‹ Suède et Norwége par m. Ph. Le BasChapitre 68 sur 72 · GÉOGRAPHIE POLITIQUE 1>E LA SUÈDE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE POLITIQUE 1>E LA SUÈDE

Diocèse de Christiansand. De tous les dioeèses norvégiens , le plus méridional est celui de Christiansand , qui compte , de l'est à l’ouest , soixantehuit lieues, et, du sud au nord, cinquante-sept. La capitale de ce diocèse est Christiansand, la quatrième cité du royaume, quoiqu’elle n’ait uu'une population de cinq à six mille âmes. Son port, vaste et profond , en fait le refuge des navires avariés dans la traversée dangereuse du Catégat. Les Anglais la ruinèrent en 1807 ; mais son port a été restauré et fortilié. Elle possède aussi une belle cathédrale et un établissement de quarantaine. On cite encore Arendal, bâti sur pilotis, au milieu des rochers; la jolie ville de

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Skien , qui possède un grand nombre de moulins à scie; enlin Staranger, l’une des plus anciennes cités de la Norwége , et dont la cathédrale passe pour le plus beau monument gothique du royaume. Les principales branches du commerce de ce diocese sont : le goudron, les bestiaux, le poisson sec et le bois en poutres et en planches.

Diocèse d’.-iggerhus. Le diocèse d’Aggerlius. le plus peuplé de la Norvège , renferme d’importantes mines de fer, trois de cuivre , une d’argent , une de cobalt , une saline et une alunière. L’usine de Barum fournit annuellement cent cinquante mille kilogrammes de fer en barres. On y trouve encore cinq verreries, une tannerie et un grand nombre de scieries qui sont venues prendre position sur fer plus belles cascades dont elles sont le triste, mais indispensable ornement.

Les principales villes de ce diocèse sont: Laurwig, située entre deux rochers à l'embouchure du Laven , dans le voisinage de l’importante forge de Fritzœr, où l’on coule des canons, et de la forteresse de Frédériksvôrn. L’unde ces deux ports sert de station à la marine royale; Frédérikshall , et mieux Fredriksliald,àremboucliuredu Glommen , et protégée par la forteresse de Fredériksteen (*j; Frédérikstad, la seule ville de la Norvège qui soit bâtie en pierre ; Moss, sur les bords du golfe de Christiania, qui a, en certains endroits, e nq lieues de large; Tonsberg, la plus ancienne ville de la Norwege , également sur le golfe; Drammen, sur la rivière de ce nom, et qui fait le commerce de bois le plus considérable de tout le royaume ; enlin Christiania et Kongsberg. « On éprouve un véritable ravissement, dit M. Ampère (**), quand, apres avoir employé plusieurs jours à traverser le pays solitaire et sauvage que l’on a parcouru depuis la frontière suédoise , on découvre tout à coup à

(*) Voyez ci-dessus p. 53o. En 1R14, les Suédois élevèrent une pyramide à l'endroit ou Charles XII avait été tué.

(") Esquisses du Nord, page St et suivantes.

ses pieds la ville de Christiania , dans une position admirable; au-dessus d’elle, s'élève une grande pente verte, senne de maisons de campagne, à la manière des beaux en virons de Ceneve; derrière sont de hautes montagnes , et , du côté opposé , la ville est bordée par la mer.

« Quand nous arrivâmes au sommet de l’Egger-Berg, le soleil se couchait dans une vapeur grisâtre et légère. Les montagnes du fond étaient sombres , l’aspect du pays calme, la mer immobile. Cette grande étendue était muette; aucun mouvement dans le port ; on voyait seulement une petite barque rentrer à l'approche de la nuit. Ce point de vue est un des plus beaux de l’univers. Regardez - vous du côté de la iner, les formes arrondies de la plage, la mollesse de certains contours, les longs promontoires doucement abaissés, permettraient de penser à Naples, si un autre soleil les éclairait. Il faut avouer que c’est une chose étrange et belle à voir que le golfe de Bnia baignant les montagnes du canton d’Uri.

« En général , on se plaint de n’avoir pas une idée vraie de l'immensité de la mer, parce que rien n'offre à l’œil un point de comparaison pour mesurer son étendue. Mais ici cette foule d'accidents que produisent les anfractuosités du golfe, les pointes, les langues de terre . les récifs dont il est semé , rendent l’immensité sensible , et la grandissent en la divisant. De là résulte une variété prodigieuse d’aspects : en suivant le rivage, tantôt vous croyez côtoyer un fleuve qui roule aux pieds des sapins , tantôt s’arrondit un bassin presque entièrement entouré de rochers; plus loin s’ouvre une soudaine échappée de vue entre de hauts écueils , ou bien un grand cap comme un mur à pic semble clore un lac tranquille; mais , sortant tout à coup de derrière le promontoire , un vaisseau à trois mâts vient vous apprendre que ce lac est la mer, que ces eaux si calmes sont des vagues perdues du grand océan du Nord, uni ont bondi dans le Catcgat, et qui, de secousses en secousses, sont

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venues mourir sur ces plages lointaines et silencieuses.

■ « La ville elle-inêinc est sans monuments et sans caractère ; une partie est neuve, blanche, régulièrement bâtie, percée de rues symétriques, qui se coupent à angles droi ts , el doit ressembler aux nouveaux quartiers de certaines cités des États-Unis. C'est là qu'habitent les gros négociants et les employés; une autre partie, occupée par le petit commerce, a une physionomie beaucoup moins régulière et plus animée. Eniin , a l'extrémité nord de la ville, sont trois faubourgs composés du rebut de la population , ou plutôt d'une sorte Aeplebs, étrangère, comme celle de Rome , selon Niebubr, a la population indigène. On a donné à ces trois faubourgs les noms expressifs d’Alger, Maroc et Tripoli.

« Quel dommage que , dans sa ravissante position, au sein de celte douce et belle nature qui l'environne, et à laquelle va si bien son nom qui sonne a l'italienne, Christiania n'ait pas un monument ! Si elle s’agrandissait avec le temps, si elle gravissait la montagne qui la domine, si elle couvrait de villas les coteaux qui la cernent, ce serait la Naples du Nord, et une Naples libre. »

Kougsberg est située dans une vallée profonde et sauvage , où coule le Lauven, au pied de l’Ions-Knuden, qui s'élève de deux mille huit cents pieds au-dessus de l’Océan. Elle a une population de huit mille âmes, qui s’augmente ou décroît avec la prospérité de la mine elle-même. Elle renferme une direction des mines, un hôtel des monnaies, une école des mines, une maison d'orphelins, un hôpital, des filatures de coton, des fabriques de jouets d'enfants , une manufacture d’armes et une fonderie.

C'est à travers la chaîne du Fillefield, qui sépare le diocèse d'Aggerhus de celui de Bergen que passe la route retracée par la planche 8. Ces montagnes présentaient de telles difficultés à surmonter, que, pour tracer une route de Christiania , qui est au-dessous du CO' degré de latitude , à Bergen qui

est à CO* 23’ , on a été obligé de remonter au delà du 61" degré, là où le Eillelield n’a qu'environ quatre lieues de largeur. Le point culminant de cette chaîne n’est qu'à 3732 pieds au-dessus du niveau de la mer, suivant de Buch, mais la proximité de l’Océan rend cette hauteur beaucoup plus frappante, car l'un de ces longs golfes qui sillonnent si profondément le continent de la Nor»ége,le Sogneliord vient presque en baigner le pied. A cette hauteur la route est jalonnée par de ion-

f;ucs perches qui servent à reconnaître e chemin au milieu de la neige, et une borne ou colonne indique la limite des deux diocèses. On trouve dans le Fillelield un grand nombre de rennes à l’état sauvage.

Diocese de Bergen. Ce diocèse est divisé en deux parties par les monts Lang-Field et Sogne-Field. Les forêts y sont devenues si rares que les paysans sont forcés de se servir de tourbe, et de réserver le bois pour les usines. La seule ville qu'il renferme, Bergen, compte de vingt à vingt-cinq mille habitants. Bien que déchue de son ancienne opulence, Bergen fait encore un grand commerce de bois de construction, de cuirs et de poissons secs et salés. Sa situation au pied de sept montagnes qui s’élèvent en demicercle autour de ses murailles , et au milieu d’une longue baie bordée de rochers, lui donne un aspect très-pittoresque. Son port , qui a trois entrées difficiles , est un des plus silrs de la Scandinavie ; la fabrication de la faïence et le raffinage du sucre sont , avec la- construction des vaisseaux marchands et la pêche, les branches principales de l’industrie de ses habitants.

Diocèse de Dront/ieim. Le voyageur qui se rend de Christiania' à Drontheim, a à parcourir une distance a peu près égale à celle qui sépare la première de ces villes de Copenhague, c’est-à -dire environ cent cinquante lieues qu’il traverse en s’avançant toujours plus au nord , et en se dirigeant vers le Dovrelield, le Saint-Gothard des alpes Scandinaves :

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ce fameux passage n’a rien de bien terrible. « J 'attendais toujours. dit M. Ainpère (*), une rime esearpée qu’il nous faudrait gravir; mais, comme nous avions fait cinquante lieues en nous élevant insensiblement , nous étions arrivés, sans nous eu douter, jusqu'au sommet; et, à force de petites montées et de petites descentes, nous nous trouvâmes de l’autre côte.

« Du reste, rien de plus triste que ccs hauteurs; le terrain se. compose presque uniquement de tourbières, de mousse, de pierres et de marécages; on ne conçoit pas qu’à cette élévation on puisse ' trouver tant d’eau. Ou la voit sourdre de toutes parts. Nous n’apercevions a travers le brouillard qui nous entourait que de petits lacs et de petites vallées , des crevasses où traînait quelque reste d'une neige paresseuse, des bouleaux rabougris et difformes, des montagnes longues, arrondies, couvertes du lichen que paissent les rennes. Rn somme, tout ce pays ressemble beaucoup n celui des f.apons. Kn s’élevant on trouve toujours l'analogue des régions situées plus au Nord : les hauteurs moyennes de la Suisse donnent une idee des plaines de la Suède; et ici, près des sommets de la Norwége, j'avais une anticipation des marais de la Laponie.

« t'n véritable enchantement m’attendait sur le revers du Dovre-Field.

Je marchais tête baissée à l’entrée d’une vallée qui débouche dans les montagnes ; tout à coup je leve les yeux, et j’aperçois près de moi trois cascades dont l'une semblait tomber des nuages assez bas qui flottaient sur nos têtes; un oiseau de proie volait en cercle à l’entour, et parfois venait la raser de son aile. Les cascades qui sont dans les livres, qu’on va chercher de propos délibéré, m’amusent jresque toujours; mais ici la surprise, 'inattendu de cette rencontre me ravit, et, dès ce moment, la même surprise se renouvelait il tous les pas. Je me croyais chez Ossian ; c’était bien la vallée aux cent torrents, la vallée

(*) Ouvrage cite, p. 109 et »uir.

étroite et retentissante de Cona. Ce n’est qu’en Norwége, après plusieurs jours de pluie , qu'on peut trouver cette abondance d'eaux vives, ce luxe de cascades. Chaque rocher avait la sienne; toutes étaient differentes de forme, d’aspect, d’effet pittoresque; les unes tombaient à ma droite du sommet qui bordait lu route; j’en voyais à ma gauche blanchir sur l’autre flanc de la vullee; d'autres encore grondaient invisibles comme un tonnerre souterrain. Tantôt c'était de loiu comme un filet d’ecume serpentant sur un fond noir; tantôt connue une écharpe se détachant d’un sommet et se déroulant dans les airs; celles-ci glissaient sans bruit le long des pentes ; celles-là, d'un seul bond, se précipitaient dans une vallée étroite et profonde, tombaient comme un lleuveou se brisaient en mille ruisseaux; l’une s’échappait h mi-côte d’une large grotte; puis, comme un cône immense , s'engouffrait dans un abîme. Une autre couvrait tout un pan de rocher de sa nappe large et transparente. J’en vis deux surtout former le contraste le plus frappant du gracieux et du terrible : la première semblait un ruban d'argent qu’une main invisible laissait flotter au-dessus de la cime des sapins et des bouleaux ; pour la seconde , on eilt dit un grand serpent blessé, traînant ses replis sur le flanc de la montagne, et se roulant dans son écume.

n Quand on a passé le Dovre-Field, la nature prend un caractère eucore plus imposant de grandeur et de solitude ; les formes des montagnes deviennent plus hardies, les vallées s’élargissent, et on découvre ces immenses horizons que je n'ai vus qu'en Norvège. A mesure qu'on avance vers le Nord, la verdure, qui est le véritable ornement de ces contrées, redouble de fraîcheur; l’iFil en est constamment enchanté , on oserait presque dire ébloui, tant elle est vive et éclatante. Cette verdure per|iétuelle tapisse toutes les montagnes, borde tous les lacs et tous les torrents , gravit les pentes les plus escarpées des rochers, et couronne leurs cimes les plus aiguës. Les

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toits des cabanes sont verdoyants comme des prés ; de sorte qu'on pourrait y faucher et même v moissonner.

Des pieds de sorbier des oiseaux y poussent même quelquefois, et alors on dirait que ces toits portent des vergers.

» La beauté des sapins de Norwége est célèbre. Ces arbres paraissent être d’autant plus beaux qu'ils approchent plus de la latitude au delà de laquelle leur taille diminue; c’est comme les Norwégiens si grands qu’on rencontre tout de suite avant les Lapons si petits. Il semblerait que le froid est favorable au développement de l’homme et de certains végétaux jusqu’à un certain point, au delà duquel son excès l’arrête brusquement. Le bouleau , qui seul partage avec le sapin la possession de ces déserts de verdure , y atteint aussi des proportions plus grandes que dans nos climats ; sa forme est plus majestueuse , scs branches plus tombantes; il offre souvent l’aspect du saule pleureur, et son feuillage, pâle et délicat, se détache avec grâce sur le feuillage des sapins dont il égaye un peu la teinte mélancolique.

<■ Nous approchions de Drontheim , de cette ancienne capitale des rois de Norwége; mais rien n'annonçait le voisinage d'une ville de dix mille' âmes. C’était toujours lu même solitude ; d'immenses forêts , d’immenses horizons, et point d'hommes; d'énormes masses de montagnes amoncelées les unes derrière les autres, de vastes espaces de verdure et de vastes espaces d'eau. Imaginez avec cela un ciel gris, un jour sans éclat, qui ne semblait pas venir du soleil , tant il était terne et morne ; une tristesse infinie et un grand calme.

« Après avoir traversé une dernière forêt de sapins, puis des pelouses désertes semblables à toutes les autres , on se trouve sur une petite hauteur; au delà on n'attend rien que de nouveaux déserts. Tout à coup on aper-

Îoit à ses pieds les toits rouges de trontheim. En présence de Drontheim, il est impossible de ne pas songer à Christiania. Les deux villes

sont placées au fond d'un de ces tiords , ou bras de mer nombreux qui s’étendent dans l’intérieur de la Norwége , et l'entament si profondément. Le fiord de Drontheim a trente lieues. C’est, jusqu’à la pleine mer, un labyrinthe d’iles, d’îlots, de promontoires; mais , devant Drontheim , le golfe est libre. Un murde rochers à pic en demicercle semble la clore de tous côtes.

La petite iledeMunk-Holm , à un demiquart de lieue de la côte en face de la principale rue de Drontheim , s’élève seule au milieu de cet immense bassin.

Deux amas de rochers s'avancent des deux côtés de la ville comme de gigantesques bastions ; sur l’un d'eux était , selon la tradition , le château du farouche llakon-Iarl , le dernier chef païen de la Norwége , nui sacrifia , dit la Saga , son propre fils à ses anciens dieux. Sur ces rochers , en présence de cette mer. on place bien le sanglant récit de la Saga.

« Si la position de Drontheim rappelle celle de Christiania, l'aspect des deux villes n’en fait pas moins une impression bien différente. A Christiania, malgré le caractère de tristesse et de grandeur empreint sur ses rivages , on est encore , si l’on ose ainsi parler, dans la Norwége gracieuse; à Drontheim , on est au lona de la vraie Norwége, de la Norwége austère.

» Ici la mer est vraiment le triste océan du Nord : plus de mollesse dans les contours, plus de formes arrondies; des lignes droites, des rochers à pic, des écueils. A Christiania, une végétation abondante couvrait les Iles et les rives, descendait jusqu’au sein des flots. Là , l’on est presqu’au terme de la végétation ; la verdure est toujours belle, mais les arbres sont clairsemés ; on les remarque , on les compte, on les regrette; les brumes mêmes sont plus épaisses , plus sombres : on se sent bien plus reculé, bien plus perdu vers les confins du monde vivant, vers les lointaines extrémités de l'univers.

« Drontheim est entièrement bâtie en bois; sa cathédrale est le seul bâtiment en pierre qu'elic renferme. Des

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mes sont larges, coupées à angle droit, et Iwrdées de maisons rouges , jaunes , grises , dont la bigarrure n'a certainement rien de monumental , -mais quelque chose de gai et d’animé qui ne déplaît pas à l'oeil. Malgré la simplicité des matériaux , le luxe se montre dans la décoration extérieure de ces demeures ; il y a à Drontheim , telle maison , celle du gouverneur , par exemple , qui peut passer pour un hôtel ou un palais de bois. Souvent l’entrée est ornée d’un portique élégant; des colonnes corinthiennes soutiennent un fronton classique ; et l’on entre ainsi magnifiquement dans une maison dont les murs, à l’intérieur, sont formés de troncs de sapins , couchés les uns sur les autres , comme dans les gaards reculés des montagnes. »

Les autres villes du diocèse de Prontheim sont Molde à l’entrée d’un golfe qui s’étend pendant douze lieues dans les terres; Christiansund , qui occupe trois îles et une pointe de terre ferme, dont les rues sont des canaux , et dont le port peut abriter la flotte la plus nombreuse; enlin Rôraas, à dix lieues des frontières de Suède, au milieu des plus hautes montagnes de la Norvège, et dont les mines de cuivre occupent cinq à six cents ouvriers. C’est près de cette ville qu’est cantonnée la compagnie de patineurs, qui fait dans l’armee norvégienne le service de tirailleurs, et parcourt les montagnes de ces contrées sauvages avec la rapidité de l’éclair.

Diocèse du Nordland. Ce diocèse , le plus septentrional de ceux de la Norvège , n’a que des villes de trèseu d'importance; Bodôe et Hundolm, décorées depuis 1816 du titre de villes, ne sont qu’un assemblage de quelques maisons en bois ; la dernière possédé de grands magasins et de vastes fiangars pour le commerce du hareng.

Alstahong, résidence du bailli au Nordland , et siège de l'évêché le plus septentrional de l'Europe , n’a que quelques masures. Citons encore Altengaard à l’embouchure de l’Alten (*).

(*) Voyez pl. a.

16* Livraison. (Norvège.’

C'est le dernier point septentrional où la terre est cultivée, et la résidence d'un chef de Lapons. La forteresse de Wardôehus, qui se trouve par 70° 22’ de latitude nord , est la forteresse la plus boréale de tout le globe; tout militaire qui y a servi volontairement pendant quatre ans , est exempt , pour tout le reste de sa vie, des obligations de son état.

Ajoutons, comme appendice à la géographie politique de la monarchie réunie de Suede et de Norvège, qu’elle possède, dans les Antilles, la petite île de Saint-Barthélemy, dont la superficie est estimée à quarante-cinq milles carrés , et la population à seize mille habitants.

StOICIS ST essais.

En Norvège, comme en Suède, le caractère général du peuple est une excessive lenteur d’esprit et de mouvements. « Leurs fibres, naturellement plus dures que celles des méridionaux, roidies encore par le froid, n’ont ni mobilité, ni souplesse, mais de la ténacité et de la force. Si on leur adresse la parole, il s’écoule toujours quelques minutes avant qu’ils s'en aperçoivent; rarement ils répondent à une première question; c’est que leur cerveau n’a pas eu le temps de faire l’opération nécessaire pour comprendre ; mais une fois qu’ils comprennent, ils comprennent bien, et répondent avec une droiture et une fermeté de sens qui étonne... Ces hommes ont autant de fierté que de droiture ; ils ont gardé fidèlement le tutoiement des âges héroïques , et l’adressent à tout le monde sans exception , à leurs pasteurs comme aux étrangers. Le sentiment de leur indépendance, de la constitution vraiment républicaine sous laquelle ils vivent, n'ôte rien, comme on peut croire, à cette fierté native. »

Peut-être est-ce à ce sentiment de fierté et d’indépendance qu'il faut attribuer l’usage où sont toutes les familles norvégiennes de vivre isolées.

« Sur toute la route de Christiania à Drontheim, dans un espace de cent

ogle

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cinquante lieues, on ne rencontre pas un village; chaque famille vit isolément dans son gaara(* (**)). Ce mot est intraduisible; nul autre ne donne une idée exacte de la manière d’étre des paysans norwcgiens. Un gaard est un groupe plus où moins considérable de maisons en bois, qui ne constituent à elles toutes qu'une seule habitation. Dans l’une de ces petites maisons couchent tous les membres de la famille, souvent assez nombreuse ; dans une autre , ils se réunissent pour manger; dans une troisième est la cuisine; dans une quatrième la grange : il eu est de même pour le grenier commun. En un mot, tout ce qui ordinairement demande une pièce séparée forme là une cabane à part; un gaard, c’est une maison décomposée. Cette disposition singulière du gaard est particulière à la Norwégc; elle y remplace le village : le village est une agglomération de familles ; le gaard est la famille primitive, dont les membres habitent, vivent, possèdent en commun; il semble que ce soit la l'élément le plus simple de la société, et qu’en Norwégc on en soit resté à son premier degre. Probablement les peuples germains, avant de former des villages , s'établissaient par familles sur le sol qu’ils occupaient : ces établissements devaint ressembler beaucoup au gaard norvégien. Ces cabanes offrent rarement le luxe d’une construction en planches; plus souvent leurs murailles sont composées de troncs de sapins placés les uns sur les autres et serrés artistement; de la mousse placée à l’intérieur, dans les jointures, achève de les rendre impénétrables à l’air, et, avec cette grande simplicité de moyens, ces demeures, tout a fait primitives, sont assez chaudes et assez confortables^*). »

Un village est souvent dispersé sur une étendue de plusieurs lieues; aussi voit-on le dimanche les chemins couverts d’infatigables piétons, ou de charrettes, rapides malgré leur grossière construction, et qui conduisent

(*) Prononcez gvr.

(**) Ampère, ouvrage cité, p. i,-.

à l’église le paysan et toute sa famille en habits de ’fète. Après le sermon, tous se livrent à la danse ou à des exercices gymnastiques; souvent les jeunes gens se réunissent pour exécuter des manœuvres militaires , et s’habituer au maniement des armes.

« Par moments , les paysans norvégiens sortent violemment du calme qui leur est habituel par de courtes explosions d’une gaiete sauvage, par la colère ou par l’ivresse; souvent il en résulte des combats sérieux. Leur arme est un couteau à gaine qui pend toujours à leur ceinture; mais, si ce que l’on dit est vrai, ils portent jusque dans la fureur du duel le sang-froid ui leur est propre. On assure qu'avant e combattre chacun lance son couteau contre une table, et que le point d’honneur, la loi du combat, leur défend d'enfoncer cette arme dans le corps de leur adversaire plus avant qu’elle n’est entrée dans le bois. On ne peut assez admirer tant de bonne foi dans la convention, et une précision d’adresse et de loyauté si grande dans son accomplissement.

« Ces paysans ont encore une autre sorte de duel qui se conçoit plus facilement. Chacun des deux combattants tient dans la main droite un de ces redoutables couteaux, et, de la gauche, saisit fortement le poignet droit de son adversaire; ainsi chacun s’efforce à détourner le coup de l’autre en lui portant le sien. Ce duel, qui tient ae la nature de la lutte , convient à des montagnards , chez qui la force corporelle et l’agilité sont les qualités principales et celles qui doivent toujours avoir l’avantage (*). »

Comme les travaux des champs ne peuvent occuper que pendant un petit nombre de jours les paysans norwéiens, ils eniploiciit les longs loisirs e l’hiver à faire eux-méines tout ce dont ils ont besoin, leurs couteaux, leurs cuillers, leurs souliers et les boutons de leurs habits; les femmes fabriquent, de leur côté, les étoffes de lin et de laine, qu’elles savent teindre avec

(") Ampère , ouvrage cité, p. 108.

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les lichens colorants dont le pays abonde.

En Norvège, on voit peu de grands propriétaires, et ceux qui existent ne sont , à vrai dire , que de riches paysans ; la noblesse héréditaire y est inconnue; mais le clergé y jouit de l'influence que lui donnent ses lumières, sa charité, son zèle pour les besoins moraux et matériels du pays; aussi est-ce aux conseils, à l'influence des évêques, et surtout des simples curés de village, que l’administration a toujours soin de recourir, lorsqu'il s’agit de former des magasins d’abondance, de réparer les ponts et les chemins, ou de propager quelque industrie utile, quelque genre nouveau de culture. C’est ainsi que plusieurs ont appris à leurs paroissiens u fabriquer des horloges et des montres; d'autres leur ont donné quelques notions de minéralogie, de botanique ou d’astronomie.

Le climat rigoureux de la Norvège exige une nourriture plus abondante et plus substantielle que dans les pays méridionaux. L’usage est de faire cinq repas : deux déjeuners , le dîner à midi , le goûter, enfin le souper; à la fin du déjeuner et du diner, on sert, dans les maisons aisées, le café et le thé. Ces repas sont toujours fort simples, et il semble qu’on mange moins en Scandinavie qu’en Allemagne, ce qui, du reste, ne suppose pas encore une sobriété excessive. Si l’on y mange moins, l’on y boit plus , surtout des spiritueux. Dans les soirées et les réunions, le punch circule comme chez nous l’orgeat ou l’eau sucrée. L’eau est sévèrement bannie des repas; l’étranger qui voudrait en mêler à son vin offenserait son hôte.

Les principales fêtes sont celles de la Saint-Jean, le 23 juin, où toutes les maisons se décorent de guirlandes, et où les paysans se rassemblent pour danser autour de barils élevés et de mâts parés de fleurs , et celles de Noël , dont plusieurs circonstances rappellent les Saturnales romaines, mais au temps où elles étaient encore une fête religieuse, et non le scandale de toute l'antiquité. «Les fêtes de Noël, dit

Malte-Brun , commencent le 24 décembre, après midi, et se terminent le 6 janvier. Ces quatorze jours s’écoulent au milieu des plaisirs et des fêtes; on ne célèbre religieusement que le jour de Noël et le premier de l'an. Dans les campagnes, ces fêtes commencent à quatre heures du soir, par des bains chauds que chacun prend séparément dans une cuve. Après le bain, on sert l’eau-de-vie , la bière et le pain de Noël; puis un repas, aussi splendide que le permet la fortune de chaque famille, réunit tous les domestiques, qui vont ensuite remercier le chef de la maison. Tout le monde se couche alors, et la chandelle de Noël brille. Pendant que les domestiques dorment encore, les maîtres sont déjà debout pour leur servir de l’eau-de-vie et du pain. Les domestiques se lèvent alors, font un repas solide, et se rendent à l’église à dix heures. Le reste du jour se passe, ainsi que les jours suivants, en visites, en divertissements de tout genre, en danses et en mascarades; c'est aussi l'époque où chacun se fait des présents. I.e dernier jour de l’année est célébré par des repas splendides. Tout le temps (nie durent ces fêtes , la table est dressée dans chaque maison, et couverte d’un grand gâteau qu’on , ne mange que le 6 janvier, jour de l’Épiphanie. »

Ï.ITTK R ATUR f.

Bien que séparés du Danemark, les Norvégiens sont encore Danois dans les villes, au moins par les mœurs et le langage. Le danois, dit M. Ampère, est l’idiome du pays, et l'existence du norwegien est une prétention nationale. Le norvégien imprimé est du danois; la prononciation le dénature un peu. Dans l’intérieur, et surtout dans le nord de la Norvège, on parle différents dialectes qui se rapprochent plus du suédois, uniquement parce que l'ancien langage de la Scandinavie, père des idiomes qui s'y parlent aujourd’hui , s’est moins altère dans ces vallées et en Suède qu’en Danemark. Deux enfants qui

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