GUSTAVE- ADOLPHE IV
Gustave IV n'avait que treize ans, quand il succéda à son père. Nous avons déjà rapporté les bruits qu’on avait répandus en Suède sur la naissance de ce prince malheureux , et nous avons dit comment Gustave exploita, pour ainsi dire, la jeunesse de son iils dans l’intérêt de sa politique. Le baron Frédéric Sparre, sénateur du royaume, qui s'était fait remarquer par l’obéissance sans bornes qu’il professait pour toutes les volontés de Gustave, avait été nommé gouverneur du prince royal; mais, en 1787, ayant montré quelques velléités d’independance , à l’occasion d'un voyage en Finlande, où le roi voulait emmener l’héritier de sa couronne, Sparre fut forcé de donner sa démission, et le comte Gyllenstolpe prit sa place, ou du moins son titre. I.a partie littéraire de l’éducation du jeune prince fut confiée à l’un des favoris du roi, à M. de Rosenstein, qui, en 1777 , lors de la réconciliation du roi avec la reine, avait été charge de la singulière négociation dont nous avons parlé plus haut , et avait joue son rôle à la satisfaction du roi. Ce jeune seigneur possédait quelques talents littéraires, et sut les mettre à prolit en habile courtisan. On lui attribue le récit du voyage de Gustave 111 et de son (ils en Finlande, qu’on supposa avoir été composé par GustavelV, alors âgé de neuf ans. Quelques autres seigneurs, plus ou moins soumis à la volonté de Gustave 111, contribuèrent aussi pendant plus ou moins de temps à l'éducation du prince royal ; mais celui uui sut au plus haut point captiver la confiance de son elève, et
dont l’influence devait lui être un jour fatale, fut le général d’Arrnfelt.
A l’dge de douze ans , le prince fut nomme chancelier de l'université d’U psal, et installe dans cette dignité avec toute la pompe académique. En général, on ne négligea rien pour lui donner les idées les plus extravagantes de son mérite et du pouvoir souverain auquel la Providence l'avait appelé par sa naissance. D’un autre côte, on lui inculqua ce mysticisme religieux, qui flatte tant la superstition du droit divin , et ce pédantisme biblique qui a remplacé l’enthousiasme religieux des premiers temps de la doctrine de Luther. On lui avait appris à regarder la nation française , récemment affranchie , comme maudite de Dieu, comme la bêle prédite par Daniel , comme la prostituée vêtue d’écarlate dont il est parlé dans l’Apocalypse; etquandGustave fut assassiné par Ankarstroem, on persuada sans peine à son successeur que l'assassin n’avait pu être qu'un instrument des athées français.
En meme temps Arinfelt inspirait au jeune prince une opinion très-peu favorable du duc de Sudermanie, son oncle. Le duc ayant souvent exprimé combien il désapprouvait la croisade que son frère était sur le point d'entreprendre contre la France, Arinfelt n’eut pas de peine a le présenter a son jeune elève comme un second d'Orléans, ligué avec les révolutionnaires pour monter sur le trône de son neveu. On exagéra l'influence du duc et des idées révolutionnaires , et l’on fit entendre au jeune Gustave que la ezarine était la seule puissance qui pût le protéger contre les intentions malveillantes du régent et des partisans de la France. Ainsi l’on remplissait son cœur d'alarmes et de meliance , et bientôt il crut que la dissimulation la plus profonde pouvait seule lui sauver la vie. Rien qu’il redoutât et qu'il hait intérieurement le régent , il lui prodiguait néanmoins les marques du respect le plus profond, et le traitait comme un second pere , s’habituant dans l’âge de la confiance et dé la franchise à la contrainte et a la du-
(*) Cours du Nord, t. III , p. «49-
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plicité, et se détachant du seul prince qui lui fût sincèrement dévoué, pour se jeter dans les bras d’une reine ambitieuse qui voulait réduire la Suède à n'être plus qu’une province russe.
La regence commença , comme presque tous les règnes , par des réductions et des économies, et par le rapport des lois, au moyen desquelles Gustave avait, peu de temps avant sa chute , voulu enchaîner la liberté de la pensée. La construction d'un vaste palais près de Haga fut interrompue, et les matériaux, accumulés depuis plusieurs années , furent employés à achever l’académie militaire. Les plaies faites à la Suède par la prodigalité du feu roi et par une guerre coûteuse n’étaient pas faciles à fermer. D’un autre côté, les esprits étaient alors dans un état d’irritation presque général, et l’on peut se convaincre, en parcourant les écrits politiques de cette époque, que l’on s'attendait à une nouvelle révolution en Suède -, mais le sens droit et la modération du prince Charles rétablirent bientôt le calme et la confiance.
Deux partis divisaient la Suède en 1792, l’un composé des partisans de la Russie et des anciens courtisans de Gustave III, à la tête desquels était le baron d’Armfelt; l’autre, favorable aux idées qui venaient de se faire jour en France, étaitsans doute moins nombreux , mais il était soutenu par le talent des hommes qui lecomposaient, par le mécontentement général et par l'amour de la liberté qui animait toute la nation. On craignait , non sans fondement, que l'armée, avec laquelle Gustave avait espéré rétablir l’ancienne monarchie française , ne songeât à attaquer et peut-être à renverser le trône de Suède. L’idée de faire de la Suède une république fédérative trouva de l’écho dans la nation , et un auteur hardi , Thorild , exposa les avantages du gouvernement républicain dans un ouvrage intitulé : La Liberté de la raison développée au régent et a la nation suédoise. La brochure fut supprimée le jour même où elle parut , et l’auteur fut arrêté; mais les esprits
étaient déjà si exaltés que cette mesure de rigueur faillit occasionner une insurrection , et l’on ne put calmer la fermentation qu’en ordonnant que l’affaire serait jugée dès le lendemain, et que les débats seraient publics. Lé prévenu plaida lui-même sa cause et se défendit avec tant de courage et d'éloquence, qu’il entraîna son auditoire, et qu’à plusieurs reprises il se fit applaudir avec enthousiasme. Il fut acquitté, reconduit par la multitude et accueilli par des cris de « Vive la liberté ! vive Thorild ! « Ces mouvements indiquaient un grand esprit de résistance. Le régent ne songea point à l’irriter par des mesures sévères; il apaisa l’orage par la modération qu’il montra lui-meme, et qu’il imposa à son parti , qui était celui de l’aristocratie. Il fit aussi preuve du même bon sens en refusant d’entrer dans la coalition des grandes puissances contre la république française, et par un traité, qu’il conclut le 27 mars 1794, avec le Danemark , il chercha à assurer la navigation libre des deux royaumes Scandinaves qui, à cette époque , étaient les'seules puissances neutres de l’Europe.
Catherine, voyant qu’elle n’obtenait rien ni par les menaces ni par la corruption , envoya à Stockholm le plus habile de ses agents, le comte île Stackelberg, célébré par le rôle important qu’il avait joué lors de la destruction de la Pologne. II devait, avec l’assistance du parti d'Armfelt, travailler à éloigner le régeut et à assurer le mariage du jeune roi avec la fille du grand-duc Paul. Stackelberg, peu accoutumé aux ménagements , intrigua si ouvertement et avec tant d’insolence, que l’impératrice, sur les vives remontrances du régent , se vit contrainte de le rappeler. Son successeur, le comte Romanzoff, agit avec encore plus d’audace, et fut aussi rappelé, quand la conspiration d’Arinfelt eut été découverte. On accusa ce seigneur , qui avait eu le temps de se réfugier en Russie, d’avoir voulu assassiner le régent , et l’on assure qu’après sa fuite on trouva chez lui des pa-
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piers par lesquels il fut prouvé qu’il avait lait les plus grands efforts pour persuader au roi de faire un vovagevers Je golfe de Finlande, afin qu'une frégate russe, qui devait être prévenue de son arrivée, pdt, à unsignal convenu, le recevoir à son bord et le conduire à Saint-Pétersbourg. Annfelt fut condamné à mort par contumace ; on attacha son nom au pilori , et ses biens furent confisqués.
Le régent, pour mettre un terme à toutes les intrigues de la czarine , résolut de marier promptement le roi, et négocia une union avec une princesse de Meeklembourg. Les fiançailles furent célébrées solennellement, et le mariage fut annoncé à toute l'Europe.
Mais Catherine ne s’avoua pas encore vaincue ; elle fit renvoyer a la frontière l’envoyé qui venait lui donner avis de ce mariage, et elle adressa a toutes les cours de l’Europe une note dans laquelle elle accusait le régent de Suède d’être lié avec les révolutionnaires français, et insinuait même qu’il avait eu part à l’assassinat de son frère. Ensuite elle intrigua si efficacement en Meeklembourg, que la princesse fit notifier au régent sa renonciation à l’alliance projetée. Pendant ce temps, on feignait à Pétersbourg de se préparer à une guerre contre la Suède, et l’on ne négligeait aucun moyen pour renforcer le parti d’Armfelt en Suède, et pour répand redans le royaumo les bruits les plus absurdes. On prétendait que le jeune monarque était éperdument amoureux de la belle Alexandrine, et qu’il allait être sacrifié par un oncle cruel et insensible. On était en effet parvenu, parl’entremised’Armfelt, à établir une correspondance entre la grand-duchesse Alexandrine et Gustave, que l’on crut de cette manière engager irrévocablement. Enfin, pour assurer la réussite de ses projets, Catherine envoya à Stockholm M. lîudberg , accompagné de quelques ' adroits auxiliaires, parmi lesquels se trouvait un Allemand, M. Christine, autrefois secrétaire de M. de Calonne.
Il parvint à s'introduire auprès du régent , et après avoir vanté la beauté
de la princesse Alexandrine, il parla de la aouleur que la czarine éprouvait en voyant l’inclination de sa petitefille contrariée, et des sentiments d’affection sincère qu’elle portait à 1’onclo du jeune roi.
Le duc, qui ne voulait ni avoirà soutenir une guerre contre la Russie, ni consentir à un mariage dont le résultat eût été de faire de la Suède une province moscovite, s'appliqua à éluder la difficulté par la ruse. Il feignit d'écouter avec complaisance M. Christine, et d’être intimidé par les intrigues et les menaces de M. Budberg.On renoua donc les négociations , et le régent ne se contentant pas d’accepter au nom du roi l'invitation que Catherine avait faite à ce jeune prince de se rendre à Saint- Pétersbourg , annonça , à la grande surprise de la cour, que son intention était d'accompagner son neveu.
« Le régent et le jeune roi arrivèrent avec une suite nombreuse et magnifique à Saint-Petershourg, le 25 août 1796, et, apres les fêtes les plus brillantes, le 21 septembre fut fixé pour le mariage du roi de Suède et de la belle Alexandrine. Mais ce jour que l’impératrice attendait avecimpatience, ce jour si longtemps désiré et qui devait combler ses espérances , renversa au contraire ses projets , et blessa si cruellement son orgueil , qu’il y a tout lieu de croire que sa mort en fut accélérée. Ce revers fut l’ouvrage du régent, d'un homme qu’elle méprisait, et qu'elle u’avait cessé de tourner en ridicule , d’un homme enfin qu’elle croyait avoir intimidé au point de le forcer à seconder ses vues.
« Le régent était bien instruit de l’humeur intraitable du jeune monarque suédois , et de son extrême ténacité dans tout ce qui avait rapport à la. religion. Gustave en effet regardait l'église grecque comme plus corrompue et plus contraire encore à l'esprit du christianisme que celle de Rome. Le régent trouva moyen de gagner le précepteur religieux du roi , le docteur Fleming, qui ne négligea aucune occasion d’encourager et ae fortifier cette aversion. Quand les illustres
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étrangers arrivèrent à Saint-Pétersbourg, ils trouvèrent dans le peuple de cette capitale une ignorance et une superstition si révoltantes , qu'elles achevèrent d’indisposer le roi. C’était là ce que le régent désirait.
«Aucun homme n'aurait pu contempler sans émotion la beauté de la princesse Alexandrine Paulowna , sa fraîcheur, sa jeunesse; il aurait fallu que le cœur du jeune roi fût de marbre pour y rester insensible. Il devint éperdument amoureux. Alexandrine , de son côté , avait . depuis quatre ans , si souvent entendu parler du jeune roi de Suède , qu’elle s’en était éprise sur le portrait qu’on lui en avait fait ; car Gustave, sans posséder une beauté remarquable, était, à l’âge de 17 ans, bien fait et d’une tournure élégante :
il était grand et sa démarche était singulièrement noble et grave.
« Gustave , malgré la violence de son amour, crut devoir confier a son oncle à quel point il craignait que son bonheur ne rencontrât un obstacle insurmontable dans la religion de la princesse. Le régent reçut cet aveu avec un plaisir secret, qu’il eut de la peine à déguiser. Il se borna à répondre que sur ce point Gustave ne pouvait mieux faire que de consulter son propre jugement. Il n’osait lyi donner ouvertement le conseil de ne pas accomplir ce mariage, dans la crainte que cette démarche ne le portât à y consentir.
« La prévoyante Catherine ne fut pas longtemps à s’apercevoir que la complaisance soudaine du régent de Suède était une feinte pour neutraliser sa colère et pour frustrer son attente.
Son esprit vif et pénétraht découvrit l’écueil où devaient se briser ses espérances. Elle résolut en conséquence de prévenir le duc, et de le vaincre, s’il était possible, avec ses propres armes.
A cet effet , elle fit demander en secret au chef ecclésiastique de l’Eglise russe si , pour des raisons d’Etat de la plus haute importance , sa petitefille ne pourrait pas abjurer extérieurement la communion grecque pour professer celle de Luther. Le prêtre ,
ayant consulté ses confrères et les ayant trouvés contraires à l’apostasie projetée, s’agenouilla, baissa la tête et dit avec humilité : « Votre Majesté est toute-puissante. » Le régent avait joué son rôle avec un rare talent.
Il connaissait parfaitement la nature de la croyance religieuse de Catherine , et savait que cette croyance cédait toujours à ses passions. Il fit donc répandre par ses émissaires le bruit que le roi de Suède ne consentirait à épouser une princesse russe que dans le cas où elle renoncerait formellement à la religion erecque. Ce bruit s’étant accrédite, détruisit la dernière espérance de l’impératrice; car elle sentait qu'en persistant , elle armerait contre elle le clergé , et causerait peut-être un schisme funeste au repos intérieur de son vaste empire.
«Le général baron d’ A rmfelt, quoique dans l’ombre et ne pouvant paraître à la cour, ne restait cependant pas oisif. Il communiquait secrètement avec le roi , à qui il insinuait que le régent , sous prétexte de défendre les intérêts de Sa Majesté, s’efforçait en secret d’obtenir la confiance et’lcs bonnes grâces de Catherine, dans l’espoir que cette souveraine l’aiderait à s’emparer du grand-duché de Finlande, dont il voulait jouir sa vie durant.
Le baron persuadait en même temps au roi que le seul moyen de déjouer les projets intéressés du régent, c était de se montrer généreux envers sa future épouse, et, s’il le fallait même, de permettre à la princesse de conserver sa religion. Ce conseil ne plut pas au roi , et la première fois qu’il se retrouva seul avec le régent, il lui demanda, en le regardant fixement, ce qu'il en arriverait si une princesse de la communion grecque devenait reine de Suède. « Une insurrection , sire, répondit leduc, et la pertede troiscouronnes. » Cette réponse laconique fit réfléchir le roi ; il se dit que si en effet le régentcouvaitsecrètement lesprojetsambitieux que lui attribuait Armfelt, il ne s’opposerait point à une démarche qui ne pouvait que les favoriser. C’est ainsi que l’esprit du jeune monarque
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était rempli de trouble et d'inquiétude. Tantôt il voulait sacrifier les intérêts de sa religion à sa passion pour Alexandrine, tantôt il se décidait, malgré ses charmes, à renoncer à sa main, si elle ne consentait à abjurer l’Église grecque pour celle de Luther.
« Sur ces entrefaites , le général baron Stedingk , ambassadeur de Suede, dans une audience solennelle qu’il avait obtenue à cet effet , demanda officiellement la princesse au nom de son maitre, et le 21 septembre fut le jour fixé pour la cérémonie du mariage.
• Il était impossible de voir un objet plus séduisant qu’Alexandrine Paulowna, dans ses habits de noce. Elle était environnée de tout ce que la cour offrait de plus grand et de plus imposant. L’impératrice, le grand-duc Paul, son épouse, leurs enfants, et la suite nombreuse et brillante de la souveraine étaient rassemblés dans le costume le plus riche. On peut assurer que l’or et les diamants qui étincelaient de tous côtés surpassaient en valeur les biens territoriaux réunis du royaume sur lequel la jeune princesse allait régner. Le moment arriva où le roi de Suède devait paraître. Il ne se montra point. Le fard qui couvrait les joues ridées de Catherine n’empêcha pas que la consternation et l’effroi ne fussent visibles sur ses traits. Son favori, le prince Suboff, parut, dit quelques mots à l’oreille de sa maîtresse et se retira. Il revint bientôt pour se retirer encore. On ne put cacher à la jeune épouse que son mariage éprouvait des difficultés ; elle était trop jeune et trop profondément affectee pour cacher l’émotion qui troublait son ;lme. L’impératrice elle-même avait de la peine à retenir la rage qui brillait dans ses veux et qui soulevait son sein rempli d’indignation. Cependant le temps se passait; l’epouse tremblait, et ses parents attendaient avec impatience , depuis trois heures , quand les ministres arrivèrent , pétrifiés d'étonnement et de terreur, et annoncèrent à l’impératrice que le roi de Suède avait péremptoirement refusé de signer le contrat qu’on Iqi avait
présenté , et qu’il s’était retiré dans son appartement.
« La véritable cause de cetfe brus-
ue résolution fut une ruse grossière
es ministres russes qui interpolèrent dans le contrat de mariage des conditions differentes de celles qui avaient été convenues avec le roi de Suède (*). Ces ministres crurent qu’en différant la signature de cet acte jusqu’au dernier moment, le roi ne prendrait pas la peine de le lire; mais ils étaient dans l'erreur. Gustave examina le contrat avec la plus grande attention; quand il en vint à la clause d’après laquelle la princesse Alexandrine, devenue reine de Suède, devait continuer à professer librement la religion grecque , il se tourna vers M. de Marcoff , et dit : <■ Ceci a-t-il été inséré «par l’ordre de l’impératrice?» Le ministre ayant répondu affirmativement , le roi ajouta d’une voix ferme ; « Je n’y ai jamais consenti , et je uc le « signerai point. » Ce fut en vain que les grands dignitaires de l’empire lui représentèrent que l'impératrice et la jeune princesse attendaient. Messieurs de liesborodko, de Marcoff, de Suboff le supplièrent vainement de signer. Le roi avait consulté son directeur spirituel, le docteur Fleming. Celui-ci, zélé luthérien, lui avait prédit l’entière destruction de l’Église réformée en Suede s'il souffrait nue abomination si grande. Les prêtres grecs ne furent pas moins contraires a toute espèce de concession , et ce conflit de préjugés occasionna réellement la rupture que le régent avait prévue, et qu’il avait désirée.
« Le jeune roi mérite de grands éloges pour sa fermeté ; car il n aurait pu céder sans compromettre son honneur et celui de son royaume. Le ré-
(*) Les principales de ces condition»
étaient que la princesse pourrait avoir une chapelle et des préires grecs dans son palais, et que le roi déclarerait sur-le-champ la guerre à la république française. La première interpolation avait été faite par l’ordre de Catherine, l’autre était due aux manœuvres du général baron d Aruifdt.
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ent prit Gustave à part et lui parla
voix basse, avec des gestes suppliants.On ne peut former que des conjectures sur le sujet de leur entretien. Tous les nobles suédois de leur côté se réunirent pour prier le roi de ne pas rompre le mariage; mais il refusa de les écouter, et ne cessa de s’écrier : « Je ne puis pas, je ne veux « pas signer ces papiers. Je ne veux « rien faire qui soit contraire aux lois • de la Suède. «
« On essaya cependant de renouer les négociations; mais le roi éluda toutes propositions qui lui furent faites à ce sujet , en offrant de s’en rapporter à la diète qu’il devait convoquer dès qu'il aurait atteint sa majorité, ajoutant qu’il serait trop heureux d’épouser la princesse Alexandrinc, si les quatre ordres de la Suède' consentaient à ce que la reine professât la religion grecque. L’autocrate l’écouta d’un air dédaigneux, croyant, peutêtre avec raison, que ses discours étaient une feinte par laquelle il cherchait à déguiser la résolution qu’il avait formée de ne jamais céder sur ce point. Elle lui dit que si c’était là la seule difficulté , il n'avait qu'à convoquer ta diète sur-le-champ, et qu’elle lui fournirait une armée assez puissante po r forcer ses sujets à l’obéissance, dans le cas où ils se montreraient rebelles.
» Le monarque suédois et le régent, ayant heureusement échappé aux embûches de Catherine, partirent le huitième jour apres celui qui avait été fixé pour le mariage , et arrivèrent heureusement à Stockholm. Il y eut quelque mérite de la part de Catherine à ne pas profiter de l’occasion qui lui était offerte de s’emparer de la personne du roi et du seul héritier de la couronne de Suède. Elle en eut incontestablement le pouvoir, et cependant elle ne mit aucun obstacle à son départ.
« Peu de temps après le retour du roi et du régent, le monarque atteignit sa majorité, et le duc, iidele à sa promesse , lui remit un sceptre qu’il aurait pu garder sans rencontrer d’obs-
tacles , et rentra dans la vie privée. A
fieine le jeune roi eut-il pris en main es rênes de l'État, qu'il renvova les ministres du régent , et qu’il rappela le baron d’Armfelt de son bannissement.
Mais il lui fut impossible d’obtenir du rlks droits ( chancelier de Suède ) que la condamnation du baron fût biffée sur les registres du tribunal , et il dut se contenter de lui accorder sa grâce, avec la restitution de ses biens et de ses titres. La planche sur laquelle le nom d’Armfelt avait été inscrit fut aussi à cette époque retirée du pilori.
Cette résistance du comte de. Wachtmeister aux erreurs d’un jeune monarque, et aux artifices d’un vieil intrigant , fait honneur au caractère de cet nomme d’État , et peut servir à prouver l’équité de la sentence (*). »
Pour adoucir un peu le ressentiment de la cour de Saint-Petersbourg, on choisit pourépousedu roi une princessedeRade, sneurdecelleque le grandduc Alexandre venait d'épouser. I.e mariage fut célébré le 3! octobre 1797. S’il faut en croire Rrown, Gustave, ni avait pour principe qu’un roi ne oit jamais ni rire ni montrer aucune gaieté, glaça d’abord d’effroi le cœur de sa jeuncépouse. Il ne l’étonna pas moins quand le soir, avant de se mettre au lit , il lui ordonna de lire à haute voix, dans une Bible -allemande, le premier chapitre du livre d’Esther, et quand, cela fait, il lui déclara qu’elle devait se préparera lui obéir ponctuellement, attendu qu’il était résolu à être , comme Assuérus, le maître dans sa maison.
Mais bientôt la scène devait changer; cette nuit était la première qu’il eût passée dans les liras d’une femme, et ses transports furent si violents que sa jeune épousecourut tremblante et confuse chercher un asile auprès de ses dames. Le mariage ne put être consommé qu’au bout de quelques semaines.
En peu d’années Gustave se rendit aussi insupportable à la nation qu’il l’était à sa famille , et dans toutes ses actions le ridicule seul l’emporta sur l’extravagance. Prétendant être à la fois
(*) Cours du Nord, t. III, p. 106 etsuiv.
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prophète, pontife et roi , il commettait les erreurs les plus absurdes avec une gravité sans exemple, et son humeur était déjà si violente que personne n’osait plus lui donner aucun avis.
Les ministres eux-niémes, loin de pouvoir lui adresserdes remontrances, étaient traites par lui comme les fonctionnaires les plus obscurs, et il n'y eut bientôt plus ue des hommes bas et serviles qui osassent approcher de lui.
Tandis que Gustave se montrait capricieux et violent envers ses ministres et les moindres de ses serviteurs, la jeune reine , par sa grâce naturelle et par sa gaieté inaltérable, se faisait aimer de tous ceux qui l’approchaient.
Quoiqu’elle ne fût pas heureuse, elle avait assez de générosité pour s’efforcer de rendre ceux qui l’entouraient heureux et contents; elle traitait les dames de sa cour comme ses égales, et leurs tilles devenaient les compagnes de ses jeux innocents. Gustave jugea u’il était indigne d’une reine d’avoir es amies , et l’accusa d’avoir perdu de vue le rang qu’elle occupait, Il ajouta que ce manque de dignité devait être sans doute attribué à ce qu’elle avait été élevée dans la chétive cour de son grand-père. Il chassa du palais les jeunes amies de la reine, la menaçant elle-même de la renvover à Bade, si jamais il la retrouvait jouant avec les dames de sa suite. Dès ce moment elle ne se vit plus entourée que de vieilles douairières. La tristesse s'empara d’elle, et sa santé ne tarda pasàs’alterer.
Gustave avait hérité de la haine de son père contre la France; mais il ne pouvait voir sans indignation les prétentions ambitieusesdes Anglais. Aussi quand la seconde alliance du Nord fut formée , il crut devoir y accéder. Personne n’ignore tout ce que les Danois eurentà souffrir pouravoir voulu maintenir la neutralité maritime. L’alliance fut bientôt dissoute , et l’on assure que Gustave ne put s’en consoler qu’en songeant aux pertes essuyées par les Danois. Dès ce moment,’ la Suède se rapprocha de l’Angleterre, et le Danemark resta, jusqu’en 1814, fermement attaché à la France. Lorsque la
guerre eut éclaté de nouveau, après le moment de repos qui suivit la paix d’Amiens, Gustave traversa l’Allemagne, comme émissaire des Anglais, pour former une nouvelle coalition contre la France. L’enlèvement du duc d’Enghien agita si vivement ses esprits qu’il interdit à ses sujets toute communication avec la France, d’où il rappela son ministre; et peu de temps après, se trouvant offensé d’un passage du Moniteur qui le concernait (*), il ordonna à l’ambassadeur de France de quitter Stockholm. Napoléon ne s’étant montré que faiblement choqué de ces mesures, Gustave devint furieux et se vengea sur les bustes et sur les portraits de son adversaire. Quelque temps après, le roi de Prusse ayant envoyé à Napoléon l’ordre de l’Aigle noir, Gustave lui renvoya cette décoration , ne voulant rien avoir de commun avec l’usurpateur. La Prusse suspendit aussitôt toute communication avec la Suède, et le commerce de ce royaume en souffrit cruellement. Une démarche non moins imprudente fut au moment de le brouiller avec la Russie, et de faire perdre aux Suédois la Finlande.
Alexandre, qui alors était encore dans toute la ferveur de sa générosité, consentit à oublier l'insulte faite à son ambassadeur et aux couleurs moscovites. Ce n’était pas Gustave qu’il ménageait , c’était la Suède , dont il allait avoir besoin.
Le seul projet dans lequel Gustave montra de la suite et de la persévérance, ce fut la résolution qu’il avait
Erise de rétablir le trône des Bourons. Il ne craignit pas de manifester hautement cette intention à une époque où des monarques plus puissants que lui cachaient les vœux secrets qu’en haine de la France ils formaient pour cette famille. Le 15 janvier 1805, il signa une alliance avec la Russie, qui
(*) « Sa main , » était-il dit dans cet article, qui probalilrmcnt avait clé rédigé par Napoléon lui-même, « sa main est trop faible pour soulever l'épée de Charles XII, dont U n'a que la folie et les bottes. »
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devait le mettre à la tête d’une armée anglo - russe , renforcée par 25,000 Suédois , pour attaquer la république tiatave. Mais quand l’armée russe se fut avancée sur l'Elbe, il renonça au commandement par méfiance envers la Prusse , et ne voulut pas même qu’un seul Suédois se réunit à l’armée coalisée. On sait combien ces différends furent funestes à l’Autriche.
Cependant Bernadotte ayant abandonné le Hanovre pour se réunir aux Bavarois, une armée russo-suédoise alla occuper ce pays. Gustave dirigea en personne cette occupation, et l’armée s’en aperçut bien aux désordres qui eurent lieu": tantôt les troupes devaient faire halte dans des villages qui n'existaient que sur de mauvaises cartes ; tantôt les vivres étaient préparés dans une ville autre que celle qui était indiquée aux commandants. Entrés dans le Hanovre, les Suédois occupèrent Hasbourg, petite ville sur l’Elbe , située en face de Hambourg. Ils irritèrent tous les esprits en doublant les droits de douane pour l’entretien de leur armée, et cette mesure, contraire à tous les traités , produisit 26 écus !
Lorsque , peu de temps après , vers le commencement de l’année 1806 , les Prussiens vinrent à leur tour prendre possession du Hanovre, Gustave s’arrogea le titre de protecteur du duché de Lauenbourg, et annonça l’intention de se maintenir dans ce pays.
Mais bien avant l’arrivée des Prussiens, ilseretiraàRatzcbourg, laissant 1800 Suédois , commandés par le comte de Lowenhjelm, pour s’opposer aux Prussiens , avec ordre de tirer sur eux s’ils tentaient le passage de l’Ell>e. Les représentations du ministre anglais ne purent le déterminer à révoquer cet ordre. Le comte de Lowenhjelm se vit bientôt entouré par un cainp prussien d’une force infiniment supérieure; il lit néanmoins feu sur eux, et il se préparait à forcer le passage, quand les Prussiens ouvrirent leurs rangs et laissèrent passer les Suédois sans opposition, leur rendant même les honneurs militaires. Deux chevaux qui
avaient été pris par des soldats prussiens furent restitués; mais Gustave refusa de les recevoir, prétendant qu’ils étaient prisonniers de guerre , et qu’ils devaient être traités comme tels.
Pour se venger de la compassion ue le roi de Prusse lui montrait, il onna ordre à ses vaisseaux de courir sus aux navires prussiens, et il alla même jusqu’à bombarder quelques villes sans défense, situées sur la Baltique. Cependant il changea de conduite dès que la rupture entre la France et la Prusse eut éclaté; il n’hésita pas un instant à transporter son armée en Poméranie quand les armes françaises approchèrent de cette province; mais bientôt il abandonna ses projets guerriers , les reprit quelques mois plus tard , et fit attaquer l'arrière-garde du maréchal Mortier, qui repoussa sans peine le corps d'armée suédois-, et accorda, le 18 avril 1807 , un armistice au comte d'Elsen , gouverneur de la Poméranie. Gustave s’en montra fort courroucé , et en signant cette convention, il déclara ne pas reconnaître Napoléon comme empereur et roi. Après la paix de Tilsitt, au lieu de transiger de son côté avec le vainqueur, comme le lui conseillaient le roi ae Prusse et l’empereur de Russie, il renouvela, le 23 juin, son alliance avec l’Angleterre, et les hostilités recommencèrent. Gustave, qui voulut commander en personne, montra dès les premiers coups de canon de l'ennemi une faiblesse et une pusillanimité qu’on était loin de prévoir, et envoya un parlementaire au maréchal Brune pour lui proposer un armistice. - Eh quoi! dit le maréchal,
« est-ce bien un descendant de Charles « XII qui demande une trêve trente- « six heures après le commencement « de la guerre? » Brune continua son mouvement ; mais au moment où les deux armées allaient se trouver en présence, Gustave tourna bride, s’enfuit à Stralsund, se mit au lit en arrivant, prit un émétique pour faire croire qu’il était malade, et prétendit le lendemain que le vent d’un boulet lui avait fait à la jambe une forte contusion.
L’UNIVERS
Une fois à l’abri, derrière les remparts de Strnlsnnd, Gustave se souvint de Charles XII, et annonça l'intention de se refuser à tout accommodement.
« Si, dit-il, je traitais avec la bête de «l’Apocalvpse (*), je consentirais à « nia perte dans ce monde et dans « l'autre. » Mais, peu de temps après, avant même que les Français eussent une seule pièce en batterie pour assiéger Stralsund , le roi ordonna d’évacuer cette ville, si glorieusement défendue par Charles XII dans des circonstances plus difficiles. Les soldats indignés brisèrent leurs fusils de rage en défilant devant le roi , qui crut les consoler en déclarant le lendemain, par un ordre du jour, que la place de Stralsund était déchue du rang de forteresse !
Gustave resta quelque temps à Rugen , plongé dans un profond abattement et dans une sombre mélancolie.
On commença dès lors à craindre que sa raison ne’ vînt un jour à s'altérer. Enfin, Rugrn fut également évacué et abandonné aux Français.
Nous placerons ici iin fait peu connu, mais qui est trop caractéristique pour que nous le passions sous silence.
Après avoir occupé la Sélande tout l'été de 1807, les Anglais jugèrent à propos de l’évacuer. Le gouvernement britannique fit alors offrir à Gustave- Adolphe d’envoyer un corps suédois relever le corps anglais qui allait se rembarquer. Cette proposition fut faite sans condition et réitérée à plusieurs reprises. Il refusa obstinément, et cependant il avait en Suède plus de troupes qu’il n’en fallait pour cette occupation, qui n’exigeait pas même un coup
(*) Gustave , pendant son voyage d’Allemagne, en jSoî, avait vu le fameux Stelling. il avait lu ic commentaire de Jung sur l'Apocalypse, et ce livre était devenu sou bréviaire politique. Des calculateurs ayant découvert que les caractères du nom de Napoléon, formaient le nombre 668 , ce qui, suivant l’évangéliste, est le nombre de la bric , Gustave se persuada smis peine que l’empereur des Français était réellement la béte prédite par saint Jean et qu'il lui était réservé de la terrasser.
de fusil. Quel pouvait être fe motif de ce refus? Son attachement pour le Danemark? mais nous avons vu plus haut u’il le détestait, et qu’il s’en était fait étester en témoignant hautement sa joie du bombardement de Copenhague.
Ajoutons que dans le même temps où il refusait d'ajouter la Sélande à la Suède, il offrait file de Gottland aux chevaliers de Malte.
Une des clauses secrètes de la paix entre Lr France et la Russie avait été l'engagement pris par cette dernière puissance de faire adopter le système continental par la Suède et par le Danemark. Alexandre, en conséquence, lit faire quelques ouvertures à Gustave ; niais celui-ci les repoussa avec aigreur et insolence. Son aveuglement et sa folle obstination irritèrent Alexandre, qui, d’ailleurs, sentait le besoin de faire oublier à ses sujets, par quelque exploit brillant, la honte au traité de Tilsitt et des désastres qui l'avaient précédé. La conquête de la Finlande fut donc résolue. Alexandre , dans cette occasion, se montra le digne héritier de Catherine. Avant même que l’ultimatum du roi de Suède fût arrivé à Saint-Petersbourg , les Russes passèrent la frontière sans déclaration de guerre , et les habitants furent sommés par des proclamations de se révolter contre les autorités suédoises.
A Saint-Pétersbourg on annonça laconiquement aux ministres étrangers que la Finlaude avait été réunie a la Russie. Toutefois les Suédois se montrèrent dignes de leur ancienne renommée de bravoure; 100,000 soldats, 10,000 matelots furent inis sur pied.
Dans l'état de désorganisation où se trouvait l'armée russe après la bataille de Friedland, la moitié eût suffi pour pénétrer jusqu’à Pétersbourg , et pour faire renaître les beaux jours de Narva; mais l’extravagance du roi et la trahison rendirent Ves efforts inutiles. Le malheureux Gustave ne sut jamais que gaspiller les ressources immenses que la nation mettait si généreusement à sa disposition. Aucune opération militaire ne fut conçue sur un plan raisonnable; toutes les troupes, au lieu
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d'être concentrées et disposées en masses compactes, prêtes à fondre sur les points vulnérables de l'ennemi, furent dispersées sans motifs. On les épuisait en marches et contremarches, sans aucun but stratégique; des régiments entiers furent détruits par des mardis forcées consécutives, et l’on en cite plusieurs qui furent renouvelés trois fois en entier dans le cours de la campagne sans avoir vu une seule fois l’ennemi. Après la prise d’Abo (23 mars 1808), la forteresse de Swéaborg et la flotte se rendirent sans résistance; la guerre cependant traîna encore quelque temps; les Suédois reprirent même quelques positions , mais les Russes restèrent partout victorieux. Ainsi la Finlande, cette conquête de Birger Jarl , que la Suede avait possédée sans interruption pendant l'espace de huit siècles, fut enlevée à la Suède, non par la valeur de son ennemi, mais par l'extravagance de son roi.
Nous avons déjà dit plus haut que le prince royal de Danemark , outragé par les mesures violentes du cabinet britannique, s’était, dès la fin du XVIII* siecle, fermement uni à la France; néanmoins la politique franchement pacifique de ce prince aurait assuré à la Suède toute sécurité de ce côté, si Gustave edt su modérer ses ressentiments personnels et son zèle chevaleresque pour les rois détrônés. Mais bien loin de rechercher l’amitiédu Danemark pendant sa guerre contre la Russie, il ne fit qu’irriter le cabinet de Copenhague par son arrogante outrecuidance, et la guerre que ce cabinet lui déclara enfin le 29 février 1808 lui parut presque une tonne fortune, tant il s était aveuglé sur ses propres ressources et sur la position de ses ennemis. Oubliant les ertes irréparables que la Suède venait 'essuyer par sa faute en Finlande, il ne rêvait plus que la conquête de la Norvège et de la Selande. Par son ordre, un corps d'armée suédois franchit les frontières de la Norvège; mais il le dirigea lui-même avec cette imprévoyance et cette irrésolution dont il avait donné tant de preuves dans les
dernières années. Aussi le courage des Norvégiens , qui se levèrent en masse, força non-seufemept les Suédois à reculer, mais menaça bientôt les frontières de la Suède. Vers cette époque, le général anglais sir John Moore ahorda en Sueue avec un renfort de 10,000 hommes de troupes anglaises; mais Gustave, bien loin de pensera suivre un plan de campagne sagement combiné, s'obstina à disséminer ses forces disponibles dans des entreprises téméraires. Le général anglais s’v opposa avec toute la franchise, et l'on peut même dire avec toute l'arrogance qui caractérise les officiers de cette nation. Gustave, non moins irritable, donna {'ordre de l’arrêter, et le général dut s’enfuir précipitamment et s’embarquer sans delai pour se soustraire à la captivité qui le menaçait (24 juin 1808).
Ainsi cette dernière ressource lui échappait encore. La situation malheureuse de la Suède devint tellement évidente , que le cabinet de Saint-James lui-même, qui, du reste, malgré les folies outrageantes de Gustave, n'avait jamais discontinué le payement des subsides, conseilla la paix et promit de ne pas traiter la Suède en ennemie, lors même que ce royaume se verrait forcé d'accéder au système continental. Mais Gustave s’obstina à vouloir la guerre, bien nue des cent mille soldats avec lesquels il avait commencé la campagne de l’année précédente, il ne lui restât plus nue 30,000 hommes, et que les Russes , établis pour la seconde fois aux îles Aland,nienaçassent déjà sa capitale. Rien plus: oubliant que l’Angleterre était le seul allié qui lui restât, Gustave, irrité de la résistance de Sir John Moore, avait déclaré la guerre a la Grande-Bretagne et mis l'embargo sur les navires marchands appartenant aux Anglais, sans s’inquiéter de représailles qu'on exercerait nécessairement sur les bâtiments suédois. « Je forcerai, dit-il , ces Gers n insulaires à me demander pardon à « genoux, et j’écraserai leur marine.»
Et quand il proférait cette folle menace, pas un seul vaisseau suédois ne pouvait tenir la guerre faute de matelots.
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Dès lors on ne put douter de l’aliénation mentale du roi.
Dans ce danger pressant, les premiers fonctionnaires de l’État crurent devoir lui adresser des représentations.
Il leur répondit avec un calme plus effrayant encore que ses violences ordinaires : « Je vous remercie de vos «conseils; je crois même que vous « avez raison ; mais je ne puis agir au- « trement sans me damner. »
Dans cette situation désespérée , Gustave demanda 100,000 hommes et 30 millions à un pays accablé par tant de revers. Quelques mouvements qui eurent lieu dans la garde royale à cette occasion furent sévèrement réprimés.
C’est alors que le mécontentement général étant parvenu à son comble, l’armée entière te révolta. Nul doute que les événements qui eurent lieu ensuite n’aient été préparés de longue main ; mais il faut néanmoins voir une preuve de la faiblesse et de l'incapacité ueGustavedansla facilité avec laguelleon sedélivrade lui. Ceux qui le détrônèrent eurent raison de dire qu’il fallait que le roi fdt devenu un membre inutile pour la nation suédoise, puisqu’en se séparant de lui elle n’éprouva pas la plus légère convulsion. Ce qui est presque sans exemple dans l’histoire, le malheureux roi n’avait alors aucun parti pour lui, pas même un seul partisan. Les amis de la France et de la Russie, alliées à cette époque, voulaient l’écarter à quelque prix que ce fût; le parti anglais, de son côte, s’allia aux libéraux , et projeta une nouvelle constitution qui aurait donné plus d’influence au tiers état. Ce parti aurait consenti à conserver le roi s’il eût pu espérer lui imposer la constitution projetée; mais le caractère connu de Gustave ne permettait pas d’y songer. On sonda le ministère britannique , que Spencer Percival présidait alors; mais ce cabinet, qui s’était fait le champion de la légitimité en France, ne pouvait pas donner les mains à la déposition du roi de Suède.
Toutefois le danger devenait de jour en jour plus imminent, le bruit s’était répandu qu’au congrès d’Erfurt on
avait résolu de partager la Suède entre le Danemark et la Russie, et l’on citait pour preuve de cette détermination la réponse que Napoléon devait avoir faite à un émissaire suédois, qui lui avait parlé de la déposition de Gustave : « La demande arrive trop tard ; « ma parole est déjà donnée au prince « royal de Danemark et à l’empereur « de Russie. » Ce qui était plus positif que ces vaines rumeurs, c'est que le prince de Ponte-Corvo, qui, depuis la campagne, de 180G, commandait un corps d'armée française dans le nord de l’Allemagne, devait se réunir aux Danois et faire une descente en Scanie, et qu’il n'en fut empêché que par la défection des Espagnols sous la Romana, et par la guerre avec l'Autriche, qui rendit sa présence nécessaire danslemidide l’Allemagne. M. Brown, qui , de son propre aveu , retourna vers cette époque en Angleterre, dans l'intérêt des conjurés suédois, et qui probablement était venu en Suède dans l'intérêt du ministère anglais, affirme qu’on l’avait chargé d'offrir la couronne au duc de Glocpster, et qu'il ne consentit à se charger de cette commission qu’à condition que la vie de Gustave serait épargnée.
Cependant tout n'était pas encore perdu. « L’aimable et vertueuse épouse de Gustave IV, dit M. Brown, fit de vains efforts auprès du roi pour qu’il permit que sa famille, étroitement unie a la nouvelle dynastie française (*) , intercédât pour lui et sauvât son trône
(*) Le margrave de Bade, créé grand-duc par Napoléon, avait épousé la princesse Sté-
Fhanie de Beauharnais , fille adoptive <ie empereur des Français. La maison de Bade n'a jamais oublié les liens qui l’unissaient à la familledrs 'Nasa : l'une des flllesde la grandeduchesse Stéphanie est devenue , il y a quelques années , la femme du fils de Gustave , officier général au service d’Autriche. Par un singulier concours de cirronstanees, une autre branche de la famille Beauharnais se trouve aujourd'hui sur les marches du troue suédois : on sait que la fille aincc d’Eugène , vice-roi d’Italie, et plus tard duc de Leuchtenberg, a épousé le prince royal de Sucde Oscar, lits de Charles-Jean.
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et les débris de ses États. Gustave était assez triste, livré à de profondes réflexions, quand la reine se présenta devant lui. Tombant à ses pieds, elle baigna ses mains de larmes et le supplia d’avoir pitié d’elle et de ses enfants. La nature parut un moment émouvoir son cneur insensible, la compassion se peignit dans ses yeux; mais dès que la reine eut nommé son frere comme médiateur entre son époux et l’empereur des Français, l’attendrissement du roi disparut soudain, et, se livrant à un excès terrible de colère, il saisit vivement la reine, et la repoussant avec violence, il l’étendit sur le parquet, sans connaissance et hors d'état d’écouter les malédictions qu’un époux furieux lançait contre elle et contre toute sa famille. »
Cette anecdote assez vraisemblable peut servir à constater l’opinion qu'on s’était généralement formée à Stockholm sur les procédés du roi envers la reine. Les ennemis de Gustave avaient déjà eu soin de faire naître une occasion pour mettre en évidence sa pusillanimité; à cet effet, on avait envoyé de la côte plusieurs messagers pour annoncer que l'armée russe avait opéré une descente en Suède sur un point assez rapproché de Stockholm, pour que dès le lendemain les Cosaques pussent se montrer devant la ville. On était alors au milieu de la nuit. Le roi assembla aussitôt son conseil, où, pour la première fois depuis sa majorité, il appela le duc de Sudermanie; il déclara qu’il était dans l’intention de se rendre à Gothembourg, et chargea son oncle de négocier avec les Russes.
Déjà il avait fait dire à la reine de s’habiller et de se tenir prête à partir, uand, au milieu des préparatifs de épart, on apprit que la prétendue descente n’était qu’une fausse alarme et qu’on avait pris quelques bateaux de pécheurs pour une flotte russe.
Mais la conduite de Gustave avait prouvé qu’il était sans courage , et ceux, dit Brown, qui, résolus d’arracher le sceptre de ses mains, auraient pu le croire trop dangereux pour épargner sa vie, furent convaincus
que sa mort n’ajouterait rien à leur sécurité.
La Suède ne pouvait pas conserver plus longtemps un pareil roi. Au moment de retracer les principaux faits de la révolution qui l'en délivra , nous devons reconnaître que cet événement est peut-être trop récent pour être bien juge. Les sources d'ailleurs sont peu nombreuses : d'abord c’est le bulletin du parti vainqueur qui ne mérite d’autre confiance que celle qu'on peut accorder à un récit officiel ; ensuite vient le factum que le roi détrôné a publié luimême en 1814, et qui est encore plus insignifiant. Enfin, M. Brown, témoin oculaire de l’événement , par suite de l’égoïsme étroit qui caractérise si souvent les Anglais, ne parle presque que de lui-même, et fait regretter qu'à sa place un second Shéridan n’ait point assisté à la révolution de 1809(*). Mais s’il peut rester quelque incertitude sur les details de cet événement, il ne peut en exister aucune sur les causes qui l’ont amené. II fallait que les Suédois déposassent le monarque en démence qui les gouvernait, ou qu’ils se résignassent à disparaître pour jamais du rang des nations.
Le récit publié à Stockholm commence par proclamer le grand principe révolutionnaire, que lorsqu'il y a conflit entre les intérêts du pays et la'foi jurée, une conduite qui, dans le cours ordinaire des événements, serait trèscriminelle, devient le devoir le plus sacré. Gustave IV, y est-il dit, n’a pas même cherché à se dissimuler les conséquences inévitables d'un système qui laissait tout à craindre et rien à espérer. On convient que le roi était toujours aimé du peuple, surtout en haine de l’aristocratie; mais l’importation des livres étrangers étant détendue et la liberté de la presse supprimée, il
(*) Nous ne pouvons citer parmi les pièces officielles le récit contenu dans l’ouvrage intéressant que M. Daumonl a publié récemment sur la Suède; ce récit mérite d’ailleurs beauroup de confiance en ce qu'il a été rédigé d’après des renseignements recueillis sur les lieux, et dout l'auteur a fait usage avec une grande impartialité.
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n’y avait plus moyen de s'instruire sur le véritable état des affaires. Le récit officiel et celui de Gustave sont d'accordeur ce point, que l’issue malheureuse de la campagne de 1808 avait démoralisé l’armée et dépopularisé le roi.
Cedernier seplaintqu’on n’ait pas assez soutenu ses plans pour reprendre la Finlande; ses adversaires affirment au contraire que les plans d’opération les plus absurdes rendaient une révolution plus nécessaire que Jamais; les bruits du partage projeté à Erfurt avaient alarmé la nation , et le roi , en disséminant une armée dont il ne voulait partager ni les travaux , ni les périls, avait encore augmenté les inquiétudes. Ils prétendent ensuite que plusieurs projets de révolution avaient été formés, et que l’on délibéra si longuement , qu'un gouvernement plus vigilant n’eût pas manqué de tout découvrir; que tous ces projets n'aboutirent à rien , et que le plan aurait été abandonné sans la persévérance de l’armée de l’ouest. Le lieutenant-colonel Adlersparre était l’âme des conjurés; il lit prendre aux troupes qui composaient ce corps ia résolution de marcher sur la capitale le 8 mars. Ce fut lui qui , au moment où les troupes se mirent en mouvement , harangua chaque bataillon, et lui communiqua le motif pour lequel on le mettait en mouvement. Il obtint un succès complet, et sa marche sur la capitale s’e'ffectua sans le moindre désordre ; mais avant d'y arriver, l’armée apprit le 15, à Orebro , que la révolution était consommée. Le roi n’avait sn ce qui s’était passé à l’armée que le 12 mars. Il se rendit aussitôt de Haga à Stockholm et fit fermer les portes de la ville. Ne pouvant rien espérer d’un peuple qu'il avait eu le malheur de s’aliéner, il ne lui restait d’autre parti que la fuite. Toute la nuit fut consacrée aux préparatifs du départ. Gustave se proposait de se rendre à Christianstadt pour y rallier les partisans qu’il croyait avoir conservés. A quatre heures du matin , il manda près de lui les commissaires de la banque, et leur donna Tordre de lui remettre les fonds de
l’Etat et de le suivre avec leurs em-
ft,es. Ces fonds devaient être livrés . in're heures, attendu que le départ était fixé pour la soiree. Les commissaires répondirent que ces fonds appartenaient à l’État, qu'ils n’en étaient ue les dépositaires, et ils refusèrent e les livrer. Le roi s'emporta, et les commissaires se retirèrent, convaincus que leur dépôt serait violé d’un instant à l'autre.
Cependant les conjurés qui, suivant toute vraisemblance, n’étaient pas aussi sûrs des habitants des provinces que des bourgeois de Stockholm, ne voulurent en aucune façon permettre au roi de partir, et il paraît que dans la nuit même ils revêtirent le baron Adlercreutz d’une sorte de dictature.
Celui-ci, avant de se rendre au château, où le roi l’avait mandé pour huit heures du matin , eut une conférence avec quelques autres officiers supérieurs.
On sut que les gouverneurs de la banque avaient déclaré que, sans le consentement des états, ils ne pourraient remettre au roi la plus faible somme, et qu’au château les préparatifs de départ avaient tout mis dans le plus grand désordre; que ni le duc de Suder manie, ni le comte Ugglas, favori du roi , n’avaient pu décider le roi à abandonner son projet d’évasion.
Aussitôt que le duc de Stidermanieeut quitte le roi, le comte de Kliugspor fut appelé. 11 eut avec Gustave une conversation dans laquelle il représenta fortement au roi combien il serait imprudent de sa part de quitter sa capitale. Le roi fut inflexible, s’emporta, et annonça qu’il allait se mettre à la tête de ses troupes en Scnnie et châtier bientôt des sujets rebelles. « Le baron d'Adlercreut/. vit que le moment décisif était arrivé.
Après avoir fait dire a ceux qui étaient aux portes du palais , ou qui se trouvaient dispersés dans son enceinte, de se tenir sur leurs gardes, il rassembla un certain nombre d'officiers, avec lesquels il entra dans la chambre du roi. Quand la porte s’ouvrit, le roi parut surpris, et le baron, qui venait pour le détrôner, s’approcha d’un air
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déterminé, et lui dit d’un ton ferme quoique respectueux : *Sire, les grands « fonctionnaires de F État, les prin- « cipaux officiers de l'armée , ainsi « que les habitants les plus riches et « les plus respectables de la capitale, o m’ont engagé à me présenter devant « vous pour vous faire des représenta- « lions sur votre départ de Stockholm, « et en même temps pour informer « Votre Majesté que le triste aspect « des affaires publiques cause dans tous » les esprits la plus vive agitation. » Ici Gustave interrompit soudain le ba- « ron, en s’écriant: Trahison! Irahi- « son ! f ous êtes tous corrompus et « vous serez tous punis ! — Mous ne « sommes point des traîtres, sire, dit »le baron avec sang-froid, mais de « fideles et loyaux chevaliers qui v eu- * lent sauver leur patrie et Totre Ma- « jesté . » Le roi tira sur-le-champ son épée; mais le baron se précipita sur lui et le s lisit au milieu du corps, tandis que le colonel Silfversparre lui arrachait l’épée des mains. Alors Gusta've s’écria : « Ils vont m'assassiner!
au secours! au secours! » Ils s'efforcèrent de rassurer le roi , qui promit de rester tranquille si Con voulait hH rendre son épée. Ils cherchèrent à éluder cette demande; mais tout à coup Gustave , oubliant la position où il se trouvait , exigea impérieusement qu’on lui obéît. Alors le baron lui donna à entendre que son épée ne lui serait pas rendue, et qu’il serait désormais étranger au gouvernement de la Suède.
«Les cris du malheureux Gustave avaient alarmé quelques gardes du corps qui venaient d’arriver. Ils tâchèrent de forcer la porte ; mais ne pouvant y réussir, ils brisèrent le panneau supérieur avec leurs sabres et avec des instruments de fer. Aussitôt, le baron d’Adlerereutz ht ouvrir les deux battants de la porte, et, se jetant au milieu de la foule, il saisit le sabre d’un hussard et le bâton de commandement de l'adjudant général ; puis, tenant ce bâton élevé, il cria d’une voix forte et d’un air menaçant:
« C’est moi qui suis maintenant adjudant général, et, en cette qualité ,
« j’ordonne aux gardes de se retirer « sur-le-champ. » Après quelques moments d'hésitation, cet orare fut suivi, et quelques ofliciers, dont les sentiments paraissaient douteux , furent mis aux arrêts. Le baron monta alors dans la chambre où les gardes avaient coutume de se réunir, il en trouva un assez grand nombre qui tous paraissaient confondus de ce qui venait d’arriver. Le baron leur assura que la personne du roi ne courait aucun danger, et que l’on n'avait d’autre but que dé soustraire le royaume à une perte inévitable; il les pria de la manière la plus forte de ne rien entreprendre qui pût faire couler le sang, et causer la mort du roi. Son discours ne convainuit pas les gardes, et certes, dans es circonstances semblables, leur indécision était digne d’excuse. Le baron, voyant qu’ils balançaient, réitéra l’assurance de la purete de ses intentions^ de la sûreté du roi , de la folie ainsi que du danger qu’il y aurait à lui résister : il parvintenfin a les persuader. Des mesures convenables furent ensuite adoptées pour pourvoir à la sûreté et à la tranquillité de In capitale. La bourgeoisie armée monta la garde à la banque et à tous les bureaux du gouvernement. Des patrouilles de cavalerie bourgeoise et de gardes à cheval parcoururent les rues avec ordre de ne rien dire qu’a ceux qui chercheraient â troubler le repos public.
« Tandis que le baron d’Adlercreufz s’occupait ainsi d’assurer la tranquillité de la ville, le malheureux Gustave demanda qu’on lui épargnât la honte et la mortification de se voir entouré de ceux qui l'avaient désarmé et que le baron avait chargés de la garae de sa personne. Les officiers sô retirèrent, et lui envoyèrent les comtes Ugglas et Stromfeld pour lui tenir compagnie et pour le consoler dans sa cruelie position. Gustave trouva moyen, sans qu’on s’en aperçut, de tirer l'épée du comte de Stromfeld. Celui-ci ; s’en étant aperçu, pria le roi de la lui rendre; mais Gustave s’écria : «Vous « pouvez aussi bien être général suds « épée que je puis être roi. > Dans ce
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moment, le baron d’Adlercreutz ar- ses forces épuisées, il ne fut pas difriva, et ayant appris ce qui venait de finie de l’arrêter. Plusieurs personnes se passer,’ il sentit la nécessité de faire arrivèrent au secours de Greiff, et garder le roi par quelques officiers, le roi , soit qu’il ne voulût pas mar- II alla donc en choisir aeux, et il les cher, soit qu’il ne pût réellement pas conduisait au poste qu'il leur destinait, se. soutenir, fut, à sa demande, porté quand Gustave, voyant approcher le dans la chambre blanche. On le plaça baron par la porte’ qui avait été bri- sur une chaise près de la porte, et sée , se sauva précipitamment par la précisément en face du portrait de l’inporte opposée qui n'était pas gardée fortunée reine de France Marie Anet qu’il ferma a la clef en dehors. Les toinette. Épuisé par les efforts qu’il suites funestes que pouvait avoir la avait faits, troublé par l’indignation fuite du roi engagèrent le baron à faire et par la douleur, le roi garda pende nouveaux efforts. Il s’élança contre dant toute la journée un morne sila porte, la brisa, et courut après le lence. Il ne fut pas difficile de conserroi. Dans la pièce voisine se trouve un ver la tranquillité dans la ville. Il ne escalier en colimaçon, ouvert de tous s’y manifesta pas le plus léger méconcôtés, et qui conduit à l’étage supé- tentement, et le spectacle , qui le soir rieur. Le baron, en entrant dans la fut ouvert comme à l’ordinaire, reuchambre, aperçut le roi au haut de cet nit un grand nombre de spectateurs, escalier. Gustave en le voyant lui jeta Quand letumultesefutapaiséaupalais, à la figure un grand trousseau de clefs et que l’on n'eut plus rien à craindre qu’il tenait à la main, et disparut à des tentatives que le roi pourrait faire finstant. Le roi avait une si grande pour recouvrer sa liberté, le baron avance sur le baron, que quand celui-ci d’ Adlercreutz et le colonel Silfversparre arriva au haut de l’escalier, il ne le se rendirent auprès du duc de Suderdécouvrit plus. Le hasard seul lui fit manie, et lui ayant représenté la sisuivre la même route que le roi avait tuation déplorable du royaume, ils le prise. Quelques domestiques qu’il ren- supplièrent de remplir les fonctions contra l’aiderent à diriger ses pas. Déjà d’administrateur. Le duc fut très-afcependant il était parvenu dans la cour fligé de la catastrophe qui avait précisons avoir découvert aucune trace de pité du trône le dernier rejeton de sa l’illustre fugitif, qui, dans la rapidité famille, et il voulut se dispenser, vu de sa course , s’était laissé tomber sur son âge avancé et l’état précaire de sa le grand escalier de pierre et s’était santé, d’accepter une place qui exigeait blessé au bras. toute la vigueur et toute la force d’es-
» La confusion, et l’effroi se répan- prit de la jeunesse. Les députés lui dirent parmi les auteurs de la révolu- tirent observer que, même quand il tion, quand ils eurent découvert la refuserait de prendre en mains les rênes fuite de Gustave. Ils en prévirent les du gouvernement, il leur était impossuites funestes. Tous les escaliers du siblc de revenir sur la démarche qu’ils
palais se remplirent de gens qui des- avaient faite, qu’on devait craindre
cendaient en nâte pour l’arrêter. Un les résultats les plus terribles du dé-
des forestiers du roi, nommé Greiff, faut d’un gouvernement régulier; enfut le premier qui parvint dans la cour, fin, que le nom et l’autorité de S. A. R. où il aperçut le prmoe l’épée à la main, étaient indispensablement necessaires courant vers la seule porte qui fût res- pour donner du poids et du crédit aux
tée ouverte. Aussitôt que Greiff fut négociations de paix qu’ils voulaient
arrivé a la portée de l’arme, le roi lui entamer, et qui seules pouvaient saupoussa une botte, mais d’un bras si ver le royaume. Vaincu par ces argupeu sûr que. l'épée passa dans la man- ments et par les instances du baron che de l’habit du forestier et lui fit et de ceux qui l’accompagnaient, le une légère blessure au bras. L'épée du duc céda à regret, et le changement roi étant embarrassée, son haleine et de gouvernement fut à l’instant pro-
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clamé. La nouvelle en fut accueillie par le peuple avec de grandes acclamations. Il n’y a peut-être jamais eu dedespotisme plus facilement renversé.
La révolution ne fut suivie d’aucun trouble; pas une goutte de sang ne fut versée dans la Suède; et rien ne démontre mieux que le roi était devenu un membre inutile (le ta société, puisqu'en se séparant de lui elle n'éprouva pas la plus légère convulsion. Les' ordres qui avaient été donnés pour le départ des troupes et la fermeture des portes du palais, firent soupçonner aux personnes qui n'étaient pas tout à fait ignorantes de la situation des affaires publiques, qu'il allait se passer quelque mouvement extraordinaire.
Le. beau temps avait attiré dans les environs du palais des personnages du plus haut rang: mais il n'y eut pas le moindre désordre; pas une voix n’exprima le mécontentement, et la force militaire devint inutile pour préserver la tranquillité publique.
« Plusieurs personnes ayant appris les événements du jour au moment même où ils s'étaient passés , ne s'en cachèrent pas, et bientôt la nouvelle s’en répandit en tous lieux. En attendant, le calme étant souvent le précurseur de l’orage, on ne négligea aucune précaution pour en assurer ia durée.
« A deux heures du matin l’ex-roi fut conduit à Drottningholm par le colonel Silfversparre, accompagné de plusieurs autres officiers et d’un détachement de cuirassiers de la garde.
Li'illustre prisonnier y resta pendant
?| uriques jours, après quoi il fut transéré au palais de Gripsholm. La reine et les princes restèrent pendant quelque temps à Haga.
« Le 29 mars Gustave avait abdiqué volontairement le trône de Suède, et le 10 mai l’acte d’abdication fut lu aux états assemblés. Voici en quels termes il était conçu :
« Au nom de la très-sainte Trinité, « ISous Gustave-Adolphe, roi de Suède, « des Goths et des Vandales, duc de « Sleswig , de Holstein , etc. , etc. , sa- « voir faisons. Après avoir été proclamé
19' Livraison. (Suède.)
« roi , il y a aujourd’hui dix-septans, et « avoir hérité, leceeurencoresaignant, « du trône ensanglanté d’un père cbéri « et respecté , notre intention a cepeii- « dant été de concourir au bien et à « la gloire de cet antique royaume, « comme étant inséparables cfu bon- « neur d’un peuple libre et indépen- « dant. Ne pouvant plus, conformément « à notre pure intention, continuer plus « longtemps nos fonctions royales, et « conserver le bon ordre et la tranquillité r dans le royaume; à ces causes nous r regardons’ comme un devoir sacré r d'abdiquer notre dignité et notre cou- « ronne royale , ce que nous faisons r par les présentes librement et sans y r être forcé, pour consacrer à la gloire r de Dieu les jours qui nous restent; r appelant sur tous nos sujets la mi- « sericorde et la bénédiction de Dieu , « leur souhaitant un avenir plus heur reux pour eux et pour leurs descenr dants.
« Oui craignez Dieu et honorez le « roi.
r Fait, écrit et signé de notre pror pre main et revêtu de notre grand « sceau royal , au château de Grips- « holm , le 29 mars de l'an de grâce r 1809, après la naissance de notre « seigneur et sauveur Jésus-Christ.
« Signé : G ustave- Adolphe. »
"T.es états regardèrent comme superflue la renonciation à un droit déjà perdu; ils passèrent outre sans même donner acte de cette communication et sans ordonner que l’acte serait déposé aux archives. Sur la proposition du baron Mamerhjelm, ils abjurèrent pour toujours leur allégeance à Gustave IV Adolphe et à ses héritiers , les déclarant à jamais incapables d’occuper le trône de Suède. Cet acte fut signé par les états et envoyé par eux au roi déposé à Gripsholm.
«Gustave exprima alors le désir de se rendre en Allemagne avec sa famille, et de se réunir à une association religieuse à Christianfcld. Il ne fut pas possible de lui accorder sur-le-champ sa demande. Les états crurent devoir d’abord considérer si la sûreté du royaume permettait qu’il vécût hors du
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L’UNIVERS
territoire suédois. Dans l’intervalle, des affaires plus importantes occupèrent l’attention des états. L'àge avancé et la santé affaiblie du nouveau roi ne laissaient pas espérer que son règne püt être de longue durée. Il était par conséquent nécessaire de lui choisir un successeur. On ne pouvait se flatter de rencontrer l’unanimité en faisant un pareil choix. Il y eut même des personnes qui firent tous leurs efforts pour retarder l’élection et même pour la rendre impossible. Ces intrigues ne conduisirent à rien, et le prince d’Augustenbourg fut élu prince royal de Suède. Dès que cette grande question fut décidée, les états purent s'occuper librement du roi déposé et de sa famille. Il fut convenu qu’il était nécessaire de les éloigner de la Suède, et que la Suisse était pour eux le séjour le plus convenable. On se partagea seulement sur l'époque de leur départ , quoiqu’il filt généralement reconnu qu’il fallait commencer par conclure une paix , sinon universelle, du moins avec les deux puissances les plus formidables.
o le duc de Sudermanie élevé sur un trône auquel son père avait été ap-
fielé , embrassa vivement la cause ue a famille déchue et infortunée. Il supplia les états d’accorder un revenu honorable à un prince qui avait gouverné pendant dix-sept ans la Suede, et il s’efforça d’obtenir de l’empereur Napoléon qu’il fût permis à Gustave IV de résider en Suisse.
« Les états firent évaluer les propriétés réelles et personnelles du roi déposé et de sa famille. Il se trouva qu'elles donnaient un revenu de 210,000 fr. par an. Le comité ayant déclaré qu'une somme de 300,000 était nécessaire à l'entretien de l’e.\-roi , il fallut que le pays contribuât pour 141,000 fr. à cet entretien. Cette dernière pension fut divisée en trois parts, dont une fut assignée au roi, une seconde à la reine et la dernière aux princes leurs enfants, pour en jouir pendant leur vie (').
(*) Depuis lors, les état* ont capitalisé celte somme , el remise a été faite ilu uion-
« Gustave IV resta tout l’été àGripsholm, et passa la plus grande partie du temps avec la reine et ses enfants. La manière dont il fut traité fit le plus grand honneur à ceux qui l’avaient si justement détrôné. 11 montra souvent de l'impatience de quitter le royaume ; mais son départ ne pouvait avoir lieu avant que Von eût reçu la réponse de l’empereur des Français. En attendant, une frégate se tenait prête à Carlscrona pour le recevoir et le transporter en Allemagne. La permission ayant été à la fin accordée, le roi et la reine quittèrent Gripsholm, le 6 décembre 1809, et furent suivis au bout de quelques jours par leurs enfants.
Gustave IV resta en tout huit mois et onze jours au château de Gripsholm (*).»
Le récit publié par le roi ne diffère de celui qu'on vient de lire que dans quelques détails sans importance ; nous nous bornons à en insérer ici le dernier alinéa oui caractérise parfaitement ce malheureux prince : « Si la « Providence daigna protéger les jours « de Gustave- Adolphe en lui refusant « l'honneur de tonifier victime de cette a révolte, lorsqu'il combattait pour la « défense de ses droits et l’honneur du «nom suédois, elle lui a au moins « accordé la gloiredc n’avoir été vaincu « que parle nombre, l’épée à la main, ce « qui l'a probablement préservé d'éprou- « ver le sort de l’infortuné Louis XVI «ou celui de Charles rrî! 1 »
De Gripsholm, Gustave se rendit à Ystadt pour s’y embarquer, li voyageait avec sa famille, comme un simple particulier, sous la protection des loiset sans qu’on eût eu besoin de lui donner un seul homme d’escorte. Dans tout ce trajet à travers la Suède, la population accourait en foule aux relais de poste pour voir passer ce prince; elle se découvrait en sa présence , mais
tant capital à la famille de Gtiitavr- Adolphe pur l’intermédiaire et sous les auspices de I empereur Alexandre.
(*) Extrait d'un ouvrage publié à Stockholm pour justifier la déposition de Gustave Adolphe IV. Voyez Cours du Nord , l. III , p. 38G et suis.
SUÈDE
sans proférer le moindre cri. Il fut retenu pendant près de huit jours à Ystadt par les vents contraires; mais son séjour dans cette ville ne causa aucune sensation, à peine excita- t-il la curiosité publique.
Ainsi se termina cette admirable révolution opérée par quelques hommes généreux, qui, après avoir arrache le sceptre des mains d'un roi qui en faisait un pernicieux usage, n'eurent d’autre soin que d'assurer le maintien de l'ordre. On ne les voit point s’empresser de nommer un successeur au trône pour partager le pouvoir avec lui, ou du moins se donner des droits à ses faveurs. Convaincus qu'après une telle crise c’est à la nation seule qu’il appartient de régler ses futures destinées, ils conlient au duc de Sudermanie l’administration du royaume et convoquent une diète; ils la convoquent dans le mois de mars, et ce n'est que le 0 mai qu’elle se rassemble, quand tous les esprits ont pu s'éclairer, et méditer mûrement l’acte fondamental qui doit assurer le bonheur de la patrie; et quand le pacte est rédigé, alors seulement ils songent à faire un roi. L’acte d’abdication du roi détrôné est considéré comme inutile; on ne songe même pas à le déposer aux archives, et le roi déchu peut rester impunéinenten Suède pendant huit mois; et quand il part, il part seul, sans escorte, sans qu’une seule voix s’élève en sa faveur, sans qu’un seul cri d'indignation soit proféré contre lui ; on le salue froidement, et il s’embarque. Oui, les Suédois avaient donné là un grand exemple.
Il n’appartient pas à l’histoire de s'occuper de ce que Gustave IV a pu faire depuis qu’il est rentré dans la vie privée (*), il suffira de dire que jamais
(*) Voici quelques détails curieux sur les destinées de Gustave IV depuis sa déchéance. Je les emprunte à la Hiogra/ihie des hommes du jour, I. il , a” partie , p. 191.
« Gustave-Adolphe parcourut d'abord l’Allemagne sous différents noms. Se trouvant à Pillau dans les domaines de la Prusse, il (enta de se rendre a bord d’un des vat .seaux de la station anglaise, dans un
il n’a tenté de ressaisir les rênes du gouvernement , bien qu’il ait plusieurs
petit bateau armé de quatre rames, que lui avait procuré un inconnu à qui il s’était ouvert sur son nom et sur son dessein : mais au moment où le bateau poussait au large, le poste prussien menaça de faire feu sur l'équipage; et l'officier commandant déclara a Gustave, au nom du roi de Prusse, qu’il lui était interdit de rentrer en Suède et de 50 rendre à bord de la flotte anglaise , mais qu'il pouvait à son choix voyager en Allemagne ou en Russie, Gustave partit alors J ni'ir Saint-Pétersbourg, où il eut avec l'empereur Alexandre une entrevue, sur l'objet et les résultats de laquelle 011 n'a jamais rien su de positif. Vers le mois d’orlobro de la même année , Gustave s’embarqua à Menu I pour l’Angleterre, où il reçut l'accueil le plus empresse de toute la eour. Il passa une partie de l'année 1811 à Harlwell, et visita plusieurs fois le prince de Condc à Wimblrdon. L’année suivante 011 le vit à Alloua sous la protection du Danemark; il se montra même dans Hambourg, qui était alors orrupé par les Français. A la fin de décembre 1814, il reparut a Bile en Suisse sous le nom de comte de Gottorp, et conçut le dessein de faire un voyage à la terre sainte. Il adressa à celte occasion à tous les peuples de la chrétienté une invitation dans laquelle ou trouve ce jrassage :
* O vous qui vives dans l’aisanre et l’abun- " dance; vous qui jouissez, dans le sanc-
- tuaire de la religion , de tous les avantages
• de votre existence , n'oubliez pas les gar- « dieus du tombeau sacré, qui n’est plus « protégé que par les larmes de nos freres,
- et qui n a d'antre appui que des prières « ferventes! - Cette piece contenait eu outre les statuts d’un ordre de frères noirs que le
f rince sc proposait d’ciablir, et qui devaient accompagner à Jérusalem. Ces pèlerins devaient être pris parmi toutes les nations de l’Europe, et porter un costume particulier. Le cumle de Gotlurp se chargeait d’une grande partie des frais de voyage cl d'équipement. Néanmoins on ne s'empressa pas de réjtondre à cet appel , et le voyage fut indéfiniment ajourné. En 18 15 Gustave- Adolphe, qui portait alors le nom de duc de Hulstein , ht remellre au congrès de Vienne, |iar sir Sidney Smith (comme ancien supérieur de la marine suédoise ef commandant de l’ordre de l’Épée) une déciaraliun relative à ses droits au trône de
L'UNÎVKRS.
fois protesté en faveur de ses enfants (*) , dont l’aîné a pris le nom
Suède, et aux droits de son fils. Cette note n'obtint pas de réponse officielle du congrès, mais plusieurs articles en réfutation furent insérés dans les journaux de l’Allemagne.
- A peu près à la même époque , sur quelques observât ions venues, dit-on, du Danemark, Gustave renonça au titre de duc de Holsfein , et se fit appeler le colonel (lusta/son (fils de Gustave), nom qu’il porta jusqu’à sa mort. En 1817 il sollicita et obtint le droit de bourgeoisie à Jfàle, et l’ex-roi absolu de Suede devint ainsi citoyen d’une république. Il parut cependant préférer le séjour de Francfort à celui de la Suisse, et y vivait habituellement trêsretiréet avec la plus stricte économie, n’ayant avec lui qu’une daine et un seul domestique.
« Depuis lors ce prince n’appela plus sur lui l'attention publique; toutefois les journaux allemands apprirent à l'Europe, il y a quelques années, que l’ex-roi de Suède avait eu une main gelée en voyageant pendant la nuit sur l’impériale d’une diligeuce : triste retour des grandeurs d’ici-bas. »
Vers la fin de l’année 1836 , le colonel Gustafson écrivit au duc de Cumberland pour le prier de lui faire obtenir du roi d’Angleterre et de Hanovre la permi&siou d’habiter la ville de Norden dans l’Ost-Frise. Le roi y consentit non sans répugnance, car il connaissait le caractère difficile du colonel. l e duc de. Cumberland en annonçant cette décision à Gustave l’avait qualifié de roi et de majesté. A quelque temps de là il fut fort surpris de recevoir une réponse dans laquelle le colonel lui disait « qu’il « l’avait gravement offensé, en lui donnant « un titre qu’il avait abdiqué depuis nombre » d’années, et qu’il ne consentirait pas à *> reprendre , si en le lui offrait de nouveau.»
Les journaux ont annoncé il y a quelques mois la môrt de ce royal exilé.
(•) Ou a souvent demandé pourquoi les Suédois préférèrent au fils de Gustave le vieux duc de Sudermanie. Nous laisserons à un Suédois le soiu de répondre à cette question.
» Le prince Gustave, est-il dit dans une notice manuscrite sur la révolution de 1809, aussi remarquable par son impartialité que par son patriotisme, le prince Gustave avait deux torts à nos yeux : le premier, c’est qu’il n’était âgé que de onze ans. Dans la position
de prince de Wasa, et est aujourd'hui général-major au service de l'Autriche.