LITTERATURE
La Suède , à titre de royaume Scandinave, peut revendiquer sa part dans les anciennes poésies des Scaldes, de l’Islande et de la Norwége; toutefois nous ne pouvons ici, à propos de sa littérature nationale, revenir sur les eddas et les sagas , qu’elle aussi a sans doute chantées autrefois, mais qui ont reçu ailleurs leurs plus riches développements. Malheureusement, en retranchant de son histoire littéraire ces antiques productions du génie poétique des rois de la mer, il ne lui reste plus, pour le moyen âge et les temps modernes, qu’une liste bien courte d’auteurs et d’ouvrages.
Isolée du reste du monde par sa situation géographique, désolee par des guerres continuelles, la Suède ne put participer, durant le moyen âge, au mouvement littéraire qui' se manifestait dans tout le reste de l’Europe.
Son clergé était plongé dans l’ignorance, et les étuucs, dans les écoles des monastères, ne dépassaient point de très-étroites limites. Ce fut Seulement dans la seconde moitié du quinzième siecle que l’administrateur Sténon-Sture fonda, par privilège de Sixte IV, en 1477, l’université d’Upsala (*). Jusqu’à Gustave-Adolphe, l’université languit faute de ressources.
Ce prince la dota avec ses biens patrimoniaux, et sa fille lui donna une vie nouvelle , en appelant auprès d’elle une foule de savants étrangers qui animèrent d’une noble émulation les professeurs d’Upsala. Deux nouvelles écoles furent fondées à Dorpat en 1632, et à Abo en 1648. Mais la guerre de
{*) Ce ne fut qu'en 1 4S3 qu'une imprimerie a'élablit à Stockholm : en iG 1 3 il n’y avait pas encore en Suède une seule papeterie.
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trente ans et le traité de Westphalie, en créant des rapports nombreux entre l’Allemagne et la Suède, prévinrent l’essor original qu'aurait pris peut-être ce dernier pays, en lui imposant l’esprit et les formes de la littérature allemande.
Aux universités d’Upsala et d’Abo,
?|ui furent reconstituées en 1655, il aut joindre celle de Lund en Scanie, fondée en 1668; la Société royale des lettres et des sciences, établie à Upsala par l’archevêque Benzeiius le jeune, et qui, dès 1720, commença à publier des mémoires; l’Académie "des sciences de Stockholm, formée, en 1739, par des particuliers, qui s'occupa de faire connaître les découvertes utiles, et entretint des relations avec les savants étrangers; enfin l’Académie des lettres, créée, en 1755, par la reine Louise-Ulrique, la sœur du grand Frédéric.
Ces diverses sociétés furent autant de centres d’activité littéraire, et eurent en Suède une bien plus grande importance que partout ailleurs. Dans ce pays, en effet, où le nombre des écrivains et des lecteurs éclairés est trèslimité, il y a plusieurs branches de connaissances humaines qui ne sont pas cultivées hors des universités, et qui restent au point où les portent les professeurs.
De toutes les sciences, celle qui fut étudiée avec le zèle le plus soutenu fut la théologie; c’est elle qui mena longtemps aux places et aux honneurs.
Aucune littérature n’est plus riche
fieut-être en homélies et en sermons; es écrits ascétiques v sont aussi fort nombreux; mais les diverses’ branches de la théologie, la dogmatique, la morale , l’exégèse sacrée , furent toujours négligées. L’histoire ecclésiastique de la Suède fut seule traitée avec quelque succès. La cause de cette infériorité scientifique du clergé suédois vient peut-être de son orthodoxie rigide dans le dogme luthérien, et de son intolérance pour tout ce qui s’écartait de la pure croyance consacrée à Witlenbcrg.
Les efforts de Jean III pour rétablir le catholicisme, ceux de Charles IX en fa-
veur du calvinisme, terminés par la résolution d'Upsal en 1593, ri’amenèrent que de stériles disputes.
En philosophie, on ne peut citer aucun nom jusqu'au dix-septièine siècle. A l'époque de la tentative de • Jean III, les catholiques avaient em-
firunté, dans leur lutte, des armes à a scolastique et à Aristote; leurs adversaires s’étaient faits aussitôt les partisans de Ramus, le grand ennemi du stagirife. Après la mort de Jean III, les ramistes, favorisés par Jean Skytte, instituteur deGustave-Adolphe, eurent le dessus; les professeurs des universités durent conformer leur enseignement à sa doctrine. Mais la Saxe," redevenue aristotélicienne , et accusant la philosophie de Ramus d’élre favorable au calvinisme, la proscrivit, et élevait1 dans la haine de Platon et de Socrate les jeunes Suédois qui venaient à ses universités, où ils juraient de rester fidèles à Aristote. Lpsala fut le champ de bataille des deux partis; mais de cette mêlée il ne sortit aucun penseur original. Lorsque la philosophie de Descartes pénétra en Suède, elle trouva les aristotéliciens en possession de toutes les chaires. Introduit dans la seconde moitié du dix-septième siècle, par Hilberg et quelqurs médecins , malgré les efforts du clergé pour défendre la scolastique, le cartésianisme, après avoir produit André Rvdelius.
un des penseurs les plus profonds de la Suède (mort en 1738), dut céder la
fdace aux doctrines wolfiennes, popuarisées en Suède par Kils Wallerius.
Les philosophes qui sc distinguèrent le plus au dix-huitième siècle, sans toutefois exercer une grande influence, furent Sleiucourt, mort en 1784, Christiernin, Fremling, Rosenstein, Léopold, Krllgrcn; enfin Boethius, mort en 1809, qui fit connaître Kant par des traductions.
Le droit naturel de l’allemand Pufendorff , professeur à Lund , parut en 1671. L exemple qu’il donnait aurait sans doute trouvé des imitateurs, et les sciences politiques, annoncées avec éclat par son livre, auraient été étudiées avec succès, si les écrivains
L’UNIVERS
avaient pu jouir de toute indépendance; mais dans ce pays de révolutions per|>étuelles , il était parfois dangereux d'cmettre trop librement son opinion.
Dahlman, qui , après la mort de Charles XII , avait soutenu l'origine divine de la royauté, fut condamné à mort comme traître, tandis que, sous Charles XI, Castovius avait failli éprouver le tne'me sort pour avoir défendu la thèse contraire.
L’économie politique a été, depuis la seconde moitié du dix-huitième siècle, cultivée avec soin; il faut nommer Kruger et Nordenkrantz, YVargentin et Nicander. I.es universités ont maintenant des chaires d’économie politique, et le pays des sociétés d’économie rurale, et des publications qui font connaître les decouvertes des pays étrangers.
Des le seizième siècle, la Suède eut des historiens; Olaiis Magnus, si longtemps célèbre, écrivit un ouvrage de genlium septentrionalhim variis conditionibus, stutibus et moribus , où l’imagination tient la place de la critique historique, mais que l’on peut cependant consulter avec fruit pour connaître l’état de la Suède au temps de l’auteur. Le dix-septicme siècle produisit un assez grand nombre d’ouvrages historiques , défectueux (tour la plupart, et écrits en latin, à l’exception des histoires de Suède , composées dans la langue nationale, par Olaiis et Laurentius Pétri , les réformateurs du pays, qui, de même que Luther en Allemagne, et Calvin en France, donnèrent une certaine fixité à la langue par leurs nombreux travaux. Au siècle suivant, on trouve une excellente histoire de Gustave- Adolphe par JonasHallenberg (mort en 181»), restee malheureusement incomplète ; de nombreux travaux d’OIof Celsius, qui se distingua par un remarquable esprit de critique ; une histoire de Suède d’OIof de Dalin , écrite , par ordre des états, en 1743; une autre de lîotin, écrivain économiste; enfin l^agerbring composa sa Svea- Rikes historia , riche en faits et en recherches critiques. A cette liste, il faut ajouter les matériaux pour l'his-
toire de Christine, réunis et publiés en français, par Arkenholz.mort en 1777, après avoir été vingt ans bibliothécaire à Cassel ; les excellents travaux de Porthan, mort en 1804, sur diverses parties de l’histoire nationale; des mémoires sur diverses parties de l’histoire de Suede, par Erik Michel Fant , et enfin les annalesde Suède parM. Geyer, le plus remarquable de tous les travaux historiques des savants suédois.
La géographie fut toujours négligée , et le meilleur ouvrage sur cette matière, celui de Daniel Djurberg, n’est qu’une bonne compilation. La géographie de la Suède d’Éric Tuneld, mort en 1788, a été souvent réimprimée, et les cartes du baron d’IIermehn sont excellentes. Cependant la Suède compte un assez grand nombre de voyageurs qui ont publié d’intéressantes" et d’utiles relations, entre autres André Sparrmann, qui accompagna Cook dans son second voyage.
La simplicité de la législation suédoise n’exigeait pas de grandes études; aussi les jurisconsultes ne parurent-ils u'assez tard, dans la seconde moitié u dix-septième siecle. D'abord ou publia les anciennes lois provinciales; puis Loccenius les présenta dans une lorme systématique; Gyllenstolpe les compara au droit romain; Stjernhok et Lundius en firent l’histoire; Abrahamsou les commenta; nombre d’auteurs écrivirent sur des matières détachées ; et Nehrmann, anobli sous le nom de Ehrenstrale, et mort en 1769, en présenta un système complet.
Mais ce fut surtout dans les sciences mathématiques et physiques que brilla le genie positif des Suédois. Nous ne pouvons énumérer tous les savants qui s’illustrèrent dans ces branches des connaissances humaines; citons cependant le fameux théosophe Swedenborg; les deux Polhem, qui ont bien mérité de leur pays par d’importantes constructions; Tlmnberg, qui s’illustra dans l’architecture hydraulique; Rinmnn et Nordwall dans les mines; Chapman dans l’architecture navale; Virgin, Tôrngreu, etc., dans l’art des fortifications , de la tactique , etc. ; llof-
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wenius , Friewald, Celsius et Bergtnan (mort en 1781), au quel on doit l'art de fabriquer des eaux minérales, se distinguèrent dans les sciences physiques; Wallerius, Schcele, Scheuer, Gadolin, Hisinger, le comte Bonde , Hjelm et Berzelius, dans la chimie; Wahlenberg, dans la minéralogie.
Dans les sciences naturelles, il ne faut nommer que le grand Linné, bien qu’il ait formé d'illustres disciples, Spannau , Thunberg et Solander ; mais son nom suffit a la gloire de la Suède.
Si les Suédois ne sont pas restés en arriéré des autres peuples de l'Europe dans la culture des sciences positives, ils les ont précédés dans la poésie.
Odin , le dieu de l’eloquence et de l’inspiration poétique, a , de bonne heure , animé les chants des vieux bardes, ui, poêles et guerriers, parcoururent u neuvième au treizième siècle , les trois royaumes Scandinaves. Les plus anciennes scalda qui nous aient été conservées, se rapportent au dicuTbor.
La première , l'Hoslanga , composée au neuvième siècle parThéodolfde ilvind, est un mélange d'inspiration religieuse et guerrière. Elle chante les exploits du dieu contre les géants; l’autre, le Thorsdrapa , est de la (in du siècle suivant. Ainsi , à cette époque , la poesie, encore sacerdotale , n'oublie pas les dieux pour célébrer les actions des hommes. Mais l’introduction du christianisme dans la Suède mit lin à cette littérature païenne; toutefois, si la religion nouvelle chassa Odin du W alhalla, elle ne put détruire l'esprit inquiet et belliqueux de la nation ; et les .Scaldes , qui ne trouvèrent dans la vie du Christ rien qui pdt exciter leur imagination qui se plaisait toujours aux combats sanglants, chantèrent les exploits des héros et des rois de la mer, puisqu'ils ne pouvaient célébrer un dieu pacifique qui ne combattait qu’avec la parole et la persuasion.
Parmi ces anciens poèmes qui se rapportent aux héros Scandinaves, les plus célèbres sont le Birarkamal , conservé dans la saga du roi saint Olof ; le dernier chant de Hjalmar le Vaincu ; le chant de mort de Bagnar Lodbruk , ce