‹ Suède et Norwége par m. Ph. Le BasChapitre 50 sur 72 · MOEURS ET USAGES · texte numérisé non relu

MOEURS ET USAGES

Nous nous contenterons d’indiquer quelques traits remarquables : l’espace nous manque pour entrer dans de iongs détails.

Sûreté des routes. Comme les moeurs sont simples , le pays pauvre et la population laborieuse', il y a fort peu de malfaiteurs , et l’on peut voyager nuit et jour sur les grandes routes et à

travers les forêts , sans armes et sans crainte d’aucun danger.

Postes.' A chaque poste, on présente au voyageur un li\ rc appelé dngbok, sur lequel il est obligé d'inscrire son nom , son ûge, le lieu d’où il vient, celui où il va , le nombre de chevaux qu’il a employés. Il doit aussi indiquer s’il est content ou non de son postillon , et de la manière dont le service est fait; mais, en revanche, il y a dans le registre une colonne ouverte pour la défense du maitre de poste , qui, à la fin du mois, doit compte de sa conduite au gouverneur de la province.

Police. On connaît , en France , la sollicitude de la police russe, mais on ignore généralement celle de la police suédoise, qui n'est pas moins active.

Lorsqu’un etranger arriveà Stockholm, un agent de la police vient lui présenter un papier sur lequel se trouvent d’ordinaire les questions suivantes , et auxquelles il faut répondre par écrit : Quel est l’objet de votre voyage?

Quelles sont les personnes dont vous êtes connu ? A qui êtes-vous recommandé ? Quelle est la durée présumée de votre séjour, etc.? Ou voit de quelles attentions les voyageurs sont l’objet , et si leur présence donne le moindre ombrage, leurs actions sont surveillées avec le plus grand soin.

Les douaniers ne sont pas moins sévères; mais il faut rendre justice à leur politesse en faveur des personnes; si le voyageur est exposé a voir jeter pêle-mêle tous les effets que contient sa malle , au moins lui epargne-t-on ces recherches indiscrètes que nos douaniers fout subir à ceux qui passent nos frontières.

Dans les villes, la police était faite il y a encore quelques années par les brand-vakt,qui parcouraient les rues armés d'un long biiton , dont un bout portait un fanal et l'autre était terminé par une pince en fer avec laquelle ils saisissaient au cou le malfaiteur qu'ils loursuivaient, et le conduisaient, après 'avoir ainsi harponné, jusqu’au jioste voisin. Cette vieille institution a ré-

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cemment fait place 5 un corps mieux organisé.

Pour prévenir les incendies si fréquents et si désastreux dans des villes qui presque toutes sont construites en bois, il était défendu, sous peine d'amende, de fumer dans les rues; mais la défense a été levéedepuis le choléra. Des hommes, postes sur toutes les tours et les elocliers des églises, veillent la nuit pour sonner le tocsin en cas d’incendie.

Costume. En Suède, la population est grande et forte ; les hommes sont bien faits pour la plupart , et les femmes y sont plus généralement agréables que dans d'autres pays, l-eur costume, dans la Dalecarlieén particulier, est surchargé d'ornements et de broderies qui le rendent pittoresque; mais partout ailleurs il ne se distingue que par sa simplicité et sa propreté recherchée. I.es costumes des paroisses de Wingoker et d’Ostanoker en Sudermanie , ainsi que de quelques cantons du Bleking, sont avec ceux de la Dalécarlie les plus originaux , les plus élégants et les plus pittoresques de toute la Suède. Dans la plupart des autres provinces les vêtements ne se distinguent que par leur simplicité et leur propreté.

Les femmes de la campagne portent souvent des voiles de crêpe noir. Ces voiles protègent l'œil contre la blancheur éclatante de la neige pendant l'hiver, et contre l'éclat des rayons du soleil qui , pendant Pelé, sont reiléchis par Pêpre nudité des rochers.

En Scanic , le villageois est mal vêtu et misérablement logé; cependant la joie , le contentement et la santé brillent sur son visage. Il porte ordinairement un habit et des bas d'un drap léger , un chapeau à haute forme et a grands bords , terminé en pointe. Une bande de buffle forme sa ceinture, à la- ( quelle deux couteaux sont suspendus dans un étui de cuir. Ajoutons qu’on ne voit jamais en Suède de haillons, cette triste livrée de la misère.

Caractère national. Le Suédois, u'on appelle quelquefois le Français u Nord , ne brille point cependant

>ar sa vivacité; il comprend bien, mais entement, et agit sans secousse ni brusquerie. Cependant le peuple suédois, quoique lent et lourd en apparence. a eu, comme son histoire en fait foi, une existence plus héroïque, plusaventureuse, plus révolutionnaire que celle d'aucun autre peuple du monde

La haute société en Suède, se fait remarquer par l'elégance et la politesse exquise de ses manières, par la culture de son esprit, la noblesse de ses sentiments et la simplicité de sa manière de vivre. Le caractère de la classe moyenne , et surtout de la haute bourgeoisie, présente à peu près les mêmes traits. Quant au peuple pris en général, abstraction faite de la noblesse et de la classe moyenne, il se distingue, suivant M. le colonel de Forsell(*), par sa véritable pieté, sa droiture, son respect pour les lois, la pureté de ses mœurs, sa frugalité, son adresse dans tous les travaux manuels et sou hospitalité prévenante. .Mais le plus beau tableau a ses ombres : le paysan suédois est jaloux de ses frères et de la classe élevée; il méconnaît ses propres avantages, et pousse jusqu'à l’excès le respect pour tout ce qui vient de l’étranger; enfin il est parfois brutal et violent, et ce dernier défaut il faut surtout l'attribuer à l'usage immodéré qu’il fait de l'eau-de-vie.

Ajoutons, d’après la même autorité, que le Suédois de la classe ouvrière est lent dans ses mouvements, qu'il a besoin qu'on lui laisse le temps de la réflexion , que son jugement est généralement sain , et qu’il aiine mieux être convaincu que persuadé. Son activité est d'ordinaire calme et pour ainsi dire calculée; il supporte plutôt la violence que le badinage, les mauvais traitements que la raillerie. Ce qu'il demande surtout , c’est qu'on lui tienne parole.

Jeux. Les jeux du peuple suédois font un singulier contraste avec sa vie

(*) Statistique (le la Suède, p. 6a de la traduction allemande.

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habituelle ; son amour des plaisirs bruyants éclate dans les fêtes de certains clubs de Stockholm, qui se célèbrent au milieu du bruit du canon; on voit alors cinq ou six chaloupes chargées de promeneurs sortir du port dés le matin pour aller sc livrer à la joie dans quelque ile voisine, et tirer des coups de canon pendant tout le jour, mais surtout durant le dîner et les toasts. Le soir on rentre au son des fanfares.

Ordres. Afin de multiplier les plaisirs pendant la longue durée des hivers , on a institué des ordres; ce sont des associations qui comptent quelquefois jusqu'à quatre cents membres. Chacun d eux a un but particulier d’amusement , la danse , la musique, les banquets, etc.; Y ordre par bricole est consacré à la jovialité ; le joyeux poète Bellman, auquel on a consacré un buste dans le parc royal, est l’un de ses fondateurs. D’autres ordres se vouent à la bienfaisance. Les membres de ees associations portent des signes distinctifs , des croix, des écharpes, des ceintures, des cordons, etc.

Superstitions. Autant la partie distinguée de la nation suédoise est éclairée , autant le peuple, surtout à la campagne, est, s’il faut en croire certains voyageurs, superstitieux et attaché à mille petites coutumes bizarres, qui sont sans doute un reste du paganisme. On y croit encore à la sorcellerie; on guérit les fièvres et autres maladies par des conjurations ou par des paroles magiques. Quelques paysans s’imaginent, lorsqu’une contagion afflige leurs bestiaux , qu’en enterrant un membre de l’une des bêtes mortes dans le champ de son voisin , on y transporte le fléau , et l’on assure, par ce moyen , la guérison du troupeau malade. D’autres sont persuadés que la réussite ou la non réussite de leur moissons dépend de telle ou telle cérémonie accomplie ou omise. Les mariages sont accompagnés de mille pratiques mystérieuses ; il en est de même des couches , des baptêmes et des enterrements. lians les montagnes ils

croient à un génie souterrain, bien ou malfaisant, suivant les circonstances, et qu’ils craignent d’irriter par l’oubli de certaines pratiques (*).

Habitations. Les Suédois bâtissent généralement leurs maisons en bois; Stockholm et la Scanie font seules exception; celles des paysans sont faites de troncs de sapins equarrw ou bruts, posés horizontalement les uns sur les autres. Les extrémités s’ajustent ordinairement, non avec des clous, mais avec de simples chevilles de bois, et les vides sont remplis de mousse. On y ménage quelques trous qui servent de fenêtres. Le toit se compose d’une charpente légère couverte d’écorces de bouleau, par-dessus lesquelles on pose du gazou «pii devient assez épais pour qu’on puisse le faucher (**). Le poêle est circulaire, construit en briques, haut environ de quatre pieds. Près du poêle est la cheminée, dont le tuyau, qui s’élève audessus du toit, est garni extérieurement d’une planche carrée attachée à un long bâton où tient une corde pour pouvoir l’ouvrir ou la fermer à volonté. Dans la cheminée est une pince en fer

(*) Voyez le Voyage d'un officier hollandais eti Suède, p. aSi.

(**) « Prés de Nordkiôping, dit sir John Carr (Voyage amour de la Baltique , t. I , p. i f*o), nous vîmes un mouton paître sur le toit de la boutique d'un ma: reliai ; un appentis fort bas, adossé au mur de cette boutique, avait procuré à l'animal un muyen d'escalade , et il paraissait aussi content dans cette position que s'il se fût trouvé au milieu du plus gras pâturage. » — • Jamais, dit-il ailleurs ( 1. 1 , p. 24 J) , jamais je n'ai vu l hcrbe aussi haute et aussi verte sur les toits des maisous que dans la ville d'Upsal. En regardant de la fenêtre de ma chambre à coucher, il me fut impossible de distinguer plusieurs de ces toits de la colline verdoyante au sommet de laquelle l’ancien palais est situé. » — Os gazons, qui recouvrent les toits des grande, maisons comme ceux des petites , rappellent les jardins de Sémiramis , d’autant plus que quelques-uns sont proprement fauchés et garnis de plates-bandes de fleurs. Ces toits de gazon servent à diminuer les dangers du feu.

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où l’on place une branche de sapin que l’on allume pour éclairer l'intérieur île la chaumière. Ces rustiques demeures, dans lesquelles on entre par une petite porte à peine haute de quatre pieds , sont ordinairement composées de deux pièces, une espèce de vestibule et une chambre commune où se trouvent des lits pour toute la famille. Ces lits sont disposés les uns au-dessus des autres, comme dans quelques autres contrées de l'Europe. Les granges et les étables sont entièrement séparées. Les maisons de paysans qui servent de maisons de poste, doivent contenir en outre une chambre destinée aux voyageurs, où se trouve un lit, ou plutôt un grabat, une table et quelques chaises; ou la nomme la chambre des voyageurs, et on l'entretient proprement : le plancher est couvert de branches de sapin hachées en petits morceaux. Cette coutume, générale dans toute la Suède et même dans beaucoup de maisons riches, contribue à donner de la fraîcheur aux appartements, et à y répandre une odeur balsamique fort agréable. On prend également soin de garnir le plafond, le poêle, les fenêtres, etc., de branches de bouleau pour y attirer les mouches, qui abondent en Suède.

Dans le Smaland et dans la Dalécarlie, les paysans bâtissent leurs maisons plus simplement encore. Ils n’y pratiquent qu une seule fenêtre, ou plutôt un grand trou, à la partie du toit exposée au midi. Ce trou leur sert d'horloge : quand les rayons du soleil donnent sur une armoire qui se trouve à côté de cette fenêtre, on déjeune; lorsqu’ils éclairent le poêle qui est vis-à-vis, on dîne. Dans ces maisons il n’y a qu'un seul lit destiné au chef de la famille qui y couche avec sa femme; tout le reste dort sur des bancs placés le long des cloisons intérieures, et sur lesquels on étend de la paille ou des |>eaux de mouton, et quelquefois, mais rarement, des lits.

Les maisons des bourgeois, tant dans les villes qu'à la campagne, sont construites à l’aide de poutres et de

planches; In plupart ont deux, trois et même quatre etages; quelques-unes même ont une grande apparence. Dans les villes , elles sont d’orainaire peintes en rouge brun et couvertes de gazon.

Les toits de quelques-unes sont couverts de petits morceaux de bois en forme d'ardoise; on en voit aussi couvertes de tuiles. A Gothembourg, à Carlscrona, à Falun, les maisons sont très-proprement peintes dans le goût de celles de Sardain; d'autres imitent si bien la pierre de taille, qu’au premier abord on pourrait s'y méprendre.

C'est surtout a la campagne que ces maisons sont belles; plusieurs ont l'apparence de châteaux , et la magnificence des appartements répond à la beauté de l’extérieur. Comme la noblesse aime à vivre dans ses terres, et que beaucoup de gentilshommes y résident même toute l'année, ils cherchent à rendre leurs retraites les plus commodes et les plus agréables qu'il est possible.

On voit des maisons qui peuvent être en peu d'heures démontées et transportées à volonté. C'est un usage assez commun dans le Nord. Nous avons déjà parlé du palais que Catherine Il fit voiturcr à Frédérikshamn (*) ourv recevoir Gustave III. A Copcnaguë, il existait encore, à la fin du siècle dernier, une fabrique de maisons pour la N'orwége et pour l’Islande. On indiquait aux entrepreneurs le nombre d’étages et d'appartements que l’on voulait, la hauteur, la longueur, la largeur que l’on désirait donner à l’édifice; on s’accordait sur le prix, et alors les pièces se travaillaient; on les ajustait, on montait la maison, on examinait si tout se rapportait bien; puis on démontait l'édifice, on en numérotait les différentes parties, on les embarquait sur un vaisseau , et la maison voguait pour sa destination.

En Scanie, on trouve peu de maisons en bois; presque toutes sont bâties en briques, et l’on préfère les briques de Hollande à celles du pays, parce qu’étant mieux cuites et moins

(*) Voyez p. aî5.

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poreuses, elles prennent moins d'humidité (*).

Haptéme , mariage. Les cérémonies du baptême se pratiquent d’ordinaire sans beaucoup d’éclat. Lorsqu'un enfantaient à naître dans une famille, les parents vont faire leur déclaration au curé de la paroisse, qui se transporte le lendemain ou quelques jours après au domicile des époux pour y baptiser le nouveau-né en présence de quatre témoins, deux du côté du mari et autant du côté de la femme. ,

Le mariage se fait aussi avec simplicité. Les parents se présentent à l'église avec leurs enfants, et déclarent qu’ils sont dans l’intention de les unir : ce sont la les fiançailles; les stipulations du contrat ont été dressées d’avance. Les trois dimanches suivants, le curé publie a haute voix les bans, et vient ensuite la cérémonie nuptiale.

Les deux liancés sont parés avec le plus grand soin et couverts, surtout en Scanie, d’une profusion de rubans de toutes couleurs. I.e curé assiste au repas qui est fort long, et adresse fréquemment aux jeunes époux des allocutions et des conseils; le repas terminé, il ouvre la danse avec la mariée. Je crois devoir emprunter à M. Charles Korsell (**) la curieuse description d’une noce dalécarlienne.

« Le samedi soir, veille du jour de la cérémonie nuptiale, les invités, quelquefois au nombre de trois cents, se rassemblent dans la maison où la noce doit avoir lieu. Leur premier soin est d’y déposer les provisions qu’ils ont apportées dans leurs voitures pour contribuer à la joie du festin, et qui se composent ordinairement de beurre, de fromage, de jambon , etc. ; ensuite , connue ils he pourraient être tous logés dans la maison nuptiale, ils sont répartis dans les maisons du voisinage.

Alors la fiancée, si le lieu fixé pour la noce se trouve éloigné de l’église, se rend au domicile du vicaire, où elle fait sa toilette de grand matin, afin

(*) Voyez, le Voyage d'un officier hollandais en Suède, p. 181.

(**) l/ne année en Suède , p. 17 et suiv.

d’être prête à recevoir son futur, qui arrive a cheval avec tout son cortège.

C'est au presbytère que se règle l’ordre de la procession avant qu’on se rende à l’église.

à Le bedeau, une baguette ou un fouet à la main, s’avance le premier, suivi des musiciens; vient ensuite le fiancé en grand costume, ayant à ses côtés l'un des parents les plus notables, et quelquefois 1e soldat du quartier, appelé brudsven ou reduman , et suivi des chevaliers de noce. Après eux viennent lesdemoiselles d’honneur au nombre de huit ou dix. Elles sont vêtues d’un jupon vert, d’une camisole noire, et portent autour du cou plusieurs rangs de perles de verre, et a leurs doigts une profusion de bagues de vermeil ornées de breloques; de leur longue tresse de cheveux attachée autour du sommet de la tête pend une quantité de rubans de soie de différentes couleurs, dont les bords sont souvent brodes en or ou en argent.

Enfin paraît la fiancée, conduite par une femme mariée, choisie pour l’ordinaire parmi ses plus proches parentes. Sa iéte est surmontée d'une couronne de vermeil, ornee de breloques èt de feuilles du même métal, le tout appartenant à l’église; ses cheveux bouclés (* ) , entremêlés de rubans, flottent autour de son cou, qui est entouré, comme celui de ses compagnes, de plusieurs rangs de perles de verre et d'autres ornements; des gants brodés, une antique robe de satin noir, et un fichu enrichi de tout ce que l’imagination a pu produire de plus brillant , complètent ce singulier costume.

« I.cs musiciens s'arrêtent devant l’église, et le prêtre donne la bénédiction aux époux. Après le service divin, tout le cortège se rend à la maison où la noce doit être célébrée. La mère de l’un des mariés et la femme chargée, de la cuisine ( redeian ) les reçoivent sur le perron : la première conduit les convives dans les salles où sont dres-

(*) Quelquefois clic porte une perruque de lin pour représenter des cheveux d'or.

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sées les tables pour le festin; la seconde mène la jeune mariée dans la cuisine pour lui faire goûter les mets qu’elle vient d’apprêter, usage qui se rattache probablement à quelque ancienne superstition. La jeune épouse s'assied à table entre son mari et le curé de l’endroit; le soldat du quartier obtient toujours une place distinguée. Vers la un du repas, et après un discours prononcé par le cure en l’honneur du nouveau couple, la jeune épouse se lève, -suivie du reduman et d’un musicien, fait le tour des tables, présente à chacun des convives une coupe d’argent appelée skxnkkosa , remplie de bière forte ou de quelque autre boisson estimée. Le convive à qui la coupe est présentée la vide, et place son offrande sur l’assiette que porte le reduman, ou bien il dit à eelui-ci de quelle manière il contribuera à l'établissement des jeunes gens. A chaque don, le reduman proclame à haute voix la nature et la valeur de l’offrande. Pendant cette tournée appelée skscnka (cadeau), le ■musicien joue un air particulier connu sous le nom de skænktoten (le son du cadeau). La jeune femme dit quelquefois en présentant la coupc : <■ Que le bon Dieu vous garde en paix , c’est ma santé et celle de mon danneman (*); »

mais ce toast n’est pas généralement en usage.

« Cette cérémonie terminée, le curé ouvre le bal avec la jeune épouse, leur danse est une espèce de valse lente et grave. Vers la nuit, la nouvelle mariée est -enlevée pendant la danse par ses compagnes, qui l’amènent à son époux. Les festins de noce, entremêlés de nombreux divertissements, durent plusieurs jours de suite; pendant ee temps, le musicien joue d’ordinaire le rôle de bouffon, et cherche, tantôt déguisé, tantôt sous son propre costume, à divertir tout le inonde par ses extravagances. Le lendemain de la grande cérémonie, la jeune femme doit faire des cadeaux de

(*) Paysan libre , propriétaire du sol qu’il cultive.

rubans, de mitaines, de fil, etc., à toutes les familles présentes. Ces cadeaux sont proportionnés aux offrandes de la veille. Durant cette distribution, les jeunes gens vont dans les bois abattre un sapin d’une hauteur considérable, qu'ils traînent jusqu’à la maison pour l’élever au milieu de la cour, où ils sont reçus par l’époux, qui les régale d’eau-ae-vie. Un des derniers soirs de la noce, le marié est à son tour enlevé par ses amis et conduit à sa jeune épouse. Quand la fin de la fête est arrivée, le garçon de cuisine entre dans la salle, l’air" triste, tenant une marmite vide ou bien un robinet, comme pour annoncer l’état pitoyable de la cuisine et de la caver). Alors tous les convives se retirent chez eux. »

Funérailles. Toute la pompe des cérémonies est réservée pour les derniers devoirs que l’on doit rendre aux morts; c’est une véritable fête; on y dépensé des sommes énormes. L’entf rrrirn nt a lieu trois jours et plus après le décès, et plus le convoi est nombreux, plus il honore la famille. D’ordinaire le cercueil est couvert d’étoiles d’argent , et à la tête est fixée une plaque de ferblanc sur laquelle est inserit un verset du livre des psaumes. Lecimetiere, cette dernière demeure du parent et de l’ami est entretenue avec soin ; des arbres, du gazon, des fleurs ornent de modestes sépultures, où la vanité des vivants ne blasonne pas la tombe des morts.

Fabrication du pain. « En Suède et même à Stockholm, les classes inférieures ne font du pain qu’une ou deux fois par an. Ce pain est de seigle mêlé avec de l’avoine ; on le nomme knxkkebrœd ou kakebroe. Il est rond et plat, de la forme et de la grandeur d’une assiette ordinaire, troué par le milieu, et n'a pas l’épaisseur de la largeur du petit doigt. On en voit iiendre, enfilés par centaines, aux plafonds des maisons de paysans. Ce pain, quoique ex-

(•) Ce symbole si expressif rappelle noire vieux chant populaire : Aüez-vous-en, gens de la noce.

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cessiveroent dur, n’est pas désagréable au goût ; on en présente sur la table des personnes les plus distinguées avec du pain de froment très -bon et très-blanc. Dans les temps de disette, et principalement dans le nord de la Dalécarlie, on ajoute à la farine de seigle et d’avoine de l'écorce de bouleau bien macérée et pilée, ce qui rend ce nain si dur, qu'il faut des dents dalécarliennes pour pouvoir le mâcher (*). » Il est inutile d’ajouter que les classes riches savent sc donner toutes les jouissances de la vie confortable.

Menu d1 un bourgeois de Stockholm.

Dès son réveil , on dresse près de son lit une petite table couverte d'un plateau, sur lequel se trouvent tous les ustensiles nécessaires pour prendre du café : les tasses sont très-petites; le lait, le sucre, le beurre ordinairement d’une qualité supérieure. A dix ou onze heures , déjeuner avec des tartines de beurre , du jambon , du poisson salé ou fumé et de l'eau-de-vie. Le dîner est servi à deux heures. Le repas se compose presque uniformément d'une forte pièce de veau, que l’on a fait cuire le dimanche pour paraître sur la table pendant toute la semaine; on y ajoute du poisson et un plat de pommes de terre, et, pour boisson, de la bière et de l'cau-de-vie, et quelquefois, à la (in du repas, un verre de porto. A quatre heures, le café; à six heures, nouveau repas, que l’on nomme afiom nrd : c'est une sorte de collation composée de pain, de fromage et de beurre. A neuf heures, l’on soupe avec deux plats; c’est ordinairement du gruau et du lait; souvent aussi l’on sert, comme un mets très-délicat, une soupe faite avec du lait, de la bière et du sirop ( œlost ).

Calendrier. Voici les noms des mois suédois :

Janvier , thor. dn Thnr , le Jupiter Scandinave. Février, gaje. de tiŒje, la Cerèa Scandinave. Mars, rnr, mois do printemps (germinal).

(*) Voyage d’un officier hollandais en Suède , |i. 6. Yoy. aussi John Carr, Voyage aulour de la lialiiqur, t. I, p. 164 de la traduction française.

Avril , gmt.

Mai , i/nmiter, Juin , lommar , Juillet, A(p.

Août, f kurde, Scplnnbrr , hatil.

Octobre, slagt , Novembre, rttiler.

Décembre , jul ,

moi» des herbages ( prairial ).

mois des fleurs ( floréal ).

mois de l'rté (thermidor).

mois de la fanaixoti.

mois de la moisson ( messidor).

mois de Tantomne.

mois de l’abattage des bestiaux.

mois d’bivrr.

de Jul , le Janoa Scandinave.

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