‹ Suède et Norwége par m. Ph. Le BasChapitre 45 sur 72 · GOTHIE · texte numérisé non relu

GOTHIE

La Gothie, qui comprenait autrefois les provinces de Scanie , de Halland, de Westrogothie , de Bleking, de Smaland, d’Ostrogothie, et deGotïiland, est divisée aujourd’hui en douze

(*) Ampère, Esquisses du Nord.

gouvernements. Pour rattacher plu9 immédiatement cet aperçu géographique à l’histoire de la Suède, j'ai cru devoir suivre, pour les trois grandes régions de ce rovaume, la division par provinces, sauf à indiquer soigneusement les gouvernements qui correspondent à chacune de ces anciennes circonscriptions.

SCAVIX.

La Scanie, qui forme aujourd’hui les deux gouvernements de Cnristianstad et de Malmô , est l’une des plus belles et des plus fertiles provinces de la Suède, et on la compare, sous le rapport du climat , du sol et des productions, au Danemark , au Holstein et au Meekleubourg , pays renommés pour leur fécondité. La Scanie, le Bleking et le Halland, appartenaient autrefois au Danemark , et ne sont réunis à la Suède que depuis cent soixante-dix-neuf ans. Ces provinces furent cédées par le traité deHocskilde, conclu en 1658, à la suite des victoires de Charles X. Ce fut une acquisition d’autant plus précieuse, que ces contrées donnaient non -seulement à la Suède un accroissement considérable de population, de territoire et de revenus, mais encore ses véritables limites naturelles. Napoléon songeait à rendre ces provinces importantes au Danemark , mais les événements de 1813 conservèrent à la Suède ses anciennes conquêtes , et le traité de Kiel mit le complément au traité de Rocskilde, en réunissant la presqu’île Scandinave en une seule famille.

Des collines doucement ondulées, des terres bien cultivées , des hameaux groupés de la manière la plus heureuse, des villages riants et bien bâtis, des châteaux entourés de parcs , tel est l’aspect qu’offre la Scanie au voyageur dès son debarquement à Helsingborg, et qui se reproduit partout sur son passage.

On y recueille une si grande quantité de grains, que, malgré sa population, elle ne peut en consommer la moitié.

Aussi, le commerce qu’elle en fait dans l’intérieur du royaume lui a-t-il

SUÈDE

acquis le titre de grenier de la Suède.

L’une des principales villes de la Sconie est Christianstad , forteresse située sur la petite rivière d’Helga , qui , après avoir fourni de l'eau aux fossés des fortifications , se jette dans un lac qui communique avec la Baltique. F.lle fut fondée en 1G14 par Christian IV , roi de Danemark , et a soutenu plus d'un siège durant les guerres qui ont eu lieu entre les deux pays.

Comme toutes les villes de guerre, Christianstad est triste, déserte, dépourvue de commerce et d’industrie, quoique d'ailleurs assez bien bâtie. Le pont jeté sur l’Helga est remarquable par sa longueur.

Entre Christianstad et Ystad on voit une pierre d'une dimension prodigieuse, près d’un endroit nommé Trollebo, c'est-à-dire nid de sorcières.

Cette pierre, nommée Maglasten , a trente pieds de long sur vingt-quatre de large et vingt de haut. Elle est d’autant plus remarquable que dans toute la contrée il ne se trouve que peu ou point de pierres. Le peuple croit qu’elle a été jetée la par des naines sorcières, habitant des demeures souterraines, le jour où la première église fut consacrée. Non loin de cette pierre est un château seigneurial nommé Liungby , où l’on conserve une corne sur laquelle on raconte une merveilleuse légende.

Cette corne est à peu près de la grandeur de celle d’une vache , garnie en vermeil , et posée sur un pieu d’argent orné de plusieurs figures(*). Une dame noble, nommée Ulfstand, demeurait à Liungby, en 1490; ayant entendu raconter que toutes les nuits de Noël la Maglasten se trouvait élevée sur plusieurs piliers, et que les naines dont nous venons de parler sortaient alors de leurs souterrains pour venir danser sous cette pierre, elle désira s’assurer du fait. Elle promit donc un habit neuf et son meilleur cheval à celui de

(*) Il existe en Suède beaucoup de cornes de ce genre couvertes de caraclères runiques , voy. pl. 5 , Cg. 4. On présume qu’elles servaient de coupe aux anciens guerriers dans les fêtes solennelles.

ses domestiques qui oserait aller voir ce qui se passait dans ce lieu. Un de ses palefreniers, plus courageux que tous les autres, osa tenter l’aventure et se rendit au Trollebo. Là, il vit à la lueur d’une grande illumination que la pierre était effectivement élevée sur des piliers, et que les naines dansaient dessous et même autour avec la gaieté la plus bruyante. Au moment où il arriva , deux naines se détachèrent de la bande et s’avancèrent à sa rencontre :

elles tenaient à la main , l’une la corne en question , et l’autre un sifflet. Parvenues près de lui , elles l’invitèrent à leur faire raison en buvant à la santé du roi de la montagne , puis après avoir bu, à siffler dans les deux bouts du sifflet. Au moment où l’intrépide palefrenier allait faire honneur à cette invitation, une jeune fille, belle comme un ange, lui apparut de l’autre côté, et lui dit à l’oreille de ne pas boire, mais de s’enfuir au plus vite sur la terre la plus sèche , en évitant l'eau avec soin. Il lui obéit , et jetant par-dessusson épaule la liqneurqueco ntenait la corne , il reprit à bride abattue le chemin de Liungby à travers les terres labourées. Le cheval , qui reçut une partie déjà liqueur sur la croupe, perdit aussitôt son poil et devint tout pelé, mais il n’en courut pas moins vite pour cela , pressé par les naines qui galopaient après lui. Elles ne purent atteindre le ravisseur et arrivèrent au moment où on levait le pontlevis pour les empêcher d’entrer. Le palefrenier remit à sa maltresse la corne et le sifflet; mais les naines crièrent à la noble dame , par-dessus les fossés du château , qu’elles étaient envoyées par leur roi pour réclamer ces deux talismans , lui promettant que si elle les rendait , sa famille ne s’eteindrait jamais et deviendrait l’une des plus puissantes du royaume. La dame ayant refusé formellement d’accéder à leur demande, elles lui prédirent que sa famille ne parviendrait pas à la neuvième génération , que sa terre tomberait en mains étrangères, et que le château serait consumé trois fois par le feu du ciel. Or, comme cela arrive

toujours dans do pareils récits, la prophétie s'est réalisée; la foudre est tombée trois fois sur le castel, et la famille s'est éteinte à la neuvième génération. Rien plus, le cheval est mort le second jour et le palefrenier le troisième. Cette histoire est écrite sur parchemin et soigneusement conservée à Liungby , avec la corne et le sifflet ui est d’ivoire et fait entendre le cri u coucou quand on y siffle tantôt à un bout , tantôt à l’autre.

Cette croyance à l’existence d’un peuple souterrain se retrouve en plusieurs endroits de la Suède et dans quelques îles de la Baltique, entre autres dans celle de Bornholm , où le peuple est intimement persuadé qu'il existe une nation de nains très-couraeux, toujours prêts à paraître pour les éfendre contre tout ennemi qui voudrait les attaquer (*).

Ystad est une petite ville qui tire son importance dfc son port , où l’on s'embarque pour Stralsund et l’Allemagne.

La capitale de la Scanie est Malmû, jolie ville située sur le Sund (**) , visa-vis de Copenhague, et florissante par son commerce et ses manufactures. La cathédrale est assez belle, et la chaire en est en marbre. On fait remarquer dans cette église un pilier dans lequel un moine coupable d'adultère tut muré, dit-on, aux temps du catholicisme. On l’y avait renfermé debout, et vis-à-vis dé son visage on avait pratiqué un trou qu’ou y voit encore , par lequel on lui faisait avaler des œufs et de l’eau pour prolonger son existence et son supplice. Du haut de la tour de ce temple on jouit d’une vue admirable. D’un côté s'offre le tableau magnifique d’un pays bien peuplé et bien cultivé; de l’autre celui du détroit où passent continuellement un grand nombre de vaisseaux de toutes les nations, tandis qu’à l’horizon on aperçoit Copenhague avec ses clochers et sa' foret de mâts.

(*) Voyez Voyage d’un officier hollandais en Suède, p. ai3.

(**J Voyez pl. 3g.

C’est vis à vis de Malmô que se trouve la petite île de Hven donnée au célèbre Tycho-Brahé (*) par le roi de Danemark Frédéric II , qui y fit construire un édifice magnifique nommé Uranicnbory , ou chateau d’Uranie. C’était là que Tyclio demeurait entouré de ses livres , environné de nombreux disciples, visité même par des princes souverains , entre autres par Jacques VI, roi d'Ecosse, qui y passa huit jours en 1500. lin pavillon situé plus au midi portait le nom de SteUeborg (château des étoiles), et servait aux observations astronomiques faites pendant le jour.

Nous ne pouvons nous occuper de la Scanie sans parler de Lund, ville industrieuse et célébré pour son université, fondée en 1GGG, par Charles IX. On V remarque plusieurs établissements scientifiques, tels qu’un observatoire, un théâtre anatomique , un jardin botanique, une riche bibliothèque qui contient 40,000 volumes, un cabinet d'histuire naturelle, un musée, une collection de médailles et d’antiquités, un cabinet de physique , etc. C’est à cette université que Linné étudia les premiers éléments d’une science qui l'a rendu si célébré. La cathédrale de Lund (**) est grande et d’un style sévère ; elle est renommée surtout pour son église souterraine et les antiquités qu’elle renferme. Cet hypogée est soutenu par plusieurs rangs de piliers, entre lesquels sont les tombeaux de plusieurs anciens évêques. On y remarque un puits au fond duquel est une source qui, par des canaux souterrains, fournit de l’eau à toutes les maisons de la ville. On y voit anssi deux portes en fer qui communiquaient autrefois aune galerie conduisant jusqu'à Dalbv,

K’” i station de poste a un mille de

C’est sur la colline de Lybers, située près de Lund , qu'étaient élus les anciens rois de Scanie.

Entre Lund et Helsingborg est l’antique ville de Landscroua, près de la-

(*) Voyez pl. a 4.

(**) Voyez fl. 40.

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quelle Gustave III avait fait construire une forteresse qui depuis a été abandonnée comme inutile.

Près d'Engelbolm, jolie petite ville située au nord d’Helsingborg , ou trouve le cap de Kullen (*). Sur le sommet de ce cap , qui forme l’extrémité de la chaîne des montagnes de Kulla, s'élève un célèbre fanal qui , de temps immémorial, a été un guide pour les navigateurs. Il a été reconstruit en 1818, et l’on en a perfectionné l’eclairage, en élevant et en augmentant la lumière par le moven de conduits partant du bas, et en rentourant d’une vaste lanterne, pour le mettre à l’abri des vents et ['empêcher de rien perdre de son éclat. Ce fanal offre un aspect aussi surprenant que lugubre; on voit alentour s’élever sous des formes multipliées les rochers les plus sauvages, séparés les uns des autres , tantôt par de profonds précipices , tantôt par des sentiers droits, tandis qu’au-dessous, dans un abîme effrayant, les vagues furieuses de la. mer viennent se briser contre mille rocs tous d’un aspect différent. Au pied du rocher principal se trouve le fameux antre nommé Sllfpickare-llolet (caverne des chercheurs d’argent ).

C’est une ouverture pratiquée horizontalement dans le roc, de huit à dix pieds d’élévation sur un pied et demi de large, et environ soixante pieds de long. On croit que cette ouverture fut pratiquée du temps des Danois, dans l’espoir d’y trouver une mine; mais rien ne justifie cette supposition. Pour arriver jusqu’à cet antre, on doit user de grandes précautions, car on a à gravir tantôt les arêtes tranchantes de rocs déjà écroulés, tantôt les pointes saillantes et peu sûres de la montagne, d’où se détachent de temps à autre des niasses considérables. Mais, parvenu au terme de cette ascension périlleuse, on est amplement dédommagé de ses efforts par la vue extraordinaire qu’offre la nature en cet endroit. D’un côté s’élèvent des rochers menaçants et des monceaux [de rocs détachés de

(*) Vojr. pl. J7.

la montagne ; de l’antre'et tout près de vous, le mugissement continuel de l’Océan , des haies et des détroits où la mer s’ouvre de vive force un passage à travers ces masses immenses qui opposent en vain un obstacle à la violence des vagues, et qui doivent à cette lutte les formes les plus bizarres et les plus fantastiques. Ajoutez à ce spectacle la sauvage entrée de la grotte , vis-à-vis de laquelle on se trouve alors placé; le phare, qui, comme la demeure d’un magicien , semble planer au-dessus de votre tête et appartenir à une autre région ; le Sund avec la forteresse de Croneborg à l'horizon; l’innombrable quantité de navires de toutes grandeurs qui sillonnent la mer, tantôt isolés, tantôt en masses compactes , et vous comprendrez tout ce qu’un tel spectacle a de beau et d'imposant. L’accès du Silfpiekare- Ilolet n’est pas toujours facile. Par un gros temps, il est absolument impossible d’aborder en cet endroit; mais à quelques centaines de toises plus au nord se trouve une petite rade nommée, on ne sait trop pourquoi. Port de Paris, et accessible en tout temps aux barques des pêcheurs et des pilotes-côtiers.

On 11e peut parler du Silfpickare- Ilolct sans dire un mot du vieillard de Kuila ( Kulla - Gubben ). Toutes les fois qu’un bâtiment double le cap de Kullen , il est d’usage de distribuer des rafraîchissements à l’équipage, et ce sont ies marins ou les voyageurs qui passent pour la première fois devant le phare qui doivent faire les frais de cette petite fête , qui s’appelle en suédois hœnsa. A cette occasion , on met en pratique diverses espiègleries qui rappellent le baptême de la ligne. D’ordinaire, l’un des matelots qui doit représenter le vieillard de Kulia, se noircit les mains et le visage, s'affuble de peaux velues et surtout de peaux noires, se couvre la tête d’un bonnet de laine rouge, et prend en main le porte-voix ou le trident de Neptune. Ainsi accoutré, il est arrosé d’eau de mer et monte sur le pont comme sîil sortait du fond des eaux,

L’UNI VERS

du côté de la grotte , et réclame des rafraîchissements en récompense du zèle qu’il met à protéger les navigateurs. Puis il fait une quête, et les dons volontaires qu’il recueille sont consacrés à régaler tout l’équipage, qui boit aiement à la santé ae l’invisible roi e la montagne.

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