‹ Suède et Norwége par m. Ph. Le BasChapitre 52 sur 72 · IDE · texte numérisé non relu

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roi de la mer, qui périt en Angleterre déchiré par des serpents, dans un cachot où son vainqueur l'avait jeté ; enfin le chant funèbre d’Kwind Skuldaspillcr sur Hakau , roi de .Norwége , mort vers l’année 9lK>.

Mais les Scaldes et leurs chants émigrèrent peu a lieu vers la Norwege , et surtout vers I Islande , qui devint et resta comme le foyer de l’ancienne littérature Scandinave, jusqu’à ce qu’elle s'y éteignit et disparut devant des mœurs et une civilisation nouvelles.

Mais si l'esprit portique s'éloigna de la Suède, les formes par lesquelles il se produisait se conservèrent longtemps encore après lui. Toute chose écrite ou parlée, même ce qui parait le plus étranger à la poésie, se traduisait en vers : ainsi l'on cite, au quatorzième siècle , une donation de terres du roi Mugnus Ladislas , faite en vers rimes. En 1308, l'aïeul du roi de Suede Magnus Smek lit traduire en vers quelques romans (le chevalerie , connue l'histoire d'Alexandre le Grand, celle de Gharlemagnc , et le roman de Blanche Fleur. li existe aussi une chronique rimée, commencée sous Magnus Éricson , et continuée par trois auteurs différents, dont le dernier vivait sous Gustave Wasa.

Ge prince et tous ceux de sa maison aimèrent les lettres et les cultivèrent eux-mêmes ; car, de tous les pays de l’Europe, la Suède est celui qui peut compter le plus grand nombre de princes lettrés. Si les poésies de Gustave Wasa, d'Éric XIV etde Charles IX ne brillent point par une grande originalité , c’était au moins un exemple et un encouragement donné à de plus habiles.

La rclorme , en tournant les esprits vers les querelles de religion, était peu favorable à la poésie; on cite seulement quelques cantiques d'OIaüs Pétri , l’un des reformateurs de la Suède; et, de son frère Laurentius, une comédie deTobie , la première qui ait existé dans la langue suédoise. Le plus illustre de tous les rois de la maison de Wasa, Gustave-Adolphe, brillait aussi par uu véritable talent oratoire, et l’Allemagne le compte parmi

ses poètes sacrés pour quelques cantiques qu'on lui attribue.

Il faut aller jusqu’à George Lilie Stjernhjelm, mort en 1G72 , pour trouver enfin un poète digne de ce nom.

C'était un montagnard de la Dalécarlie , qui , préférant la culture des belleslettres au travail des mines , voyagea en Hollande, en Angleterre, en Allemagne et en France, visitant partout les universités, et préludant par de sérieuses études , à ses travaux poétiques.

La fortune récompensa son dévouement aux Muses: Gustave- Adolphe l’anoblit en 1631, et lui donna deux belles terres en Livonie; en 1648, Christine le nomma vice-président du conseil aulique à Dorpat, avec ordre de rester à Stockholm, pour présider, comme chancelier de cour , à toutes les audiences des ministres étrangers.

Par malheur , les dotations de Gustave-Adolphe ressemblaient un peu à celles que faisait Bonaparte en pays conquis; il était difficile d’en jouir avec sécurité. Les propriétés du poète , en Livonie. , furent un jour incendiées par les Russes; lui-même n'écbappa que par miracle; mais un naufrage qu’il éprouva dans sa fuite lui fit perdre ce qui lui restait. Stjernhjelm imita les anciens mètres , et remit en usage un grand nombre de locutions qui avaient vieilli ; son chef-d'œuvre est le Choix ( T Hercule ; le style en est pur et énergique ; mais si là mythologie grecque , transportée sous le ciel de la Sucde , pouvait devenir le sujet de beaux vers, elle ne pouvait donner au poète une verve originale. Stjernhjelm fit encore un assez, grand nombre de pièces de circonstances et de ballets de cour,

3ui avaient tout le mérite que l’on peut emander à de telles productions.

Stjernhjelm laissa des disciples; mais l’influence de la langue et de la littérature germaniques nuisit au développement de la langue et de la littérature suédoises. Columbus et Lasse Johanson firent même des vers en allemand , et imitèrent le mauvais goût de leurs voisins. Jusqu’au milieu du dix-huitième siècle, la Suède compta un assez grand nombre de poètes, mais sans

pouvoir espérer que leurs ouvrages devinssent jamais pour elle des titres à la gloire littéraire. Vers cette époque se manifesta une heureuse révolution:

on en était encore à de fades traductions de pastorales italiennes , lorsqu’on vit paraître, sous le nom de V Argus surdon, un journal littéraire qui , a l’exemple du Spectator anglais, prit à parti la société sous toutes scs faces, et publia une suite de lettres, de contes et d’allégories qu'animait un esprit vif et original. L’auteur, qui resta longtemps inconnu , était Dalin , que les états de 1734 chargèrent de rédiger une histoire de la Suede pour deux mille ducats. Avant de devenir historiographe par ordre de la diète, Dalin avait été poète; son poème, en quatre chants, sur la liberté suédoise, brille d'un éclat de style inconnu avant lui ; le poète transporta ses qualités dans son histoire; et la langue, assouplie par lui , eut enfin un modèle qu’on put suivre.

Dalin trouva, dans la reine Louisc- Ufrique,sœurdu grand Frédéric, une protectrice éclairée : non contente de recommander au roi l'homme que sa verve intarissable avait rendu le favori de la nation , elle voulut assurer l’avenir littéraire de sa patrie d’adoption , en fondant une académie des belles-lettres. Quant à Dalin , nommé récepteur du prince roval , il fut anoli, décoré de l’ordre de l’Étoile polaire, et nommé enfin chancelier de la cour.

Le comte de Gyllenborg et son ami le comte de Creutz se mirent à la tête de la nouvelle littérature suédoise, l’un par son épopée et ses fables d’un style correct et agréable, l’autre par son conte d’Atis et Camille , un des ouvrages les plus parfaits que la Suède ait produits. Mais l’auteur dont la mémoire est le plus vénérée, est Michael lielhnan , poète lyrique , dont les ouvrages révèlent une’ sensibilité profonde , pleine cependant de gaieté et de verve anacréontique. Personne n’a mieux que lui peint les moeurs du peuple , et plus égayé ses courts instants de repos ; aussi lui en a-t-il gardé une

SU F. DK.

vive reconnaissance, en lui vouant une sorte de culte.

A cette époque appartient aussi Hedvig Charlotte Nordenflvcht , à laquelle on doit des élégies touchantes, et que Haller, Fontenelle et Holberg honorèrent de leur amitié. Ce fut elle qui fonda l'académie qui prit pour devise Utile dulci, et dont les recueils contiennent de nombreuses preuves de sa verve poétique. La nature de son talent et, peut-être plus encore, sa lin tragique lui ont mérité le surnom de la Sapho suédoise. En effet, à l'àge de 45 ans elle conçut uneviolentepassion pour un jeune homme qui l'abanuonna, et cédant a son désespoir elle se précipita dans la nier, comme la poétesse de l.csbos.

Nous ne pouvons parler de Char-' lotte N’ordenflycht sans faire mention d'une autre femme auteur, madame Lenngren , bien qu’elle appartienne à une autre époque, puisqu’elle est morte en 1817. Ses poésies sont remarquables par le coloris, la variété des tons, la pureté du style , et surtout par une verve pleine d’originalité. Si Charlotte Nordenflvcht fut la Sapho de la Suède, madame Lenngren en fut la dixième muse. C'est soiis cette forme qu’elle est représentée sur la médaille que l'académie suédoise a fait frapper en son honneur.

Nous avons dit que l’un des traits caractéristiques des Suédois c’est une véritable piété : aussi ont-ils excellé dans les chants religieux. On cite les cantiques d’OEdinan , et surtout ceux de Wallin, surnommé le David du Nord. Ce dernier, aujourd'hui archevêque d’Upsal , n’est pas seulement un poete sublime, c'est aussi le plus cloquent orateur de la Suède.

Les idylles de I.idner sont faibles et peu populaires; c’est qu’il était difficile que la poésie bucolique pilt réussir dans un pays situé auprès du pôle.

Les poètes didactiques ont etc plus heureux : lesHeuresetlaMoissond'Oxenstierna , les Saisons de Gyllenborg, les Passions deTliorild, mais surtout les ouvrages de Léopold, peuvent être comparés aux meilleurs poèmes en ce genre des autres nations de l'Curope.

32' livraison. (SofenK.)

Un autre genre cultivé avec un égal succès, c’est la satire. Le Mois d’avril de Dalin , ou le bon temps où nous vivons ; l’Art de ramper et l’F.loge de In sottise, de Bergstrôm , quelques morceaux de Gyllenborg et de Léopold, mais surtout les ouvrages de Kellgren, qui justifie toujours son ironie par un sentiment profond de ce qui est vrai et beau , pourraient presque rivaliser avec les oeuvres de Pope et de Koilenu. .

« Il y avait, écrivait Kellgren lui-même, ] quelque temps avant sa mort , il y , avait dans le monde littéraire, un • homme obscur, dont les talents furent ' peu de chose , qui n’eut peut-être pas même ce qu’on appelle ae l’esprit, et dont la plupart des écrits furent sans mérite comme sans valeur. Mais cet homme avait une qualité peut-être dans un degré plus élevé qu'aucun de ses confrères; il était animé, pour la gloire et les progrès des belles -lettres en Suède, d’un dévouement et d’un enthousiasme qui le suivirent constamment dans sa carrière douloureuse, et firent encore sa dernière passion. »

Kellgren expliquait ainsi le but et les louables motifs de ses satires littéraires et de ses critiques judicieuses.

Un peuple aussi guerrier que les Suédois devait réussir dans la poésie épique; leurs annales, pleines de faits héroïques, fournissaient aux poètes d’abondants matériaux. Cependant la Gustnviade de Skjôldebrand , et le Gustave Wasa de Celsius , méritent à peine d’étre cités. Le seul ouvrage remarqua- , blc en ce genre est le passage du Belt, *; par le comte de Gyllenborg. Ce poème , ' destiné à retracer l’audacieuse entreprise de Charles X , renferme d’admirables descriptions écrites en beaux vers; mais l’action, malgré sa hardiesse, était d’une trop grande simplicité pour fournir matière à douze chants. L’ode de Stenhammar , sur la bataille de Swenksund , passe pour un chef-d’œuvre ; et celles de' Léopold et de F'ranzen renferment de grandes beautés.

Les Suédois ont encore moins réussi dans le drame que dans l’épopée ; la tragédie suédoise est toute française ,

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et l’on ne peut compter en ce genre une seule bonne pièce originale, malgré les efforts deGyllenborg, d’Adlerbcthet de Léopold. L'universel Dalin avait aussi fait une tragédie de Ilrynkildn , qui ne put soutenir longtemps In réputation que lui avaientfaite d’abord les admirateurs du poète. Remarquons aussi les efforts de Stagnelius, poète rêveur et religieux , qui alla le premier chercher, dans les antiquités Scandinaves , des sujets (tour le drame et des couleurs pour la poésie.

Les comédies d’Hallmann et de Kexell sont estimées, et renferment des situations comiques et des peintures vraies de quelques travers du caractère national.

Sous Gustave III , il veut une foule d’opéras, fort médiocres pour la plupart, à l'exception cependant de ceux de Kellgren et de la Médèe de Lidner.

Le roi que nous venons de nommer , fît beaucoup pour la littérature suédoise; il était fui -même un des écrivains les plus distingués de son pays , et vit un de ses ouvrages couronné par l’académie de Stockholm , bien qu'on ignorât le nom de l’auteur. Par malheur , Gustave subissait l’ascendant de la littérature française, et ne croyait pas qu'on pdt mieux faire que de traduire notre théâtre, et de se déclarer le disciple de Voltaire ou des encyclopédistes.

Cependant , pour perfectionner la langue nationale, il fonda, en I78G, une académie suédoise , dont les membres , au nombre de dix-huit , furent chargés de faire un dictionnaire et une grammaire, ouvrages aussi interminables en Suède qu’en France. Par l’influence du roi et de la cour, l’académie se lit elle-même toute française; et cette mode fut si exclusive, que tout caractère original disparut des productions des auteurs suédois.

Mais ia Suède , comme l’A llemagne , secoua un jour le joug étranger; dans le même temps à peu près où le maréchal Bernadottc était proclamé héritier présomptif de la couronne , il parut deux journaux , le Polyphéme, puis le ChvsjAoros , qui contribuèrent puis-

samment à établir l’indépendance littéraire de la Suède. Le Phosphoros était rédigé par des jeunes gens d’Upsal , pleins de mérite , de conviction , d’aroeur, et quelquefois d’âpreté.

" C’était, ditM. Ampère, le Globe de laSuède. Seulement la tendance de l’ancien Globe était plus historique , et celle du Pkosphoros plus métaphysique. Il s’appuyait principalement sur les spéculationsde la phiiosophieallemande reproduites et modifiées par un pocte moraliste, Tltorild, et par un pen.seurdoué d’une hautefaculté d’abstraction, Hœjer. C’étaient ces spéculations , et notamment celles de Kant et de Fichtc, qui avaientdonnéaux esprits le mouvement nouveau. Les phosphoristes soutinrent les théories littéraires de l’Allemagne, en traduisirent, en imitèrent les productions. Ce n’était pas encore une franche nationalité, niais un grand acheminement vers ce but ; car, entre des Suédois et des Allemands, il y a fraternité de race, sympathie de nature, parenté de langue. Mais ce qui acheva ue vivifier la littérature suédoise et de lui donner toute son individualité, ce fut le retour vers les traditions Scandinaves. Aux journaux polémiques , tels que le Polyphénie et le Pkosphoros , succéda un journal scientifique, Vfduna, qui contient des morceaux de critique et des essais poétiques du plus haut intérêt.

« Enfin, le talent de ces jeunes champions de la rénovation littéraire a mrtri, et ils ont donné à leur pays plusieurs ouvrages du premier orarc. M. Geyer,

?|ui avait montré ce que l’on pouvait aire en poésie avec les souvenirs de l'ancienne Scandinavie, s’est depuis voué tout entier à l'histoire, et son premier volume des Annales de Suède est un modèle d'érudition et de sagacité. M. Hammarskiôld , disciple ardent de la philosophie allemande, y mêlant quelque chose du mysticisme indigène de Svedenborg, a publié une Histoire de la littérature et une Histoire de la philosophie suédoises. Cet homme excellent vivait encore quand j'etnis«à Stockholm; je le vis atteint déjà de la maladie dont il est mort ,

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déjà couché , tout souffrant et tout pâle, sur le lit d'où il ne s'est pas relevé pour longtemps. C’est chez lui que je rencontrai le poète Atterborn, qu’on pourrait appeler le Lamartine du Nord.

C'est la même suavité de mélodie, de tristesse et d’enthousiasme, avec plus de vague et d'audace. M. Hierta a écrit, sous le titre bizarre de la Dame de Pique , un roman évidemment inspiré par Werther, dans lequel, à la passion telle que Goethe sait la peindre, se mêle un tour d’imagination excentrique, assez^emblable à celui de Jean-Paul, et qui porte l’empreinte d’un génie particulièrement sombre , où l’on sent une tristesse toute Scandinave. Enfin , ce qui a mis le sceau nu triomphe du parti novateur, c’est le pocme de Frithiof, publié par M. Tegner. Un ancien récit conservé par la tradition, une saga, a transmis la belle-ct pathétique histoire dont M. Tegner a fait le sujet de son poème. Ayant à intéresser des lecteurs du dix-neuvicme siècle à des moeurs et des sentiments du huitième, il s’est tiré en général avec bonheur de cette difficulté. C’est un des exemples les plus brillants du parti qu’on peut tirer, pour la poésie de notre temps, des sujets empruntés h une époque primitive.

« Peut-être M. Tegner a-t-il mêlé une trop grande délicatesse de sentiments aux rudes passions de l’époque héroïque, qu'il retrace quelquefois dans toute son énergie. On croit lire un chapitre do l’ancienne saga , quand le poète moderne, qui l’a en effet suivie fidèlement en cet endroit , nous montre Frithiof au milieu des flots déchaînés

Ear les puissances magiques, distrinant de l’or à ses compagnons pour qu'ils n’arrivent pas les mains vides chez la déesse de la mer; enfin le héros et le vaisseau lui-même, ce vaisseau animé comme les trépieds d'Homère ?

attaquent ensemble les monstres qui soulèvent la tempête; Frithiof en atteint deux de ses traits , et le brave navire F.lllda perce du fer de sa proue le troisième qui flottait devant lui sous la forme d’une immense baleine. Mais peut-être trouvera-t-on le morceau qui

va suivre trop tendre et trop déli.

rat pour appartenir au même ensemble ; dans I original il est pleinde grâce et de naïveté.

rinm* D'uiaitosa.

Voici l'antnmrM i

D# la mer i#* Moi brumeux tonna.

Ah! *»r elle j'almcrti* Uni Aller flottant !

S«iua Ica étoile*

Je *u blanchir «ea toüm.

Frithiof, heureux ton vatMeaa Qui fuit aar l'eau I

Quand il me quitte,

Flola, pourquoi l’en traîner >1 tillf Astre* , protégea la sentier Du nautnoier.

f/été rnméoa

Le voyageur; mais sur l'arêna Je ne pourrai pas m'élancer Pour t'embrasser.

Car sous la terra

On me couchera solitaire ,

Ou prés d'nn autre époux j’irtl Et languirai.

Aigle qu'il aime,

Resta, je t'aimerai «la même, par moi chaque jour tes petits Seront nourris.

Laine mon Toile,

Je tr broderai sur lo toile Des ailes d’argent , puis encore I>ex serres d'or.

Aigle rapide,

Regarde avec moi la mer vide j Monte sur mon épaule..,. Ilélas 1 Il ne vient pas.

Je serai morte.

Quand il retiendra ; mal* n'importe, l'il quand tno cri le saluera ,

Il pleurera.

« Il ne faut pas faire pleurer un héros Scandinave , c'est-à-dire, quelque chose de fort .semblable à un pirate.

« Quoi qu’il en soit de ce reproche, le pocme est plein de beautés dans des genres très-divers; il a eu un succès de vogue , un succès tout national. Ce qu'il y a de piquant, c’cst que l'auteur a été récompensé de crltc oeuvre païenne par un évêché, eelui de Wexiô. En Suede , où l’état des finances ne permet pas un grand luxe de pensions et de sinécures, tel est l’avancement

3ui attend souvent des littérateurs et es savants, distingués par un tout autre mérite que le talent de la prédication ou la science théologique.

L’UNIVERS

« Du reste, la querelle entre les deux partis littéraires , décidée par le meilleur argument , par de bons ouvrages, vient d'aboutir à l’entière victoire du parti révolutionnaire. Atterbom a même eu avec le vieux Léopold (* (**)) une entrevue touchante , dans laquelle le jeune romantique s'est accusé de quelues vivacités de critique dont il avait té coupable dans le Phosphoros , et le vénérable patriarche de l’école classique, devenu aveugle par les années, s’est réconcilié avec son jeune adversaire. Ainsi il y a eu entre les deux camps guerre, triomphe et pacification (*•). •

BEAl'X-ABTS.

Jusqu’à Gustave III, les beaux-arts étaient à peu près restés étrangers à la Suède; si l’on voyait dans les églises quelques bas-reliefs et de rares sculptures, elles étaient l’œuvre d’artistes étrangers venus, de Flandre et d’Allemagne, dans un pays où ils n’avaient à craindre aucune concurrence de la part des nationaux. La réforme, avec son caractère iconoclaste, ne songea point à favoriser ces occupations mondaines. Mais quand les Suédois , durant la guerre de trente ans, se mirent à parcourir l’Allemagne, et rencontrèrent partout devant eux les chefsd’œuvre de l’architecture gothique, et les tableaux d’Albert Durer et de Lucas Cranach, le goût leur vint des ouvrages de l’art. Christine commença à faire des collections de tableaux*, de sculptures et de médailles, donnant l'ordre à ses généraux de lui envoyer tous les objets précieux qu’ils rencontreraient; mais, sous son règne, les arts, comme les lettres et les sciences, furent cultivés par des étrangers : l’architecture p*r Simon de la Vallée ; la peinture par David Bcck, élève

(*) Ce vétéran de la littérature classique avait survécu à scs anciens confrères de l'académie de Gustave , et des ait à son âge autant qu’à la nature de scs productions d’ètre cou* sidéré comme le plus redoutable adversaire de la nouvelle école.

(**) Ampère, Éluda sur le Nord.

de Van - Dvk , par Munirhhoffen et Bourdalot. Charles XI appela de même les sculpteurs Chaveau et la Porte, auxquels ou attribue les lions de forme colossale placés devant le château royal de Stockholm, et les deux renommées qui sont au-dessus du grand portail du côté du nord. Mais cc prince vit enfin les Suédois se livrer eux-mémes aux arts avec succès; OlofRudbeck devint bon architecte et bon dessinateur; Nicodème deTessitt, ne près de Nykôping en 1654, et mort à Stockholm, grand maréchal du royaume, après avoir parcouru toute l’Europe et s'être longtemps arreté à Rome, éleva le château de Stockholm, celui de Drottningholtn, le palais du gouverneur, la cathédrale île Calmar, et le tombeau du comte Benoît Oxenstierna à Upsal.

En 1735 , Bouchardon , alors célèbre en France, vint passer deux années en Suède, et contribua, par ses conseils et ses exemples, aux progrès des arts dans ce pays, où on lui attribue les médaillons des rois de Suède.

Charles XI n’encouragea pas moins la peinture. La reine mère envoya, à ses dépens, F.hrenstrahl en Italie et à Rome, où il se perfectionna sous Pietro di Cortona. Son jugement dernier, peint dans la grande église de Stockholm , jouit d'une réputation méritée; on peut lui reprocher seulement d’avoir trop cédé, dans ses divers ouvrages, au goût pour les allégories, qui régnait alors en France.

Philiptic Lemhkc peignit les batailles de Charles X, d’apres les dessins du comte de Dalilberg, l’auteur de la Svecia antigua et hodierna; Pilo imita Téniers avec succès ; Sàfvenborn, élève de Vernet, fit quelques bons paysages; Hoffman s’est rendu célèbre par son tableau du maître-autel de l’église de Sainte-Claire; Hillerstrôni , d’abord ouvrier aux Gobelins, et devenu, à son retour en Suède, directeur de l’académie des beaux-arts, a laissé de charmants tableaux représentant des scènes comiques de la vie domestique; Wertmuller et Akerslrôm, tous deux élèves de Pilo, soutinrent dignement la réputation de leur maître.

SUÈDE

Mais le plus grand des artistes suédois est Sergell. Fils d'un tailleur de pierres de .Stockholm, il montra de bonne heure de si heureuses dispositions, que le sculpteur Larchevêqueen fit aussitôt son clive, et remmena avec lui à Paris. De la, Sergell passa à Rome, et y sculpta un faune où se montrait un talent si supérieur, que plus tard l'Institut de France en voyant ce chef-d’œuvre, qui décore aujourd’hui le palais du Luxembourg, nomma Sergell l'un de ses membres. F.n revenant d’Italie, en 1779, il fit à Paris sa belle statue du Spartiate Othryades.

I)e retour enfin dans sa. patrie, il l’enrichit de nombreux ouvrages : Mars enlevant Vénus blessée par Diomède, Diomède emportant le Palladium, la statue en bronze de Gustave III, celle du maréchal comte d’Ebrensværd, un bas-relief représentant la résurrection du Christ, le mausolée de Descartes, ceux de Gustave III et de Linné, elc. Mais les deux chefs-d'œuvre de ce sculpteur sont le Cupidon et la Psyché. Il régné dans la composition de ces deux statues une finesse de contour, une grâce, un sentiment que l’on ne peutdécrire. Chose singulière , ce grand artiste a passé les dernières années de sa vie en proie à une mélancolie qui ne devrait s'attacher qu’à l'indigence et au talent méconnu. Cette inexplicable maladie privait ses nobles occupations de leur charme, le rendait insupportable à lui-même et le dégoûtait du monde entier. Insensible à l’attachement de ses amis, à l’admiration de ses concitoyens et des étrangers, visible seulement pour ses ouvriers, qui ne l’approchaient qucdiffieilcmcnt, il mourut dans un isolement et dans une tristesse qui durent hâter sa lin.

Si la Suède a perdu Sergell, il lui reste le peintre d'histoire Westin, et les trois sculpteurs Gôthc, Bystrôm et Fogelberg.Gôthe dont la réputation est la plus récente, débuta à Rome, où il étudia six ans, par la statue colossale de Méléagrc , qui loi mérita les éloges des artistes réunis alors dans la capitale des arts; son Bacchus, qui appartient à Charles XIV,

est un chef-d’œuvre de grâce et de vérité. Bystrôm, sculpteur distingué et d’un mérite précoce , remporta , des l’âge de seize ans, un prix à l’Académie pour un bas-relief représentant la mère des Gracqurs. De Home, où il alla étudier, il envoya une bacchante d’un dessin si pur, qiie Sergell aurait voulu, disait-il lui-méine, en être l’auteur. Plusieurs statues de Vénus et de l’Amour, d’Hercule allaité par .1 linon , la statue colossale de Charles XIII et une foule de bas-reliefs et de tombeaux, attestent la fécondité de son génie. Quant à Fogelberg, que la mort a enlevé à la fleur de l’âge, cherchant scs inspirations dans la mythologie Scandinave, il a laissé Vénus et Hercule{*) pour Frét a et Odin, comme Tegner a abandonné Apollon et le Parnasse græco-romain pour les anciens rois de la mer et le Walhalla. Ses trois statues d’Odin, de Thor et de Frcvn, portent un caractère original et l'empreinte d'un talent qui promettait encore à la Suède de nombreux chefsd’œuvre.

La Suède eut de bonne heure des mélodies nationales si remarquables par leur douceur et leur mélancolie (**} que les plus grands compositeurs les ont prises pour thèmes de leurs fantaisies variées. Toutefois ie godt de la musique a été très-tardif en Suède et ne paraît s’être développé que parsuitc des relations de ce pavs avec le sud de l’Europe. Ses compositeurs les plus estimés sont Bervald , C.ruseli, Ahlstrôm, le comte Skjôldehrand , et, si je ne nie trompe, le prince royal lui-même dont le goût sûr et éclairé a contribué efficacement à accroître le penchant des Suédois pour cet art , auquel ne peut rester longtemps étranger un peuple aussi éminemment religieux. Mais la réputation de ces artistes est encore

(*) Cepcndaut lui aussi a payé sa dette à la uiylliotuçie grecque. Ou cite avec éloge sa slalue Je Mercure, qui fnit partie aujourd'hui de la rielie eoUcctiun du comte de l'onde , le Mécène de la Suède.

(**) Il esta remarquer que toui ces chaut» sont dans un ton minetr.

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toute locale ; elle n’a point franchi le Sund, et aucun d'eux n’a pris place parmi les grands maîtres de l’Allemagne, de l’Italie et de la France.

Sans doute, dans aucun de ces genres, la Suède ne peut offrir encore un grand nombre d'œuvres remarquables à l’admiration des étrangers; mais il faut lui donner le temps d’avancer dans cette voie quelle s’est ouverte si récemment, et où déjà elle a donné des preuves assez nombreuses de son goût éclairé. Si elle n’est point, comme l'Italie, la patrie des arts, elle

n’est pas non plus, cdrfime elle, réduite a cacher sa misère sous quelques grands noms d'autrefois. Sa vie a été jusqu'ici trop laborieuse , pour qu’elle ait pu trouver le loisir de rendre aux muses l’hommage qui leur est dû ; mais aujourd'hui que, grâce au souverain éclairé qui la gouverne, elle a assuré son indépendance, sa prospérité et son repos, elle saura mettre en pratique la devise d'une de ses academies, Utile dulci, et faire fleurir à leur tour les arts de la paix à l’ombre de ses antiques lauriers.

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