétake du Loiret. Or, demandez à iceux comment ils se conduisent à l'endroit de la multiplication de la carpe ; ils vous répondront que les étangs de la Sologne sont si favorables à la croissance des carpes, que la rapidité du développement de leur taille ( luxe) , les rend tout-à-fait infécondes , et qu'ils sont obligés , eux propriétaires , pour conserver de la graine de leur poisson , d'avoir des carpières de Misère où ils tiexment les carpes exclusivement destinées à la reproduction. Ces carpières spéciales à la reproduction sont d'étroites pièces d'eau ou les carpes femelles sont entassées par myriades , sont les unes sur les autres , meurent de faim , en un mot. Ne pouvant profiter, ^es carpes pondent , et ces pondeuses fécondes ont été
baptisées en Sologne du nom significatif de peinard. Comprenez-vous, M. le vicomte, comprenez- vous l'analogie cpii existe entre la carpe ci-dessus et la femme du peuple dont la fécondité vous alarme justement! Ces ménages entassés les uns sur les autres dans les étroites carpières des cités industrielles , ces marmots qui pullulent dans les bas-fonds de nos sociétés, c'est le peinard humain. »
Après avoir parlé des entassements d'hommes , de l'influence des lieux et habitations insalubres sur l'accroissement de la population , il nous reste à dire quelque chose sur les révolutions , les guerres civiles et étrangères, les infractions aux règles de l'hygiène publique et privée , les épidémies et les famines.
£n France , la population n'a pas diminué malgré les pertes que la révolutioq lui a fait éprouver, malgré les guerres civiles et étrangères. <( On a vu, dit Malthus , que la plus sanglante guerre n'a point épuisé d'hommes la France. »
Les infractions aux règles de l'hygiène publique et privée , donnent un excédant d'accroissement de population. Ce résultat qui semble paradoxal , impossible, s'explique de la même manière et subit la même et fatale loi que ceux qui ont été observés à propos des vertus prolifiques de la misère. Par rapport à la population , l'absence de bien-être , le défaut d'hygiène et la misère sont des causes qui se commandent et concourent aux mêmes résultats.
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Les épidémies et les famines n'influent que momentanément sur la population d'un pays ; après leur passage^ les lois de la procréation reprennent leur cours, et l'accroissement a généralement lieu eu raison directe de la diminution momentanée qui s'est fait sentir.