‹ Suède et Norwége par m. Ph. Le BasChapitre 2 sur 72 · SL’ K DR · texte numérisé non relu

SL’ K DR

ger, ou du moins d’aller s’y enrichir deux, à ce qu’on croit, composé» ou par le pillage. Ces réunions de pirates plutôt rédiges au XII* siècle. La deretaient assurément peu nombreuses, nière, dont l’auteur avait déjà quelque Les Gotlis, suivant d'antiques chants connaissance de la mythologie des populaires, ne montaient que trois poètes romains, et surtout de Virgile, vaisseaux , quand iis partirent pour est une sorte de manuel à l’usage des la conquête au monde; mais c'étaient bardes de l’époque chrétienne, et qui des hommes accoutumés aux fatigues, a pour objet de leur enseigner l’art pleins d’un courage chevaleresque , ne de la versilication et la mythologie connaissant d’autre sentiment que l’a- ancienne, dont ils se servaient comme mour de la gloire, des combats et de les poètes romains ou nos versificala rapine , et recherchant la mort sur teurs du XVI* siècle se servaient de la le champ de bataille , comme 1a seule mythologie grecque. L’ancienne Kdda, route gui pilt les conduire au Wal- au contraire, est unecollectiondechants halla, fe paradis de leur mythologie, païens bien antérieurs au XII* siècle. Alors que tous les peuples du nord de Ces chants sont au nombre de trente- F Europe commencèrent à s’ébranler sept, et on peut les diviser en trois et à quitter les pays qu'ils occupaient classes. La première se compose de pour des contrées plus heureuses, un treize chants qui traitent de la cosmochef Scandinave ne tarda nas à se trou- gonie, de la création et de l’histoire ver à la tête de chacun d'eux, et plus des dieux; la seconde et la plus nomtard on donna à chaque peuple une breuse, qui en compte vingt et un, est origine semblable à celle de ce chef, consacrée à célébrer les hauts faits Or , ces chefs prétendaient descendre des héros mythigues ; la troisième end’Odin , dont le culte, né en Scandina- lin s’occupe surtout de morale et de vie, s’était répandu au loin. On sait dogmatique.

que les peuples barbares ont toujours La mythologie du Nord est, comme cherché à expliquer le phénomène de toutes fes mythologies, un composé l’inégalité parmi les hommes , en fai- peu systématique d'idées abstraites et sant descendre directement des dieux religieuses proprement dites, de sou ceux qui s’étaient élevés au-dessus venirs historiques, de théories sur la des autres par la foroe ou par l’adresse, nature de la matière, de symboles Ils ne croyaient pas à un seul dieu, physiques ou astronomiques, "enlin de à un dieu représenté par une seule produits de l’imagination et de dévepersonne , mais à une seule origine loppements poétiques. Depuis clndivine, à une seule famille de dieux, qualité ans on s'est beaucoup occupé à laquelle devait se rattacher qui- de séparer ces éléments divers, mais conque prétendait à la divinité, ou jusqu'ici le succès n’a pas complétedu moins à représenter la divinité sur ment répondu aux efforts des savants la terre. Nec de deorum genere esse qui se sont voués à ce travail. Ouprobatur, « il n’est pas prouvé qu’il tre les difficultés sans nombre que soit delà race des dieux.» dit Clovis à présentent et l’état des sources qui Clotilde, quami celle-ci lui proposa de ne nous sont parvenues que par fragreconnaître le Christ. ments , et la langue poétique dans la-

La plupart des traditions relatives quelle ces traditions sont rapportées, à la religion et à l’histoire primitive et enlin l'inauthenticité de quelquesdes peuples Scandinaves nous ont été unes de ces traditions, il faut recontransmises pr les bardes islandais, naître aussi que presque tous les éru- Pour la Suède en prticulier, l'histoire dits qui ont tenté cette difficile analyse, des premiers temp se trouve consi- ont eu le tort d'accorder une préfégnée dp ns les collections relatives à rence exclusive à tel ou tel des élérhistoire des rois, la mythologie dans ments qui constituent ce grand tout, deux ouvrages connus sous le nom de et qui doivent tous être consulté; l’ancienne et de la nouvelle Edda , tous avec une égale imprtialité par qui-

L’UNIVERS

conque veut donner une explication generale des mythes Scandinaves.

Toutefois, ce’ qui paraît résulter des recherches qui ont été faites jusqu'ici, c'est que les croyances des peuples du nord de l'Europe, Celtes, Germains et Scandinaves , ont entre elles beaucoup d’aflinité et paraissent dériver de la même source. D’un autre côté, il y a tant de points de ressemblance entre ces relisions et celles de la Üaute-Asie, tant de traditions directes ou indirectes nous ramènent vers ce centre, que c'est la seulement qu'il faut en rechercher l'origine. Il est trèsvraisemblable que les relations entre le Caucase et la Scandinavie n’ont jamais été interrompues : les grands fleuves de la Russie sont des routes naturelles qui conduisent des contrées boréales à la mer Noire, et il ne parait pas que les peuplades sarmntiques aient jamais opposé une résistance sérieuse aux tribus guerrières qui traversaient le pays pour se diriger vers le sud. De plus, des découvertes récentes et les historiens arabes prouvent que de tout temps des marchands asiatiques se sont aventurés à remonter le Wolga et le Dnièpr pour venir chez les peuples du Nord , chercher de l’ambre et des pelleteries. C’est ainsi que la religion Scandinave a été continuellement enrichie et modifiée par les dogmes et les mythes de l’Asie ; en sorte que même vers son déclinées traditions relati es à Noé et à Troie sont venues y prendre place.

Tout ce que nous savons des aborigènes du pays nous porte à croire qu'ils adoraient des fétiches, et que, comme chez les Lapons d'aujourd'hui, la sorcellerie était l’occupation principale de leurs prêtres. Chez la race Scandinave, au contraire, nous trouvons de tout temps, comme chez toutes les races venues de l’Asie, une triade de dieux suprêmes, représentant sous différentes formes la puissance, la sagesse et la bonté; et il est probable que toutes les modifications , toutes les révolutions survenues dans ce paganisme, n'ont été occasionnes que par la préférence accordée successive-

ment à l’une de ces trois divinités, et par conséquent à ses prêtres. Les trois grands dieux des Scandinaves étaient Tlior [pi. I, t ), Odin ( ibid., 2) et Freyr [ibid. , 3), désignés aussi sous le nom de Har, Jafnhar et Thridie, c’est-à-dire le sublime, l'égalemeiU-sublime, le troisième.

A l’époque où remontent nos connaissances historiques sur le Nord , le culte d’Odin était presque partout dominant ; mais il paraît qu'avant lui Tlior était considéré comme le dieu suprême. On l’adorait comme représentant l’une des forces de la nature, comme le dieu du tonnerre. On le supposait monté sur un char que traînaient des boucs, et tenant dans la main un marteau, symbole de l’éclair; car cette arme, garnie d’un manche très-court, ne servait point à frapper, comme on l’a cru quelquefois; on In lançait de loin, comme au moyen êge les chevaliers lançaient leur massue. I.e taureau, symbole de la force, lui était consacré ; il était le dieu de la guerre et des combats, et ne cessait de |>oursuivre de son tonnerre les Throhles, ou dieux des indigènes, qui s'étaient ainsi que ces derniers réfugiés dans les montagnes.

Freyr était le dieu de la force productive, de la fertilité de la terre, et du temps. Il parait avoir été d’abord représenté comme Hermaphrodite,

fil us tard comme Priape. C’était aussi e dieu de la lune, et l’on sait que dans le principe les Grecs et Ips Romains supposaient également à cette divinité le sexe masculin : Deux Ltmus, çaà; u.r,v. Plus tard on lui donna une sœur, Frcya, la déesse de l'amour, ou plutôt de la reproduction du genre humain. Elle était particulièrement adorée en Suède, comme divinité nationale, bien qu’elle n’ait jamais été comptée au nombre des grands dieux.

Odin parait avoir été au commencement adoré comine le dieu du soleil ; mais, par suite d’une révolution ou d’une réforme survenue, à ce qu’on pense, un siècle environ avant J. -G., il devint le dieu suprême, le chef invisib.c d'une théocratie puissante , et

SUEDE

son culte était répandu dans presque toutes les contrées du Nord , a l'époque où commencèrent les missions.

Les traditions relatives à ce dieu tiennent de beaucoup plus près à l'élément historique que celles qui concernent les autres divinités. On croit entrevoir u’un schaman, ou chef d’une col >nie c prêtres, venu du Caucase, se (it passer pour une :nrarnation de l’ancien dieu du soleil , que son but fut dans le principe d’expulser entièrement les vieilles divinités et de fonder une théocratie nouvelle , mais que les peuples se montrant trop attachés à leur culte primitif, un système mixte fut forme, où l’antique religion trouva sa place près d’Odin qui, n avant pas entièrement réussi sur la terre , se fit le maître de l’avenir, et par ce moyen arriva plus tard à ses fins.

La croyance à l’immortalité de l’ame se rencontre , comme dosme fondamental , chez presque tous les peuples qui ne se sont pas trop écartés de la nature; elle était généralement répandue dans le Nord a l’époque où il entra en rapport avec les Romains.

Ces peuples sont heureux de leur erreur, fetices errore suo, disait Lucain.

La métempsycose et les incarnations des dieux avaient chez les Scandinaves de nombreux partisans , et le même

fioète nous apprend que cette crovanee es rendait si braves, qu’ils regardaient comme une lâcheté de ménager une existence qui devait renaître, ignavum redit une parcere nitæ.

Le principe de toute théocratie, c’est l’espoir des récompenses et la crainte des peines d’une vie future. I.es prêtres odiniques savaient exploiter ce puissant mobile. Il paraît qu’avant eux on croyait que les âmes des morts restaient quelque temps autour des tombeaux ; on retrouve même quelques traces de la croyance à deux aines, l’une humaine qui s’anéantit avec le corps, l’autre divine qui lui survit.

Aux extrémités du Nord était l’empire d’//c7n, où les âmes de ceux qui, sans être méchants, n’avaient cependant rien fait d’illustre, viyaient dans

une misère affreuse. L’empire de Surtur (le Noir), où des flammes éternelles punissaient les méchants, était situé au-dessus de la terre et occupait une étendue immense. L ' Udainsakr , au contraire, séjour des immortels, était un paradis terrestre où quelques héros avaient pu pénétrer durant leur vie, comme Ulysse pénétra dans les enfers. Le bonheur dont on y jouissait était assez matériel , et la présence de vierges immortelles donnait à ce paradis quelque ressemblance avec celui de Mahomet.

Suivant les croyances Scandinaves, la terre a déjà subi de nombreuses révolutions; eile en subira d'autres encore ; mais enfin tout périra par le feu : les dieux eux-mêmes ne seront pas exceptés de cette destruction universelle.

Indépendamment des trois dieux principaux, il en existait encore un grand nombre, souvent confondus les uns avec les autres, et même avec les grands dieux. On déifiait certains hommes et certains objets de la nature.

Chaque province, cliaque famille avait ses dieux tutélaires. Ceque nous ayons dit des deux aines parait même indiquer que chaque nomme avait son génie particulier.

Ægir ou Hier, le dieu de l’Océan, avait' eu de sa femme Hauno neuf filles, les nymphes de la mer; mais quelque puissant qu’il fût sur eet élément , il avait un rival redoutable dans le Mldgards Arm, grand serpent qui, couché au fond de l’Océan, entourait la terre comme une vaste ceinture. On reconnaît là le mythe asiatique qui se retrouve chez les Tibétains, les Hindous, et j isque dans l’ancien Testament. Hier avait deux frères, Kar , le dieu des vents,et/.oA/, le dieu du feu. II parait que les prêtres de celuici furent les derniers qui se soumirent à la réforme odinique ; c’est ainsi que l’on explique ce qu’on raconte de ses luttes avec Odin et avec les Ases.

luttes qu’on pourrait aussi expliquer fort bien en les considérant comme une théorie physique sur la nature du feu élémentaire; mais prendre

L’LNIVKRS.

Loki pour le mauvais principe, pour FAhriman de la religion Scandinave, C'est méconnaître d'une manière étrange le caractère de cette religion.

On donnait pour fils a Loki le loup Feuris, qui devait rester enchaîné jusqu’au dernier jour, où il briserait ses chaînes et dévorerait tout. Loki lui-même (pl. 1,4) est , comme Prométhée, attaché, avec les intestins de son fils aîné, à trois rocs immenses :

sur l’un reposent ses épaules, sur l’autre ses cuisses , sur le troisième ses genoux ; au-dessus de sa tête est suspendu un serpent qui laisse tomber sur lui des gouttes de poison; mais Slgyn , sa femme, ne l'abandonne pas : elle tient au - dessus de lui une coupe dans laquelle elle reçoit le poison qui découle , et quand cette coupe est pleine, elle va la vider. Alors le poison tombe sur la figure de Loki dont le corps se contracte et s’agite, en proie à des douleurs indicibles, et c’est en ce moment qu’ont lieu le»

tremblements de terre.

Pour se soustraire aux poursuites des prêtres odiniques, les serviteurs des anciens dieux s’étaient à diverses reprises réfugiés vers le Nord : c’est là que Loki, identifié avec Thor, ftH adoré sous le nom de Jumala. En Suède on l'appela lltgarde-Loki, Loki le banni, et il fut souvent consulté par les princes du Nord , jusqu’aux derniers jours du paganisme, alors que, par des motifs differents, les prêtres d’Odin et les missionnaires cherchaient à représenter son séjour comme d'un aspect horrible et offrant des dangers insurmontables à quiconque cherchait à y pénétrer.

Tyr était le dieu de la guerre , et comme des vierges assistaient souvent aux batailles , non seulement pour panser les blessés, et pour |>orter les boucliers des combattants , mais aussi ur prendre part elles-mêmes a la taille, on donna pour femme à Tyr la déesse llilda, dont le nom se retrouve dans celui des plus fameux guerriers de la Scandinavie et de l'Allemagne (*).

(*) Hildcbrand , Hildctand, etc.

Jlragl était le dieu de l’éloquence et de la poésie; c'était la divinité tutélaire îles bardes. Sa femme tduna veillait à la garde des pommés de l'immortalité, fruit célèbre dans les mythes asiatiques, et qui né pouvait être mieux, placé que dans les mains de l’épouse du dieu dés poètes.

Les Parques étaient connues dans le Nord sous le nom de .y or nés. La première s'appelait Urd (la passée), la seconde lcrandi (la présente), et la troisième Skuld (la future). Les It'atkyries conduisaient les héros à la mort dans les batailles , et paraissent «voir eu quelque analogie avec les Küpi; de la mythologie grecque.

Enfin la terre, l’air et la mer étaient peuplés d’un grand nombre d'autres djeux, les uns solitaires, les autres vivant en société, comme les Alfes , les Dises et les l'xltres.

Rien ne prouve qu'avant la réforme odinique les dieux aient été adorés dans des temples , ou qu’on les ait représentés à l'aide du bois ou de la pierre; mais il faut bien se garder de voir dans cette absence des idoles une preuve de la pureté des notions religieuses à cette époque. Cela prouve uniquement qu'alors on ne savait pas encore figurer, soit avec la pierre, soit avec le bois, les idées que l’on se faisait de la nature des dieux. En revanche, il est souvent mention d'arbres et de pierres sacrés. On trouve dans le nord de i'F.urope des rochers posés l'un sur l'autre de telle manière que par la plus légère impulsion on peut mettre en mouvement le rocher supérieur. Pline l’ancien en avait vu en Asie mineure : ils ne sont pas rares en Angleterre, où on les appel le Rokingstoncs, ni en France, où ils sont connus sous le nom de pierres branlantes ; on en a même trouvé au New-Hampshire en Amérique, et ces monuments paraissent appartenir à l’une des plus anciennes religions du globe.

Il nous reste à parler du culte d’Odin , tel qu'il existait au temps des premières missions, tel que les F.ddas nous le représentent. Nous avons déjà

SUÈDE

dit que les nivthes de cette époque sont presque entièrement historiques.

Ce n’est pas que de nos jours on n'ait elle relié en Allemagne a leur donner un sens mvstique et astronomique; mais ces théories supposent que les barbares du Nord possédaient au huitième siècle des connaissances astronomiques aussi étendues que celles qu’on acquiert aujourd'hui , non sans quelque peine, et cela seul suffit pour faire apprécier le système de M. Morte.

Odin arriva sur les bords de la Baltique d 'Asgarcl, l’ancienne patrie des peuples Scandinaves ; il arriva lui douzième , et bientôt lui et ses compagnons se donnèrent pour des incarnations des anciens dieux du pays. On ne saura jamais avec certitude si l’on doit voir dans Odin, le Decameus ou Cæneus dont parlent Strabon et Jornandès, et qui au temps de la dictature de Sylla vint chez le roi des Gètes, Byrebistes, obtint, avec l'amitié du roi, un pouvoir égal à celui de ce monarque, étendit la domination des Gètes sur une grande partie de l’Allemagne , donna des lois , enseigna la philosophie, la mofale, la physique et l’astronomie, et fut regarde comme la résurrection de Zamolxis. Ce dont il faut convenir, c’est que toutes ces données s’appliquent assez bien à l’Odin du Nora: il introduisit les lettres runiques (*) dans les contrées septen-

(*) On fai» dériver ce mol de runn , signe mystérieux. L'alphabet connu soin ce nom était en nuage dans la Nord, et même en Allemagne, avant la propagation du christianisme. On peut croire qu'il y a été apporté de l’Orient et qu'il n’est pas tout -à fait etranger à l’alphabet hiérogl) pllico-phénieirn, qui est la base primifise du nôtre. Dans l’im-

r-ssiliilité d'entrer ici dan» de loti» détails ce sujet, nous nous mriti’otcrOfi. de remarquer que, comme l'ancien alphabet ionien, l’alphaliet niniqneq'euî d'abord que Hè lettres, auxquelles un en a ajouté pins tard trois autres, mais, d'un antre côté, par l'ordre des lettres et par leur valeur numérique, il diffère entièrement des autres alphabets euro* péens, comme on pourea s'en convaincre par lu planrbe i.

Bien que dans les temps postérieurs on

trionnles, enseigna une cosmogonie dont nous parlerons plus ttifd. èt üne morale qui, il faut le rectirtliaftéê, est plutôt celle d'un aventurier adroit que celle d'un dieu , et sut profiter habilement de l’humeur guerrière des Scandinaves , bien qu'il ne soit pas fait mention des faits d’armes par lesquels il put s’illustrer iui-méme; mais il savait imposer à la multitude par une langue poétique et énigmatique; dans le goilt oriental , et il possédait toutes les ressources de la sorcellerie) par laquelle, même encore aujourd’hui, les schamans en Sibérie et les angeroks chez les Groenlandais exercent une si grande influence. « Il sait ,

ait employé quelquefois les lettres (-uniques sur le papier ou sur le parchemin, il parait qu'on s’en servait particulièrement dans les inscriptions lapidaires ; or, pour peu que l'on soit familiarise avec ce genre de monuments, on sait que la forme des caractères épigraphiques varie à l'infini. Aussi ne donneronsnous que deux variétés de l'alpiialiet runique : d'abord (pl. I, <), les caractères du lfelsiogaland, qui se distinguent des autres par l'absence de la barre perpendiculaire, et qui paraissent offrir une analogie, au moins extérieure, avec les caractères cunéiformes des monuments de Perscpolis ; ensuite ( pi- II, a), les caractères les plus ordinaires, et nous y joignons mie inscription funéraire (pL III , i), afin de montrer de quelle manier» ou écrivait. Il faut remarquer que chaque lettre a un nom significatif et que ces noms se rapportent en partie à l'ancienne mythologie Parmi les monuments lapidaires où ces caractères figurent , il en esl qui descendent jusqu’au treizième siècle ; mais on n'en ronnail pas que l’on puisse faire remonter au-delà du huitième. La plupart sont des insrriptions tumulniret : celle (pie nous

Publions (pl III, i ) a été trouve* dans île d'Oeland. tl faut pour la lire, commencer

Îinr l'extrémité inférieure, à gauche, suivre eierelr et remonter ensuite verticalement. Nous croyons devoir la donner ici en letires italiques ' Uardnutr raisti stain dinta al sûr 1 un si U Smith , trtk giidan , hnlfitrin hrndir a as zitr a griri/um Orantr (itr ïakJu roda hait; ce qui signifie : • llardrudr éleva cette pierre pour son fil» Smith, bon guerrier; son heaii-freie possédé l'héritage; Orantr la fit sculpter par uu homme habile. *

dit l’ancienne Edda, guérir les maladies , émousser le glaive de l'ennemi, faire tomber les chaînes des prisonniers. Son regard retient la flçche dans l’air; il fait retomber les imprécations sur ceux qui en prononcent contre lui. Par ses charmes il éteint la flamme et amortit la haine dans le coeur de ses ennemis, il rommande nu vent de la mer , il apaise les vagues.

Son seul regard est un charme puissant qui maîtrise les esprits malins.

Il sait rendre la vie à un homme pendu ; qu'il jette quelques gouttes d’eau sur un enfant nouveau-né, et celui-ci devient invulnérable. Enfin, s’il veut posséder seul le cœur d’une .jeune fille aux blanches mains, il sait à son gré captiver scs pensées.»

Odin réussit complètement en Danemark ; mais en Norvège l’ancien culte de Tlior se maintint presque sans altération; en Suède, où il avait bâti le premier temple à Sigtuna suile lac Mælar, un de ses compagnons lui succéda. Il se fit paver un impôt personnel , que l'on appela l’impôt des ne/. , et moyennant lequel il s’obligea à défendre le pays contre les ennemis et à faire les sacrifices dus aux dieux. Partout il sut s'accommoder aux idées religieuses du pays, et c’est ainsi qu’il n’abolit point le’saerilice des prisonniers. On connaît la prière que les Saxons lui adressèrent , lors de leur dernier effort pour résister aux armes victorieuses de Charlemagne : » Saint « et grand tVudan (c’est la modifira- » tion allemande d’Odin ) , sois-nous « en aide à nous et il nos princes « Wittekind et Kelta, contre le mé- « chant Charles! Fi, le boucher! Je » te donnerai un lire , deux brebis et « 1e butin ! Je t’immolerai tous les « Francs sur ta sainte montagne du « Hartz! »

Odin donna aux Suédois les lois qui existaient dans le Caucase, sa patrie. La tradition nomme parmi ses successeurs en Suède trois dieux, c’est-à-dire, trois de sis compagnons.

Le troisième, qui se donnait pour le dieu Freyr, s’appelait )nuwe ; de lui descendent les rois mythiques, appe-

lés Ynglinges , qui n’étaient rois que du district dT’psala. La série des rois historiques ne commence qu’au neuvième siècle, alors que saint Anschaire porta l’Évangile en Suède. Nous parlerons de’ leur histoire après avoir donné un aperçu rapide du svstème cosmogonique èt dogmatique d'Odin, ainsi que des mœurs du peuple durant l’époque du paganisme.

On reconnaît dans les mythes des Eddas deux systèmes différents sur la cosmogonie ’: l’un emprunte de préférence ses images au règne animal , l'autre au règne végétal; tous deux, on ne saurait le méconnaître, sont nés sous le ciel de l’Asie et sous l’influence d'un climat plus fécond et plus riche que celui du Nord. L’un d eux appartenait-il au culte d'Odin et l’autre à celui de Thor? c’est une question sur laquelle on pourra long-temps discuter, sans jamais arriver à une solution définitive.

Suivant le premier de ces deux systèmes, deux mondes existaient ’en même temps avant le monde d’auiourd’hui , au sud MuspeUzheimr , le pays du feu et’ de la lumière, au nord Miflheimr , le pays du brouillard et du froid. Ces deux "mondes étaient séparés par l’nbime Gitumga - gap , léger comme l’air lorsque le vent ne se fait pas sentir. Un grand nombre de fleuves sortaient du puits Hvergelmir. Le poison que ces fleuves contenaient se durcissait à mesure qu’ils s’éloignaient de leur source, et dans le Ginunga-gap ils se transformaient en glace et en frimas. Mais la glace fondait à la chaleur de Muspcilzhcimr, et des gouttes qui en découlaient s’était formé le corps du géant-monde ) mir. Celui-ci transpira pendant son sommeil', et de sa main gauche sortirent un homme et une' femme, et l’un de ses pieds engendra avec l’autre le père des Hrimthurses , géants de glace.

En même temps qu’Yinir naquit, des gouttes de la glace fondue, la vache ituihuntbla , des pis de laquelle coulèrent quatre fleuves de lait dont Ymir se nourrit. Puis elle lécha les

SUEDE

frimas qui recouvraient les rochers, et en fit ainsi sortir le premier jour les cheveux , le second la tète et le troisième le reste du corps d’un homme nommé Bitrl, qui fut beau, grand et fort ; son fils Bfirr épousa fa fille d’un géant, et en eut pour fils les trois dieux Othin , fVili et tVé.

Ceux-ci tuèrent le géant ) mir , et des blessures de ce dernier il sortit tant de sang que tous les géants s’y noyèrent, à l'exception de Bergelmir, qui se sauva avec sa femme dans une nacelle, et devint le fondateur de la seconde race de géants. I.es trois frères traînèrent le corps d’Ymir au milieu du Ginunga-gap, et en formèrent le monde que nous habitons; son sang devint la mer et les eaux , sa chairles •continents, sa chevelure les arbres et tes plantes , ses os les montagnes , son crâne le ciel. Ils le posèrent audessus de la terre sur quatre piliers, ou cornes , et sous chacune de ces colonnes ils placèrent un nain pour veiller à sa garde : ces nains s'appellent l’Est, l’Ouest, le Nord et le Sud. De sa cervelle ils firent les nuées , et des étincelles que Mus|>ellzheimr lançait continuellement, ils formèrent les étoiles, à chacune desquelles les trois frères assignèrent sa place et *a route.

La terre est ronde comme un anneau, la mer l’entoure, et les géants habitent ses bords. Dps sourcils d’Ymir, Othin , Wili et Wé ont construit sur la terre un château immense pour s’y défendre contre les géants : ils rappelèrent Midgard ( le monde). Au rentre de ce château se trouva Asgarthr , la résidence des dieux, et an centre d ’Asgarthr la salle nommée llharôllr, la plus grande et la plus magnifique demeure qui existe, car elle est construite d'or pur. C’est laque les douze grands dieux s’assené lent. Une habitation séparée fut destinée aux déesses.

Puis les dieux construisirent un pont , pour aller de la terre au ciel; ils le nommèrent Bifrauxt , les hommes l’appeilent arc-en-ciel. C’est le monument le plus solide et le plus élégant qui existe. H est de trois couleurs, et la ligne du milieu ost de feu brûlant,

afin qtte les géants ne puissent pas traverser ce pont pour se rendre dans le / ciel. Ce pont, comme l'univers, et les dieux eux-mêmes, sera détruit au dernier jour.

Cela fait, des êtres furent placés au ciel pour conduire le soleil et la lune, flott (la miit), fille d’un géant, naine comme toute sa race, avait trois enfants. Son fils aîné s’appelait Audr ( richesse ) , sa fille , Jôrd ( terre ) ; son autre fils Dagr (jour), qu’elle avait eu du dieu Dellingr, était blond et aussi beau que son père. Othin plaça Nôtt et son fils Dagr dans le ciel , et donna à chacun d’eux un cheval et un char avec lequel ils font journellement le tour de la '.erre. Nôtt marche la première, et l’écume qui tombe de la bouche de son cheval forme la rosée matinale. La crinière du cheval de Dagr est si brillante qu’elle suffit pour éclairer l’air et la terre. Le soleil et la lune sont conduits par les enfants de Mundilfûri (conducteur du monde):

son fils S ad conduit le soleil , sa fille Mani la lune; tous deux vont sans cesse au galop, parce qu’ils sont poursuivis par deux loups, qui occasionnent les éclipses et les tempêtes.

Les hommes, dans la mythologie Scandinave, comme dans celle de tous les peuples germaniques , ne sont pas crées par les dieux , mais seulement animés par eux. Trois dieux sortis d’Asgartnr trouvèrent sur le bord de la mer deux arbres , le frêne et faune, qui étaient là sans force et sans avenir. Les dieux en eurent pitié et en formèrent l'homme et la femme. Othin leur donna l'aine et la vie, Lodur le sang, la parole, la beauté, l’ouïe et la vue", l/oenir l’esprit et le mouvement.

Midgard leur fut assigné pour habitation.

(le mvtlie forme In transition au second système, qui parait antérieur à l’autre, plus germanique et moins altéré par la réforme odinique; mais malheureusement il est encore plus fragmentaire. Nous n’en |Kissédons plus que ce qu'on en a pu intercaler dans le premier, sans tomber dans trop de contradictions. Le séjour fa-

L’UNIVERS

vori de» dieu*, le lieu saint, est près du frêne Yggdrasill ( yggr, terrible, drasUl, fertile). C’est làqu’ils s’assemblent en cour de justice. Les rameau* d’ Yggdrasill s’étendent sur toute la terre et montent jusqu’au-dessus du ciel. Trois racines soutiennent l'arbre et s’étendent dans trois directions:

l’une se dirige sers Asgarthr , l'autre vers la demeure des géants, qui séjournent où autrefois se trouvait Ginunga-gap, la troisième vèrs Nifilheimr. Au-dessous de cette dernière est le puits fivergelmlr et le serpent Nidharggr , qui du fond de l’abline ronge cette racine. Sous la racine des géants se trouve le puits de la sagesse, dans lequel Mimin boit chaque jour.

La racine qui se dirige vers Asgarthr est au ciel ; au-dessous d'elle est la source sacrée d’Urthar : c’est là que les dieux s’assemblent. Dans une salle Thagniflque, voisine de ce puits, démènent les trois Nornes; elles descendaflKslps dieu* et des nains, et assistent à lafraussancéde chaque homme, dont elles préparant Iqdestinée. Chaque jour elles arrosentl^i&Uie^avec l’eau d’Urthan, afin que le feuilï u ne puisse pas se dessécher et tember.

L’eau de cette source est si sainte que tout ce qui en est arrosé devient blanc comme la pellicule qui se trouve entre la coque et le glaire de l’ceuf. De cet arbre tombe sur la terre la rosée dont se nourrissent les abeilles.

Durant le siècle d’or, Olhln était assis sur son trône d’où il voyait l’intérieur de tous les hommes èt compretrait tout ce qu’il voyait. Les dieu* construisirent des fourneau*, ils forgèrent des marteaux, des tenailles, des enclumes et d'autres outils, puis fabriquèrent une infinité d’ustensiles d'or massif, car ils possédaient une telle quantité de ce métal que tous leurs meubles étaient d'or; ce qui fit donner à cette époque le nom d’âge d'or. Ils vécurent ainsi au sein des plaisirs ot de l'abondance, jusqu’au jour où trois filles de géants arrivèrent au milieu d'eux , et dès lors la pai* avec les géants fut rompue. Othin jeta sa lance au milieu du peuple, et la

première guerre s’alluma. Cette guerre, longue et funeste, bien que terminée par une victoire, fut continuée par les héros lorsque les dieux se furent retirés dans le ciel.

C’est depuis cette guerre, qui figure dans toutes les traditions, qu’O’hin accueille dans le Walhalla tous ceux qui sont tombés sur le champ de bataille, pour aller un jour avec eux combattre l’ennemi dans la bataille de Ragnarauk (crépuscule des dieux).

Le Ragnarauk sera précédé par trois années sans été, et par trois autres durant lesquelles les hommes s'entretueront. La septième année , le lien qui depuis le commencement des temps retient les forces de la nature, sera enfin rompu, le monde sera incendié, le soleil et la lune seront dévorés par les loups qui les poursuivent, les étoiles tomberont du ciel ; la mer, soulevée par le serpenteouché dans ses'nbtmes, inondera la terre; le loup Feuris, allié à Loki et suivi de tous les esprits de l’abîme, s’avancera dans une plaine immense; les dieux et les héros iront à sa rencontre pour lui livrer une bataille dont ils savent depuis le comencement des temps quelle sera l’issufT'alésastreuse. Tous les combattants y pérjrofst et la terre sera consumée par le fe(rVma's une nivelle terre, plus belle qu^Ç*be qui doit disparaitre, sortira du (*es eaux, les mcil- è leurs d’entre les hoï,”mes et d cntre *es \ dieux seront ranimé. V eî es c*iamPs \ produiront le blé sans c,"l|t,ire: . i

Cette idée d’une mort -jP11 ’ fi1101' '

que bien éloignée, doit fi\!PPer ur!

jour les dieux , est assurémen^F® <|UI | distingue le plus la mythologr ? des Scandinaves de celle des autres Pe4* pies connus. Du moment qu’on cro.

a l'immortalité de l'aine et à la régénération de l’espèoe humaine, n'aurait-n pas été injuste d’exclure de ses bienfaits lesdieux, formés, du reste, entières ment à l’image de l’homme? Cette idée donnait à l’homme plus de liberté et* d’indépendance que n’en peut admettre celle d’un dieu éternel (*) : aussi

(*) Sotisrc rapport elle avait quelque ressemblance avec le fatum des anciens.

[.'né» A en-#

SUÈDE

n’est - il parlé que rarement de cette Croyance dans les traditions d’Othin:

les prêtres auraient bien voulu la faire entièrement disparaître , mais le peuple y tenait trop pour que cette tentative réussit.

C'est aux chants de l’ancienne Edda que nous avons emprunté ce que nous venons de dire sur la cosmogonie des Scandinaves. Nous avons déjà fait remarquer plus haut que, dans d'autres traditions, Odin nous est représenté comme personnage historique, comme le fondateur de la monarchie et du culte en Suède. Suivant ces différentes traditions, l'établissement de la puissance des dieux fut suivi d'un siècle de bonheur. Fjolner est entre les rois Ynglinges le premier qui ne fut pas un dieu; il mourut heureux au sein de l’abondance. Un jour qu’il était ivre, il se précipita dans un vase plein d’hydromel , et, comme le dit l’ancien poète, « périt dans cette mer pacifique. » Mais déjà sous son règne la paix avait cessé dans le Nord , et cette fois encore la guerre fut allumée par deux filles de géants. Toutes deux étaient esclaves dans la maison de Frode, roi du Danemark : elles tournaient la meule en chantant l'or, la paix et le bonheur; mais le roi les contraignant toujours à travailler, elles tournèrent avec tant de force que les meules se brisèrent, et alors elles chantèrent la guerre, qui ne tarda pas à éclater, et dont ie roi fut la première victime.

En Suède, les fils du roi ff'isbur, pour se venger de leur père, demandèrent assistance à la reine des sorcières, h dame flut/e, qui encore aujourd'hui est redoutée dans les cam-

\ pagnes de la Suède et dans tout le 1 Nord. Elle leur accorda son secours la condition que la race des Ynglinges .périrait sous les coups de ses propres ‘enfants , ce qui arriva après le régné ^de vingt rois.

Les premiers rois avaient eu to Suède entière sous leur dépendance ; mais bientôt les frères se partagèrent le royaume , et il ne resta aux rois d’Up-

sala qu’une vaine suzeraineté. Le vingtième des Ynglinges, Anund , mérité bien du pavs par ses soins à propager la civilisation, et reçut le surnom de nraut, à cause des routes qu’il avait fait frayer. A sa mort, son fils Inajald, pour prendre possession de l'héritage de son père, fit préparer un grand festin, et construisit h cet effet une salle magnifique , semblable à celle des anciens rois, qu'il appela la salle des sept rois; puis il envoya des messagers par toute la Suède, avec l'ordre d'inviter des rois, des comtes et d'autres personnages distingués. Six rois vinrent prendre leur place dans la nouvelle salle; une suite nombreuse les accompagnait. Il était d’usage dans ces temps, que dans un repas célébré en l'honneur d’un mort, l'héritier s'assit sur un escabeau , jusqu’à ce qu’on apportât la grande coupe , qui était videe ar chaque convive en l’honneur du éfunt. L’héritier, avant de la vider à son tour, devait faire un vœu , et alors on le conduisait sur le trône de son père. Lorsqu'on présenta la grande coupe à Inpjald , il fit vœu d'étendre son royaume de la moitié dans l’une et dans l’autre direction, ou de mourir à la tâche ; puis il but. Le soir venu , il fit enfermer les six rois , ses parents, dans In salle neuve, à laquelle il mit le feu. Six autres rois furent tués par lui de la même manière, et il fit administrer leur pays par des gouverneurs nommés à v ie. Son fils lla/Jltan fut tué par son beau-frère Gttdroed, roi de Scanie, qui lui-même mourut assassiné par sa femme .Isa. Celle-ci se réfugia chez son père, mais à l’approche d’/ioar ll UUamne, Ingjald et Asa , après avoir enivré tous leurs soldats, s'enfermèrent avec eux dans la vieille salle des rois, qu'ils firent incendier. Tous y périrent, et après la mort d'fngjald "les Suédois ne voulurent plus dfe roi de cette famille criminelle : ceux qui survécurent se réfugièrent en Norvège.

Sous les rois qui suivirent, tout le Nord Scandinave fut plusieurs fois soumis à un seul maître, et c’est alors que les excursions vers l’Occident com-

L’UNIVERS

msncèrent. Les traditions, soit verbales, soit écrites, recueillies en Islande, nous apprennent fort peu de choses sur l’état intérieur du pays et sur scs relations avec l’Orient : nous devons même ce qu’elles nous ont conservé sur les Ynglinges, à cette seule circonstance qu'lluraid Harfagri , fameux chef norvégien , à la cour duquel beaucoup de bardes s’étaient réunis, prétendait descendre des Ynglinges qui, comme nous venons de le dire, s’étaient réfugiés en Norvège.

Le royaume de Suède est encore aujourd’hui séparé en trois grandes provinces : celle du %'ord, dans les temps dont nous parlons, était encore occupée par les Lapons et les Finnois, et fort peu cultivée; au sud se trouve la province de (inthie, séparée de la Suide proprement dite par les monts KoUnarden. Aujourd’hui les Gotlis, les Suédois, ne forment plus qu’un seul et même peuple , et la langue des uns et des autres n’offre plus d’autre différence que celle qui existe partout de province à province; mais il parait qu’autrefois ces dpux contrées étaient habitées par deux peuples biendistincts, quoi |i;c tous deux tussent venus de l'Asie et eussent la même origine. Tout porte à croire que ce furent les Gotlis qui arrivèrent les premiers; mais c’était chez les Suédois qu’existait la royauté suzeraine, et ils devaient cet avantage au grand temple d’Upsala.

Du reste, la séparation aes deux pays était telle que les traditions ingling’es ne comprennent même pas la Gothic dans l’empire d’Othin et de scs successeurs.

Iwar Widfamne réunit sous sa domination, non seulement la Suède et la Gothie, mais encore le Danemark, une partie de l’Angleterre et tout le littoral de la Baltique. Sa fille lnd, qui avait été mariée au roi de Danemark , se voyant menacée par son père après la mort de son mari , s’enfuit eu Russie avec son jeune fils llarutd, et le roi des Russes, Hadbard, devint son second époux. Alors Iwar rassembla des forces immenses pour aller attaquer ltadbard; mais en arrivant

avec sa (lotte dans le golfe de Carélie, il eut un songe, qu’il désira se faire expliquer par le vieil Hordr, son père nourricier: celui-ci refusa de se rendre sur la Hotte , et se tenant "sur un promontoire, s'entretint ainsi avec le roi resté sur son navire. Il lui annonça que les dieux étaient irrités contre lui, que son royaume serait bientôt démembré, et qu’il ne transmettrait sa couronne à aucun des siens. Iwar courroucé répond de dures paroles au prophète, et la dispute anime tellement les deux vieillards qu'ils s'élancent l’un sur l’autre et sont tous deux engloutis par la mer.

L'expédition contre la Russie finit avec la mort d’Iwar. Hadbard donna des hommes et deS navires a Harald, son beau-fils, qui fut reconnu pour roi par les Séelandais et par les habitants de In Scanie. De la Harald alla soumettre la Suède et la Julie. Il était grand guerrier , un charme magique le rendait invulnérable , et il dut à sa valeur le surnom de Hildeland (dent de guerre). Devenu vieux, il donna la Suède et l’Ostrogofhie à Sigurd Ring , fils de son beau-frère Randwer et d'uneprineesse norvégienne; mais bientôt une guerre s’alluma entre Sigurd et Harald.

Othin, sous la forme de Jlruno, conseiller qui avait la confiance ries deux adversaires, envenimait leur haine mutuelle. Harald était déjà si âgé que la vie lui était devenue à charge. Il préféra la mort dans les combats à une mort naturelle, et désira partir pour le W'alhalla en compagnie d'un grand nombre de braves; il lit donc dire à Sigurd de se préparer à la guerre. Sigurd rassemba plus de 2,500 navires, les navires de Harald couvraient le Sund. et formaient comme un pont qui réunissait la Séelande à la Scanie.

La bataille fut livrée en Ostrogotliie, dans une plaine qui reçut le nom de Bravalla-led (*) : elle fut si acharnée

(*) ▼oyez, /</. VI, l.i représciilalinn de» pierres Ittinnldircs qui se trouvent aujonr- J Imi i-nrore sur l'emplacement de ce champ du bataille.

SUÈDE

que la vapeur qui s’élevait des blessures et du sang versé, forma comme un brouillard qui obscurcit le soleil.

Lorsque Haraid , que la vieillesse avait rendu aveugle, entendit, par le murmure des siens , que l’ennemi prenait le dessus, il demanda à Bruno, qui conduisait son char, comment Si su rd avait rangé son armée. Le pseudo- Bruno lui répondit en riant, qu’il avait adopté l'ordre cunéiforme. Comment a-t-d pu apprendre cette manœuvre , s’écria le vieillard , puisque c'est Othin qui l’a inventée et qu’il ne l’a enseignée qu’à moi ! Puis prenant un glaive dans chaque main, il fait pousser ses chevaux vers le centre de l’armée de Sigurd, immole un grand nombred’ennemis, jusqu’à ce qu’enlinOtliin le renverse de son char et le tue d'un coup de massue sur la tête.

Aussitôt que Sigurd vit le char du roi vide, il lit cesser le combat et chercher le corps de son oncle. On le trouva sous un monceau de morts. Il périt dans cette bataille 30,000 nobles du côté des Danois, et 12,000 du côté des Suédois. Le corps d'Harald fut brillé sur un bûcher fait de la proue dorée de son navire, et le feu fut entretenu avec tout ce que l’on put trouver de plus précieux. Sigurd y fit placer un cheval magnifiquement harnaché, et demanda aux dieux que llarald, porté sur son coursier, arrivât le premier dans le Walhalla, pour y préparer une bonne réception à ses' amis et h ses ennemis. C'est ainsi que Sigurd Ring devint roi de Suède et de Danemark.

Son fils Ragnar était le plus fort et le plus beau de tous les nommes.

C’est sur lui que la tradition a aerumulé tous les hauts faits des peuples du Nord pendant le huitième et le neuvième siede; ce n’est plus un personnage mythique, mais, comme Charlemagne dans les poésies épiques du moyen âge, il est le type des exploits de la nation entière. Nous allons donner un aperçu de ces traditions, sans entrer dans tous les détails.

Il paraît que l’union des différents états du Nord ne fut pas de longue du-

rée , car les exploits de Ragnar commencent par une expédition dans la Norvège, qu’un chet suédois nommé Froé tyrannisait après avoir tué le roi Svvard. Froé ayant fait déshonorer les plus nobles femmes de la Norvège, un grand nombre d’entre elles, à la nouvelle de l’approche île Ragnar, vint rejoindre ce prince, et dans la bataille qu’il livra à Froé, l’une d’elles, lathgertha , toujours présente au plus fort de la mêlée , décida la victoire en faveur du roi de Suède. Après la bataille Ragnar envoya demander sa main. La vierge demeurait seule dans la montagne; elle feignit d’être favorable aux vœux de Ragnar, et lui fit dire de venir à la nuit tombante. Puis elle attacha à sa porte un ours et un chien.

Ragnar vint seul , tua l’ours de sa lance, étrangla le chien de ses mains, et s'empara de la vierge.

Pendant qu'il restait en Norvège, retenu par l’amour qu’il ressentait pour sa femme, les habitants de la Julie et de la Scanie attaquaient les Séelandais, qui lui étaient restes fidèles; Ragnar les vainquit dans une grande bataille et s’avança dans la Scanie; là, ayant entendu’ parler de Thora, fille de /lerolk ? roi ou, selon d'autres, comte de Suède, il devint amoureux d'elle et répudia Lnthgertha, qui lui avait donne un fils et deux filles.

Hcroth avait trouvé à la chasse un serpent qu’il rapporta à sa fille Thora; mais entre les mainsdeThora ce serpent grandit bientôt outre mesure. Chaoue jour il dévorait un bœuf, et, roulé autour de la maison qu’habitait la princesse, il en interdisait l’accès à qui conque aurait voulu s’en approcher, car son haleine donnait la mort. Le roi Heroth, dans le désir de se voir délivré d’un si cruel fléau, fit proclamer qu'il donnerait la main de sa fille à relui qui tuerait le serpent. Une nombreuse jeunesse périt dans cette épreuve : neanmoins Ragnar résolut de tenter l’entreprise. Il se fit faire des habits de lame et de. peaux, de telle manière que le poil était en dehors ; couvert de ces vêtements, il se

14 L'UNIVERS

jeta à la mer en plein hiver, et l’eau qui resta attachée aux poils de ses vêtements se condensa bientôt en glace et le couvrit comme d’une enveloppe de corne. Au moyen de ce stratagème, le poison que le serpent vomit sur lui ne lui fit aucun mal: et comme d’ailleurs il repoussait ii l’aide de son bouclier les morsures du monstre, il finit par le tuer avec son épée. Alors Tliora sortit de sa prison et lui demanda qui il était: Ragnar lui répondit qu’il avait hasardé, sa vie et combattu le serpent pour l’amour d’elle; que bien qu’il ne fdt âgé que de quinze ans, il était parvenu a vaincre le monstre, et ue uésormais elle était libre. Le roi e Suède et ses courtisans, qui pendant le combat s’étaient réfugiés dans des tours, se mirent, quand le danger fut passé, à plaisanter Ragnar sur ses vêtements, et lui donnèrent le surnom de l.odbrog (brog, bracca, et lod, hlrsutus) ('). Toutefois on ne put lui refuser Thora, dont il eut six fils.

Pendant que Ragnar Lodbrog se livrait tout entier h son amour pour sa femme, la Jutie et laScanie se révoltèrent de nouveau. Dans son impuissance de leur résister, il se vit forcé d'implorer l'appui de I^athige.rtha, sa première femme, qui s’etait mariée à un chef norvégien. Celle-ci, oubliant l’affront qu’elle avait reçu, pour ne se rappeler que son premier amour, vint au secours de Ragnar avec son fils et son mari , et repoussa les insurgés. Peu de temps après, Tliora mourut, et Ragnar, pour se distraire de sa douleur, songea à de nouvelles entreprises, et voulant se former une armée qui fût entièrement dans sa dépendance, il ordonna que chaque père de famille envoyât à sa cour le Bis dont il ferait le moins de cas, ou un esclave dont la lidélité lui paraîtrait suspecte. De ce ramas d'hommes méprisables il forma une armée redoutable par sa discipline, et d'autant plus acharnée au combat que chaque (*)

(*) C’est sous ce nom qu'il «si désigne dans plusieurs chroniques des Francs.

soldat avait à se laver de son ancienne ignominie.

Ensuite il décréta que toutes les contestations, sans admettre les lenteurs -d’une procédure, seraient décidées par douze personnages notables :

ce qui est la plus ancienne trace du jury que l'on ait découverte jusqu'à présent.

Le premier pays contre lequel il tourna ses armes, fut l’Angleterre; il tua le roi de cette contrée, ainsi que les chefs de l‘ Écosse et des Hébrides, et il donna le gouvernement de ces pays à ses fils Svvard et Ratbbartli ; le fils qu’il avaii eu de Lathgertha, Friedleh, fut chargé de la Norvège et des Orcades.

Mais bientôt une nouvelle insurrection du Danemark vint interrompre ses conquêtes ; il battit Harald , le cnef de cette révolte et de celles qui la suivirent. Celui-ci s’enfuit en Allemagne.

Ragnar, après avoir distribué à ses soldats les biens des révoltés , alla atta-

? |uer l’Allemagne, fit éprouver une déaite à Charlemagne , et imposa un tribut aux Saxons,

Pendant ce temps, le roi de Suède Herotli était mort; Ragnar alla conquérir le royaume pour ses fils. Il y avait parmi les Suédois un homme très-fort, qui avait sept fils; on convint nue Ragnar le combattrait avec trois de ses fils , et que l’issue du combat déciderait de celle de la guerre.

Le Suédois et ses sept fils furent tués, et Jtinem , fils de Ragnar, devint roi de Suède. On lui donna pour surnom Jernsida (flanc de fer), parce qu’il n’avait pas même été blessé dans le combat.

Ragnar rassembla en Danemark une nouvelle armée, et étendit son royaume vers l’est et VHellespont, en Russie et en Riarmie; mais pendant qu'il était, ainsi que ses fils, occupé a la conquête ue ces pays lointains, Ubbo, son plus jeune fils, qui, au commencement de la campagne, était trop jeune pour porter les armes , se révolta contre son père en Gothie. La mère de cet Ubbo était la lille d’un simple citoyen, dans la maison duquel Ragnar s’etait

SUEDE. u

introduit sous des habits de femme.

Ubbo vénérait sa mère, parce qu’elle avait pris un roi pour amant , niais il méprisait son père qui n’avait pas rougi de descendre à l’amour d’une fille de basse condition, battu par Ragnar en Gothie, il s'enfuît pour rassembler quelques troupes et attaquer de nouveau son père en Séelande. Son armée l’avant abandonné pour prendre la fuite, il résista seul aux ennemis, et en tua un si grand nombre que leurs cadavres formaient autour de lui comme un bastion, d’où il se défendit pendant long -temps; enfin, il fut pris et tué, non sans avoir auparavant rompu les chaînes dont on l'avait chargé.

Ragnar était retourné en Russie, quand il en fut rappelé par de nouvelles révoltes qui éclatèrent en Norvège et en Suède, et dont nous épargnerons le récit à nos lecteurs. Harold," qui les avait suscitées, tenta encore la fortune avec le secours des Saxons, mais il fut battu et s’enfuit à Mayence près de Louis-le-Débonnaire. Devenu chrétien, il établit pendant quelque temps sa domination, ainsi nue la religion chrétienne,dans la Jutie méridionale; mais Ragnar parvint à le chasser et à rétablir le paganisme.

Enfin Ragnar, dans une de ses excursions, fut fait prisonnier par Hella, roi d'Irlande, qui le fit jeter dans une fosse remplie de serpents, sous les morsures desquels il expira en chantant ses hauts faits. L'ancien chant ue Ragnar est supposé avoir chanté . ans la fosse aux serpents est parvenu jusqu'à nous, et sous beaucoup de rapports il s’accorde avec le récit de la chronique de Saxon le grammairien, dont nous venons de donner une analyse : il s’y trouve pourtant des faits intéressants que Saxon n’a pas recueillis et que d’autres traditions nous ont transmis. Nous en citerons un qui concerne partiwlièremcnt laSuède.

« Après la mort de Thora , dit le chant dont nous venons de parler, Ragnar, fuyant l’amour des femmes, laissa le gouvernement de son pays à ses fils et s'en alla faire des conquê-

tes. Un jour qu’il était avec sa flotte dans une baie de la Norvège, les serviteurs qu’il avait envoyés à terre pour faire du pain, lui apportèrent des pains brilles. Le roi mécontent les réprimanda. Alors ceux-ci lui racontèrent qu’ils avaient vu une jeune fille, nommée Kraka; que c’était la plus belle de toutes les femmes, et que scs cheveux de soie descendaient jusqu’à terre. Ragnar en lit sa femme; mais lorsqu’elle fui eut donné quatre fils, il songea à la répudier pour épouser la fille iCOeslen, roi d’Upsala. Alors Kraka découvrit à Ragnar qu’elle était .-Is/ang, la fille de Sigurd et de Brynhilda. Ragnar le crut, et fit In guerre à Oesten , qui , après bien des revers, finit par être battu, non par Ragnar, mais par ses fils. A Ragnar succéda en Suède BjOrn Jernsida . * Ces traditions, plutôt historiques que mythiques, étaient autrefois trèsrépandues dans le Nord : naguère encore ou les rencontrait chez les paysans de la Norvège, et même aujourd’hui on les retrouve souvent chez les habitants des lies Férôe. Elles furent pour le Nord ce que furent les traditions de Charlemagne pour la France, les Nibehmgen pour l'Allemagne, Arthur pour la Grande-Bretagne. Elles prirent naissance et se propagèrent à l’époque où le christianisme commença à remplacer le paganisme, et ne contribuèrent jias peu a faire oublier l'ancienne mytliologie. On a vu que dans ces traditions l’histoire du Nord commence déjà à se lier à celle des autres pays de l’Europe ; bientôt nous allons voir des missionnaires venus de l’empire des Francs découvrir le Nord et le convertir; mais , avant de les suivre dans cette généreuse entreprise, nous dirons quel-

3 lies mots sur la constitution politique es petits états dont se composait la Suède pendant l’époque païenne.

Ce qu’il importe surtout de se rappeler en jugeant la société barbare des peuples du Nord , c’est que l’édifice social et l'organisation politique étaient regardés comme l’œuvre des dieux.

Presque jamais des troubles inté-

L’UNIVERS

rieurs ne changèrent la base fies états ; toute révolution occasionne par la conquête était accompagnée d'une révolution religieuse, cor les conquérants ap|>ortaient presque toujours de nouveaux dieux aux vaincus; et c’est ainsi que l'introduction du christianisme fut précédée et suivie d’une révolution totale dans l'état.

Les premiers chefs étaient nommés Diar ou Üroltnar, mot qui signifie dieu, maître, prêtre et juge. Otliin, auquel les mythes attribuent les institutions sociales, rendait iui-méme la justice accompagné de douze diars , comme le lit plus tard le roi d’Upsala. Le peuple s'assemblait trois fois par an pour les grands sacrifices, et l’endroit où cette solennité avait lieu était sacré. Participer aux mêmes sacrifices était pour les différentes tribus un signe de paix et de bonne intelligence. Dans ces assemblées périodiques, on terminait les contestations , on délibérait sur les entreprises qui auraient lieu dans l’année, et l’on faisait le commerce d’échange. Le mot Ting, qui désigne ces assemblées, signilie tout à la fois sacrifice, repas, assemblée politique, tribunal et foire.

Tout père de famille était le drottnar de sa maison ; il y était souverain.

Lne infinité de petits rois ou princes remplissaient des fonctions analogues dans une plus ou moins grande étendue de pays.

Le roi d'Upland exerçait une sorte de suzeraineté sur la Suède, parce que dans son district se trouvait le temple d'Lpsaia (*), qui était le centre du culte; mais il n’était élu que par les L plandais, e( , comme tous les autres rois, il était pris dans la famille royale.

La suite du roi, les jarls ou comtes, formaient une sorte de noblesse, mais ils n’avaient aucun privilège sur les autres hommes libres, qui pouvaient devenir comtes en se faisant admettre parmi les compagnons du roi.

La prjncipale attribution du roi consistait à offrit les sacrifices et à rendre

(*) Voyez , />/. VU , la restauration de ce teiuplü d'apres les traditions anciennes.

les dieux favorables. S’il survenait une disette ou quelque autre malheur public, on le chassait ou on l’immolait pour apaiser le courroux des dieux.

La nation proprementdite était composée des propriétaires libres et nobles; l'esclave n’avait aucun droit, même dans l’autre vie. 11 ne pouvait entrer dans le tValiialla , à moins qp’il ne fût mort en combattant presde son maître.

Les Suédois les méprisaient tellement que c’est à peine s'ils daignaient accepter leurs services. Stôrkodder, dangereusement blessé dans une bataille , refusa les secours que lui offrait une esclave, et Eystein, roi d’Lpsaia, avant demandé aux habitants du Throndelag qui iis voulaient pour roi, de son esclave l’ave ou de son chien Sar, ils choisirent le chien. LT'pland abolit l’esclavageen 121)5 :dans les autres provinces de la Suède il ne disparut qu'en 1335.

Le peuple et l’armée étaient une seule et même chose, et la grande assemblée d’t psala était appelée l’assemblée de toute l’armée : aussi les rois d’Lpsaia cherchèrent-ils bientôt à étendre de plus en plus leur domination sur les autres rois. Incjald lilrada mourut sans avoir pu réaliser cette, tentative, bien qu’il etlt fait assassiner plusieurs souverains; et en effet, indépendamment de la dynastie ywarienne, nous en retrouvons encore un grand nombre.

A la mortd'un souverain, toussesfils prenaient In titre de roi (Scekongar, roi de la mer), et pour leur part de l'héritage on leur distribuait des armes et des navires. Ils rassemblaient alors des compagnons, ou champions, et allaient infester l’Europe; souvent ils revenaient avec leurs bandes, et portaient le trouble dans l’état , surtout aux derniers temps du paganisme; souvent aussi les souverains eux-mêmes partaient pour des expéditions lointaines , et , au retour, l’armée qu’ils s’étaient formée servait parfois d'instrument à leur despotisme.

Ces usurpations du pouvoir roval déterminèrent le peuple à créer des magistrats pour défendre ses intérêts.

Les Lugmunnvr étaient dans les grnn-

SUÈDE. 17

des assemblées les chefs du peuple, des nobles et des paysans; car ces trois classes peuvent être considérées comme n'en ayant formé alors qu'une seule. U ne fois que le pouvoir royal fut sorti du cercle de l’ancienne constitution , et qu'on lui crut des intérêts autres uue ceux de la nation, il devint de plus en plus dangereux pour la liberté publique. Aussi, dans les colonies qui furent étab.iesen Islande dans les derniers temps du paganisme , on se passa tout-ù-fait de la royauté : le lagman y était le chef de l’é*at.

1* perc étant le souverain de sa famille, il y exerçait le droit de vie et de mort , et, comme à Rome jusqu'au règne de Constantin, il pouvait a son gré reconnaître ou faire exposer ses enfants : la haine qu'il portait à la mère de l'enfant ou à ses parents, un rêve, un augure, suffisaient pour qu'il prononçât l'arrêt fatal. Cet usage, qiii se retrouve chez beaucoup de peuples païens, même chez les plus civilisés, et qui existe encore en Chine, était autorisé par les lois en Islande. Il est très- probable que dans l’origine c’était un sacrifice offert aux dieux, et la coutume que quelques peuples de l’Asie avaient de prostituer leurs filles dans les temples if Astarté n’était peutêtre qu'un adoucissement de la loi religieuse. Dans le Mord, les missionnaires chrétiens employèrent toute leur influence pour abolir cet usage, mais ils n’y parvinrent que peu à peu. Les premières lois cléricales permettaient encore d'exposer les enfants qui n’étaient pas bien faits, et les Islandais, en embrassant le christianisme, se réservèrent le droit de faire de leurs enfants ce que bon leur semblerait , comme aussi de continuer à se nourrir de la chair du cheval.

La monogamie était de règle, miis les rois épousaient quelquefois plus d'une femme , et chaque citoven pouvait avoir autant de concubines qu'il lui plaisait. Les fils légitimes , ou plutôt l'ainé seul, héritaient des hier.sfonds, mais les enfants naturels avaient aussi quelque part à l'héritage.

Les femmes n'etaient pas sans con-

V Lie raison. (butiiE.)

sidération dans l’intérieur de la famille, qu'elles gouvernaient pendant l'absence du mari. Comme les femmes des temps héroïques de la Grèce, elles s’occupaient a préparer des étoffes et des vêtements; de plus elles exerçaient la médecine et l’art divinatoire; souvent encore elles acconqiagnaient leurs époux et I urs parpnts dans les combats. Il v axait aussi dans les armées des rierges aux boucliers , consacrées à Othin , qui ne pouvaient se marier, et dont famour était funeste. I es femmes ne furent jamais enfermées dans un harein ou dans un gynécée ; elles jouissaient d'une entière I berté.et ni dans l’histoire ui dans les mvtlies il n’est jamais fait mention d'adultère. Les filles des rois étaient bien quelquefois gardées dans des tours , que la fable suppose entourées de dragons et de serpents , mais c'était uniquement une précaution pour empêcher qu’elles ne tussent enlevées; car le désir de s’unir à une lèmme de haute condition , ou au moins d'une condition égale , a toujours été trèsvil' chez ces peuples; et même encore aujourd'hui les lais punissent sévèrement quiconque enlève une femme d'une condition plus élevée que la sienne, et cela seul prouve l’existence du désir.

Le divorce était permis, même à la femme ; souvent elle quittait son mari, parce que les concubines de celui-ci avaient trop d’autorité; souvent aussi, quand elle était vieille ou malade, elle rendait à son mari les clefs de la maison, et le quittait à l'amiable. l.a femme qu’on avait obtenue de ses parents, moyennant des dons, était plus honorée que celle qui avait été ravie ou enlevée.

Après le métier de guerrier, celui du barde, qui chantait les hauts faits des héros , et celui du forgeron , qui fabriquait leurs armes , étaient le plus estimés. L’humeur guerrière du peuple était entretenue, non seulement par les traditions mythologiques, mais aussi par des circonstances extérieures.

Othin ne voyait pas de lion oeil ceux qui arrivaient pauvres dans ie Wai-

L’UNIVERS

halla. On brillait donc avec le cadavre les richesses que le mort avait acquises : celles qu’il avait obtenues par héritage restaient seules à ses enfants. Ainsi l'homine qui aspirait aux plaisirs éternels du Walhalla devait consacrer une partie de son existence à la piraterie et au pillage. I.'homine mort de maladie n’était pas reçu dans le séjour des braves, et c’est pour oe motif qu'on rencontre dans i'Kdda tant de suicides apres une bataille, ou quand la vieillesse laisse un guerrier sans vigueur. Dans les bataulefe on ne cherchait que la mort et les Walkyries, (lui conduisaient au Walhalla les aines dès guerriers morts en combattant.

Les héros affectaient le plus grand mépris pour les douleurs de la mort, lin des hls de Ragnar se lait précipiter sur des lances, et chante ses exploits pendant que le fer pénètre peu a peu dans son corps; un autre se fait briller sur un bûcher de crânes. Rien ne peint mieux cette force d’amc qui distingue le Scandinave que le chant de Ragnnr dans In fosse aux serpents; en voici les derniers vers :

•Nous avons combattu avec le glaive,

• aujourd'hui nous uurchonsà la mort !

« Les serpents me uechirent cruelle- « meut, la vipcre fait son nid dans mon •• coeur, mais j'espère que mes lilstein- « dront ieurs iancesdans lesangd'l lella.

« Autrefois l'acier des piques était bleu, « bientôt il sera rouge ! Les hardis « guerriers ne prépareront pas à Hella « une couche paisible. — Nous avons « combattu avec le glaive; je puis nom- « mer cinquante et une batailles, tou- « tes livrées sous mon drapeau; je n'ai - jamais pu trouver de roi plus grand « que moi. Des mon enfance j’ai appris « à teindre le glaive de rouge, aiuour- « d’hui les dieux me réclament; il ne « faut pas pleurer la mort! — Je vais « bientôt atteindre le but; les Dvses « envoyées par Othin m’appellent dans « la patrie des braves, dans les salles <■ du Walhalla. Dons le palais élevé « des dieux , je vais boire de la bière « avec les Ases. Le temps de ma vie est

* écoulé, je meurs en souriuut! -■ “

On verra plus tard que les exemples

du mépris de la mort sont aussi fréquents dans l'histoire quç (jqns la mythologie.

Remarquons encore ici qu’on ne respectait pas plus la vie des autres que la sienne propre. Les prisonniers étaient presque toujours sacrifiés aux dieux. Les inimitiés des familles étaient transmises de père en lils, comme un héritage, et c’était un devoir religieux que de venger les outrages de ses parents. Souvent les adversaires se désignaient, pour combattre, un endroit solitaire, et il était rare que le duel ne finit pas par la mort de l’un des combattants. Toutefois on ne dédaignait pas de recourir à la ruse, et souvent on venait environner soudainement la maison de son ennemi , et y mettre le feu. C’est de cette manière que, dans la tradition , Homlet se venge de la mort de son père sur le mari de sa mère et sur tous ses convives.

Ia*s premiers missionnaires parlent de la Suède comme d’un pays fertile et riche en troupeaux , niais' presque entièrement couvert de forêts. Les anciennes traditions prouvent que dès le temps le plus reculé on y cultivait le seigle et l'orge , qu’on s'y servait pour l'agriculture de charrues attelées de bœufs , et qu’on y savait faire le pain et préparer la bière. Entre les dons qu’on offrait au roi , le jour de Noël, figurait le beurre et la drèehe. On méprisait comme des barbares ceux qui mangeaient de la viande erue.

Les maisons et les temples étaient en bois ; une enceinte en palissades indiquait les limites de la cour et les bornes de la souveraineté du père de famille. Dans des occasions extraordinaires on couvrait le sol de paille; le feu était allumé nu milieu de la chambre, un trou pratiqué dans la muraille ou dans le toit offrait une issue à la fumée. Des bancs étaient rangés le long de la muraille, et devant ces bancs étaient de longues tables où l’on s'asseyait en s’appuyant contre la muraille. Ôn se portait des santés en faisant passer la coupe, remplie de bière , au-dessus du feu.

Le roi et la reine étaient assis sur

SUEDE-

des coussins , au milieu du banc qui se trouvait en face du soleil ; on plaçait vis-à-vis d’eux, à l’autre extrémité de la salle, l’étranger que l’on voulait honorer. Pendant la paix , on se rangeait toujours de manière qu’il V eût une femme à cdté d’un homme; mais, pendant leurs expéditions, les guerriers éloignaient les femmes des banquets.

L’or et l’argent n’étaient pas rares chez les Scandinaves, car les pirateries contribuaient à aecroftresans cesse ce genre de richesse. Il y avait si peu de pauvres dans le pays, que les derniers chrétiens se virent obligés d'envoyer 5 l’étranger les aumônes que la religion leur prescrivait.

Le commerce de la Baltique entre la Suède, la Russie. l’Allemagne du nord-est, et les pavs les phis lointains, existait sans doute dès les temps du paganisme. Dans les onzième et douzième siècles son développement est déjà si considérable , qu’on doit croire qu’il existait bien antérieurement.

II ne nous reste guère, des constructions de cette époque, que. des tombeaux, dont quelques-uns consistent en pierres énormes superposées les unes aux autres , de manière à former une grotte rectangulaire. Celui que nous donnons (/il. Vil! , 3) a été trouvé en Westrogothie, et offre un» grande ressemblance avec un monument du même genre qui se trouve près de Saumur, entre Coudray et Montbreuil- Bellav.

Page 1