SU K I)F
i >ous irez de force, dussiez -vous « faire le chemin garrottés.»
A Sôderkôping , il demanda pour lui-méme des pouvoirs moins limités, réclama l’observation des articles d’Upsal et la punition de Clas Flemming.
Lorsqu'on eut discuté pendant quelque temps séparément , il convoqua une assemblée générale sur la place publique, et s'adressant de préférence au peuple, il enleva facilement son suffrage et obtint sans peine qu’il lui prêtât serment de fidelité. Les seigneurs intimidés promirent à leur tour de lui obéir dans tout ce qui serait utile au roi et à la patrie ; mais le duc exigea un serment d’obéissance sans restriction , et la majorité le prêta.
Les autres résultats de cette assemblée furent de nouvelles mesures prises contre les catholiques , et pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique. Angermannus, l’ archevêque d’Upsal, faisait ses visites épiscopales avec la plus grande rigueur et même avec cruauté ; Charles lui reprocha d’agir en bourreau et non pas en archevêque. En général, ce prince s’opposa toujours aux exigences du clergé protestant, déclarant que si l’on se soumettait à l’archevêque et au chapitre d’Upsal, on aurait bientôt à regretter de s’être soustrait à l’autorité papale.
C’était alors le temps des procès contre les sorcières , qui avaient commencé à se montrer dans la Flandre française a la (in du quinzième siècle et s’étaient ensuite répandues dans toute l’Europe, chez les protestants aussi bien que chez les catholiques. En Suède , on les accusa d’aller la nuit dans les carrefours, invoquer Odin, l’ancien dieu des Scandinaves, pour lui emprunter de l’argent; car le diable des chrétiens n’était pas encore parvenu à remplacer l'ancienne divinité du pays. Ces accusations étaient ladernierè persécution du christianisme contre les souvenirs des antiques croyances du Nord ; elles ne devaient finir qu’à l’époque où l’étude de l'antiquité classique éclaira enfin l’esprit des peuples.
Charles, on le voit, se trouva, eom-
6e Livraison. (Suède.)
me son père Gustave, soutenu par la confiance du peuple, et surtout par celle des paysans, qui ne voulaient que d’un seul chef, et qui s’aperçurent promptement qu’un roi résidant h l’étranger ne pourrait jamais arrêter les exactions des seigneurs. Fort de cette assistance , Charles n’eut pas de peine à réprimer les menées du roi et du sénat. Il fut d’ailleurs puissamment aidé dans ses desseins par la résistance des seigneurs à former une armée,
fiour mettre fin aux troubles de Finande et amener la soumission de Clas Flemming. Le duc, qui ne voulait se charger du gouvernement qu’à condition que Clas serait puni, déclara, le 2 novembre 1596, qu’il renonçait à la régence, et convoqua en même temps les États, pour remettre entre leurs mains l’autorité qu’il avait reçue d’eux.
Sigismond s’empressa d’accepter cette démission, et chargea le sénat de l’expédition des affaires; mais le duc lui déclara sans détour qu’il ne se soumettrait point au sénat, et qu’il prendrait les mesures nécessaires au maintien de l’ordre, avec les États qui allaient s’assembler à Arboga (*). Le sénat protesta contre cette nouvelle assemblée : le roi l’interdit; mais elle n’en eut pas moins lieu en février 1597. Il nfy vint qu’un seul seigneur, et les membres du clergé qui s’y trouvaient se montrèrent presque tous hostiles au duc; mais les paysans étaient plus que jamais dans ses intérêts : le duc eut même quelque peine à modérer leur zèle. On le décida à reprendre le gouvernement. Les résolutions de Sôderkôping furent confirmées, et on avisa aux moyens de punir ceux qui s’opposeraient à leur exécution. La plupart des sénateurs quittèrent alors le royaume, et la mort de Clas Flemming , arrivée sur ces entrefaites , ne laissa plus en Suède personne qui ne reconnût l’autorité de Charles.
Deux nouvelles assemblées qui se tinrent l’année suivante, sur la nou-
(*) Ville de Weslmanland.
L’UNIVERS
relie que Sigismond allait débarquer en Suede avec une armée polonaise, montrèrent de nouveau au duc Charles
u'il pouvait compter sur l'affection
es paysans. Sigismond aborda en effet a Calmar le 30 juillet 1598, avec 5,000 hommes de troupes polonaises, et presque toutes les villes se déclarèrent pour lui. Des négociations entre lui et son oncle, conduites par l’entremise de quelques ambassadeurs étrangers , n'amenèrent aucun résultat , et le duc, après avoir essuyé un premier échec, délit complètement l'armée du roi près de Linkôping, le 25 septembre
1598. Charles, qui aurait pu faire son neveu prisonnier en poursuivant scs avantages , comme il aurait pu luimôme tomber au pouvoir de Sigisjnond à la première rencontre, lui accorda une trêve, et le 28 on convint d'un traité d’après lequel on mettrait bas les armes , le roi renverrait les troupes étrangères, prendrait lui-même les rênes du gouvernement, et convoquerait les États; de plus, on accorda une amnistie générale dont cinq seigneurs seulement furent exclus.
Sigisuiond se vit forcé de les abandonner à la justice du pays.
Sigismond devait se’ rendre à Stockholm par nier; mais poussé par des vents contraires à Calmar, il y laissa une garnison polonaise, ci se' rendit à Dantzig. Cette conduite irréfléchie ruina son parti en Suède; dans une diète tenue à Stockholm en juillet
1599, il fut formellement déposé par les États, et on lui annonça en meme temps que ses descendants seraient à jamais exclus du trône, s'il n'envoyait en Suède avant un mois son ÜLs tYladislas, pour le faire élever dans la confession protestante. Le duc fut déclaré prince- régent.
ciiari.es ix.
Après la fuite honteuse de Sigismond, scs partisans se trouvèrent exposés à la vengeance des paysans et d'un prince uni avait pour maxime de punir ses adversaires comme ennemis de l’état. Sigismond lit bien quel-
ques tentatives pour soulever les provinces, et envahir la Suède avec l’anpui des Danois; mais tous scs efforts n’amenèrent aucun autre résultat que d’irriter les esprits contre ceux qui s’efforçaient ainsi de troubler incessamment l’ordre et la paix publique. Le comte Érik Brahe put bientôt écrire en Pologne que les amis du roi n’avaient désormais à attendre que la perte de leur fortune, de leur honneur et de leur vie, qu'à choisir entre la roue et la potence. Sigismond répondit qu’il espérait bien avoir en Suède trop de sujets fidèles pour qu'on pilt songer à les détruire par de pareils moyens, que toutefois bon nombre d’entre eux avaient mérité , soit la roue, soit la potence, par leur insigne lâcheté.
Sigismond, en faisant cette réponse, semblait prévoir ce qui allait arriver.
En effet, le parti du roi se vit en butte à une persécution générale; ceux qui ne parvinrent pas à s’expatrier furent arrêtés, et pour la plupart massacrés; leurs biens furent confisqués ou pillés; des délateurs dénoncèrent meme les hommes les plus paisibles, et l'on crut généralement que le duc n'avait voulu mettre lin à l’anarchie que pour satisfaire des vengeances privées.
Le château de Calmar tenait encore pour Sigismond. JeanSparre le défendait. Charles le prit d'assaut et se montra le premier sur l’échelle; car il fit toujours, comme son père, preuve d'une valeur héroïque. La garnison polonaise et allemande obtint de quitter le royaume, après avoir promis de ne plus porter les armes contre la Suède; mais le malheureux Sparre, ainsi- que plusieurs autres Suédois , pris les armes à In main, furent exécutes et leurs têtes exposées au-dessus de la porte de la ville. Gyllenhielm, fils naturel de Charles , qui avait commandé le siège et auquel furent abandonnés les biens de Sparre, supplia en vain son père de pardonner à son ennemi : il ne lui fut pas même permis de restituer à la veuve de cet infortuné les biens dont ou bavait dépouillé. Dans sa détresse
SUÈDE. 83
plie s’adressa à Slgismond, et obtint de lui la crâneuse promesse qu’elle serait rétablie dans sa fortune et ses honneurs , aussitôt que la Suède serait soumise. En attendant, il l’autorisa à ajouter à ses armoiries une tour garnie de canons.
En 15!)i), Charles soumit la Finlande , et vingt-huit personnes furent exécutées; entre autres le brave Jean Flemming , fils de Clas. Olaf Stenbok, le geôlier d’Erik , fut tué à coups de fusil ; on jeta son corps dans la houe, et il fallut que Catherine, la veuve d’Erik, le fît ensevelir.
<■ Erik Sparre et ses amis, » dit Charles dans une lettre autographe que l’on conserve encore , « veulent « que le roi n'ait que le titre et les « ennuis du pouvoir, tandis qu’eux « ils en auront tous les profits avec « la liberté de chasser et de déposer « le roi aussi souvent que cela pourra « leur convenir. » On conçoit qu’ayant cette opinion de la haute noblesse, Charles ne songea point à se réconcilier avec elle , ni à la traiter avec douceur.
Après la bataille de T.inkôping, Sigismond avait livré à Charles plusieurs seigneurs, comme otages. On les joignit il quelques autres personnes accusées d'être du parti de Sigismond, et en ICOO, une diète fut convoquée h Linkôping, pour prononcer sur leur sort. La cour était composée de cent cinquante-trois personnes, dont trentehuit seigneurs , vingt-quatre officiers de cavalerie, tous nobles, vingt officiers d’infanterie, vingt-quatre bourgeois, vingt-trois avoyers et jurisconsultes, et vingt - quatre paysans; le clergé se récusa. La procédure fut publique. Charles délia les juges du serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté , et se chargea en personne de l'accusation de huit seigneurs et de cinq autres nobles , tous des premières familles du royaume. Le secrétaire du roi lut l’acte d’accusation , dans lequel on revint sur ce qui s’était passé sous le règne de Jean ; et quoiqu’on eût saisi la correspondance privée des accusés, l’accusation ne se trouva pas
très-nettement établie à l’égard de plusieurs d’entre eux. Charles , durant le procès , se permit contre quelquesuns des accuses les plus violentes invectives que le peuple, aux débats, accueillit toujours avec de bruyants murmures d’approbation. Quatre seineurs, nui se reconnurent coupales, implorèrent et obtinrent leur grâce; les antres protestèrent contre une cour où il n’y avait que des hommes de parti et non des juges.
On passa outre. Les officiers , avoyers et jurisconsultes, opinèrent les premiers et se prononcèrent pour la mort ; les paysans et les bourgeois se rangèrent;') leur avis, desortè que l’opinion plus indulgente de la noblesse se trouva en minorité. Le 17 mars, le jugement fut publié, et le 20, Erik Sparre et quatre autres accusés furent exécutes par le bourreau. Ils montèrent à l’échafaud avec le plus grand calme, en protestant de leur innocence. Les autres condamnés assistèrent au sup-
filice, et furent ensuite ramenés dans eur prison; quelques-uns y moururent, d’autres furent élargis et eurent assez de prudence pour s’expatrier; d’autres enfin , accusés plus tard d’une nouvelle conspiration , furent exécutés en 1605. On confisqua les biens des contumaces, et leurs enfants se virent privés des droits héréditaires de leurs familles; on alla même jusqu’à déclarer les fils majeurs des condamnés , complices des crimes de leurs pères , lorsqu'ils ne les auraient pas dénoncés. Une seule considération peut excuser tant de cruauté, c’est que les prédécesseurs de Charles, en ménageant la haute noblesse, ne parvinrent jamais à rétablir l’ordre dans le royaume, tandis que Charles sut le maintenir durant tout son règne. Ce peut être une excuse aux yeux de la politique, mais la morale?
Il nous reste à raconter de quelle manière Charles fut investi du titre de roi , car pour le pouvoir il le possédait dès le règne du roi Jean. En 1600, à la diète de T.inkôping, les états roturiers et les officiers de l’armée offrirent la couronne à Charles.
L’UNIVERS
La noblesse exprima uniquement le désir qu'il voulût bien continuer à gouverner le royaume. On ne put donc rien conclure encore. Quelques-uns proposèrent d'accorder de nouveau à Sigismond cinq mois pour envoyer son fils en Suède; d’autres opinèrent u'il fallait exclure toute la famille de ean III , le père de Sigismond , car celui-ci avait un jeune frère âgé de onze ans, Jean, duc d’Ostrogothie , qui n'avait contre lui que son extrême jeunesse.
Charles n’accepta ni ne refusa. Il s'assura d'abord de l'assentiment de ses alliés, Élisabeth , reine d’Angleterre, et Henri IV, roi de France.
En attendant, Sigismond avait cédé à la Pologne la partie suédoise de l’Esthonie , et obtenu par ce moyen , de la diète polonaise , la promesse d'un secours pour soumettre son royaume héréditaire. Charles résolut d’aller au-devant de l'ennemi, passa la Ilaltique avec une armée, et conquit la plus grande partie de la Livonie et de i’Esthonie; mais presque tous ses avantages lui furent enlevés l'année suivante par le général polonais Zamoisky, qui prit la forteresse de Wolmar , où se trouvaient alors Charles Gyllcnhielm , le lils naturel du roi, et Jacques de la Gardie. La belle défense qu'ils y avaient faite excita l'admiration de l’ennemi; mais Charles en jugea tout différemment. «Nous « avons reçu ta lettre, Charles, fils « de Charles, écrivit-il à son lils, et » quoique nous ne devions pas nous « occuper de ta liberté que tu as si « mal défendue , nous voulons toute- « fois , puisque tu as repoussé deux « assauts, oublier ce qui s’est passé « et pardonner à ta jeunesse. Fais- « nous donc savoir contre lequel de « nos prisonniers on veut t'échanger. »
Zamoisky aurait volontiers fait l’échange, mais Sigismond voulut se venger sur le fils de son ennemi. Gyllenhielm passa douze ans dans un cachot, et pendant plus de six il fut chargé de lourdes chaînes. La guerre en Livonie dura long-temps encore, mais dégénéra en ravages mutuels; et
bien que Zamoisky désirât la paix, on ne put pas même convenir d’un armistice.
En 1605 , Charles se rendit pour la seconde fois en Livonie, et, entraîné par son impétuosité, il perdit la bataille de Kirkliolm. Il n'échapna luimême à l'ennemi que par le dévouement d’un gentilhomme finlandais, qui lui donna son cheval et se laissa tuer. Heureusement pour les Suédois, une révolte en Pologne empêcha Siisrnond de profiter de cette victoire ; e nouvelles négociations restèrent sans résultat, et l'on continua la guerre en se bornant, comme par le passé, à la dévastation des frontières des deux pays.
Pendant ce temps, Charles continuait à gouverner la Suède avec fermeté. En 1602, il se rendit de Livonie en Finlande, se lit prêter serment de lidélité, et régla l'état des paysans, ui dans cette province étaient presque evenus les serfs des seigneurs. Puis il revint en Suède par terre, en longeant les bords du golfe Bolhnique, et en désignant les emplacements où devaient s'élever des villes nouvelles.
Avant lui jamais roi de Suède n'avait fait ce voyage.
Ce titre de roi , Charles ne le portait pas encore; maintes fois il convoqua oes diètes pour se faire offrir la couronne, hésitant toujours à l'accepter. Ce n’était point de sa part une conduite hypocrite, une vaine ostentation de modération, mais la suite d'une lutte intérieure. Il était convaincu que l'hérédité de la couronne était nécessaire à la tranquillité de la Suède. S'il avait combattu ses deux frères, c’est qu’il les avait vus près de perdre la couronne, en la laissant tomber entre les mains de l’oligarchie des seigneurs. L’exclusion de Sigismond , prince catholique, lui paraissait juste ; mais il était très - préoccupé des droits du jeune Jean, frère de Sigismond. Il hésita long-temps à profiter de la renonciation que ce prince signa à l’âge de quinze ans; il prit toujours le plus grand soin de son éducation , et dans son testament il re-
SUEDE
connut de nouveau ses droits, et pria les états de choisir entre Jean et Gustave-Adolphe, son propre fils.
En 1603 , il fit assembler les États à Stockholm , pour aviser aux moyens de continuer la guerre en Livonie , et de s’opposer aux Danois et aux Russes.
Les conjonctures étaient difficiles , le parti de Sigismond se relevait des désastres essuyés en Livonie ; une disette et la peste désolaient le royaume. Il fallut que Charles menaçât d’abandonner la régence pour se faire accorder les subsides nécessaires.
Ce ne fut qu’en 1604 qu'il se décida enfin à accepter le titre de roi ; mais dans le cours des années suivantes, il montra plusieurs fois encore l’intention de s’en démettre, et son sacre ne fut célébré qu’en 1607.
Au milieu de cette agitation intérieure, qui ne cessait de tourmenter la Suède, et malgré la guerre qui continuait sans relâche, il fit plus pour son royaume que beaucoup de. ses prédécesseurs n'avaient fait durant une longue paix. Pour abaisser les prétentions de la noblesse, il s’efforça de créer une armée permanente qui le rendit indépendant du service personnel des nobles, et pour recomposer le sénat après l’exécution et le bannissement des anciens membres de ce corps, il eut encore recours aux États, et les consulta sur les nominations à faire.
Un autre moyen de mettre un terme aux exactions de la noblesse , ce devait être la publication d’un nouveau code de lois, car tout se réglait enedre d’après des coutumes conservées par la tradition; mais il ne put faire accepter ce projet par les États. Il par- ' vint toutefois par diverses ordonnances à mettre plus de régularité dans l’administration.
Le commerce fut aussi l'objet de ses soins. Comme son père , il voulut profiter de la position de la Suède pour la mettre en possession de tout le commerce du Nord ; et e’estdans ce dessein qu’il s’efforça d’attirer tout le commerce de la Baltique à Stockholm. En même temps il fondait sur les bords
de la mer d’Allemagne, la ville de Gothenhourg, et y attirait une colonie de Hollandais en leur accordant d'importants privilèges. De toutes les denrées importées, il n’imposa que les liqueurs fortes, et en 1606, il supprima l’impôt qui jusqu'alors avait pese sur les exportations. Il est inutile d’ajouter qu’il favorisa, comme son père, l’exploitation des mines de fer, d’où la Suede tirait ses principaux revenus. Il ne se passa pas d’année qu’il ne fît construire des usines et des manufactures pour assurer les profits de la fabrication aux Suédois, qui jusqu'alors s’étaient contentés d’exporter leur fer comme ils le tiraient de la mine.
Au milieu de tous ces travaux, il avait encore à répondre aux tracasseries du clergé qui , comme nous l’avons dit plus liaut, l'accusait de calvinisme. Lui -même il écrivit et publia plusieurs pamphlets dans une polémique qu’il eut a soutenir contre ['archevêque, et l’on put reconnaître que le plus savant et le plus ingénieux théologien n’était pas celui qui devait l’être par métier. Hâtons-nous de répéter que jamais, pendant son règne, personne ne fut poursuivi (tour cause de religion. I/université d’Upsal , quoique opposée aux opinions théologiques du roi , n’en fut pas moins richement dotée. Que l’on nous pardonne une anecdote : elle fera connaître le caractère du roi. Il envoya un jour aux professeurs un projet de traité de paix, pour avoir leur opinion sur cet acte. Les académiciens le jugèrent, ce qu'il était, impraticable, et n’èn remercièrent pas moins le roi de ce qu’il avait daigné les consulter. Quelques jours après , ils furent consultés de nouveau , mais sur cette
?|uestion : De guelle manière un proesseur de l’université peut-il le mieux contribuer aux charges de la guerre?
Nous avons dit plus haut qu’en Livonie la guerre contre la Pologne se continuait sans résultat apparent. En Russie, le pSbudo-Démétrius venait, avec l’aide des Polonais, d’obtenir la couronne, pour la perdre peu de
temps apres. Charles s’allia à Vassili Schuisky, l’ennemi des Polonais, et lui envoya en 1009 un secours de 4,000 hommes, sous les ordres de Jacquesde laGardieet d'Ewert Horn.
Ceux-ci pénétrèrent jusqu’à Moscou et défirent un corps polonais oui assiégeait le czar dans sa capitale. Sigismoud, étant en même temps entré en Russie avec une autre armée, et ayant pris Smolcnsk , de la Gardie s avança contre lui, mais, au moment de livrer bataille, ses soldats, pour la plupart étrangers, se révoltèrent et passèrent à l’ennemi. Suivi de 400 Suédois seulement, delà Gardie fit une admirable retraite à travers un pays où il ne rencontrait que des dispositions hostiles. Peu de temps après, l'influence polonaise ayant obtenu la prépondérance en Russie, il prit Kexholm et Novgorod , et contraignit les Russes à signer un traité par lequel ils promettaient de se donner pour grand-duc un prince suédois.
‘ Les relations avec le Danemark n’avaient jamais été fort amicales ; toutefois la France et l’Angleterre avaient , par leur intervention officieuse , retardé une déclaration de guerre , dans l’espoir d’engager la Suède à envoyer un secours aux Hollandais contre les Espagnols. Mais en 1611, alors que Charles était déjà vieux et paralysé, et que ses fils étaient encore en bas âge , le roi de Danemark eutra en Suède à la tète d’une armée de 16,000 hommes, et prit Calmar. Le vieux roi se mit à la tête des Suédois, après avoir obtenu des états tous les subsides qu’il demanda, et parvint au moins a mettre un terme aux progrès des Danois. L’influeuce de Henri IV sur les puissances du Nord aurait peut-être arreté les hostilités; mais il avait été assassiné l’année précédente. Tout ce que les Anglais et les Hollandais purent faire , ce fut d’envoyer des ambassadeurs pour rétablir la paix.
Ce lut pendant ces négociations que Charles IX mourut, le 30 obtobre 161 ( , à Nykôping, âgé de Go ans. Toute sa vie n’avait été qu’une lutte conti-
nuelle. S'il ne put mener à fin presque aucun de ses projets, jamais du moins il ne voulut les abandonner, car il les croyait utiles à la Suède ; il ne perdit pas même, en mourant, l’espérance qu’un autre accomplirait ce que lui-même n’avait pu faire. Souvent même on le vit mettre la main sur la tête du jeune Gustave- Adolphe et prononcer ces mots : llle faciet :
u celui-là le fera. »
G l'STAVE- ADOLPHE.
Gustave-Adolphe, né le 19 décembre 1594, n'avait pas encore atteint sa dix-septième année lorsque le trône de Suède se trouva vacant par la mort de Charles IX ; mais dès sa première enfance, il avait accompagné son père dans toutes ses guerres et dans tous ses voyages; et cette éducation, souvent bien dure, avait donné à son esprit une maturité précoce et développe en lui des sentiments élevés.
Nous avons déjà dit combien l’état intérieur du royaume était alors déplorable, et l'on conçoit aisément que les exigences et les plaintes des différents états durent se manifester à la mort de Charles , avec d’autant plus d'énergie que ce prince les avait réprimées avec plus de violence pendant sa vie.
C’est ce qui eut lieu en effet à la diète de Nykôping, assemblée en décembre 1611. Les prétentions et les intrigues de Sigismond , aussi bien que le désistement du duc Jean et les démarches de la reine-mère , décidèrent les états à conférer la couronne à Gustave et à abréger en sa faveur le temps de la minorité des rois. Mais si l'on considère les dures conditions qu’on chercha à lui imposer aussitôt après, on sera tenté de croire que l’espérance conçue par les différents ordres , d’obtenir de nombreuses concessions , ne contribua pas faiblement à l’élection du nouveau roi. Pour sa part, la noblesse demanda la confirmation et l’augmentation du ses privilèges , le droit de vendre, sans payer aucun impôt, les produits de ses terres, l'exemption de toute contribution pour elle-mcme et
pour scs paysans, et la rédaction du service personnel qu'on exigeait d’elle dans l'année. De plus, le roi ne devait nommer que des nobles aux emplois judiciaires ; il devait distribuer à la noblesse les biens réunis à la couronne, et be Faire la guerre ou la paix qu'avec le consentement des états. l)’un autre edté , le clergé insistait ponrqn’on réprimât le calvinisme; la bourgeoisie, pour qu’on abolit les privilèges accordés aux négociants étrangers, et !ps impôts levés sans le consentement des états ; elle demandait en outre qu'on réunit à la couronne des biens distribues à la noblesse ; enfin , les paysans se plaignaient de l’énormitédes mipdts, de la continuité du service militaire auquel ils étaient soumis, et des exactions de la noblesse.
Gustave ne s’opposa pas à ee qu’on restreignît par quelques dispositions les droits de la couronne, et conquit bientôt, par la modération et la sagesse de sa conduite, une influence plus réelle et une conlianee plus générale que celles dont avaient pu jouir quelques-uns de ses prédécesseurs. Il eonelut, en 1013, avec le Danemark , la paix de Siorôd à des conditions équitables. Il eut le bon sens de repousser le projet plus brillant que solide de la Gardic, qui voulait mettre sur sa tète la couronne de Russie, et conclut en 1 G 1 7 , avec le czar Michel Romanof, la paix de Stolbowa , par laquelle la Suède sacrifiait bien quelques places, mais obtenait l'éloignement des Russes des bords de la Baltique; condition qui était pour elle de la plus haute importance.
Il ne fut pas aussi Facile de conclure avec Sigismond et les Polonais une paix solide et durable. La guerre de 30 ans allait éclater, et les puissances catholiques qui voyaient dans Sigismond leur allié naturel, l’excitaient par leurs promesses il se rendre maître de la Suède. I,a guerre entre ces deux puissances dura jusqu’en 1029, bien que plusieurs fois interrompue pardes armistices, et développa dans Gustave les talents qui firent de lui le prenver capitaine de son temps.
A l’intérieur, Gustave, suivant l’exemple de son père, donna tous ses soins au commerce et à l'industrie.
On lui reprocheeependant d’avoir plus que son pere cédé aux idées alors dominantes, et cherché à régler tout par des lois et des ordonnances qui , souvent, ne servirent qu’à gêner les transactions.
En 1020, il épousa la fille de l’électeur de Rrandenourg , princesse célèbre par sa beauté et par ses charmes, mais beaucoup moins par son esprit.
F.bba, fille du comte Brahé, avait été l’objet de son premier amour , et la correspondance des deux aidants , qui a été conservée , prouve combien ect amour était sineere. Gustave néanmoins sut le sacrifier à ses devoirs et aux sages représentations dé sa mère et d’Axel Oxenstierna. F.bba contribua elle-même à l’y décider.
Mais ce qui a surtout rendu ee roi à jamais célèbre , etee qui a donné pour quelque temps à la Suède une si grande influence sur les destinées de l’Europe , c’est la part active qu’il prit à la guerre de trente ans. Nous allons retracer le tableau de cetre époque si glorieuse pour la Suède et pour son roi ; mais auparavant qu’il nous soit permis de rappeler en peu de mots les principaux événements qui eurent lieu en Allemagnenvant l’intervention suédoise.
Dans le courant du XVe siècle, l’unité territoriale de l'empire germanique avait fini par disparaître, les princes avaient acquis peu à peu des droits souverains dans leurs états, et, d’un autre côté, la dignité impériale, devenue presque héréditaire dans lu maison d'Habsbourg, n'avait servi qu'à fournir des prétextes aux agrandissements de cette famille. Il s’ensuivit que la guerre et les dissensions devinrent permanentes entre les princes allemands, lorsque la réforme de Luther les eut classés en deux grands partis : le parti catholique représenté par l’Autriche , le parti protestant par la Saxe. Charles -Quint vit commencer cette division. Ferdinand , son frère et son successeur en Allemagne;
L’UNIVERS
eut , pendant la courte durée de son règne , trop de démélés avec le pape Paul IV, pour pouvoir songer à anéantir les protestants. Maximilien II fut trop sage pour former un pareil dessein , et se contenta de maintenir le statu quo de la paix conclue à Augsbourg en 1555. Mais cette tâche n’était rien moins que facile, lors même que les termes ae cette paix auraient été plus clairs. Les zélés catholiques protestaient contre une paix conclue sans l'assentiment du pape , et annulée par le concile de Trente. D'un autre côté , les protestants, alorsdans toute la ferveur de leur tendance au prosélytisme, se seraient vus dans la nécessité de renier le principe de leur confession , s’ils eussent dû fidèlement observer un statu quo fixé au hasard. Au reste, leur nombre s’augmentait tous les jours , et même pendant quelque temps on crut que l'empereur allait se mettre de leur côté. Mais Maximilien avait d’autres principes sur les devoirs du souverain et du chrétien : il déclara que vouloir forcer les convictions religieuses, c’était s’arroger les droits que Dieu s’est réservés, et que les princes qui voudraient maîtriser les consciences finiraient par perdre le pouvoir temporel. De nos jours , on sait rendre justice à une pareille conduite ; mais dans les temps de trouble, on n’aime généralement que les hommes de parti , et la tolérance pratiquée par Maximilien dans ses états héréditaires ne servit qu’à le rendre odieux aux yeux de ses contemporains des deux partis.
Malheureusement Maximilien mourut à peine âgé de 29 ans, et son fils et son successeur Rodolphe II, élevé en Espagne et livré à l’astrologie, par conséquent d’un caractère faible, se laissa entraîner aux plus violentes réactions.
Mais ce qu’il ne fit que par faiblesse, son cousin Ferdinand, duc de Styrie, le fit par conviction et sans ménagement ; il déclara qu’il aimerait mieux mendier son pain et se faire hacher en morceaux, que de tolérer plus longtemps l’hérésie dans ses états. Il dé-
posa les pasteurs protestants, fit sauter leurs églises au moyen de la poudre à canon, et, le 8 août 1600, il ut brûler 10,000 bibles. Puis il vint poser, sur le lieu même de l’exécution , la première pierre d’un couvent de capucins.
Maximilien Ier, duc de Bavière , ami de Ferdinand, élevé pr des jésuites , se pénétra de leurs princips , sans cepndant se faire leur instrument , et comptait bien plutôt se servir d’eux pour réaliser ses desseins. On ne saurait mieux faire juger le caractère de ce prince , qu’en rappelant qu’à l’âge de 16 ans, le 21 août 1589, il écrivit à sa mère : « J’ai appris hier avec un » plaisir indicible que le roi de France « a été assassiné; j’attends avec impa- « tience la confirmation de cette nou- « velle. » Il paraît qu’il ne voulait qu’on en vînt à une rupture avec les protestants que pour trouver l’occasion d’agranair ses états : ce qui semble le prouver , c'est la conduite qu’il tint lors des contestations survenues entre l’évêque de Donauwerth et les habitants de cette ville. Il commença par protéger l’évêque contre les bourgeois protestants , et finit par prendre possession de la ville. Les princes protestants ne manquèrent pas de réclamer; mais Maximilien eut dès ce moment le plus grand intérêt à empêcher toute pacification qui l’aurait forcé à rendre la ville : il ne réussit que trop bien dans scs efforts pour arriver a ce but.
En attendant, Rodolphe laissait tout dépérir par sa faiblesse et son inaction, de sorte qu’en 160S sa famille le força de céder l'Autriche et la Hongrie à l’archiduc Matthias, son frère et son héritier présomptif. Aussitôt celuici , pour s’affermir, se mit à favoriser les protestants , qui à cette époque étaient en majorité dans les états de l’Autriche.
Rodolphe , auquel il ne restait plus que la Bohême, voulant tout faire pour’ conserver ce royaume, où l’hérédité du pouvoir royal n’était pas encore bien affermie, et où les guerres religieuses dataient de beaucoup plus loin que dans aucune autre partie de l’Al-
lemagne, cnit pouvoir s'attacher la nation en lui donnant la célèbre lettre de Majesté , du 1 1 juillet 1609. Par cette lettre, on accordait aux protestants la formation d’un consistoire et la faculté de construire des églises ; on leur abandonnait l'université, et on les autorisait à élire des defensores qui devaient protéger les nouvelles institutions, eu restant tout à fait indépendants du souverain. Néanmoins, deux ans plus tard Rodolphe se vit forcé de ceder la Bohême à son frère Matthias; et probablement il se serait encore vu dépouiller de la dignité impériale, s'il n’était mort le 20 juin 1012.
Six mois plus tard, Matthias fut élu à l'unanimité empereur, et sans qu’on lui fit aucune nouvelle condition, tant sa sage administration en Autriche lui avait rendu les esprits favorables.
Malheureusement l'inaction de Rodolphe et les plans ambitieux de Maximilien de Bavière avaient déjà provoqué, deux ans plus tôt, la formation de deux alliances entre les princes du midi de l’Allemagne; l’une des protestants , connue sous le nom de F Union; l’autre des catholiques , formée plus tard sous le nom de la Ligue. Maximilien était le chef reconnu de cette dernière, et sut lui donner de l’unité et de l’inlluence, bien que, du reste, elle ne fdt pas plus favorable que l'autre à l’Autriche et au pouvoir royal. La situation des deux partis en Allemagne était à peu près la même que celle des protestants et des ligueurs en France.
Peu de temps apres l’avénement de Matthias, on convint d’un désarmement général; mais il existait trop de questions difficiles à résoudre |K»ur que les deux factions restassent tranquilles; et d'ailleurs d’autres difficultés
?|ui dans l’origine paraissaient tout à ait étrangères aux dissensions religieuses , ne manquèrent pas d’être soulevées par les unionistes et par les ligueurs. Matthias d'ailleurs ne réalisait pas, mêmedanssesétatshéréditaires les espérances qu’on avait conçues de lui; ei Bohême surtout, des contestations s’élevèrent sur l’interprétation de la lettre de Majesté, et toutes les négocia-
tions auxquelles elles donnèrent lieu se passaient entre les jésuites et les seigneurs protestants, presque sans l’intervention du roi.
Matthias n’ayant pas d'enfants, et les autres agnats ayant renoncé à la succession , Ferdinand de Styrie fut reconnu pour son successeur en Autriche, en Hongrie et même en Bohême, par suite d’une manoeuvre habile des jésuites. Aussitôt et du vivant même de Matthias, les Thurn, les Colonna , et autres seigneurs protestants, furentdépouillés de leurs emplois; les églises des protestants furent démolies et leurs assemblées défendues. Lors de l'entrée de Ferdinand à Olmutz, les jésuites exposèrent sur un arc triomphal un tableau où l’on voyait le lion ae Bohème et l’aigle de Moravie unis aux armes autrichiennes; au-dessous se trouvait un lièvre dormant les yeux ouverts, et l’inscription : adsueei'. Les dejensorcs, ui naturellement protestaient contre e tels faits , furent assignés à comparaître devant la chancellerie, où on leur fit entendre qu’ils n'eussent point à s’opposer à la volonté de l’empereur; et comme en même temps l’autorité prit quelques mesures militaires dans la ville, les protestants se rendirent le 23 mai 1618, à l'hôtel-de-ville, pour demander des explications aux gouverneurs. Ceux-ci les refusant, les protestants les jettent par la fenêtre, prétendant que ce genre d’exécution était un antique usage des Bohémiens. Toutefois les gouverneurs furent tous sauvés, pareequ'i Is tombèrent sur des monceaux de papiers que le peuple , dans sa colère , avait lancés par la même issue.
On ne sait nas bien si ces événements furent le résultat d’un plan tramé à l’avance , ou s’il faut seulement les attribuer à l’effervescence du moment , mais ce qu’il y a de certain, c’est que ce fut le signal des hostilités qui pendant trente ans devaient désoler l’Allemagne, et la première explosion de l'orage qui s'amoncelait depuis un siècle. Quoi qu'il en soit, les Bohémiens ne se hasardèrent pas encore à élire un autre souverain; ils envoyèrent même des plénipotentiaires à
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Matthias pour se justifier auprès de lui et pour demander le redressement de leurs griefs.
Mais en môme temps les états , avec l’assentiment des catholiques, réorganisaient, avec plus d'équité et d’économie, l’adihinistration intérieure devenue insupportable, et bannissaient les jésuites du rovaume, en déclarant que les principes de ces religieux rendaient toute paix impossible. Matthias aurait bien voulu pacifier le pays par des moyens de douceur et de conciliation , mais déjà Ferdinand dirigeait tout à Vienne; il traita l’empereur comme celui-ci avait naguère traité son frère Rodolphe. Dans un mémoire qu’il lit adresser à la cour d’Espagne, il disait sans détour : « Que consentir à ne lever des impôts qu’avec l’agrément du peuple , c’était faire du souverain le serviteur de ce même peuple ; que si l’autorité venait de la grâce de Dieu , ce pouvoir du peuple ne pouvait être que l’ouvrage du diable-, qu’il fallait prendre des niesures sévères, sinon l’on aurait bientôt une république de facto; qu’il fallait profiter des circonstances pour rendre l’autorité des princes absolue ; que sans doute on aurait de grands sacrifices;! faire, maisque l’obéissancequi ne manquerait pas d'en résultera la fin, dédommagerait largement les rois ! »
On envoya donc des troupes en Bohême, mais elles furent battues, et les comtes Mansfetd et Thurn chassèrent les partisans de l’empereur de presque toutes les places qui leur restaient encore; en même temps les états autrichiens refusèrent les subsides. Telle était la situation des affaires quand Matthias mourut le 20 mars 1019.
Ferdinand, successeur de Matthias, avait assez d’intelligence pour ne pas méconnaître l’esprit de son époque : il ne manquait pas du courage nécessaire pour s’opposer à ses débordements, mais il était dépourvu de cette élévation de sentiments et de cette indépendance de caractère qui domine les passions et qui gagne les cœurs. 11 ne songea pas d’auord à attenter à la lettre de Majesté, mais il continua à lui donner l’interprétation contre laquelle
les Bohémiens s’étaient soulevés, et il ne voulut consentir ni à renvoyer les troupes étrangères ni à chasser' les jésuites. Les révoltés, forts de leur coté de quelques succès, et enthousiasmés par la tête séculaire de la Réforme, n’étaient pas disposés à céder. Quelques-uns d'entre eux parlèrent de se constituer en république, à l’instar des Provinces-Unies des Pays-Bas; la majorité demanda l’élection d’un nouveau roi; un très-petit nombre seulement consentit à transiger avec la maison d’Autriche. Lé P. Lamormain, confesseur de Ferdinand, voyait dans la guerre une occasion de supprimer tous les privilèges des Bohémiens; mais les états de l’Autriche refusèrent les subsides et demandèrent l'expulsion de la société.
Dans ces circonstances, Ferdinand tourna ses yeux vers la ligue; les révoltés , de leur côté , cherchèrent à se procurer un appui dans l’union; niais les uns et les autres furent trompés dans leur attente, car l'union était presque dissoute par suite des tracasseries survenues entre les luthériens et les réformés; et la ligue, loin d’être disposée à appuyer la maison d’Autriche, cherchait sourdement à renverser cette famille dans laquelle la dignité impériale était presque devenue héréditaire. Il fallut que Thurn se montrât aux portes de Vienne, et que les bourgeois de cette ville fissent les représentations les plus sévères à Ferdinand, pour le décider à se jeter entièrement dans les bras de la Bavière et de la ligue, et à cimenter ainsi une alliance redoutable entre les princes catholiques. Cette résolution enleva à presque tous les princes protestants le courage de résister plus long-temps, et, sans l'infatigable activité du prince Christian d’Anhalt,on eilt à peine cherché à entraver l’élection de Ferdinand à la dignité impériale. Il fut néanmoins nommé à l'unanimité, le 2h août 1UI9, quelques instants avant qu’on edt reçu la nouvelle que, le 19 août, les Bohémiens avaient prononcé sa déchéance comme roi de leur pays.
Ainsi la Bohême rompait ouverte-
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ment avec la maison d'Autriche, et il s’agissait, pour elle, de se donner un gouvernement. La république avait d'asser nombreux partisans ; mais comme ils avaient peu d’influence et peu de considération , les partisans de la royauté remportèrent, et Ton songea a offrir la couronne royale à qnelue prince. Le duc de Savoie et le roi e Danemark furent écartés sans discussion; l’électeur de Saxe le fut à «urne de son ivrognerie et de sa haine contre les réformes. De tous les candidats proposés , le comte palatin Frédéric V fut le seul qui ne fut point exclu , et on le choisit à cause de son affabilité et de l’élégance de ses mœurs ( il avait été élevé à Sedan par le duc de Bouillon); mais ce qui décida surtout la préférence dont il fut l’objet, ce fut son alliance avec l’Angleterre, la Suède, la France, Venise et plusieurs autres états.
Frédéric hésita long-temps à accepter ia ronronne qui lui était offerte et qui devait lui être si funeste; mais les exhortations du duc de Bouillon et de sa femme, tille du roi d’Angleterre, le décidèrent. « J’aime mieux , disait cette princesse, manger de la choucroilte avec un roi que du rdti avec un électeur. » Il accepta donc, et fut couronné le 4 novembre. Une lettre, dans laquelle les électeurs de l'empire le dissuadaient de la résolution qu’il avait prise, arriva malheureusement trop tant.
Frédéric n’était point fait pour captiver et contpnir un peuple séditieux et |iour résister à de nombreux ennemis; il dépensa en fêtes l’argent qu’il aurait dit employer en préparatifs de guerre, et irrita une partie des Bohémiens par les violences qu’il laissa commettre contre les catholiques et contre les luthériens. Par là aussi il s’aliéna la plupart des princes de l’union, jaloux d’ailleurs de l’accroissement que venait de prendre la maison Palatine.
D’autres dangers le menaçaient encore. Ferdinand avait souscrit à toutes lès demandes de Maximilien , qui lit prendre à la ligue la résolution d’armer 21,000 hommes; le pape avait
envoyé de l’argent à l’empereur, et l’Espagne des troupes italiennes. Les négociations, qui durèrent jusque vers le milieu de juillet 1620, n’amenèrent aucun résultat important, et, vers la même époque, Maximilien entra en Autriche, soumit les états rebelles, et s’approcha des frontières méridionales de la Bohême, tandis que l’électeur de Saxe, gagné par l’empereur, pénétrait dans la Lusace, et que Spinola, à la tête d’une armée de 30,000 Espagnols, sortait des Pavs-Bas pour prendre possession du Palatinat.
On sait que le 8 novembre l’armée des Bohémiens fut détruite devant Prague, et que le lendemain Frédéric, avec sa famille, s'enfuit à La Ilaye, pendant que Thurn se sauvait en Hongrie. Ce résultat prouve que le prince d’Anhalt avait bien raison de dire que Frédéric et les Bohémiens ne s’appuyaient pas sur les cinq colonnes qui doivent soutenir toute puissance : l’argent, les armes, l'intelligence, les alliés et le bonheur.
Au commencement de l’année 1622 l’empereur était plus fort que jamais, l’union dissoute, ia Hongrie pacifiée, la Bohême soumise et dépouillée de ses privilèges, la France sans système arrêté relativement aux affaires étrangères, l’Angleterre méprisée par ses amis et par ses ennemis; comment se fit-il donc que la guerre continua? C’est que Ferdinand , poussé par ses jésuites, se laissa aller aux réactions les plus violentes et les plus insensées, et donna jiar là de la popularité et des moyens d'existence à deux partisans protestants, tous deux sans puissance et sans considération : l’un d eux était Ernest, fils légitimé d’un comte de Mansfeld; l’autre Christian , fils puîné du due de Brunswick , évêque de Halberstadt, amant de l’épouse de Tex-roi de Bohême. Ces deux capitaines se rendirent également célèbres par leur bravoure et par la cruauté avec laquelle ils ravagèrent l’Allemagne; cruauté, toutefois, dans laquelle Tilly et ses Bavarois surent bien les surpasser.
Vers le mois de septembre on parvint à les chasser du sol de l’empire ,
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et le Palatinat tomba entièrement entre les mains des Bavarois. C’est à cette occasion que Maximilien envoya au pape la bibliothèque de Heidelberg, qui de Rome vint a Paris au commencement de ce siècle, et retourna à Heidelberg en 1815.
Au mois de février 1023 la dignité électorale du prince palatin fut transportée au duc de Bavière , sans égard a l’opposition des électeurs de Brandebourg et de Saxe, qui s’aperçurent, mais trop tard, que les jésuites' ne toléreraient pas plus les luthériens que les calvinistes, et de l’Espagne qui, plus clairvoyante que la ligue d’Allemagne, voyait dans les princes de Bavière les alliés naturels de la France contre la maison d’Autriche. L’électeur de Saxe fut apaisé par la cession de la Lusace , et i’on se moqua de l’électeur de Brandebourg. Quant à l’Espagne, cllecommença dés lors à languir.
Nous voici parvenus à la seconde période de la guerre que les affaires du Palatinat, ravagé par les Bavarois et par les Espagnols , et la réaction contre les protestants , ne laissèrent point encore assoupir. Frédéric, dans le but de se faire restituer ses états, eut recours à une double série de négociations : les unes, près de son beau-père Jacques Ier, furent sans résultat; les autres, près de son beau-frère Christian IV, roi de Danemark, en eurent d’importants, et nous intéressent particulièrement, uisqu’elles amenèrent l’intervention e la Suède.
Christian n'avait jamais reconnu son beau-frère comme roi de Bohême ; mais lorsqu’on le dépouilla de son Palatinat, et lorsque la réaction catholi-
Sue devint de jour en jour plus brutale, entama des négociations avec les princes de la Basse-Saxe, l’Angleterre, les Pays-Bas et la Suède , où Gustave- Adolphe commençait à prendre une attitude imposante. Au printemps de l'année (024, Oxenstierna, le fameux chancelier de Gustave , apaisa les querelles qui existaient entre les deux royaumes Scandinaves; mais Gustave
2ui était alors occupé en Pologne, et l.xenstierna qui connaissait à fond le
peu de confiance qu’on pouvait accorder aux unions des princes allemands, agissaient avec beaucoup de circonspection et demandaient aes garanties, qu’on n’était nullement prêt à leur accorder. Gustave crut faire assez pour le moment, en empêchant les Polonais de venir au secours de l’empereur. Il débarqua, le 30 juin 1625, a l’embouchure de la Duna , et conquit en deux mois toute la Livonie. Christian, que les lauriers de Gustave empêchaient de dormir, et qui d’ailleurs espérait faire donner à ses fils des évêchés en Allemagne, sc décida à céder aux instigations de la Hollande, de l’Angleterre et du Brandebourg, et se fit nommer colonel - général des troupes du comté de la Basse - Saxe L’union des princes de ce cercle, provoquée par les ravages que Tilly exerçait dans leurs états, aepuis qu’il en avait chassé Mansfeld et Brunswick, n’était point dirigée contre l’empereur, et cependant on la désapprouva à Vienne, dans les termes les plus durs. De plus, comme dès lors la France commençait à tenir un langage plus ferme , et a suivre une ligne de conduite plus conséquente, depuis la nomination de Richelieu au ministère, et que la Bavière , d’un autre côté , paraissait vouloir s'allier à la France, attendu que l'Autriche ne pouvait plus contribuer à son agrandissement, on songea h former une armée qui fût uniquement dans la dépendance de l’empereur. Albert Waldstein, auquel on proposa d’en former une de 20,000 hommes, répondit : • Je ne saurais nourrir qu’une armée de 50,000 hommes , >• et l’on adopta le système d’entretenir les armées aux frais des pays accablés par la guerre.
Des négociations entamées entre Tilly et 'Waldstein, d’une part, et les alliés de la Basse-Saxe , de l’autre, restèrent sans résultat, aucun des deux partis ne voulant donner l’exemple du désarmement. La guerre recommença par la défaite de Mansfeld, qui, le 25 avril 1620, fut entièrement battu par Waldstein près de Dessau. Le vainqueur le poursuivit à travers la Silésie
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ét la Hongrie jusqu’en Bosnie, où Mansfeld mourut de maladie en septembre, maisen soldat, debout, ceint ae son épée, au milieu des compagnons de ses exploits. Cinq mois plus tôt , son compagnon et son rival Christian de Brunswick était également mort de maladie , à l’âge de 27 ans.
La mort de ces deux partisans fut un événement fort heureux pour l'empereur, car elle arriva au moment où les paysans en Autriche, opprimés par les Bavarois et tracassés par les jésuites, se révoltaient de toute part.
L’union de Basse -Saxe qui espérait prolitcr de ces révoltes, vit ses forces s'affaiblir par le manque de foi des Hollandais et des Anglais qui n'envoyèrent point l’argent promis , par une maladie du roi de Danemark et par la défection de quelques princes.
Le 27 août 1626, Tillv anéantit l’armée protestante, pràs de Lutter au pied du Barenberg , après une résistance héroïque du roi de Danemark, qui, se voyant abandonné par presque tous les princes, fut contraint de se retirer dans ses états héréditaires. Dans cette circonstance encore, l’empereur aurait pu imposer la paix à l’Allemagne quelles qu'eussent été d’ailleurs les conditions qu’il lui eût plu d’offrir; mais il avait désormais à nourrir des armées dont les généraux et les officiers élevaient très-haut leurs prétentions, et n’étaient nullement disposés à favoriser la pacification de leur patrie au détriment de leur fortune; car la plupart ne songeaient qu’à amasser des richesses considérables , soit par des concussions , soit par des ravages de tout genre, dont amis et ennemis se plaignaient également , mais que personnen’avait plus le droit d’em pécher.
Cependant les jésuites faisaient prendre à Ferdinand des mesures de plus en plus violentes contre les protestants. On les dépouilla des droits civils, on les soumit à des amendes, et enfin, en 1626, on leur enjoignit de s, 'expatrier, et l’on institua en Bohême une police particulière pour veillera l’observation des jeûnes et des autres devoirs prescrits por l’église catholi-
que. On alla même jusqu’à pendre les prédicateurs sans autre forme de procès , et cela non seulement dans les états héréditaires de l’empereur, mais dans toutes les contrées de l’Allemagne où l’on put se permettre impunément de pareils excès.
Le prince palatin resta dépossédé de ses états, et tous les électeurs sans exception furent forcés de reconnaître la translation héréditaire de la dignité électorale à la ligne de Bavière. Bientôt l’empereur se permit de disposer du duché de Meklembourg en faveur de Waldstein , bien que les ducs, parents du roi de Suède , ne fussent pas plus coupables que tous les autres princes de l’Allemagne du nord. Mais comment s'étonner de tous ces abus de pouvoir, quand on se rappelle que Waldstein avait déclaré qu'il ne fallait plus d’électeurs ni de princes, et que tout devait être soumis à un seul roi, comme en France et en Espagne?
L’empereur, en conférant ce titre à Waldstein, avait eu surtout en vue d’acquérir de l'influence dans les affaires du nord de l'Allemagne; mais Waldstein n’était pas homme a sacrifier ses intérêts personnels à ceux de l’empereur. Il ne se vit pas plutôt prince de l’empire qu'il commença à faire la guerre au Danemark pour son propre compte, et assiégea Stralsund, ville hanséatique , contre la volonté formelle de l'empereur qui avait l’intention de se faire de cette ligue de commercants un appui contre les princes du fjord.
La résistance désespérée des bourgeois de Stralsund ne servit qu’à irriter Waldstein , qui jura de prendre la ville, lors même qu’elle serait attachée au ciel avec des chaînes ; mais les bourgeois furent ravitaillés par les autres villes de la Hanse, et le 2.ï juin 1628 ils reçurent une garnison de 600 Suédois, 'à la condition de prêter hommage à la Suède pendant vingt ans.
Waldstein dut se retirer le 3 août, et l’exemple glorieux du courage déployé par Stralsund donna une force nouvelle aux autres villes , et augmenta la haine qu’inspirait Waldstein. Une
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circonstance fortuite acheva de le rendre odieux : trois cents femmes qui s'étaient enfuies en Suède périrent toutes eu revenant dans leur patrie.
Durant ce temps, la guerre contre le Danemark continuait toujours; Tilly et Waldstein se rendirent maîtres des provinces méridionales de ce royaume, et seraient sans doute allés plus loin, si les villes hanséatiques, cédant, comme on l'espérait, à une vieille jalousie, eussent consenti à fournir des navires; mais la neutralité des villes hanséatiques et les préparatifs de la Suede forcèrent enfin Waldstein à conclure, le 0 juin 1029, avec le Danemark la paix de Lubeck qui rétablit les choses dans l'état où elles étaient avant la guerre, à la condition que le roi de Danemark abandonnerait les ducs de Mccklembourg.
Cependant Ferdinand continuait toujours a expulser et à déposséder les protestants. Enfin, le G mars 1029, il promulgua le fameux édit de restitution, d'après lequel tous les couvents et tous les biens ecclésiastiques confisqués depuis la paix de religiou ou appropriés au culte protestant devaient être rendus à leur destination primitive. La promulgation d'un édit si important sans le concours des électeurs violait trop ouvertement la constitution germanique pour ne pas exciter des clameurs universelles, même parmi les catholiques. Ces derniers étaient d'autant moins satisfaits de la mesure, que l’empereur avait donné cinq évêchés à la fois à l'un de ses lits , et que les biens repris sur les protestants , au lieu d’être rendus à leurs anciens possesseurs, passaient presque tous entre les mains des jésuites. L’cinpereur, loin d'avoir égard à ces justes plaintes, fit exécuter l edit avec la cruauté la plus exécrable, et l’on commença adiré à Vienne qu'il fallait désormais sévir contre les états catholiques.
Sur ces entrefaites, Ferdinand, voulant faire nommer sou (ils roi des Romains , convoqua une diète à Ratisbonne, où il se rendit le 19 juin 1G30. Il y trouva plus d'opposition qu'il ue l'avait pensé. Les électeurs de bran-
debourg et de Saxe ne parurent point,
la Bavière s'était alliée a la France, et les électeurs ecclésiastiques suivirent son exemple. Le P. Joseph, venu de Paris, paraissait diriger toutes les délibérations, et l'empereur se vit enfin contraint de licencier une partie de scs troupes, et d’ôter à Waldstein le commandement de ce qui resta sous les armes. Tilly réunit dès lors sous ses ordres 30,000 liguistcs et 39,000 impériaux, tous soldats aguerris. Cette armée parut suflisante pour maintenir l'Allemagne sous la dépendance de l'empereur et de la ligue, et pour assurer l’exécution des projets du P. Lamormain.
Mais la cause des protestants n’était pas désespérée. Dans leur détresse, ils comptaient sur la Saxe, qui n’avait pqint encore pris part à la guerre , sur les villes hanséatiques qui pouvaient disposer de sommes d’argent considérables, sur la France jalouse de la prépondérance autrichienne, et enfin sur la Suede dont l'étoile s'élevait brillante dans le Nord.
Le pouvoir impérial de la maison d’Autriche était alors parvenu au plus haut degré de prépondérance qu'il ait jamaisatteintdans les temps modernes.
Mais il arriva alors ce qui est constamment arrivé depuis que les étatsde l’Europe forment un tout systématique :
cette pré|>oiulérancc causa la ruine de l'empire qui l'avait obtenue. Bientôt des ennemis s'élevèrent de tous côtés, même du sein des alliés et des co-religionnaires de l'Autriche , devenue trop puissante pour que les intérêts de tous ne fussent pas mis en péril.
Bientôt de toute part un orage terrible s’amoncela contre elle. Eu France , le cardinal de Richelieu venait de rétablir l’unité du royaume en soumettant les huguenots et en avilissant la noblesse, etdcs lors il employait toute son énergie à lutter au dehors contre le principal ennemi de la France, contre cette maison d'Autriche qui , depuis Lharlcs-Quiut, menaçait toutes ses frontières, et contre laquelle l'ancienne lutte, engagée avec des chances si diverses dans les plaines de la Lombar-
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die , Tenait de sc renouveler au sujet de la succession de Mantoue et de Montferrat. Kn Italie même, le danger n’etait pas moins réel , car les princes de cette contrée et le pape lui-même ne pouvaient se dissimuler qu'une victoire définitive des Autrichiens snr les hérétiques serait le signal de la soumission de Rome et de toute la Péninsule. Enfin le Danemark, bien que jaloux de la Suède , sc voyait réduit à un tel état d’épuisement', qu’il sollicita luimême l'intervention de Gustave, afin d’empécher la maison d'Autriche et Waldsteinde former, comme tout semblait le faire prévoir, un établissement solide sur les bords de la Baltique. •
Nous avons dit plus haut qu’en 1(514 et en 1(525 Gustave crut devoir s'abstenir de toute intervention dans les affaires d’Allemagne; il suffira de rappeler que, par la médiation et les bons offices de la France en 1020, un armistice de six ans avait été conclu entre la Suède et la Pologne, et qu’a l’occasion du siège de Stralsund un commencement d’hostilités avait eu lieu entre les Suédois et les Impériaux.
Aussitôt que. la trêve avec la Pologne eutéte conclue, et que Gustave annonça l'intention d'en profiter pour engager à son service des troupes polonaises, WaJdstein devint aussi souple et aussi accommodant envers la Suède qu’il s’était jusqu’alors montré roide et insolent. L'empercnr proposa même d’abandonner les côtes de la Baltique et de rétablir les ducs de Meklembourg.
Mais Gustave ne se laissa pas éblouir par ces avances trompeuses, et continua à traiter avec Charnacé, l’envoyé du cardinal de Richelieu. Pendant quelque temps on put croire que ces négociations resteraient sans résultat , car la cour de France trouvait démesurée la demande d’un subside annuel de (500,000 écus. Elle ne voulait pas non plus s'engager à ne finir les affaires d’Italie qu’avec l’intervention de la Suède , et alléguait le désir de séparer la ligue de l’empereur, pour refuser d’entrer en Allemagne par la Champa-
ne. Enfin Gustave se décida à abor-
er en Allemagne , sans pouvoir toutefois compter beaucoup sur l’appui de la France. Seulement il était assuré au’elle occuperait en Italie une partie des forces de la maison d’Autriche.
L’empereur, de son côté, envoya à Dantzick le comte de Dohna, et fit faire à Gustave diverses propositions, afin de gagner le temps nécessaire pour finir les affaires d’Italie; mais les plénipotentiaires suédois, demandant catégoriquement que l’empereur retirât ses troupes du nord de l’Allemagne, l’Autriche aima mieux traiter avec le Danemark , et lui promit l’Ile de ltugen pour l’engager à prendre parti contre la Suède. Le nouveau danger, et l’impossibilité de nourrir pendant long-temps les troupes enrôlées en Pologne, décidèrent Gustave ù lulter l’exécution de ses desseins, et pendant que les pléni potentiairesétaient encore assembles à Dantzick, on apprit soudain qu’une armée suédoise était en Allemagne.
Des vents contraires avaient retenu Gustave quelque temps en mer, et il n’aborda en Poméranie que le 24 juin 1030, le jour même où cent ans auparavant avait été présentée la confession d’Augsbourg. Au rapport d’un auteur catholique, la première chose que fit Gustave quand il eut quitté ses vaisseaux , ce fut de s’agenouiller sur le rivage et de s’écrier : « O Dieu , toi « qui domines sur le ciel et sur la terre,
« sur les vents et sur la mer, combien « je dois te remercier de m’avoir pro- « tégé si efficacement dans ce voyage « périlleux ! Oui je te remercie du fond « de mon coeur, et je te prie de m’ac- « corder toujours ta grâce et ta béne- « diction; car tu lé sais, je n’entre- « prends pas cette guerre pour ma «gloire, mais pour la tienne; tu le « sais , je ne veux que consoler et pro- « téger ta pauvre église abandonnée. »
Ceux qui accompagnaient le roi ne pouvant s’empêcher de pleurer en entendant ces mots, il leur dit: «Ne pleurez point, mais priez Dieu avec instance et du fond de votre cœur: plus il y aura de prières , plus il y aura de
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victoires; car bien prier, c’est victoire à moitié gagnée.
« Et alors Gustave-Adolphe fondit dans l'empire (1(530). Ferdinand s’effraya peu d'abord : il disait que ce roi de neige allait fondre, en s'avançant vers le midi. On ne savait pas encore ce que c'était que ces hommes de fer, cette armée héroïque et pieuse, en comparaison des troupes mercenaires de l’Allemagne. Peu après l'arrivée de Gustave-Adolphe, Torquato Conti, général de l'empereur , lui demandant une trêve à cause des grands froids , Gustave répondit que les Suédois ne connaissaient point d'hiver. Le génie du conquérant déconcerta la routine allemande par une tactique impétueuse qui sacrifiait tout à la rapidité des mouvements, qui prodiguait les hommes pour abréger la guerre. Se rendre maître des places fortes en suivant le cours des fleuves, assurer la Suède en fermant la Baltique aux Impériaux, leur enlever tous leurs alliés, cerner l’Autriche avant de l’attaquer, tel fut le plan de Gustave : s’il eût marché droit à Vienne, il n’apparaissait dans l’Allemagne que comme un conquérant étranger; en chassant les Impériaux des états du Nord et de l’Occident, qu'ils écrasaient, il se présentait comme le champion de l’empire contre l'empereur (*). »
Les premiers soins de Gustave furent de donner une base solide à ses operations, en gagnant le duc et les états de Poméranie, qui , voyant dans le duché une armée impériale plus nombreuse que celle de Gustave, eurent beaucoup de peine à se décider. Cependant, par ses manières affables, le roi de Suede gagna si promptement et à un tel point tous les cœurs, que la ville de Stettin lui ouvrit volontairement ses portes, et que le vieux duc lit avec lui un traité pour assurer la protection des lois de l'empire et la paix de 1? religion. On stipula dans ce traité qu’en cas de mort du duc, qui était sans enfants , le pavs serait administré par les Suédois jusqu’à ce
(*) Michelet, Précis de l’histoire moderne.
qu'on eût prononcé sur la succession. En conséquence de ce traité , les états accordèrent de l’argent à Gustave et promirent d'organiser une armée de 10,000 hommes qui prêterait serment au roi, au duc et aux états.
Ferdinand et 'ses conseillers commençaient à s’a[iercevoir combien ils avaient agi follement en refusant de
Cacilier l’empire après la paix de Ltfeck; néanmoins ils crurent devoir persévérer dans des mesures de rigueur inouïes, et cela afin d'opposer une digue aux Suédois. On menaça de la mort tous ceux qui prétcraient’assistance aux ennemis de l’empereur, et ces menaces ne furent réalisées qu’avec trop de zèle par les lieutenants decc prince. 1 1 suffira aun seul exemple. Le 7 septembre 1 030, la ville de Pasewalk en Poméranie fut reprise sur les Suédois par le colonel Gotze, et saccagée par suite de cette reprise. «Les bourgeois, dit un témoin de ces scènes d'horreur, lurent massacrés dans les rues et dans l’inférieur de leurs maisons; on les mettait à la torture pour savoir d’eux s'ils avaient de l'argent. A peine un soldat avait-il quitté une maison qu’un autre survenant agissait avec la même cruauté. Il est vrai que les capitaines accordaient des saufs-conduils a prix d'argent ; mais leurs soldats n'en tenaient aucun compte. Tous les meubles, tous les ustensiles furent brisés, et les femmes aussi bien que les hommes se virent dépouillés de leurs vêtements. En sortant de sa maison, on voyait à chaque pas un voisin, un ami, blessé, demi mort ou impitoyablement massacré.
Et s'il arrivait qu'un citoyen allât secourir ou consoler une de ces trop nombreuses victimes, on lui faisait aussitôt subir le même sort. Mais ce fut surtout sur les femmes que se commirent les crimes les plus révoltants.
Quel que fût leur âge , elles étaient violées en plein jour dans les rues , dans les jardins, et jusque dans les cimetières. Les femmes et les filles les plus belles étaient attachées à des chariots ou au pommeau de la selle des cavaliers, et conduites dans le camp, où les soldats, après avoir assouvi leurs bru-
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taies passions, les vendaient comme un vil bétail.
Quand il ne resta plus rien à piller ni à dévaster, on mit le feu à la ville.
« Regardez donc le beau feu, s’écriaient les soldats; je n'ai jamais vu de feu si brillant ! » Le colonel , sollicité de faire cesser tant d’horreurs, donna l’ordre de mettre le feu en d’autres endroits : c’était, disait-il, afin de remplir son serment. Pendant ce temps, les soldats, revêtus de robes qu'ils avaient enlevées à des prêtres, faisaient des processions comme au carnaval, torturaient des petits enfants, et allumaient de la paille devant une cave dans laquelle s’étaient réfugiés dix de ces infortunés, alin de les faire périr misérablement. Il ne se trouva personne pour enlever les morts , et des corps encore vivants furent dévorés par les chiens et par les pourceaux.
Tous les chefs de l’armée catholique agissaientdelamêmcmanière, et il résulta naturellementde cet état dechoses une démoralisation et une indiscipline générale. Il fallait bien que les chefs fermassent les yeux sur les désordres du soldat, puisque eux-mêmes, afin de s’enrichir plus promptement, laissaient souvent les troupes sans vivres, sans habits et sans solde. Le général en chef, Jean Perklaës, natif de Liège, et nommé par l’empereur comte de Tilly, en 1623, avait, il est vrai, la réputation de n’avoir jamais touché une femme , et de ne s’être jamais enivré; mais, à l’exemple du ducd’Albe, son modèle , il permettait tout à ses soldats , et signalait partout son passage par d’horribles dévastations. Bien qu’il acceptât de riches présents de 1 empereur et de la ligue, ses contemporains, témoins de la rapacité de Waldstein, l’ont qualifié de désintéressé. Il ne faut pas d'ailleurs, pour être juste, oublier de dire qu'il ne manqua jamais d’entendre deux messes par jour ! A l’arrivée de Gustave en Allemagne , ce général n’avait pas encore été vaincu.
Dans Farinée suédoise au contraire, et tous les auteurs catholiques s’accordent pour le reconnaître, la discipline
7* Livraison. (Suède.)
était exemplaire ; le roi , par son affabilité et son impartialité, savait gagner tous les coeurs sans avoir besoin de fermer les yeux sur les passions du soldat. Aussi en peu de temps les Suédois furent-ils considérés dans toute l’Allemagne comme les protecteurs des bourgeois et des paysans.
Toutefois dans le principe , les menaces de l’empereur et le désir, trèshonorable sans doute, de terminer les affaires d’Allemagne sans l’intervention d’une puissance étrangère, conduisirent les électeurs de Saxe et de Brandebourg, ainsi que plusieurs autres princes protestants , à la fédération <le Leipzick, où l’on convint que l’on solliciterait l’empereur de retirer ses troupes , et qu’en attendant on armerait , afin de pouvoir au besoin se défendre. Bien que le langage des confédérés fût d’une grande modération, et qu’ils eussent refusé d'admettre à leurs délibérations un envoyé suédois, l’empereur leur répondit par l’ordre de se dissoudre; et une partie de ses troupes étant revenues d’Italie, il s’en servit pour chasser les membres de la fédération de la Haute-Allemagne qu’ils occupaient.
Cependant Gustave-Adolphe, fatigué du manque de résolution et de la défiance des princes allemands, était sur le point d’abandonner la guerre, lorsque Richelieu, voyant la maison d’Autriche se raffermir de plus en plus, se décida enfin à conclure un traité, d’après lequel Gustave devait tenir sur pied une armée de 36,000 hommes , pour l’entretien de laquelle la France s'engageait à payer t ,200,000 livres par an. La neutralité fut offerte à la Bavière et à la ligue , et l’on assura aux catholiques le libre exercice de leur culte; mais Gustave refusa d’accorder la neutralité à l’électeur de Brandebourg, et après avoir pris Colberg et Francfort-sur-l'Oder, il arriva, au commencement du mois de mai 1631, devant Berlin. L'électeur, contraint de se décider, reçut une garnison suédoise dans la forteresse de Spandau. C’est alors que Tilly retira toutes ses forces derrière l’Elbe pour T
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s’emparer de Magdebourg, et contraindre les bourgeois a recevoir l’évêque nommé par l’empereur; car ils l’avaient formellement refusé, et
(détendaient maintenir les droits de 'administrateur Christian Guillaume de Brandebourg.
Ce prince , par des hostilités peu réfléchies, s’ était attiré sur les bras toute l’armée de Tilly, dans un moment où Gustave, retenu par l’obstination de l’électeur de Saxe à garder la neutralité, ne pouvait encore venir lui-même à son secours. Le roi dut se contenter de lui envoyer Falkenberg, oflieier expérimenté , avec quelques troupes.
Falkenberg exalta le courage des bourgeois, mais il ne put sauver la ville attaquée par toutes les forces réunies de Tilly. Aussi, malgré la drfense la plus opiniâtre, les Impériaux s’emparèrent peu à peu de tous les ouvrages extérieurs. Bientôt les assiégés commencèrent à s’apercevoir qu'ils n’avaient plus de secours à attendre ni du roi de Suède ni des confédérés de Leipzick ; la désunion se mit parmi eux, et comme, pour surcroît de maux, la disette se lit sentir, et on se vit dans la nécessité de traiter avec Tilly.
Mais ces négociations trouvèrent peu d'approbateurs dans l’armée assiégeante; ces hommes accoutumés au pillage prévoyaient bien qu'il n’y aurait pas de nutin à faire , si la ville venait a capituler. Aussi, à l’improviste, le comte Pappenheim ordonna une attaque vers la pointe du jour, tandis que les bourgeois, épuisés par une lutte et des veilles continuelles, et rassurés par les négociations commencées, étaient allés prendre quelque repos. Toutefois les Impériaux étaient déjà sur le point de se voir rejetés hors des ouvrages qu’ils avaient escaladés, quand Falkenberg fut tué et l’administrateur blessé. Kn même temps, des renforts arrivèrent aux assiégeants , et Pappcnhriin ayant fait mettre le feu aune maison , l'incendie s'étendit rapidement sur toute la ville.
Les scènes d’horreur qui suivirent la prise de Magdebourg sont regardées comme les plus révoltantes de
cette guerre si longue et si acharnée ; et
pourtant, dans cette circonstance , les Impériaux ne s'écartèrent point de leur façon d’agir habituelle; les excès qu'ils commirent à Magdebourg, ils les commettaient chaque jour dans la campagne : ce qui mit le comble à l’horreur qu’ils inspiraient, c'est qu'ils exercèrent leurs fureurs sur une grande ville. Le récit de Schiller, que nous empruntons ici1, doit être d'autant moins suspecté de partialité , qu’il reproduit presque littéralement celui d’un auteur catholique , Khevenhuller.
« Ici commence une scène de sang , pour laquelle l'histoire n’a point d’expressions, ni la poésie de pinceaux.
L’enfance innocente, la vieillesse abandonnée, la jeunesse, le sexe, l’état, la beauté, rien ne peut désarmer la furie du vainqueur ; des femmes sont déshonorées dans les bras de leurs maris, des filles aux pieds de leurs pères, et la mort suit de près les horribles outrages qu’on leur fait subir. Les retraites les plus obscures, les lieux les plus saints, ne peuvent préserver des avides recherches d’une soldatesque effrénée. Cinquante-trois femmes furent trouvées décapitées dans une église.
Les Croates prenaient plaisir à jeter les enfants au milieu des flammes , les Wallons de Pappenheim à les percer sur le sein de leurs mères. Quelques ofliciers de la ligue , révoltés par tant d’horreurs, hasardèrent d’aller trouver le comte de Tilly pour l'engager à les faire cesser. « Revenez dans « une heure, répondit ce général, je « verrai alors ce que j’aurai à faire : b le soldat doit avoir quelque chose b pour ses travaux et ses périls. » Ces barbaries continuèrent avec la même fureur, jusqu’à ce qu’enlin la fumée et les flammes vinssent mettre un terme à la rapacité du soldat. Pour augmenter la ronfusion et rompre la résistance des habitants, on avait, dès le commencement, mis le feu à plusieurs endroits. Bientôt s’élève un vent impétueux, qui étend les flammes sur toute la ville, avec la rapidité d’un torrent, et l’incendie devint général. On voit alors une foule horrible se presser
«le
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au milieu des vapeurs embrasées, des cadavres, des armes étincelantes, à travers les débris et les ruisseaux de sang; l'atmosphère brûlait, et la violence insupportable de la chaleur contraignit ces monstres eux-mêmes à se sauver dans leur camp. En moins de douze heures, cette ville peuplée, forte, étendue, l’une des plus belles de l’Allemagne, est réduite en cendres, à l’exception de deux églises et de quelques masures. L’administrateur Christian Guillaume, atteint de plusieurs blessures, fut pris, ainsi que trois bourgmestres. Beaucoup de braves ofifi- ■ ciers et de magistrats trouvèrent, en combattant, une mort enviée par ceux qui leur survécurent. Quatre ceuts des plus riches bourgeois durent leur salut •à la cupidité des ofliciers ennemis, qui les sauvèrent pour arracher d’eux une forte rançon ; encore lie vil-on guère que des' ofliciers de la ligue montrer cette espèce d’humanité, et ils semblaient des anses tutélaires à côté des barbares soldats de l’empereur.
« A peine la fureur de l’incendie fut-elle calmée, que les bandes impériales revinrent, avec une nouvelle ardeur, pour fouiller dans les ruines et dans les cendres. Plusieurs d’entre eux périrent suffoqués par la vapeur; d’autres tirent un butin considérable, les bourgeois ayant apporté dans les caves ce qu’ils avaient de plus précieux. Enfin, le 13 mai, Tilly parut lui-même dans la ville, après que les principales rues eurent été débarrassées des décombres et des morts. La scène qui s’offrait alors aux regards révoltait l’ame, et la glaçait d’effroi; des infortunés, qui se traînaient sous des monceaux de cadavres, reparaissaient à la lumière; des enfants, errant çà et là, redemandaient avec des cris déchirants les auteurs de leurs jours; d’autres suçaientencore le sein de leurs mères qui’ n’existaient plus. On fut obligé de jeter plus de six mille cadavres dans l’Elbe pour déblayer les rues ; un nombre beaucoup plus considérable de vivants et de morts avait été la proie des flammes : on fait mon-
ter à trente mille hommes la totalité de ceux qui périrent dans cette effroyable journée.
■ L’entrée triomphante du général , qui eut lieu le 14 mai, mit fin au pillage , et tout ce qui s’était sauvé jusqu’alors conserva la vie. Environ mille personnes furent retirées de la cathédrale protestante où elles avaient passé trois jours et deux nuits sans nourriture, et dans l'attente continuelle de la mort. Tilly leur fit annoncer le pardon et distribuer du pain. Le jour suivant, on célébra une messe solennelle dans cette église, et on chanta le Te Deum au milieu des salves de l’artillerie. Le général de l’empereur parcourut lui-même les rues à cheval, afin de pouvoir rapportera son maître, comme témoin oculaire, que, depuis la prise de Troie et de Jérusalem , on n’avait vu aucune victoire aussi éclatante; en effet, ce récit n’était point exagéré, si l’on considère à la fois la randeur, la prospérité , l’importance e la ville qui périt, et la rage de ses destructeurs. »
A la nouvelle du sac de Magdebourg, il se trouva des protestants qui prétendirent que si Gustave n’avait nas voulu secourir cette malheureuse ville, c’était afin de mettre les confédérés dans la nécessité de se jeter à tout prix dans ses bras ; mais il ne lui fut pas difficile de prouver que l’indécision seule des électeurs de Brandebourg et de Saxe l’avait empêché de se porter en avant.
Cependant Tilly ayant quitté le Brandebourg pour aller châtier le landgrave de Hesse , Gustave se replia sur Spandau ; mais l’électeur de Brandebourg, qui ne lui avait cédé cette forteresse (pie jusqu’au déblocus de Magdebourg, et qui se flattait toujours de faire reconnaître par les deux partis la neutralité des pays entre l’Oder et l’Elbe, crut devoir l'a lui redemander.
Gustave, pour tenir la parole qu’il avait donnée, quitta Spandau le 8 juin ; mais le 9, il vint mettre le siège devant Berlin , et le 1 1 , l’électeur conclut un nouveau traité, d'après lequel il restitua Spandau aux Suédois, et
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leur promit un subside de 30,000 écus par mois.
En même temps , Gustave reçut la nouvelle de la reddition de Greifswald, l’unique place de la Poméranie qui fût encore entre les mains des Impériaux. Ainsi, bien rassuré sur ses derrières, il passa l’Elbe et se retrancha dans un camp près de Werben , pour attendre des renforts qui devaient lui arriver de l’ Écosse, et de la Suède.
Alors Tilly revint de la Hesse et de la Thuringe, dans le dessein de l’attaquer; mais il trouva Gustave dans une position inexpugnable. On reconnut bientôt de part et d’autre qu’une bataille décisive ne pouvait être plus longtemps différée ; mais de part et d'autre on chercha à gagner du temps, afin d’attendre la décision de l’électeur de Saxe qui , enfin contraint par les menaces intempestives de Tilly, se jeta dans les bras du roi de Suède.
I.e 2 septembre , Gustave entra dans Wittemberg : « Messieurs, » dit-il aux étudiants qui vinrent le saluer en cérémonie, « c’est de chez vous que nous « est venue la lumière de l'Évangile ; « mais ses ennemis l’ayant obscurcie, il « faut que nous en venions à notre tour « rallumer le flambleau avec l'aide de « Dieu. » Le lendemain , l’armée saxonne, fortedeplusde 18,000 hommes, se réunit à celle du roi , qui se montait à 22,000 ; ensuite on délibéra s'il convenait de. livrer une bataille. L’électeur, i nd igné de voi r tant d’armées étrangères dans son pays , le désirait ardemment.
Gustave , qui le désirait peut-être aussi ardemment que lui, n’en fit pas moins observer à son nouvel allié qu’une bataille pourrait faire chanceler, et peut-être même tomber les bonnets des deux électeurs; tandis que lui, il pourrait toujours se retirer en toute sûreté derrière le large fossé de la Baltique. L’électeur insista, et Gustave se rendit avec plaisir à ses raisons.
Nous allons laisser encore parler l’historien de la guerre de trente ans : qui oserait, après Schiller, raconter la bataille de Leipzick ?
« Le 7 septembre 1631 , dès le point du jour, les deux armées se trouvèrent
en présence. Tilly, qui n'avait pas cherché à empêcher la jonction des Suédois et des Saxons . résolut d’attendre les renforts qui lui arrivaient.
Il avait établi son camp auprès de Leipzick , dans une position excellente où il pouvait espérer de n’être jamais contraint à livrer bataille. Mais a peine l’armée suédoise eut-elle fait les premiers mouvements, que Pappenheim, impatient de combattre, pressa Tilly de changer de position. Celui-ci, cedant aux vives instances de Pappenheim, se porta sur la gauche, vers les collines qui s’étendent depuis le village de Waren jusau’à Lindenthal. Son armée , ne formant qu’une seule ligne , se déploya au piea du coteau , et son artillerie , distribuée sur les hauteurs, pouvait balaver toute la grande plaine de Breitenfeld. L’armée suédo-saxonne s’avançait de ce côté sur deux colonnes, et avait à passer le Lober auprès de Podeiwitz, village situé devant le front de l’armée impériale. Tilly, voulant opposer quelque obstacle au passage de ce fleuve, avait envoyé, quoique avec la plus grande répugnance , Pappenheim à la tête de deux mille cuirassiers ; mais il lui avait donné l’ordre exprès de ne pas engager le combat.
Malgré cette défense, Pappenheim ne tarda pas a en venir aux mains avec l’avant-garde suédoise, et il fut contraint à la retraite après une courte résistance. Pour arrêter l’ennemi , il incendia Podeiwitz ; ce qui n'empêcha pas les deux armées de se porter en avant , et de se former aussitôt en bataille.
« Les Suédois se rangèrent sur la droite en deux lignes; l’infanterie, placée au milieu de chacune d’elles, était divisée en petits bataillons , qui pouvaient exécuter à l'instant, et sans désordre, les mouvements les plus rapides. La cavalerie, placée aux deux ailes, était également divisée eu petits escadrons ; divers pelotons d’infanterie remplissaient ses intervalles, et étaient destinés à la fois à cacher son petit nombre, et à tirer sur les cavaliers ennemis. Le général Teufel commandait le centre, Gustave Horn la gauche; le roi, eu
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personne , commandait la droite vis*à- renommée sur le champ de bataille, vis du comte de Pappenheim. Les deux moitiés de l’Allemagne
* Les Saxons étaient séparés des avaient vu s’approcher en tremblant Suédois par un long intervalle : sage le moment de cette lutte terrible, l’Eudisnosition de Gustave, que justifia rope entière en attendait l’issue avec l'événement. L’électeur avait lui-méine anxiété, et la postérité devait la bénir concerté le plan de bataille avec son ou la pleurer, feld-maréchal . et le roi s’était con- « La résolution , qui jusque-là n’atenté de l’approuver. Il paraît que G us- vait jamais manqué au comte de Tilly, tave mit tous ses soins a faire ressor- l’abandonna entièrement dans cette tir la valeur suédoise sur celle des journée. Sans être décidé à combattre Saxons, et la fortune ne les confondit le roi, il n'eut pas assez de fermeté pas. pour éviter la bataille, et Pappenheim
» Au pied des hauteurs, vers le cou- l’y entraîna malgré lui. Jamais tant de chant, l’ennemi s’étendait sur une doutes, tant de craintes, n’étaient ligne immense, qui pouvait déborder venus assaillir son esprit; jamais aisément l’armée suédoise. Son infan- d’aussi noirs pressentiments n’avaient terie était formée en gros bataillons , obscurci son front toujours serein : le et sa cavalerie en gros escadrons diflî- génie de Magdebourg paraissait le pourciles à mouvoir. Il avait placé son ar- suivre encore dans lès plaines de Leiptillerie derrière lui. sur les hauteurs, zick.
de manière qu’il était commandé par « Une canonnade de deux heures ses propres boulets qui décrivaient leur ouvrit la bataille. Le vent d'ouest soufarc au-dessus de lui. D'après cette fiait avec violence, et poussait ^contre position de l'artillerie, il semblerait, les Suédois la fumée ue la poudre et s’il est permis de se fier entièrement des nuages de poussière qui s'élevaient à cette relation, que Tilly avait plutôt des champs nouvellement labourés, l'intention d’attendre l’ennemi que de Aussitôt Gustave fit faire à ses troupes l’attaquer ; car il ne lui était pas pos- un mouvement général vers le nord ; sible de pénétrer dans les rangs enne- et la manoeuvre s’exécuta avec une telle mis sans se placer lui-même sous le promptitude, que l'ennemi n’eut pas feu de ses propres canons. le temps de s’y opposer.
« Tillv commandait le centre en per- « Enfin Tilly abandonne ses posisonne, iPappenheim l’aile gauche, et le tions le premier, et hasarde une attacomtc de Furstemberg la droite. Les que contre les Suédois; mais, accueilli troupes de l’empereur et de la ligue ne par le feu le plus violent, il se porte s’élevaient pas a plus de trente-quatre tout à coup à droite , et fond sur les ou trente-cina mille hommes. L’armée Saxons avec une telle impétuosité, réunie des Suédois et des Saxons était qu’en un instant leurs rangs sont romà peu près d’égale force. pus, et le désordre s'empare de leur
«Deux millions d’hommes en pré- armée; l’électeur lui-même ne se resence auraient rendu cette journée connut qu’à Eilenbourg, où il se réfuplus sanglante , mais ne l’auraient pas gia en toute hâte. Cependant quelques rendue plus importante, ni plus deci- régiments se maintinrent encore sur sive. C’était pour cette journée que le champ de bataille, et sauvèrent, Gustave- Adolphe avait passé la Balti- par leur vigoureuse résistance, l’honque, qu’il avait cherché les périls sur neur des armes saxonnes. A peine l’enii ne terre étrangère, et abandonné aux nemi eut-il aperçu le désordre des caprices de la fortune sa couronne Saxons, que des ‘bandes de Croates et sa vie. Les deux plus grands géné- se précipitèrent sur le champ de barnux de leur siècle . tous les deux in- taille pour piller, et des courriers fuvincibles jusqu’à ce jour , allaient enfin rent expédiés à l'instant pour porter à se mesurer dans un combat long-temps Vienne et à Munich la nouvelle delà évité : l’un des deux devait laisser sa victoire.
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« De son côté, le comte de Pappenheim fond, avec toute sa cavalerie, sur l'aile droite des Suédois, mais sans
Sou voir l’ébranler; le roi la commanait en personne, et le général Banner sous lui. Sept fois Pappenheim renouvelle son attaque , et sept fois il est repoussé : il prend enfin la fuite, après avoir essuyé la plus grande perte, et abandonne le'champ de bataille au vainqueur.
« Cependant Tilly, qui venait de disperser les restes de l’année saxonne , marche avec ses troupes victorieuses contre l’aile gauche des Suédois. Aussitôt que le roi s’était aperçu du désordre des Saxons, il avait eu la présence d’esprit d’envoyer en toute hôte trois régiments à son aile gauche pour renforcer et couvrir ainsi son liane, misa découvert par la fuite des Saxons.
Gustave Horn, qui avait le commandement de cette aile , opposa la plus vigoureuse résistance aux cuirassiers ennemis; et l’infanterie, placée dans les intervalles des escadrons de cavalerie, eut la plus grande part à cette belle résistance. Déjà l’ennemi commençait à plier, lorsque le roi parut lui-méme pour décider la victoire.
L’aile gauche des Impériaux était battue, et les troupes du roi, qui n’avaient plus devant elles d’ennemis, pouvaient être plus utilement employées ailleurs.
A la tête de son aile droite et du corps de bataille , il se porta donc sur la gauche , pour attaquer les hauteurs que garnissait l’artillerie des Impériaux :
elle tomba bientôt en son pouvoir , et l’ennemi eut à essuyer le teu de ses propres canons.
« Foudroyée en flanc par l’artillerie, exposée en avant aux impétueuses charges des Suédois, cette armée impériale, jusque là invincible, Unit par se rompre : Tillv n’a plus alors d’autre ressource qu’une prompte retraite; mais cette retraite même ne peut s’effectuer qu’a travers les rangs ennemis. Tout à coup un désordre général s’empare de l’armée : quatre régiments seuls, dont les soldats , aguerris et vieillis dans les camps, n’ont jamais fui d'un champ de bataille, se maintiennent en ordre,
et opposent un mur d’airain aux attaques redoublées des Suédois ; serrés en masse, ils percent l’armée victorieuse, gagnent, toujours combattant, un petit bois, où ils font de nouveau face à l’ennemi , et résistent jusqu'à ce qu’enfin, réduits à six cents hommes, la nuit vient mettre lin à l’acharnement des v ainqueurs : avec eux , la bataille est décidée.
« Gustave-Adolphe se jeta à genou au milieu des blessés et des morts , et , dans tout l'abandon d'une ardente prière , il offrit au ciel les transports ae joie que lui causait son premier triomphe. II fit poursuivre l’ennemi par sa cavalerie aussi loin que la profonde obscurité de la nuit put le permettre. Le son du tocsin avait mis en mouvement tous les habitants des villages environnants, et malheur au soldat impérial qui tombait entre leurs mains! Le roi, 11e pouvant pas attaquer Leiuzick dans la nuit même, campa , avec le reste de son armée, entre le champ de bataille et la ville. L’ennemi laissa sept mille hommes sur la place, plus de cinq mille furent blessés ou faits prisonniers; toute son artillerie , tout son camp , devinrent la proie du vainqueur : on lui enleva plus de cent drapeaux ou étendants. Les Saxons perdirent deux mille hommes , les Suédois environ sept cents. La déroute des Impériaux fut si grande, que Tilly , dans sa fuite sur Halle et Halbcrstadt , ne put pas rassembler plus de six cents hommes, et Pappenheim au-delà de quatorze cents. Ainsi disparut cette redoutable armée, qui, peu auparavant, faisait encore trembler l’Allemagne et l’Italie.
« Tilly lui-méme 11e dut son salut qu’au hasard. Quoique atteint de plusieurs blessures, il refusait de se rendre à un capitaine suédois; celui-ci était déjà sur le point de le tuer, lorsqu'un coup de pistolet étendit le Suédois sur la place. Mais, ce qui était
fil us douloureux pour Tilly que tous es dangers, que toutes les blessures , c’était le cruel supplice de survivre à sa propre gloire, et de perdre en un jour le fruit de tant d’années de tra-
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vaux. Ses anciens triomphes n’étaient plus rien aujourd'hui que lui échappait celui qui devait les couronner tous : de tant de brillants exploits, il ne lui restait plus en ce moment que les malédictions qui les avaient accompagnés. Dès ce moment , la sérénité abandonna pour jamais Tilly, et la fortune cessa de lui être favorable.
L’unique consolation qui pût lui rester encore , l’espoir de se venger, lui fut même enlevé par l’empereur, qui lui interdit expressément de livrer désormais aucune bataille décisive. On attribue à trois fautes principales les malheurs de cette journée : la première, d’avoir placé son artillerie sur les hauteurs derrière son armée; la seconde, de s’être éloigné de ces mêmes hauteurs ; la troisième, d’avoir laissé l'ennemi se former tranquillement en ordre debataille. Mais avec quelle promptitude ces fautes n’eussent-elles pas été réparées, sans la présence d’esprit, le sang-froid et le génie supérieur de son adversaire? Tilly s'enfuit précipitamment de Halle à Halberstadt pour faire soigner ses blessures-, il était à peine guéri , qu’il se porta sur letVeser, ou il se renforça de toutes les garnisons de la Basse-Saxe.
« Aussitôt que le danger fut passé, Jean-George se présenta dans le camp du roi. Gustave le remercia de ce qu’il lui avait conseillé la bataille ; et l’electeur, ravi d'un pareil accueil, lui promit , dans son premier transport , la couronne de roi des Romains. Dès le jour suivant, le roi marcha sur Mersebourg, et laissa à l’électeur le soin de reprendre Leip/.ick. Cinq mille Impériaux, qui s’étaient ralliés , et qu’il rencontra sur son chemin , furent sabrés ou pris : le plus grand nombre passa à son service. Mersebourg se rendit sur-le-champ ; bientôt après , Halle fut emporté-, et ce fut la que l'électeur de Saxe se réunit au roi de Suède, pour se concerter avec lui sur le plan de leurs opérations ultérieures. »
Il s’agissait de profiter de cette grande bataille. Différents avis furent proposés. Les plus hardis voulaient que les Suédois et les Saxons réunis péné-
trassent sur-le-champ par les défiles de la Bohême dans les états héréditaires de l’empereur. Il ne faut pas, disaientils , laisser à l’empereur le temps d’occuper Ces défilés; il faut lui rendre l’attaque improvisée et soudaine qu’il a tentée contre la Saxe. Les états de la Bohême et de l’Autriche, composés en grande partie de protestants déguisés ou convertis par la force, ne manqueront point de venir au secours de l’invasion , en faisant une levée de boucliers ; l’empereur n’a aucune armée à opposer; on fera la guerre aux frais de l’ennemi, et l’on en viendra d’autant plus promptement à une paix équitable , qu’on n’aura pas sur les bras des alliés nombreux ayant tous des intérêts opposés, et que" l'adroite politique de la rour de Vienne parviendra tôt ou tard 5 séduire, si on lui en laisse le temps.
A cette proposition aventureuse, on objectait qu’on ne devait point songer à faire des conquêtes, mais à délivrer des coreligionnaires opprimés, et à s'assurer des amis dans l’Allemagne occidentale, afin de pouvoir donner la main à la France; qu’il n'était de la dignité ni d’un roi de Suède, ni d’u" électeur de l’empire, de faire la guéri comme des Tburn et des Mansfield qu’on ne pouvait, sans se faire illusion croire que Ferdinand se laisserait ame ner à une prompte paix; que les événements avaient prouvé avecquelle obstination il savait supporter des revers sans jamais consentir à aucune concession; que dans tous les cas, même en admettant la possibilité d’une conquête rapide, on n'aurait pas de forces suffisantes pour garder les pays conquis ; que l’Espagne . l’Italie et toute l'Allemagne catholique se lèveraient en faveur de la maison d’Autriche, et que la France, par quelques concessions sur le Haut-Rhin, se laisserait facilement attirer dans le parti où le système religieux du cardinal de Richelieu semblait devoir la placer aussitôt que ses intérêts politiques seraient satisfaits ; que , d’un autre côté, si les états des pays héréditaires étaient prêts à se soulever,
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une partie de l’armée suffirait pour les soutenir, et qu’il était important de ne pas donner de relâche à Tilly qui s'occupait déjà à former sur le Weser le noyau d’une nouvelle armée.
On rejeta’ donc la proposition de tomber avec toutes ses forces réunies sur les provinces autrichiennes, et l’on n’eut plus qu’à décider quelle serait celle des deux armées qui se rendrait en Bohême , tandis que l’autre se dirigerait vers le sud-ouest. Gustave céda sans peine aux Saxons la conquête de la Bohême. Il voulait être le libérateur de l’Allemagne ; il avait peu de confiance dans la bravoure des Saxons et dans les talents de leur chef, et peutêtre aussi songeait-il à des acquisitions territoriales; or, qu’aurait pu faire la Suède des provinces qu’on lui aurait assignées dans les pays héréditaires?
Les Saxons entrèrent donc en Bohême, où ils ne trouvèrent aucune résistance. Les exilés furent rétablis dans leurs biens, et les catholiques furent laissés en possession de presque toutes les églises. Aucune réaction n’eut lieu : l’électeur ayant des vues sur ce pays, pensait sagement que l’équité et la modération seraient les meilleurs moyens pour gagner les coeurs. Gustave,de son côté, pénétra, sans rencontrer aucun obstacle, jusqu’à Würtzbourg , où il entra le 2 octobre. Francfort, Mayence, Mannheim, Spire, Worms , la plus grande partie du Palatinat, et presque toute l’Alsace, virent, avant la fin de l'année, se retirer les ennemis qui les occupaient; la Hesse et le Mecklembourg furent délivrés, et un grai.d nombre ae princes et de villes libres furent attachés par des traités à la cause évangélique. Tilly, bien u’il eût formé une nouvelle armée , vita de se trouver en face de Gustave , et se retira sur les derrières du roi dans la haute Allemagne.
A. Vienne , une fausse nouvelle du gain de la bataille de Leipzick avait d’abord exalté l’opinion; mais la consternation n'en lut que plus grande lorsqu’on connut la vérité. «Je n'aurais jamais cru, dit un ministre, que Dieu
serait devenu luthérien.» D’autres, plus raisonnables , attribuaient ce malheur aux désordres et à la démoralisation de l’armée catholique. Diverses mesures furent proposées dans le conseil. Les uns engageaient l'empereur à se retirer à Gratz ; d’autres à prendre en personne le commandement de ses armées. Ferdinand ne suivit ni l’un ni l’autre de ces avis. Ses habitudes espagnoles s'opposaient à ce qu’il manquât aux lois memes les plus puériles de l’honneur, mais elles ne lui permettaient pas non plus de prendre une résolution énergique et hardie , en renonçant à l'étiquette qui le tenait renfermé dans sa cour , et en exposant sa personne impériale. On reconnut, d’un commun accord, qu'il fallait un nouveau général, que Tilly ne pouvait plus avoir d’autorité dans une armée de
f «artisans, comme l’étaient toutes celes de cette malheureuse époque. On n’avait point à choisir; les amis de Tilly et des liguistes avaient décidément le dessous.
Enfin , après s’être fait long-temps prier, Waldstein promit de former une nouvelle armée, et bientôt, en effet, il en composa une d’autant plus formidable, qu'il y appela tous ceux qui avaient confiance dans son bonheur et dans ses promesses de récompenses, de butin, de pillage et de liberté de conscience. Les conditions qu’il fit à l’empereur, avant d’accepter , sont trop remarquables pour ne pas être rapportées ici : «Waldstein, disaient-elles , sera généralissime de toute la maison d’Autriche et de la couronne d'Espagne in absolutissima forma. L’empereur et le roi des Romains ne pourront point se trouver à l’armée, et encore moins récompenser ceux qui en font partie. Pour récompense ordinaire, Waldstein aura une hypothèque formelle sur l’un des pays héréditaires de l’empereur, et pour récompense extraordinaire, les droits régaliens sur tous les pays conquis.
II pourra exercer librement et souverainement dans tout l'empire le droit de confiscation in absolutissima forma, et le droit de faire grâce et
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d’accorder des saufs- conduits. Tout grade conféré par l’empereur et qui ne serait pas revêtu de la signature de Waldstein n’aura aucun effet quoad bona, mais seulement quoad famam , car autrement l’empereur, dans sa bonté, ne laisserait aucun moyen de récompenser les officiers et les "soldats. A la paix , on s’occupera des droitsdu général sur le Mecklembourg, et on lui donnera tous les moyens et tout l'argent nécessaire pour lé reconquérir. »
Le cardinal de Richelieu entrevitsurle-champquedesstipulationsaussi exorbitantes ne pouvaient manquer de perdre celui au profit duquel elles avaient été consenties. « 11 serait difficile, dit le ministrcde Louis XlIIdans ses Mémoires (*), déjuger si ces conditions étoient insolentes pour un serviteur envers un maître , ou nécessaires au service de l’empereur, en l’extrémité où se trouvoientses affaires, en laquelle il a toujoursétéjugé absolument nécessaire que le prince qui n’agit pas immédiatement par lui-même, se reinette entièrement de toutes choses en un seul, se confiant en lui totalement. Quoi qu'il en soit, on peut bien dire absolument que lesdites conditions furent la cause de sa ruine ou de sa mort, car l’empereur, ou jaloux de sa nature, ou se laissant aller à la jalousie des grands de sa cour, ne les voudra pas observer, Waldstein en témoignera du mécontentement, sur lequel on lui fera croire qu’il est traître, et on le traitera avec toute la cruauté que peut mériter la plus infime et la plus avérée trahison qui puisse tomber en l’esprit du plus niécnant homme du monde. »
L’état fâcheux dans lequel étaient les affaires de la maison d’Autriche, en Allemagne, faisait que tous les princes et tous les états catholiques jetaient les yeux sur le roi de France pour en être protégés. Richelieu va nous faire connaître, dans le langage du temps, les motifs de la politique que la France suivit pendant toute la durée de cette guerre. Le principal but du vainqueur
(*) T. vn, p. 18.
des huguenots, en France, avait toujours été de séparer en Allemagne la ligue catholique de l’empereur, et de faire assurer à cette ligue, par le roi de Suède , la neutralité qu’elle réclamait. Gustave n’y voulait consentir qu’à des conditions que l'électeur de Bavière refusa obstinément.
« Sa Majesté, disent les Mémoires de Richelieu , ayant eu avis de ce refus par le marquis "de Brézé, en reçut du déplaisir, et fut en peine de la résolution qu'elle devoit prendre en cette occasion : elle pouvoit espérer de grands avantages de la continuation des troubles universels d’Allemagne; si on n’y apportoit aussi quelque retenue, elle craignoit le préjudice que la religion en pouvoit recevoir , et quelque conseil qu’elle pùt prendre en cette conjoncture, elle prevovoit qu’il en pouvoit arriver de grands biens et de grands maux. Mais le pire conseil qui puisse être , étant de ne s’arrêter a aucun , et cette affaire ne pouvant souffrir de délai , le cardinal dit au roi nue pour se résoudre promptement, il falloit considérer qu’en l’état présent des affaires d’Allemagne , Sa Majesté ne pouvoit agir qu’en r une de ces quatre manières :
« 1° Ou se joindre avec le roi de Suède pour faire la guerre ouvertement à la maison d’Autriche;
« 2» Ou s’accommoder avec l’empereur et l’Espagne pour faire conjointement la guerre au roi de Suède et aux princes protestants;
« 3° Ou essayer de faire accepter la neutralité aux "trois électeurs catholiques ès termes qu’elle étoit proposée par le roi de Suède, s’il ne vouloit consentir à d’autres meilleurs , et le laisser continuer la guerre en Allemagne sans s’en mêler, mais seulement tenir quelques troupes sur la frontière pour s’en servir en tout événement;
« 4° Ou bien , avec ladite neutralité , se rendre en outre maître de l’Alsace , de Brisach et des passages du Rhin qu’y tenoient les électeurs catholiques, et avoir là une armée pour s’en servir aux occasions; ce qui se pouvoit, ou en faisant un traité avec le roi de Suède, qui obligeât le roi à faire cette
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conquête, en sorte que l’un ne pût poser les armes sans l'autre, ou sans s’obliger par traités à aucunes conditions , afin d’avoir toujours le pouvoir de prendre des avantages que le temps et les occasions pourroient offrir.
« Que chacune de ces façons d’agir avoit ses avantages et ses inconvénients.
« Que les avantages de la première étoient que l’on pouvoit ruiner absolument toute la maison d’Autriche , être délivré pour jamais de la crainte, de la jalousie et de la dépense auxquelles sa grandeur obligeoit , il y a long-temps, In France, profiter de sa dépouille, et le roi se rendre chef de tous les princes catholiques de la chrétienté et par conséquent le plus puissant de l’Europe; le roi de Suède , qui alors pourroit entrer en compétence avec Sa Majesté, n’y étant en rien comparable, tant parce que de soi il n’étoit pas fondé et n’avoit point de ressources pareilles 5 celles de la France, que parce qu’étant sans suite et sans appui, il ne seroit pas tant considérable , et que restant d’autres rois protestants ses voisins et ses anciens émulateurs, il pourroit être empêché en ses progrès.
« Que les inconvénients étoient une uerre éternelle, peu de sûreté de la délité et constance du roi de Suède , et de sa vie même, après laquelle, son parti étant entièrement ruine, la France resteroit seule contre la maison d'Autriche; la facilité que les E-spngnols et autres voisins du royaume a voient, pendant une telle entreprise, de se joindre aux mauvais François, et entreprendre contre nous , particulièrement s’il arrivoit quelque mauvais succès; la hainequ’onencourroit indubitablement de tous les catholiques , voyant le roi allié avec un prince hérétique pour la ruine d’une maison si pieuse.
« Que les avantages de la seconde étoient l’apparence qu’il y avoit qu’on conserveroit la religion en Allemagne, et peut-être en toute la chrétienté; on acquerrait grande réputation parmi les catholiques , l’on rabaisserait la puissance d’un prince dont l’ambition et le courage étoient grandement à craindre,
puisqu’il y avoit lieu de croire que seui il étoit capable de plus nuire en un an que n’avoit fait la maison d’Autriche en cent; qu’on pourroit en outre profiter de la ruine des protestants.
« Que les inconvénients de ce dessein étoient le péril qu’il y aurait que le roi de Suède, découvrant ce dessein , ne s’accommodât, et meme à son désavantage, avec la maison d’Autriche, pour ensuite nous faire la guerre; le peu d’assurance que l’on devoit prendre à la foi des Espagnols, le danger de laisser tellement accroître la maison d’Autriche qu’elle fût formidable à la France, et nous obligeât à une guerre éternelle pour nous défendre contre elle ou contre les autres ennemis du dehors ou du dedans qu’elle pouvoit en ce cas nous susciter.
« Que les avantages de la troisième étoient de demeurer présentement sans uerre, empêcher les mauvais desseins es ennemis de la France , être en état de porter ses armes en tous les lieux où on le jugerait nécessaire , se rendre considérable à tous les deux partis qui craindraient de nous avoir pour ennemis , et pouvoir prendre l’occasion telle que le temps la pourroit présenter, de profiter par accommodement ou par guerre de la mauvaise fortune d’autrui.
» Que les inconvénients étoient la ruine presque inévitable des princes catholiques et de la religion en Allemagne, par la facilité qu’aurait le roi de Suède de rompre la neutralité avec eux , après avoir occupé toutes les entrées du Rhin et des Grisons ; l’impossibilité de secourir lesdits princes selon la promesse qu’on leur en avoit faite; le peu de réputation qu’acquerroit le roi , de laisser périr la religion en Allemagne et les princes qui la professent , après avoir promis de les défendre; la crainte que le trop grand accroissement du roi de Suède ne fût préjudiciable à la France , dont il serait le voisin , s’il se rendoit maître de l'Allemagne, et l'apparence qu’il y avoit qu'après la conquête de la Germanie, la France restant le seul état qu’il dût considérer et qu'il pût crain-
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dre, il emploierait toute sa puissance pour la ruiner, soit par soi, ou par les mauvais François, ou par les deux ensemble: la crainte qu’on dev oit avoir qu’il port.it ses armes en Italie contre le Saint-Siépe , et ruinât absolument partout la religion catholique, comme ou savoit qu'il en avoit dessein, joint l’extrême dépense qu’apporterait l’entretien d’une armée inutile sur la frontière, avec perte de réputation.
« Que les avantages ne la quatrième et dernière façon étoient la facilité de secourir l'Allemagne, toutes fois et qualités qu’elle serait attaquée ; le moyen infaillible de faire observer la neutralité aux uns et aux autres quand ils en seraient convenus ; l’autorité
au’un tel dessein donnerait au rai ans l’Allemagne, où il aurait infailliblement tous les princes catholiques sous sa protection , et les protestants mêmes, s'il mésarrivoitdu roi deSuède, ou si l’on avoit mécontentement de lui ; le moyen de résister, voire donner la loi à la maison d'Autriche, quoi ui pùt arriver au roi de Suède; la isposition entière des suffrages des quatre électeurs catholiques , et le soulagement des provinces de France par l’éloignement des troupes du roi , avancée^dans l’Alsace et sur le Rhin, où l’on pourrait trouver moyen de les nourrirsans incommodité delà France, outre qu’il y avoit grande apparence que le roi die Suède, voyant l'entrée ouverte vers la France, perdrait le dessein du Tyrol et d’Italie, craignant qu’on lui empêchât le retour; finalement , on éloignerait la Suède des frontières de France, et si l’on retirait Mayence, cela donnerait grande réputation aux armes et a la piété du roi.
« Que les inconvénients étoient que, quelque prétexte qu'on prit d'occuper l’Alsace , il étoit à craindre que la rupture avec toute la maison d’Autriche ne laissât pas de s’ensuivre , laquelle rapporterait tous les dommages cidessus rapportés en la première façon d'agir. Il y avoit peu de profit présent et beaucoup de mal à venir, si la rupture arr/voit ; qu’il y auroit grande
difficulté de garder l’Alsace, ouverte de tous côtés ; et finalement qu'il pourrait arriver que le roi de Suède, voyant Sa Majesté engagée en cette guerre, s’accommodât avec la maison d’Autriche tacitement ou par traité , et nous laissât le faix de la guerre.
« Que , tout ce que dessus bien considéré, il ne sembloit pas que le roi dOt se résoudre au premier ni au seeond expédient , parce qu’il falloit se donner garde jusqu'à l'extrémité d’entrer en rupture, ni avec, le roi de Suède, ni avec la maison d’Autriche; qu’on ne devoit point exposer, qu'à toute force, Sa Majesté à porter le travail du corps et de l’esprit, auquel la durée de la guerre l’obligerait ; que sa santé peut-être ne lui pourrait permettre une continuelle demeure en ces frontières , et une si longue absence de Paris et autres lieux du royaume où son contentement et ses .affaires le pouvoient appeler ; que le revenu ordinaire de Sa Majesté ne pouvoit suffire aux frais d’une si longue guerre, et ue, n’étant suffisant, il seroit difficile e trouver de l’argent et de faire vérifier des édits par le moyen desquels on en pourrait recouvrer ; que les facultés du peuple étoient petites, et grands les dégâts que leur causeraient les levées de gens de guerre qu’il faudrait faire, pour tenir un juste corps d’armée , et plus grandes les clameurs de tous les ordres du royaume sur ce sujet.
« Que nous n’avions pas beaucoup de chefs capables de faire la guerre; u’il se trouverait peu de fidélité et 'affection ; que l’humeurdes François étoit également impatiente de guerre et de repos; que le dégoût de ceux que l’on emploierait, et la jalousie de ceux qu’on auraient délaissés, faciliterait à Monsieur le moyen de se les acquérir.
« Que les gouverneurs des places et des provinces, par avarice, légèreté, vengeance ou prévoyance de l’avenir, seraient plus aisément persuadés, si le roi étoit une fois engage en une guerre étrangère, à suivre le parti de Monsieur, et se déclarer pour lui, à quoi ils seraient encore portés par l’euvie
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naturelle qu’ont les François de voir du changement au gouvernement public de la cour.
« Que les moindres accidents de la guerre , ou surprise d’une place, pouvoient ébranler beaucoup de choses en ce royaume, et exciter de grandes clameurs contre ceux qu’on voudroitdire auteurs d’une guerre étrangère.
« Que , pour toutes ces raisons , il concluoit que les inconvénients qui arriveroient certainement de la guerre , surpassant tous les avantages et profits qu’on en pourroit présentement tirer , on devoit éviter a'y entrer , et partant rejeter la première et la seconde manière d’agir qui avoient été proposées.
« Quant aux autres manières, il falloit prendre quelque chose de l’une et l’autre.
>< Qu’il ne falloit omettre aucun moyen pour sauver la ligue catholique et fa religion en Allemagne; mais qu’il n’y en avoit aucun qui parfit absolument certain pour parvenir à cette fin, et partant que le meilleur qu’on pfit prendre étoit celui qui seroit le moins douteux.
« Qu’en l’état où les affaires étoient réduites par la longueur qu’y avoit apportée le duc de Bavière, il sembloit qu’il n’y en eût point d’autre que de passer la neutralité aux meilleures conditions que l’on pourroit , non honteuses pour le roi et supportables pour les électeurs et princes de la ligue catholique, auxquels il falloit laisser le choix de les arrêter ou de rompre, afin que, quelque événement qui en arrivât, ils ne pussent se plaindre que d’eux-mémes.
« Détourner ensuite le roi de Suède autant que l’on pourroit du dessein de l’Alsace et de l'occupation du Rhin ; le laisser en espérance, sans s’y engager tout à fait , que le roi l’e’ntreprendroit dans peu de temps, et cependant voir comme iroient les affaires de ce conquérant et celles de ses ennemis ; négocier avec les électeurs ; savoir comme, par leur moyen, on pourroit s’assurer d’un passage sur le Rhin, du tout nécessaire pour les
secourir, soit de ceux qui étoient en leur puissance, s’ils en avoient encore, soit de ceux qui dépendent de la maison d’Autricne, sans rompre avec elle.
« Que Bavière devoit envoyer vers l’archiduc Léopold pour voir "s’il vouloit consigner Brisach à cette fin , à condition que le roi mettroit entre les mains du nonce lettres-patentes, par lesquelles il s’obligeroit de le rendre.
« Tâcher de procurer secrètement une bonne union avec les électeurs catholiques et les protestants.
« Assurer messieurs les électeurs que le roi seroit toujours prêt et disposé à les secourir en cas que la neutralité fût violée; qu’il tiendroit pour cet effet , non sans grands frais qu’il feroit en leur seule considération et celle de la religion, une arinee de 30,000 hommes et de 6000 chevauxsur sa frontière, et dès à cette heure leur offroit des gens de guerre, s’ils en avoient besoin, pour leur aider à garder les places qu’ils avoient sur le Rhin, la Moselle et la Meuse , laissant à leur option d’en prendre ou de n’en prendre pas.
« Que la neutralité signée , le roi de Suède ne se pouvoit plaindre si l’on mettoit des François dans ces places, puisqu’on auroit lieu de lui faire voir que c’étoit pour empêcher que les Espagnols ne fissent de même , et les détacher tout à fait de la maison d’Autriche.
« Leur dire enfin que Sa Majesté desiroit si religieusement leur conservation, que sans jalousie d’aucun autre prince qui les put aider, elle ne prétendoit pas les empêcher de se servir de tout secou rs qu’ils estimeroient leur être utile , mais leur offroit le sien sans les priver d'aucun autre.
« Qu’il estimoit qu’il falloit parler ainsi aux ambassadeurs de la ligue et électeurs , afin qu’ils ne pussent dire qu’on les avoit empêchés d’être secourus d'Espagne, et cependant qu’on les avoit laisses perdre; et toutefois, ils n’oseroient se jeter entre les mains des Espagnols, à cause de la jalousie qu’en prendroit la Suède , et ae la rupture
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SUÈDE
qui en pourrait arriver entre eux : par ce moven on n’ entrerait point en rupture avec personne , on serait sur ses pieds et sur ses forces pour profiter du temps et des occasions ; les électeurs et la ligue catholique ne pourraient se plaindre du roi, ains auraient tout lieu de s’en louer . de ce que, nonobstant le malheur qui leur est arrivé par leur négligence. Sa Majesté n’aurait rien oublié de ce qu'elle pouvoit pour les secourir.
« Qu’apres tout ce que dessus , la question ètoit de savoir ce qu’il failoit au cas que le roi de Suède fût si injuste qu’il ne voulût rien changer en l’acte ae neutralité dernière qu’il avoit donne.
« Que s’il s'affermissoit en cette injustice, il failoit tenter , sans rien rompre, d’obtenir queique temps, dans lequel les électeurs et la ligue s’assemblassent pour voir s'ils accepteraient la neutralité , et cependant taire cessation de toute hostilité entre eux.
« Que, s’il refusoit ce parti , il failoit donner le choix aux électeurs, ou de signer la neutralité telle que le roi de Suède l’avoit envoyée , ou de se défendre , et , en ce cas , offrir quelque secours à Bavière, à Trêves et a Cologne , pour leur aider à défendre leurs places qu’ils ont sur le Rhin , la Moselle et la Meuse, s’ils le désiraient, les priant de bien considérer s’ils se pouvoientsauveren l’état auquel ilsétoient, quelque secours que le roi leur pût donner.
•* Le roi , suivant cet avis , manda au marquis de Brézéquc, nonobstant les ruaes conditions que demandoit le roi de Suède . il ne laissât pas de continuer sa poursuite entre lui et les princes de la ligue catholique pour la neutralité . et de réduire les choses , s’il se pouvoit , a des conditions auxquelles les uns et. les autres pussent condesceuure; que, pour cet effet, il obtint quelque suspension d’armes pour donner loisir aux uns et aux autres de traiter, sans que rien pût survenir rependant qui enangeât l’état des affaires.
« Il ne put obtenir du roi de Suède plus de quinze jours de temps; après
qu’ils furent expirés, ledit marquis n’ayant reçu aucune réponse du duc de Bavière, il supplia le roi de Suède de vouloir accorder encore huit jours; ce qu’il fit après y avoir beaucoup résiste.
•> Le roi de Suède tenoit ferme en ce qu’il avoit proposé, et ne plioit point. ■>
Pendant ces négociations, Tillv était parvenu à ranimer le courage de ses troupes , et s’était présenté avec une armee formidable devant Nuremberg.
Gustave, qui se trouvait encore à Francfort , marcha aussitôt à sa rencontre. Tilly était resté si fidèle à ses anciennes habitudes de pillage et de dévastation, que toutes les villes de la Franconie reçurent le roi de Suède comme un libérateur. Maximilien conseilla à Tilly de se retirer vers la Bo^ héme, afin de transporter le théâtre de la guerre sur les possessions de la maison d’Autriche, persuadé que Gustave y suivrait à la piste son adversaire de Léipzick. L’honnête électeur, l’ame de la ligue catholique, ne tarda pas à être puni cruellement de ce lâche et perfide machiavélisme. D’un autre côté, le langage que Gustave commençait à tenir fit réfléchir les protestants , et leur prouva combien il est dangereux de recourir à l’intervention d’une puissance étrangère pour régler les affaires de la patrie ; que quelque désintéressée que cette puissance soit dans le principe , le bruit des armes , l’enivrement de la victoire , ou bien encore le dépit causé par des revers, ne manquent jamais de transformer ce désintéressement en égoïsme. Les habitants de Nuremberg ayant accueilli l’armée suédoise avec empressement , Gustave leur répondit dans le jargon diplomatique de cette époque , qu’il ne prendrait rien à ses amis ; qu’il ne demanderait même, pour les avoir délivrés , que araiitudinem ; mais que son intention était de garder ce qu’il prendrait à ses ennemis, surtout pontificiis ; que l’alliance protestante (il voulait
Ïirobablement désigner sous ce nom a partie protestante de l’empire) devait se séparer des catholiques , et se pour-
L’UNIVERS
voir d'un capo digne de sa confiance.
Qu’on ne devait point songer à le satisfaire, comme un partisan, parquelques moisde solde; que roi, il pouvait demander des provinces , selon les théories de Grotius et ex jure gentium, bien que du reste il ne manquât ni de terres ni de royaumes; que s’il restituait quelques conquêtes, comme, par exemple, la I’oméranie et leMccklembourg, on ne pourrait lui refuser les jura superiorilalis, qui avaient autrefois appartenu à l'empereur; que l’ancien édifice de l’empire ne valait plus rien; que les princes de l’Italie étaient pius indépendants que les princes de l’Allemagne, etc. Trois siècles plus tard , ces idées furent réalisées. On prétend que Gustave ne les mit en avant que pour se faire élire empereur. Ce qu’il y a de certain , c'est que ses prétentions s’étaient accrues avec le succès. Comment expliquer autrement i'exclamation qui lui échappa, dit -on, en recevant la mort : « A d'autres le monde ! »
Mais avant que l’empereur eût le temps de profiter du changement 'qui s’était opéré dans les dispositions des princes protestants, Gustave s’avança par Schwabach et Donauwerth, et, fe t(i avril IG32, il força le passage du Lecli défendu par Tillv, qui périt dans cette occasion. Le 25 , il entra triomphant à Augsbourg , où il se fit prêter serment d'obéissance par les bourgeois, et lit restituer aux protestants les églises qu’on leur avait enlevées, sans permettre aucune autre réaction contre les catholiques. Ensuite il alla assiéger Ingolstadt , où un ambassadeur de France, Saint-Étienne, se présenta pour négocier la neutralité de l’électeur de Bavière. « Je connais « trop bien , répondit Gustave , l’elec- « teur de Bavière et sa préirise; il « porte une casaque doublée , et, selon « les circonstances, il tourne en dedans, « aujourd'hui le rouge, demain le bleu.
« Je conçois qu’on puisse le delèn- « dre : à qui voudrait faire l'éloge du « pou , cet animal immonde, il se pré- « senterait vingt choses à dire : que « c’est un animal fidèle et utile , qui
« sucelemauvaissangdeThomme, etc., « etc. Mais, pour cette fois , on ne m’y « prendra point , je connais le cœur « faux du Bavarois. » Puis il proposa des conditions très-dures que l' électeur refusa, comme on s’y attendait, et Ingolstadt opposant une résistance opiniâtre, l’armée suédoise s’empara de Landshut, le jour anniversaire de la prise de Magdebourg, mais, il faut le dire à sa louange, sans songer à exercer aucunes représailles.
Le 1 7 mai , Gustave entra dans Munich. On craignait que les protestants ne se vengeassent sur la capitale de la ligue, des cruautés exercées dans le Nord par leurs ennemis; mais la discipline de l’armée suédoise était si admirable et tellement connue, que, deux heures après l’entrée du roi , toutes les boutiques étaient ouvertes et les plus belles d’entre les femmes et les filles de Munich, d’apres le témoignage même d’un jésuite , se promenaient liras dessus bras dessous avec les ofliciers suédois. Gustave, dont l’affabilité ne se démentit pas dans cette circonstance, assura aux bourgeois qu’il n’était point venu imiter ses aïeux les Goths. Il protégea le culte des catholiques, ct assista même avec recueillement à leurs cérémonies religieuses. Toutefois on lit paver à la ville une contribution considérable, ct 140 canons que l’on découvrit sous les dalles de l’arsenal furent déclarés de bonne prise. Surgite à morluis, dit le roi , et vende ad judicium.
Dans les campagnes, cependant, les choses se passaient d’une manière différente. Les paysans bavarois , qui ne savaient pas encore ce que c'était que l'état de guerre , et qui d’ailleurs se sont toujours distingués par leur attachement au catholicisme, prirent les armes aux moindres vexations, massacrèrent tout ce qui tomba sous leurs mains, même les sauvegardes, et en furent punis rigoureusement par des moyens aussi peu équitables.
tes désordres n’empêchèrent pas Gustave d’etendre et d’afïermir ses armesdans l’Allemagne méridionale, et Ton craignit un instant à Vienne qu’il
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n'allât s’unir aux Saxons, en Bohême, pour entrer ensuite avec eux en Autriche. Mais George de Saxe n’était point fait pour une telle entreprise: dépourvu de toute fermeté et de toute persévérance, adonné à la chasse et aux plaisirs, envieux et jaloux de Gustave, il se laissa intimider par Valdstein et retenir par les envoyés de Richelieu. La discipline de son armée se relâcha bientôt , et l’amitié qu’avaient eue d'abord les Bohémiens pour les Saxons fit en peu de temps place à la haine et h l’aversion. AValdstein qui, dès le mois d’avril, disposait d’une armée de 40,000 hommes, tomba soudain sur les Saxons, qui avaient négligé les avis et les conseils du roi de Suede , s’empara de Prague , le 4 mai , en abandonna les quartiers les plus riches à sa jeune armée, extorqua des contributions des autres quartiers, chassa rapidement les Saxons de toute la Bohême, et se trouva, le H juin, à Égra, faisant ainsi sa jonction avecl’électeurde Bavière, qui, a la tête de ce qu’il avait pu sauver de ses forces , s'était retire sur Ratisbonne. Gustave dut regretter alors de n’avoir pas suivi le conseil d’Oxenstierna, qui, après la batailledeLeipzick, voulait qu’on marchât droit sur V lenne, ce qui n’aurait pas , crovait-on , éveillé la jalousie de la France. Désormais il voyait bien que sa position en Bavière était d’autant moins soutenable que Pappenheim lui faisant la guerre dans la Basse-Saxe et sur le Rhin, il était en danger de se voir entouré de tous côtés parles ennemis. Il se retira donc en Franeonie , et se fortifia le 19 juin, près de Nuremberg. Le 30, les Impériaux et les Bavarois se trouvaient en face de lui avec une armée bien supérieure, et se fortifièrent également.
AValdstein n’osa pas attaquer les Suédois avec son armée nouvellement formée : « S’ils sont battus, disait-il, ils « trouveront une retraite inattaquable « dans Nuremberg, et si nous le som- « mes , rien ne s'opposera plus à leur « marche sur Vienne. »
- Des maladies et une disette se firent sentir dans les deux camps , *
et Gustave qui avait, au commencement du mois d’août , reçu des renforts considérables, résolut d’attaquer le camp de AValdstein, et, le 24 août, lui donna l’assaut pendant six heures, avec la bravoure et l’opiniâtreté qui distinguaient l’armée suédoise, sans pouvoir cependant obtenir le moindre avantage. Toutefois il était également impossible aux deux armées de rester plus long-temps dans ce pays épuisé par la guerre, et le 8 septembre, Gustave, apres avoir jeté une forte garnison dans Nuremberg, quitta son camp en plein jour, au liruit des fanfares militaires, et se retira avec son armée dans le meilleur ordre, d'abord sur Neustadt, et puis sur Nôrdlingen et Donauwerth. AValdstein et Maximilien se séparèrent à Cobourg, l’électeur se rendit par Bamberg a Ratisbonne, le généralissime à Meissen, en forçant Bernard de AVeimar à se retirer et en réunissant autour de lui toutes les forces qu’il avait laissées en Bohême , et Pappenheim , qui venait de traiter en Autrichien la Basse-Saxe et la AVestphalie.
Le 22 octobre, AValdstein occupa Leipzick et Halle, et Gustave se vit contraint de quitter la Haute- Allemagne pour venir au secours de la Saxe, et d’interrompre les conférences d’Llm , ainsi que les négociations relatives à la restitution du Palatinat. Gustave, après une marche rapide, se fortifia près deNaumbourg, et trouva, dans cette partie de l’Allemagne, les affaires bien changées à l'avantage de AValdstein, Arnheim, le général saxon, n’ayant nulle part agi avec la résolution et la promptitude convenables, ets’étant laissé séparer du roi , ainsi que des autres généraux, par l'occupation de Halle et de Leipzick.
Ainsi Gustave se voyait réduit aux forces qu’il amenait avec lui. Waldstein toutefois n’osa point attaquer le roi, et Pappenheim, moins impétueux depuis la bataille de Leipzick, déclara la position du roi inattaquable, et soutint qu'il fallait avant tout secourir Cologneassiéçée par le comte Henri de Berg. Aussitôt que Gustave sut que
L’UNIVERS
Pappenheim était en marche sur Halle, il quitta son camp le 16 novembre et marcha par Weissenfels sur Lutzen.
En route on fit prisonnier un capitaine impérial qui assura à diverses reprises que Pappenheîtn s’était de nouveau réuni à Waldstein. Cette assertion engagea le roi à réfléchir sur l’opportunité d’une bataille , et lui fit perdre des heures précieuses pendant lesquelles Waldstein dépécha courrier sur courrier à Pappenheim pour l’inviter à rebrousser chemin. Enfin Gustave se décida à engager le combat qui devait être pour lui si glorieux et si funeste. Mais il n'appartient qu’à Schiller de retracer ce mémorable tableau.
« Trois coups de canon que le comte de Colloredo fit entendre du château de Weissenfels, annoncèrent la marche du roi ; et , à ce signal convenu , tous les avant-postes du duc de Friedland , commandés par le général des Croates , Isolani, se réunirent pour occuper les villages situés sur la Rippach. Leur faible résistance ne put arrêter l’ennemi , qui passa la Rippach près du village de ce nom, et prit position audessous de Lutzen , en face de l’armée impériale. La grande route qui conduit de Weissenfels à Leipzick est coupée, entre Lutzen et Merkranstàdt, par le canal, qui se prolonge depuis Zeit jusqu’à Mersebourg, et réunit l’Elster avec la Saale. A ce canal s'appuyaient l’aile gauche des impériaux et la droite du roi de Suède, de manière cependant que la cavalerie des deux armées s’étendait aussi sur l’autre rive. Vers le nord, derrière Lutzen, était campée l’aile droite de Waldstein, et au sud de cette petite ville, l’aile gauche des Suédois. Les deux armées’ se trouvaient en face de la grande route, qui passait au milieu d’elles , et séparait les deux fronts de bataille. Mais la veille du combat, Wr aldstei n s’était emparé de cette route, au grand désavantage de son adversaire; il avait fait creuser les fossés
3ui la bordaient des deux côtés, afin e les rendre plus profonds, et les avait fait garnir de tirailleurs , ce qui en rendait le passage très-difficile et
extrêmement dangereux. Derrière eux s’élevait une batterie de sept pièces de canon gros calibre, destinée a soutenir le feu de la mousqueterie des fossés, et, vers les moulins à vent, en arrière de Lutzen, tout près de la ville, on avait placé sur une hauteur quatorze pièces de campagne, qui pouvaient balayer une grande partie de la plaine. L’iiifanterie , distribuée en cinq randes brigades, était placée en ordre e bataille a trois cents pas derrière la grande route, et la cavalerie couvrait les flancs. Tous les bagages furent envoyés à Leipzick pour ne pas éner les manœuvres, et les chariots e munitions restèrent seuls derrière la ligne. Afin de cacher la faiblesse de l’armée impériale, tous les valets reçurent ordre de monter à cheval , et de se joindre à l’aile gauche, mais seulement jusqu’à l’arrivée de Pappenheim.
L’obscurité de la nuit favorisa ces préparatifs, et, avant le jour, tout était disposé pour recevoir l’ennemi.
« Le même soir, Gustave-Adolplie parut dans la plaine opposée, et rangea son armée en bataille. Il adopta le même ordre qui, un an auparavant, lui avait donné la victoire auprès de Leipzick.: depeti ts escadrons furentmêlés par intervalles dans l’infanterie, et la cavalerie reçut à son tour divers pelotons d’infanterie, placés aussi par intervalles , et destinés à agir à scs côtés. L’armée entière formait donc deux lignes, ayant le canal à droite et derrière, la grande route devant elle, et la ville de Lutzen à sa gauche; l’infanterie, sous les ordres du comte de Brahé, était placée au centre, la cavalerie aux deux ailes, et l’artillerie en avant. Un héros allemand, le duc Bernard de Weimar, commandait la cavalerie allemande de l’aile gauche : le roi, en personne, était à la tête de ses Suédois à l’aile droite, afin d’exciter entre les deux nations une noble et salutaire émulation. Les mêmes dispositions furent observées dans la seconde ligne, et, derrière elle, se trouvait placé un corps de réserve sous le commandement de l’Écossais Henderson.
« Ces dispositions prises de part et
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d’autre, on attendit le jour pour commencer une lutte qui devait tout l’intérét, comme tout l'effroi qu’elle inspirait, plutôt aux longs retards qu’elle avait éprouvés qu’à l'importance probable des suites qu’elle pouvait avoir.
L'attente de l'Europe, trompée devant le camp de Nuremberg, allait être satisfaite dans les plaines de Lutzen :
jamais, dans le cours de cette longue guerre, deux généraux de ce mérite, égaux en considération, rivaux de gloire, et doués tous deux des plus rares talents militaires, n’avaient mesuré leurs forces en bataille rangée.
Jamais un pareil défi n’avait paru devoir en imposer à l’audace meme; jamais l'espérance n’avait été enflammée par un prix aussi élevé. Cette journée devait montrer à l’Europe le premier de ses guerriers , et proclamer le vainqueur de celui qui jusque la n’en avait connu aucun ; elle devait décider si c’était le génie de Gustave- Adolphe qui avait vaincu au combat du Lech et à la bataille de Leipzick , ou si l’impéritie de son adversaire avait été la seule cause de ce succès.
« C’était dans cette journée que le mérite du duc de Friedland devait justifier le choix de l’empereur, et que la grandeur de l’homme devait balancer l'énormité du prix qu’il avait coûté. Chaque soldat , fier de la gloire de son chef, semblait la partager tout entière; sous chaque armure on retrouvait les sentiments qui enflammaient lame du général. L'issue était encore douteuse:
mais les efforts , le sang qu’elle allait coûter au vainqueur comme au vaincu, ne l’étaient ps. Chacun connaissait bien l’ennemi avec lequel il avait affaire, et l'inquiétude que l’on ressentait de part et d’autre, et que l’on cherchait vainement à dissimuler, était le plus glorieux témoignage qu'ils pussent recueillir l’un et l’autre de leurs talents militaires.
« Enfin paraît ce jour redouté ; mais un brouillard impénétrable, qui couvre toute la plaine, diffère encore l’attaque jusqu'au moment où les armées pourront se découvrir. Le roi se jette a genoux devant le front de bataille *
8* Livraison. (Subdb.)
toute l’armée suit aussitôt son exemple, et entonne un cantique touchant que la musique militaire accompagne.
Alors Gustave-Adolphe monte à cheval, et, vêtu d’un simple habit dedrap, avec un justaucorps en buffle (les douleurs qu’il ressentait d'une ancienne blessure ne lui permettaient pas de porter la cuirasse), il preourt les rangs pour inspirer à ses braves une confiance que son cœur, plein de funestes pressentiments, était loin de partager.
Dieu avic nous était le mot de ralliement des Suédois; Jésus, Marie , celui des Impériaux. Vers les onze heures, le nuage commence à se dissipr, et l’on aperçoit l’ennemi. On voit aussitôt les flammes de Lutzen, que le duc de Friedland avait fait incendier pur n’étre pas tourné sur ce point. Alors retentit le signal de l’attaque : la cavalerie suédoise s’élance contre l’ennemi, et l’infanterie marche vers les fossés.
« Accueillis pr un feu terrible de mousqueterie et pr la grosse artillerie lacée sur le revers, les intrépides ataillons suédois pursuivent leur attaque avec la même vigueur. Les mousquetaires ennemis abandonnent leur position , les fossés sont franchis ; on s’empare de la batterie même, que l’on dirige sur-le-champ contre les Impériaux. Les Suédois pénètrent avec une impétuosité irrésistible : la première des cinq brigades de Friedland est enfoncée; bientôt après, la seconde , et déjà la troisième commence à plier : mais la présence d’esprit du duc arrête bientôt les progrès de l’ennemi ; avec la vivacité de l’éclair, il répare prtout le désordre de son infanterie; d’un mot il arrête les fuyards. Soutenues de trois régiments dé cavalerie, ses brigades déjà battues font de nouveau face aux Suédois, et pénètrent avec fureur dans leurs rangs.
Alors s’engage le combat le plus terrible : la proximité de l’ennemi ne prinet plus l'usage de farine à feu ; la fureur de l’attaque enlève le temps nécessaire à la charge; on combat homme à homme : à l’arme à feu, devenue inutile, succèdent la pique et l’épée; l'art fait place à la rage. Enfin
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les Suédois, fatigués, subjugués par le nombre, se replient jusqu'au-delà des fossés, et la batterie qu'ils venaient d’emporter est abandonnée dans leur retraite; mille corps mutilés couvrent déjà la plaine , et l’on n’a pas gagné un pouce de terrain!
« Cependant l’aile droite des Suédois, conduite par le roi en personne, a attaqué l’aile gauche de l'ennemi. Le premier choc des cuirassiers finlandais a déjà dispersé tous les corps légers polonais et croates qui couvraient cette aile, et le désordre de leur fuite porte en un instant la terreur et la confusion dans le reste de la cavalerie. Dans ce moment, le roi apprend que son infanterie se retire au-delà des fossés, et que son aile gauche , fortement maltraitée par 1 artillerie des moulins, commence aussi à plier. Avec la plus grande présence d'esprit, il charge aussitôt le général llorn de poursuivre l’aile gauche de l’ennemi qu'il vient de battre, tandis qu’il part lui-même, à la tête du régiment de Steinbock , pour aller arrêter le désordre de la sieune.
« Son fier coursier le porte comme un trait au-dela des fossés; mais le passage, est plus difficile pour les escadrous qui le suivent , et un petit nomhre de guerriers, parmi lesquels on compté le duc François Albert de Saxe-Lauenhourg , sont assez heureux pour se placer encore à ses côtés. Il pousse directement vers l’endroit où son infanterie parait assaillie avec le plus de fureur, et , tandis qu'il jette ses regards autour de lui , pour tacher de découvrir dans l’armée ennemie un jour vers lequel il puisse diriger son attaque , sa vue courte le conduit trop près d’elle. Un caporal impérial s’aperçoit que tout s'éloigne avec respect, pour laisser passer celui qui s’avance le premier, il ordonne aussitôt à un raouaqut taire de tirer dessus : « Tire « sur celui-là, crie-t-il, ce doit être
un homme considérable. » Le soldat obéit , le coup part , et va fracasser le hras gauche du roi. Au même instant accourent autour de lui ses vaillants escadrons, et un bruit confus, au milieu duquel ils n'entendent que ces
paroles : Le roi est blessé I le rot a reçu un coup de feu î vient les glacer d’epouvante et d’horreur. « Le n’est « rien; suivez-moi, » s’écrie Gustave en recueillant toutes ses forces. Mais bientôt, vaincu par la douleur, près de s’évanouir, il prie , en langue française, le duc de Laueubourg die le tirer sans éclat de la foule. Tandis que celui-ci se dirige vers l’aile droite avec le roi , et lui fait foire un long détour pour dérober à l’infanterie découragée ce spectacle accablant, Gustave reçoit dans le dos un second coup qui lui enlève le reste de ses forces. « j’en ai « assez, mon frère, dit-il d’une voix « mourante ; toi , cherche seulement à « sauver ta vie. » En même temps, U tombe de cheval, et, atteint de nouveau par plusieurs coups de feu , abandonné de toute sa suite, il rend le dernier soupir entre les mains des Croates. Bientôt son coursier, tout couvert de sang, erre seul dans la plaine, et apprind à la cavalerie suédoise la perte irréparable qu’elle \ ient de faire. Furieuse alors , elle s’élance vers l’endroit où il est tombé; elle veut arracher les précieux restes de son roi aux mains barbares qui le dépouillent : un combat meurtrier s'engage autour de son cadavre, et ce corps défiguré reste enseveli sous un monceau ae morts.
« Eu un instant, cette nouvelle terrible a parcouru toute l’armée suédoise; mais , au lieu d'abattre le courage de ces braves légions , elle le renouvelle, elle l'échauffe, et le porte jusqu’à la rage. La vie u’a plus de prix , depuis que la plus sacrée de toutes n'est plus; la mort n’a rien d'effrayant, depuis qu'elle a frappé la tête là plus chere. Comme des lions furieux , les régiments uplandais, smatandais, finlandais, d'Ostrogothie et de Weslrogothie, se précipitent, pour la seconde fois, sur l'aile gauche de l'ennemi qui n’oppose plus au général llorn qu’une faible résistance, et est bieutôt entièrement défait. En même temps, le duc Bernard de "Weimar , guerrier dont les talents égalaient le »>rand courage, prend te commandement de l’armée orpheline